14 décembre 2009
Disparition
Ce week-end plutôt gris et froid j’ai disposé de pas mal de temps de cocooning à la maison. Je me suis lancé dans cette forme de rangement, pas moins pesante à accomplir que le rangement « réel », qui a consisté à tenter de mettre de l’ordre dans mon ordinateur : effacement de certains fichiers, mise en cohérence des noms, organisation cohérente et j’espère cette fois pérenne des dossiers et sous-dossiers. Tout ça dans la perspective d’améliorer mes sauvegardes, d’éviter qu’à la longue un grand foutoir ne s’installe à force de recopie avec des arborescences qui ne sont pas les mêmes.
Cela m’a donné l’occasion de parcourir à nouveau certains textes, de revoir certaines photos, de ramener à ma conscience certains faits, parfois avec plaisir, parfois avec agacement. Et de m’apercevoir aussi de certaines disparitions dont l’une en particulier m’a déchiré le cœur.
Après le décès d’Amaily, quelqu’un avec qui j’avais partagé une grande amitié de blog et que pourtant je n’avais jamais rencontré, j’avais regroupé dans un fichier la totalité de notre correspondance. J’avais pris le temps d’en faire une présentation agréable, facilement lisible. Impossible de retrouver ce fichier ! Impossible non plus de retrouver ce texte d’elle qu’elle avait choisi pour moi avant de mourir et qu’elle m’avait fait envoyer ensuite par sa cousine, exécutrice testamentaire de sa vie sur internet. Je ne comprends pas. Le crash de mon ordinateur est certes intervenu après. Mais autant je sais y avoir perdu mes archives de messagerie, mes favoris, mes carnets d’adresse, autant je pensais que la totalité de mes documents avait pu eux être recopiés lorsque j’ai confié mon ordinateur à une boutique de réparation qui n’a rien pu faire pour la bête sinon justement une sauvegarde des documents contenus sur mon disque dur.
Du coup j’ai cherché les traces d’Amaily dans mes papiers. J’ai ouvert les boîtes d’archives dans lesquelles je stocke les textes auxquels j’ai aussi donné une existence de papier. J’ai bien retrouvé quelques pages de ses blogs qu’à tel ou tel moment j’avais pris la peine d’imprimer. Je n’ai donc pas rêvé Amaily ! Mais impossible de retrouver cette correspondance. Pas plus que le texte envoyé post mortem. Pas plus que le journal que la cousine avait tenu durant quelques semaines après l’événement pour évoquer le deuil. C’est incroyable. Je suis sûr d’avoir tiré ces textes. Il me semble me revoir enserrer d’une réglette de reliure la quarantaine de pages denses de notre correspondance. Rien à faire ! J’épuise, accompagné d’un sentiment de plus en plus douloureux, l’exploration des lieux où j’aurais pu ranger ces documents. Est-ce alors que j’aurais seulement pensé à faire ces tirages, envisagé très fort de les faire mais en en remettant l’action au lendemain ? Non je ne crois pas. L’évidence de mon souvenir est là mais comme l’est aussi cette évidence de mes cartons d’archives et de mes piles explorées sans succès. Troublant, profondément troublant, comme chaque fois que des faits semblent vouloir nier un souvenir pourtant vivace en soi !
Je suis triste surtout, très triste, d’avoir perdu cette trace. De tout ce que j’avais sur mon ordinateur c’était sans doute un des documents auquel je tenais le plus. C’est comme si Amaily achevait de se dérober, comme si s’accomplissait sa volonté d’effacement. Je suis frappé aussi de ce hasard qui a voulu que chaque fois que les robots d’archivage de la BNF ont tourné, Amaily se trouvait dans une de ses phases de retrait et d’effacement à l’égard d’internet, ce qui fait qu’il n’y a, je pense, pas la moindre trace d’aucun de ces journaux dans les archives.
Mais je n’ai fini de chercher mes traces papier. Enfin si, je renonce à m’exaspérer à chercher. Mais je garde l’espoir que je finirai par tomber dessus, par surprise, dans un endroit improbable.
A moins que derrière cet événement ne se dise aussi le « tout passe, tout s’efface », ne se dise notre vanité de tenter de conserver au-delà de la mémoire vivante, la vanité au fond de toute écriture en tant qu’elle est combat dérisoire contre la mort.
09 décembre 2009
"Beauregard"
J’ai reçu l’autre jour et lu avec intérêt et émotion le livre de Cassymary, « Beauregard ». Connaissant un peu Cassy je sais ce que représente d’accomplissement pour elle cette réalisation qui contribue à conjurer ses difficultés et qui lui permet d’accomplir le deuil d’une mère chérie.
Voir un texte qui prend la forme d’un livre c’est de tout façon toujours émouvant. Mais je suis touché aussi par le choix d’édition qui est le sien. Elle ne s’est pas contenté de faire tourner son imprimante puis d’aller chez un relieur-brocheur qui lui aurait encollé tout ça et mis une page de couverture. Non, elle réalise le travail matériel du livre elle-même, elle coupe les pages au massicot, colle les cahiers, les intègre dans la reliure, attribue à chaque exemplaire un n° unique, ce n’est pas juste Beauregard que j’ai entre les mains, mais Beauregard n°21. Du coup les imperfections même de l’objet concourent à son charme. Cassy est derrière chacun des exemplaires uniques et en le fabriquant sans doute y a-t-elle mis une pensée particulière en direction de celle ou de celui à qui elle le destinait.
J’ai aimé le texte lui-même, dont on sent à quel point elle l’a arraché au cœur d’elle-même, pour en faire un hommage émouvant à celles et à ceux qui l’ont précédé dans la lignée, pour en faire un hommage aussi au lieu qui a bercé son enfance. C’est en même temps un document sur des modes de vie qui s’éloignent. Ça se passe dans les années 60. Je mesure bien moi-même qui fut enfant puis ado dans ces années là l’ampleur des changements qui sont intervenus. Mais là, dans ce milieu très modeste, dans la campagne profonde, dans cette ferme d’un coin isolé du Causse, on est encore dans un autre espace-temps, très loin d ce que je pouvais connaître moi dans mon milieu de petits bourgeois intello vivant dans la capitale. Et l’évocation des grands-parents, de leur condition de vie dans l’entre deux guerres fait mesurer tout ce qu’a pu représenter de progrès pour beaucoup de gens les 30 glorieuses même si maintenant nous en voyons aussi les effets pervers.
Ma seule réserve porte sur la dénomination qu’elle donne à son récit : roman. Je ne vois rien d’un roman là-dedans avec ce que ce terme laisse supposer de recours au fictionnel, à de nombreux personnages, à des évènements multiples et entrecroisés. Du coup celui qui s’attend à un roman pourrait se trouver déçu de n’y pas trouver ce que l’on met habituellement derrière le terme. Cette propension à tout nommer roman m’a d’ailleurs souvent frappé, je m’en étais étonné par exemple sur « Mes mauvaises pensées » de Nina Bouraoui, sur « Jeune fille » d’Anne Wiazemski ou encore sur « L’été du sureau » de Marie Chaix. L’explication s’en trouve le plus souvent dans la politique éditoriale des éditeurs qui pensent que « roman » est plus vendeur.
Mais ici ce facteur ne peut jouer puisque Cassy n’est dépendante de personne !
Alors je me dis que c’est peut-être par une forme de pudeur, ou bien parce qu’elle se sentait gênée de n’avoir pas respecté à la lettre la véracité que l’on est en droit d’attendre d’un texte qui se dirait autobiographique. Peut-être n’a-t-elle jamais accompli le pèlerinage qu’elle raconte à la maison du Causse, peut-être n’a-t-elle pas passé une nuit à poursuivre des souvenirs en regardant des photos anciennes, peut-être a-t-elle modifié l’histoire de quelques uns des personnages qu’elle évoque pour en rendre le trait plus net, peut-être le rapport au père n’est-il pas celui qui est décrit (ça je viens de le voir sur son blog), peut-être a-t-elle choisi d’embellir un peu ses souvenirs pour magnifier et honorer ce temps et ce lieu. Est-ce si important que ce soit peut-être « la vie que nous aurions aimé vivre » plutôt que « celle que nous avons vécu » ? Car il me paraît évident que même s’il invente quelque peu ce récit est profondément arrimé aux souvenirs, qu’il exprime l’histoire d’un temps et d’une famille. Il me semble que si elle répugnait au terme trop explicite et fermé d’autobiographie, elle aurait pu peut-être choisir de parler de « récit autobiographique » ou « variation autobiographique » ou même pourquoi pas tout simplement « récit », ce qui à la fois ramènerait à l’essence du texte et en même temps laisserait ouvert un certain espace à la part d’invention qui s’y trouve. Comme le dit la belle citation de Supervielle mise en exergue : « les souvenirs sont du vent, ils inventent les nuages ». Mais peut-être viendra-t-elle ici nous dire les raisons de son choix.
Tiens je m’aperçois qu’ici tout du long, je l’ai nommé Cassy, peut-être aurais-je dû lui donner son nom d’auteur, mais non pour moi « Beauregard » c’est Cassy !
19 novembre 2009
Lucas Verdier
Depuis quelque temps je me cherchais un nom de plume, autre que mon nom de toile, pour mes textes adressés à l’APA, Traces que j’ai déjà déposé, comme d’autres que j’envisage de déposer un jour, un nom aussi pour publier aussi peut-être un jour. Ça y est, je me suis décidé, ce sera Lucas Verdier.
C’est un nom surgi un peu au hasard sans trop chercher. Je n’ai pas voulu me hasarder dans la recherche du nom « parfait », d’un nom qui serait comme une quintessence de mon moi. Dès que j’ai senti que la sonorité, les assonances, les images qui pouvaient en surgir m’allaient à peu près, je me suis décidé.
J’ai quand même vérifié sur 123people, non pour voir s’il y en avait, il y en a quelques uns forcément, puisque j’ai volontairement choisi un nom plutôt sobre, plutôt banal, plutôt passe-partout. Je voulais juste m’assurer qu’il n’y en avait pas dont les activités puissent conduire à des confusions gênantes. Il y a un éditeur certes qui porte ce nom (et un éditeur intéressant d’ailleurs) mais qui n’est associé heureusement à aucun prénom.
Je n’ai pas cherché de connotations particulières. A posteriori cependant je note que Lucas avait été l’un de mes pseudos dans l’organisation militante dans laquelle je m’étais investi corps et âme dans les années de l’après soixante huit. Quant à Verdier, j’y entends vert, le vert est une couleur que j’aime, le vert de la nature, celui des campagnes, des prés et des bois, le verdier c’est un oiseau aussi je crois, bref tout ça n’est pas si loin des connotations portées par Valclair.
Mais je n’ai pas envie de m’étendre, de creuser, c’est Lucas Verdier, c’est tout.
Alors bien sûr je m’interroge par rapport à cette envie longtemps affirmée de chercher à assumer l’unité de ma personne derrière mon nom d’état civil. J’ai pu rêver d’associer un jour toutes mes facettes sou un même et unique nom, voire pourquoi pas jusque dans une page Facebook, ce que j’ai fait et été au cours de ma vie, qui je suis ou plutôt qui j’étais dans mon monde professionnel (car là, inévitablement, j’aurais attendu de ne plus en être!), qui je suis pour les « copains » et connaissances de la vie courante et de la famille, tout cela donc, tout en étant aussi ce type qui écrit et qui notamment se raconte d’une façon qui à beaucoup paraîtra bizarre pour ne pas dire quelque peu névrotique.
Or voilà que moi qui jouait déjà de deux noms, je m’en invente un troisième !
Mais double ou triple nom ne veux pas dire étanchéité absolue, barrière dressée et maintenue, style Ajar-Gary, volonté à tout crin de conserver la fiction de la personne multiple, avec l’inévitable schizophrénie qui va avec. Je peux fort bien ressentir l’unité de ma personne, ne pas la masquer d’ailleurs à ceux qui partagent différents aspects de ma vie – et c’est bien pourquoi je n’hésite pas à évoquer ce nom ici – mais choisir de me présenter différemment selon à qui je m’adresse, un peu de la même manière que je ne m’habille pas de la même façon quand je vais à une réunion professionnelle, quand je vais dîner chez Tante Charlotte ou quand je participe à une soirée littéraire. (Quoique ! J’ai tendance à m’habiller de plus en plus à peu près de la même façon quelles que soient les circonstances !)
Bon, de toute façon j’exagère un petit peu à dessein, il y a tout de même un peu plus de puissance symbolique dans l’adoption d’un nom que dans le choix de la cravate/veston et de la chemise/jeans mais enfin l’unité de la personne peut parfaitement et sereinement résister à la pluralité des noms alors va pour Lucas Verdier, va pour Valclair, et puis pour l’autre aussi…
05 novembre 2009
Nom de noms!
C’était étrange. Je me suis éveillé l’autre jour avec ce nom dans la tête : Xavier Lepage. D’où venait ce nom ? D’un rêve ? Mais alors d’où venait le rêve de Xavier Lepage ? En tout cas je ne connais personne qui s’appelle ainsi, et même en recomposant le nom, en jouant des anagrammes, je ne vois pas.
En même temps, il y avait dans cet éveil des pensées autour de ce que j’écris, de l’anonymat, du nom de plume. Le texte « Traces » que j’ai déposé à l’APA a donné lieu, après un écho de lecture que j’avais refusé, à un autre dans lequel cette fois je me suis bien mieux retrouvé et qui sera donc publié dans le prochain volume du Garde mémoire de l’Association. En plus il est vaguement question que je retravaille une partie de ce texte et que je le donne à une maison d’édition amie qui est intéressée. Je n’ai pas encore décidé sous quel nom d’auteur présenter « Traces ». Au départ j’étais parti sur l’idée de le signer des initiales de mon nom réel. Mais finalement cette demi mesure ne me satisfait pas. Ça fait bizarre un texte signé d’initiales ! Il me faut soit assumer mon nom, soit prendre un pseudonyme. Le nom imprimé c’est autre chose qu’un nom sur internet, dont on peut changer comme de chemise, il faut que je me décide en sachant que c’est cette fois une décision de long terme que je prends.
Trouver un pseudo n’est pas évident. Une fois épuisé les anagrammes de son nom (je n’ai rien trouvé de bien sonnant à partir du mien) on se lance dans des élucubrations variées cherchant à jouer des sonorités, des évocations, voire des symboles. On finit à ce jeu par gonfler de sens le nom à choisir, au point de l’excéder, de le saturer. (C’est un peu ainsi que j’avais procédé pour Valclair aux symboliques transparentes dont au demeurant je suis satisfait mais Valclair n’a pas de prénom et puis c’est mon nom en ligne, ce ne peut être mon nom de plume).
Alors pourquoi pas au contraire un nom neutre, le plus neutre possible ?
Et c’est là que le lien entre mes deux songeries nocturnes s’est fait.
Pourquoi pas ce Xavier Lepage surgi de nulle part ? Je ne l’aime pas trop ce nom ! Je n’aime pas en particulier le prénom Xavier. Mais après tout, son nom, on ne le choisit pas ! Il vous tombe dessus. Alors puisqu’il m’en tombe un dessus, envoyé cette fois non par les ascendants mais par les petits dieux de la nuit, pourquoi ne pas l’adopter sans autre forme de procès. Sur le moment j’ai été convaincu. Je me suis dit Xavier Lepage, Xavier Lepage, bravo, vive Xavier Lepage, ça me va très bien, tope là, l’affaire est faite…
Mais quelques heures plus tard, passé l’euphorie des pensées exaltées du réveil ce n’était déjà plus pareil. Non décidément je ne le sentais pas ce Xavier Lepage, Xavier surtout. Je ne le voyais pas en haut de l’affiche (enfin, disons, en haut de l’articulet, de la brochurette, du livre à diffusion confidentielle) et surtout je ne me voyais pas avec lui. Donc exit Xavier Lepage, aussi vite qu’il avait débarqué.
Mais j’ai envie de garder la méthode, de noter des noms qui me traversent l’esprit, qui surgissent comme ça sans trop que je sache pourquoi. Evidemment, si je suis dans l’attente, il va en surgir plus mais peut-être moins spontanés. Mais du moment que je ne cherche pas à leur attribuer du sens, que je me contente de les appréhender comme sonorité, comme forme, je peux essayer. Je ne sais si c’est possible d’en rester là, si je ne vais pas les charger de sens, même à mon corps défendant, influençant le ressenti premier. Deux autres noms en tout cas ont surgi depuis, Lucas Salvator, Lucas Marinier, va-t-en savoir d’où venu ces deux là aussi…
Je n’en tire rien pour l’instant. Je n’ai même pas encore décidé si vraiment je voulais un pseudonyme ou si je voulais assumer mon nom c’est à dire plus exactement le mouiller de mes mots, me mouiller de mes mots.
04 octobre 2009
A distance, toujours
C’est le week-end. C’est dimanche et dimanche soir même, la nouvelle semaine presque…
Je n’ai pas plus écrit ces jours ci que les précédents.
Ces dernières semaines j’ai lu des livres, vu des films, j’ai été une fois au théâtre, j’ai eu des pensées et des sentiments, de gais et de moins gais.
Mais à aucun moment je n’ai eu l’envie de faire courir mes doigts sur le clavier pour en conserver ou en partager quelquechose.
Cinq billets au mois de septembre ! Il n’y a pas d’autres mois depuis que je tiens journal en ligne où je me sois montré aussi peu prolixe !
Cette absence ne vient pas de ce que j’aurais consacré du temps d’écriture à des billets hors ligne qui me sont parfois nécessaires pour faire le point sur des sujets que je ne veux ou ne peux partager pour différentes raisons.
Non cinq billets en un mois, pas un de plus, que ce soit ici ou dans le secret de mon disque dur !
Ce qui me surprend c’est que je n’éprouve rien à cette absence.
Pas de la satisfaction parce que ma vie serait devenue riche d’autre chose, mais pas plus de la déception à ne rien produire par moi même, pas de la frustration non plus à l’idée de ce que je laisse échapper, pas de gêne ou de culpabilité au fait d’être absent à mes lecteurs. Il n’y a pas de billets qui viennent au bord de ma conscience et que je me désolerai de ne pas écrire par pure flemme. Je ne me promène guère non plus dans ma blogosphère. Encore une fois j’ai laissé couler presque une semaine sans même ouvrir une fois mon propre blog ne serait-ce que pour voir si j’avais des commentaire sur mon dernier billet. Je n’en ai pas d’ailleurs, comme si mes lecteurs eux-mêmes ressentaient que je me suis mis à distance et qu’il n’est pas la peine de communiquer avec un quasi absent. Et c’est à peine si j’effleure les autres blogueurs.
Je ne me m’interroge pas sur le pourquoi du comment, je ne me fais aucune théorie avec tout ça. Juste je constate. Et je ne dis pas que j’arrête, je ne dis même pas que je me mets en pause, non je laisse faire, je laisse filer le temps, l’envie reviendra peut-être, reviendra sans doute mais qui sait peut-être qu’elle ne reviendra pas vraiment.
Le soir j’ai plus envie de me glisser dans mon lit et de m’offrir sous la couette une bonne longue plage de lecture bien dépaysante. Pas des essais, pas des récits, pas des biographies ou des autobiographies, aucune des diverses variétés de l’autofiction que d’habitude pourtant j’affectionne, non je veux du roman, du bon gros roman, avec plein de personnages et plein d’histoires, porteuses de mondes et d’ambiance contrastées. Le dernier de mes achats est le pavé d’Anne-Marie Garat, « Dans la main du diable » dans lequel j’ai commencé à plonger ce week-end. Je ne cesse d’entendre dire le plus grand bien de cette auteure ou de lire des compte-rendus enthousiastes. Celui de Traou a particulièrement contribué à me pousser à mon achat. Et oui j’en lis encore quelques uns de mes blogamis ! Allez il n’est peut-être pas tout à fait perdu pour la blogosphère, l’ami Valclair !
16 septembre 2009
De retour, un peu...
Ce soir j’ai repris la plume, enfin le clavier, et j’ai remis assez longuement le nez dans la blogosphère après un moment de presque complète mise à distance qui s’est prolongé plus que je n’imaginais.
J’ai carrément sauté à pieds joints par-dessus une semaine, sans venir déposer la moindre ligne ici, sans écrire non plus par ailleurs pour moi même. Il m’est même arrivé de rester quatre jours entiers sans aller sur internet (sauf pour lire et répondre à mes mails), sans faire tourner mon agrégateur, sans avoir la curiosité d’aller jeter un coup d’œil à mon propre site pour voir si un lecteur n’était pas éventuellement passé pour déposer un commentaire !
Bon, je sais, j’ai une rentrée professionnelle particulièrement chargée, je vais tôt au travail, j’en sors tard (enfin tard pour moi, ce ne sont tout de même pas des horaires de cadres d’entreprise !), je suis surtout absolument constamment occupé au bureau sans ces petits moments creux, fréquents en temps normal, qui sont de bienheureuses respirations. Et moi qui me débrouillais toujours pour prendre une après-midi hebdomadaire, en général mon précieux vendredi, je n’en ai pas pris une seule depuis la rentrée mais ça va venir cette semaine enfin, ouf…
Cela dit il n’y a pas que ça ! Parce que, tout de même, ce n’est pas la première fois que je traverse des zones de forte intensité professionnelle et ça ne m’empêche pas le soir de gribouiller un billet, de faire la tournée les blogs, de commenter ici ou là.
Et puis de toute façon il y a les week-end qui m’étaient habituellement moments d’expression. Or j’ai laissé passer le précédent sans écrire et sans me préoccuper de ma blogosphère. J’ai flemmardé, j’ai un peu bouquiné, j’ai fini un livre médiocre à propos de Charles Juliet, j’ai été à une fête organisée par une amie que nous n’avions pas vu depuis longtemps, j’ai consacré un peu de temps à des tâches associatives, j’ai été au cinéma voir « Non ma fille tu n’iras pas danser »…
J’ai pensé écrire, sur ce film notamment, dont j’ai bien envie de dire et de partager ce que je pense, le bon et le beaucoup moins bon. Mais ça n’a pas été plus loin. Je ne m’en suis pas fait plus que ça. J’ai laissé passer le dimanche, j’ai plongé dans ma nouvelle semaine tout aussi encombrée professionnellement que les précédentes, en n’ayant en rentrant le soir d’autres envies que de me poser, lire mon journal, dîner, me coucher tôt avec un livre.
Il y a donc au-delà de ce temps encombré, une mise à distance plus profonde de mon activité de blogueur, aussi bien en tant que lecteur, qu’en tant qu’écrivant qui a sûrement des causes plus profondes mais que je perçois mal. C’est comme si je ne parvenais pas à renouer vraiment après l’assoupissement estival. Comme si, désormais, manquait l’envie véritable, comme si manquait le carburant, issue des forces profondes, qui donne l’énergie.
Je ne suis pas le seul et ceci aussi explique en partie cela. Nombre de ceux, de celles, qui m’étaient les plus proches ont tendance à se faire rares, certains même se sont tus. Je lis ceux qui continuent activement en survolant et je me sens peu motivé pour interagir. J’ai découvert quelques nouveaux aussi à l’occasion d’explorations déjà anciennes, effectuées en pensant à ce travail auquel je contribue autour de l’archivage du net. Les lecteurs attentifs auront remarqué d’ailleurs sur ma blogroll quelques nouveaux liens de diaristes qui m’ont paru dignes d’intérêt et de signalement. Mais j’ai fait ces explorations sans ressentir l’habituelle palpitation joyeuse devant une nouvelle découverte, je ne me sens pas accroché comme j’aurais pu l’être auparavant, je ne cherche pas à rentrer en résonance, je ne laisse pas de commentaires qui pourraient conduire chez moi, qui pourraient amorcer un lien, une relation.
Pourtant, ce soir, je ressens une certaine envie de renouer vraiment avec tout ça, dans sa version tonique, dynamisante, porteuse. Ces derniers jours c’était une envie molle qui ne me permettait pas de passer par-delà la fatigue du jour. Aujourd'hui j’ai retrouvé une plus grande énergie. Est-ce un moment isolé ou bien le début d’un retour plus sérieux ? Je voudrais que ce soit le cas. Vais-je trouver le carburant ?
18 juillet 2009
Etre dans le bain
Etrange impression hier lorsque j’ai été au cyber café. J’ai regardé mes mails. Ça c’était ok. Puis j’ai posté deux billets écrits depuis mon arrivée ici. En le faisant j’ai eu une désagréable sensation de décalage, d’artificialité, la sensation d’être à côté de moi-même. J’ai essayé d’aller lire quelques blogs . Même impression. Je n’ai lu qu’en diagonale sans pouvoir en rien m’attacher. Ici ou là j’ai retrouvé des discussions trop connues et qui m’ont parues, ainsi vues de loin, gratuites, biaisées. J’ai survolé avec un certain sentiment de malaise et n’ai pas persisté.
D’où me venait ce malaise ?
Les conditions matérielles ont dû jouer. Je n’étais pas bien installé, dans une salle resserrée où il faisait trop chaud. Ce que j’appelle cyber café n’en est pas un en réalité. C’est plutôt une salle de jeu remplie d’ados engagés dans toutes sortes de jeux, en ligne, en réseau mais aussi sur place. Les ordinateurs sont proches les uns des autres. Je ne pouvais m’empêcher de sentir des regards au-dessus de mon épaule, même si en fait je les fantasmais très largement : les petits ados avaient d’autres choses à s’occuper que d’aller lire les élucubrations d’un blogueur de passage.
Mais il y avait autre chose. Je me sentais loin, loin de ma communauté, loin de mon réseau : ceux qui me lisent, ceux que je lis, ceux avec lesquels j’échange. Peu de lecteurs apparemment sont passés chez moi ces derniers jours ou ont déposés des commentaires, je ne me suis pas senti en connivence avec le peu, le très peu de ceux que j’ai été moi-même lire. Bref je n’étais pas dans le bain. Or j’ai besoin maintenant d’être dans le bain pour que cette écriture du quotidien prenne sens et que je puisse mobiliser l’énergie nécessaire à la faire advenir.
Peut-être ma distance tient-elle aussi à ce que la communication avec la personne avec laquelle il m’importerait le plus ces jours ci de poursuivre un échange, ne passe pas, ne peut passer par le blog, ce qui relativise d’autant plus l’enjeu de mon écriture ici.
En tout cas tout ça est une autre façon de dire que cette écriture de journal tire désormais la plus grande partie de son sens pour moi du fait d’être une écriture de la communication. J’en avais plus ou moins la conviction depuis longtemps déjà mais ce genre de situation en est l’évidente démonstration. Je ne parviens plus, ou presque plus, à écrire, si ce n’est pour communiquer. Sauf à écrire carrément autre chose, le fameux écrire vraiment d’Eva. Ça, je sais que ça chemine. Mais que je n’y suis pas encore prêt. Le serais-je un jour ?
Pourtant toutes sortes de thèmes et d’idées me traversent qui feraient aisément billet. Mais je me sens découragé d’avance à l’idée d’écrire ces choses qui pourtant se pressent en moi. Alors tant pis ! J’ai juste envie de me glisser au lit, avec le livre que je viens de démarrer : « De la beauté » de Zadie Smith.
C’est ce que je fais !
08 juillet 2009
Week-end très prolongé
Le TGV file vers Paris. Je suis dans le sas qui marque la fin de la parenthèse. Première question : Écrire pour tenter de fixer quelque chose de ces jours ou bien seulement alterner les coups d’œil sur le paysage qui défile, les mots du livre que je lis et les rêveries ? Cette deuxième option serait plus reposante. Écrire demande une énergie, une concentration de l’esprit qu’il me faut un peu laborieusement solliciter mais j’en ai envie, je crois, puisqu’au final je m’y mets…
Je ressors des Journées de l’APA sur les Carnets de voyage moins enthousiaste que d’autres fois. Est-ce une forme de lassitude face à un type de rencontres maintenant presque routinières pour moi et dans lesquelles je n’éprouve plus le choc de la découverte ? Est-ce la thématique qui n’est pas de celles qui me mobilisent le plus ? Est-ce que ce sont les conditions matérielles de l’accueil moins porteuses de convivialité qu’en d’autres lieux ? Je préfère de loin les Journées qui se passent dans des endroits permettant la résidence des participants sur le lieu même des activités et qui offrent ainsi plus d’occasion d’échanges informels. On a également souffert de la chaleur lourde et de l’insuffisante aération de la salle principale où se donnaient les activités plénières, rendant l’écoute difficile et favorisant la somnolence !
Cela dit il y a eu beaucoup de moments très intéressants. Le spectacle du vendredi entremêlant lectures de journaux de voyage de « grands » auteurs comme d’anonymes ayant déposés à l’APA, interventions musicales et commentaires articulant historiquement les textes, était bien fait, plaisant et enrichissant. Le film « No passaran » d’Imbert, exact reflet de la démarche d’enquête méticuleuse de l’auteur à la recherche d’un passé fuyant m’a paru par trop statique et pour tout dire plutôt ennuyeux alors que j’ai bien aimé certaines autres réalisations de cet auteur construites sur le même principe. Les interviews de Charles Juliet et d’Alexandre Bergamini étaient intéressantes l’une comme l’autre mais c’est la seconde qui m’a le plus accroché par l’intensité émotive que l’auteur y mettait, par ce qu’il a dit de son écriture loin de toute joliesse ou de tout pittoresque, par la force de certaines de ses formules. Les paysages n’existent pas pour eux-mêmes, ils ne prennent sens qu’en étant des reflets du moi douloureux de l’auteur, de son errance à la recherche de lui-même et d’un frère défunt. Il ne s’agit pas de dire, de décrire, d’expliquer, il s’agit plutôt de ressentir et d’éprouver et c’est alors la forme du poème qui surgit à la place du récit impossible. Les mots viennent de la vacance, du silence, des espaces béants au fond de soi, l’auteur en vient à rêver à des « livres silenciaires ».
Comme la dernière fois que cette manifestation s’était tenue à Ambérieu j’étais accueilli, ainsi qu’une autre amie blogueuse de longue date, chez l’ami Pierre à une petite heure de route. Ça accroît d’autant la longueur des journées et la fatigue mais quel plaisir de se retrouver ainsi en tout petit comité amical et chaleureux dans la fraîcheur de ce beau lieu paisible après l’ambiance surchauffée d’Ambérieu et la promiscuité avec la foule des participants, quel plaisir que les odeurs d’herbe et de campagne, que la vue sur la Chartreuse le matin quand on s’éveille…
Pierre ne travaillait pas le lundi et nous avons donc pu faire une longue promenade avec lui dans les hautes collines, aux ambiances déjà presque alpines, qui dominent le pays.
Et nous avons discuté naturellement, beaucoup discuté.
Nos échanges nous ont porté bien plus loin que tout ce que nous pouvons écrire sur nos blogs. D’autant que nous avons eu là du temps, bien plus que ce que permet une simple soirée de blogueurs, nous avons donc pu laisser des silences et les mots surgir des silences en prenant le temps qu’il leur fallait.
Nous nous sommes replongés avec amusement mais aussi une pointe de nostalgie dans l’évocation des tous débuts de l’écriture en ligne. A un moment Pierre est parti fouiller dans sa bibliothèque pour en ressortir « Cher écran » et nous avons fait défiler les anciens, chacun disant ce qu’il en connaissait, les liens qu’il avait entretenu, gardé, perdu avec tel ou tel.
Nous avons parlé de nos façons d’écrire, des rapports passionnants mais parfois compliqués entre l’écriture et la vie, nous avons cherché quel était le fil conducteur de nos écritures ou, en tout cas, quelles étaient les sources profondes d’où elles jaillissaient, nous avons parlé des amitiés, des désirs et des amours et de leurs mouvantes frontières. Et de bien d’autres choses !
Lorsqu’on est ainsi en petit comité, dans une ambiance de confiance et d’écoute mutuelle on finit par atteindre à des parts très intimes, à ce « sanctuaire de nos mots non écrits », comme disait l’une d’entre nous. Les mots plus largement partagés, ceux que l’on met en jeu au grand vent de la toile n’en sont pas seulement enrichis ou complétés, ils se trouvent éclairés d’une toute autre lumière qui en modifie profondément le sens. Et cela était valable y compris pour notre hôte qui est celui d’entre nous pourtant qui va le plus loin dans son expression intime publique.
Tout ça ne remet pas en cause l’intérêt de cette expression publique, elle est pour chacun d’entre nous la source d’un formidable enrichissement. Mais ça nous rappelle simplement, alors que parfois on pourrait se laisser porter à l’illusion de l’oublier, qu’il reste toujours une part non dite. Et c’est le privilège de moments comme ceux-ci, non de la dévoiler entièrement, mais d’en laisser surgir certains aperçus jusqu’alors inconnus même des plus anciens, des plus fidèles et des plus attentifs lecteurs, et de porter ainsi l’échange bien au-delà de ce permet la lecture mutuelle, les commentaires ou les mails.
29 juin 2009
Jour(nal) plombé
Ce matin réveil intempestif,
à quatre heures et demi. C’était bien trop tôt, mon manque de sommeil
s’accumule. Mais c’était trop tard pour prendre le petit cachet qui m’aurait
permis de compléter ma nuit.
Alors j’ai eu d’emblée le sentiment,
la sensation plutôt, d’entrer dans un jour qui serait un jour sans, un jour
sans énergie, sans joie, un jour plombé d’avance.
J’ai commencé, à défaut de
pouvoir me rendormir, par une tentative d’écriture mais sans succès.
J’ai le sentiment que mon
écriture, quoique toujours authentique dans ce que je dis, devient artificielle
dans la façon dont je l’écris.
Combien de fois ai-je écrit
un billet par « devoir » , avec cette idée qu’un journal ne vit que
d’être entretenu ? Sinon le lectorat s’étiole. D’ailleurs je le constate
déjà. Il me semble qu’il y a moins de vie autour de ce journal. Peut-être parce
que je l’investis moins. Ou bien est-ce que je l’investis moins parce que qu’il
y a moins de vie autour de lui ?
C’est comme si l’obligation
de venir écrire ici était devenu une habitude que je n’interroge plus, comme si
c’était une seconde nature. Sans pour autant que l’écriture soit facile,
naturelle, coulant de source. Il me faut mes deux ou trois billets pas
semaine ! Oh, ça, les sujets ne manquent pas ! Une sorte de réflexe
me fait voir des sujets partout. J’écris mais sans toujours en ressentir
vraiment l’envie, sans être porté par le sentiment de leur nécessité
intérieure, pire sans être sûr d’avoir vraiment quelquechose à dire.
J’ai par moments l’impression,
et là c’était tout à fait le cas, que j’en arrive à une sorte d’épuisement de
ce journal. C’est comme s’il se continuait sur sa lancée alors que sa source
profonde en serait tarie.
Mon intervention coming-out
de mars m’avait fortement stimulé. Elle m’a redonné de l’envie, de l’élan mais
d’une façon qui n’est pas forcément durable. Ça me fait penser à ces couples en
difficulté, qui croient se relancer par un grand projet commun, faire un enfant
par exemple, alors que la venue de celui-ci va simplement masquer
provisoirement les difficultés avant de les faire ressurgir avec d’autant plus
de force.
Ce week-end j’ai été
confronté à de sérieux ennuis dans ma famille proche. J’ai essayé d’aider comme
j’ai pu et l’affaire d’ailleurs n’est pas finie. Mais impossible d’en parler
ici car ce n’est pas moi qui suis concerné au premier chef par cette situation
plus que problématique, je ne le suis que par ricochet.
Mais du coup mes tentatives
de billets culturels sur mes derniers films vus ou livres lus, ou sur
l’exposition William Blake, vue hier, m’ont paru complètement à côté de la
plaque, décalés de mes ressentis réels.
Je n’ai donc pas poursuivi
et suis parti au bureau en
traînant la patte.
Pour la première fois ce
matin, il faisait une chaleur évoquant la canicule, un matin sans fraîcheur,
dès huit heures et demi le soleil était chaud. Ça ne m’a pas mis le cœur en
joie comme d’autres fois où je ressens ces premières chaleurs fortes comme un
avant-goût des vacances, où je pense aux escapades à venir. Non je me suis
traîné au bureau sans avoir rien d’autre en moi que ce sentiment de ma journée
plombée.
J’ai eu du mal à entrer dans
mon activité du jour, il faut dire essentiellement paperassière et
bureaucratique, rapports de fin d’année en bonne langue de bois.
J’ai été légèrement patraque
en plus, j’ai mal digéré mon repas pris trop vite à midi et j’ai traîné tout
l’après-midi une insupportable envie de dormir.
Inutile de dire que
l’efficacité n’était pas au rendez-vous.
Bon allez, je passe, tout ça
n’est peut-être que mauvaise impression d’un jour sans.
Demain est un autre
jour ! D’ailleurs ce soir déjà, ça va beaucoup mieux, je me sens sorti de
ma léthargie semi dépressive.
Oui, il faut bien se dire
ça, demain est un autre jour…
11 juin 2009
Blogueurs du temps court, blogueurs du temps profond
Dans un billet qui commence à dater Coumarine se disait surprise, voire un peu inquiète de s’apercevoir que des lecteurs plongeaient dans ses archives, menant une exploration dans le profondeur temporelle de son blog. J’étais quant à moi surpris de sa surprise et étonné de ses inquiétudes. Ma réaction est tout à fait différente, voire opposée. Je suis ravi que des gens aillent se balader dans mes archives, j’y vois une sorte de reconnaissance, une marque d’intérêt qui va au-delà du billet du jour lu par habitude (pour ceux qui me pratiquent régulièrement) ou par intérêt pour un sujet précis (pour ceux qui y auront été conduit par une requête Google). D’autres commentaires déposés chez Coumarine montraient bien que toutes sortes de réaction existaient sur ces questions. Ainsi lisait-on à quelques lignes d’intervalle : « Moi j'aime bien quand on lit mes vieilles choses, même si certaines ont mal vieilli. Je n'ai pas envie d'effacer ma vie qui a existé. » (Ppm) ou au contraire « Je ne relis jamais mes anciens messages. Ils sont l'expression d'un moi momentané perpétuellement remplacé par un autre » (Mèd’céline).
J’ai pensé qu’il valait la peine de creuser un peu la question me rendant compte que ces réactions contrastées renvoyaient à des conceptions assez différentes de l’écriture en ligne et des rapports que l’on entretient soi-même avec sa propre écriture et avec le passé de son écriture. J’avais donc commencé un billet là-dessus que j’ai ensuite laissé en plan. Je l’ai repris ce soir et le voici.
Il me semble qu’on pourrait opposer ceux que j’appellerais, faute de mieux, des blogueurs du temps court à d’autres que je dirais blogueurs du temps profond.
Pour les premiers ce qui
compte surtout c’est le billet du jour, ou en tout cas les billets récents,
ceux qui sont vivants dans l’immédiat, qui puisent leur saveur dans leur
actualité, qui existent avant tout en tant qu’ils sont support d’une
communication. Ils valent par l’exercice d’écriture qu’il représente (écrire le
blog c’est comme faire ses gammes, je crois que Coum a employé cette expression
quelquepart). Ils valent par la valeur propre, individuelle, à laquelle chaque
billet atteint, leur empilement n’est que le fruit du temps qui passe et n’apporte
pas de dimension supplémentaire.
Pour les seconds
l’accumulation des billets fait sens. Se sculpte alors progressivement
quelquechose qui tire sa valeur des continuités ou des évolutions qui
apparaissent ainsi que des allers et retours qui s’effectuent entre le passé et
le présent. La succession des billets s’inscrit dans un « work in
progress » et finit par former œuvre si je peux employer ce terme sans
qu’on y mette aucun jugement de valeur qui en ferait quelquechose de supérieur
aux blogs du temps court. Et au-delà ce travail en regard du texte passé
contribue à la construction permanente de soi : le moi d’aujourd'hui est
informé, enrichi, par le moi d’hier.
Etre blogueur du temps court
ne signifie pas qu’on n’attache pas d’importance à ce qui a été écrit et qu’on
ne verrait pas son site disparaître avec déplaisir en cas par exemple de crash
de son hébergeur mais néanmoins on n’aura pas la même obsession de la
conservation de ce qu’on a écrit. Enlever un billet dans lequel on ne se
reconnaît plus, voire effacer carrément un blog passé ne sera pas inconcevable.
Il en est tout autrement pour les blogueurs du temps profond. J’aurais pour ma
part le sentiment de me mutiler ou d’être infidèle à moi-même en enlevant la
moindre ligne de ce que j’ai écrit. J’ai eu d’ailleurs la même réaction quand
j’ai déposé à l’APA, mon texte Traces. Il y avait là des pages dont j’étais
gêné qu’elles puissent être lues et dans lesquelles je ne me reconnaissais
plus, mais il m’a paru impossible de remanier ce texte d’une quelconque façon
(ou alors il aurait fallu réécrire complètement, en faire tout autre chose,
n’utiliser ces vieux textes que comme un matériau).
Ces deux conceptions
induisent plus d’une différence. Les blogueurs du temps profond intègrent
souvent au sein de leur texte des liens vers des pages passées, ils attachent
de l’importance à la présentation de leurs archives pour faciliter la
navigation temporelle dans le texte. Je complète pour ma part l’archivage
basique qu’offre canalblog par une page particulière, hébergée sur mon ancien
site, dans laquelle je fais figurer non seulement les dates de mes billets,
mais leur titre, voire une explicitation de leur sujet. Cela me sert à moi
d’abord bien sûr, mais il me plaît que d’autres aussi puisse de la sorte aller m’explorer
sous toutes mes coutures dans la profondeur du temps. Cette possibilité de
navigation dans le temps est une des vertus principales que j’ai trouvé à
l’écriture en ligne dès que j’ai commencé à la
pratiquer. C’était quelquechose d’impossible à réaliser avant l’informatique.
Enfin presque impossible : Qu’est ce que « Le temps immobile »
de Claude Mauriac sinon une magnifique approche intertextuelle, avant même qu’existent les moyens techniques que
l’informatique nous a depuis offert ?
Les blogueurs du temps long
attachent aussi sans doute moins d’importance à la communication immédiate avec
leur lecteur, en tout cas celle-ci pèse moins dans la détermination des billets
qu’ils écrivent. Il est significatif que certains refusent même la forme du
blog et préfèrent en rester à des sites classiques, n’offrant pas la
possibilité de déposer des commentaires. Je pense à Eva bien sûr qui s’est
souvent exprimée sur le sujet mais à d’autres anciens aussi comme par exemple,
Ophélia l’Immédiate ou d’autres.
Bien sûr comme toute
opposition celle-ci n’a rien d’absolue. Chaque blog se situe sur un continuum
entre les deux extrêmes. N’empêche il me semble que poser cette dichotomie est
pertinent pour expliquer bien des différences dans nos façons de bloguer et
fécond pour permettre à chacun de mieux comprendre sa propre pratique.

