La lecture de la presse ces jours ci me serre le cœur.

Je suis avec consternation les évènements de Libye. Après l’espoir d’un rapide effondrement du régime de Kadhafi à l’image de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, on constate désormais que chaque jour l’armée restée dans l’ensemble fidèle au dictateur progresse et reprend à coups de bombardements et de destructions désastreuses les villes passées aux mains de la rébellion, tandis que la communauté internationale fait preuve malgré ses bons sentiments de son incapacité à agir. « L’apprentissage de la déroute » écrit Le Monde en décrivant le sauve qui peut à Ras Lanouf de groupes d’hommes enthousiastes et nourri du formidable espoir d’un avenir meilleur mais sans expérience, sans organisation, à l’armement dérisoire face au feu venu du ciel, de la terre et de la mer. Sarko comme d’habitude ne peut s’empêcher de faire des coups. Il s’agite beaucoup comme pour compenser le déplorable retard à l’allumage à l’égard de la Tunisie mais ce n’est pas en agissant en solo que l’on a le plus de chance d’être efficace.

Ces révoltes arabes restent pourtant vraiment la bonne nouvelle du début de cette décennie. Même si en Libye la révolte est provisoirement vaincue (ce qui tout de même n’est pas encore écrit, on ne sait rien de ce qui se passe à l’intérieur du régime) des forces nouvelles sont à l’œuvre partout. La décennie 2000 avait été marquée après le 11 septembre par la peur du terrorisme et de l’islamisme. Il faut bien reconnaître que l’on ne pensait guère à des évolutions ou révolutions démocratiques dans les pays arabes, on ne pensait que poussées islamistes et horreurs talibanes. Bien sûr elles existent toujours (la situation au Pakistan est particulièrement inquiétante de ce point de vue) mais notre vision était trop étroite, trop unilatérale, marquée qui sait d’un fond inconscient de colonialisme voire de racisme, ne prenant pas en compte la diversification de ces sociétés, la progression de la scolarisation, l’ouverture de la jeunesse sur la modernité, ce qui, on l’oublie trop souvent, constitue les bons côtés de la mondialisation.

Cette actualité là est balayée, c’est le cas de le dire, par le tsunami. Bien entendu je suis sensible aussi à cette catastrophe et ressens de la compassion pour ceux qui sont touchés. Mais là nous sommes devant un irrémédiable qui ne fait que rappeler notre petitesse face aux forces naturelles (et de plus dans un pays qui en terme de normes de sécurité, de préparation de la population, d’organisation des secours est armé pour limiter, autant que faire se peut, les dégâts, très différent à ce point de vue d’Haïti où les horreurs de la catastrophe ont été doublés par les ravage de la pauvreté et de la désorganisation). Je n’ai donc pas le même serrement de cœur que devant les pauvres libyens écrasés par Kadhafi.

Dans un cas la tristesse peut se mêler d’acceptation, dans l’autre elle se double d’indignation. Dans un cas c’est la puissance de la nature qui est en cause, dans l’autre la folie des hommes, ce n’est pas pareil.