04 avril 2008
Googlerie
La googlerie est une
ressource sympathique pour un blogueur un peu en panne d’inspiration.
Ou plutôt en panne d’énergie
pour écrire parce que ce n’est pas l’inspiration qui me manque, des idées de
billets j’en ai à la pelle mais j’ai la flemme de les rédiger.
Donc je fais une googlerie. Pour ça il
me suffit d’aller faire un tour dans les statistiques et de récapituler les
requêtes qui ont conduit jusqu’au blog. Après ça s’écrit vite, sans effort,
c’est léger, ludique et parfois assez drôle mais aussi en fait non dénué
d’enseignements.
Chez moi le top
incontestable des requêtes c’est « amitié amoureuse » sous diverses
déclinaisons. C’est une requête quasiment toujours présente et souvent avec
plusieurs occurrences. C’est signe que ces questions autour du relationnel font
partie de celles que les gens se posent beaucoup. Et je suis content si les
réflexions que j’ai formulées sur ces sujets peuvent éclairer ou faire penser
des inconnu(e)s en recherche sur le sujet, les éclairer ou même qui sait les
aider comme certains m’en ont fait part.
M’émeut de voir aboutir chez
moi assez souvent des gens qui ont tapé « texte à lire pour la mort d’une
maman » ou « enterrement d’une maman ».
J’aime à penser aussi que
certains, tapant des requêtes sur des livres ou des films, trouvent plaisir
aux avis que je donne et sont incités à une lecture. Ces requêtes sont très
variées, mais certains titres ou auteurs reviennent plus souvent que d’autres.
Cela ne reflète pas ce que les gens tapent mais plutôt la façon dont mon
article se situe sur un sujet dans la masse de ceux qui sont produits. C’est
pourquoi il y en a moins pour les livres ou films extrêmement connus pour
lesquels j’imagine qu’il y a quantité d’articles qui viennent avant les miens.
Mais ça me plait bien ça aussi, que ce ne soit pas forcément les œuvres les
plus connues qu’on découvre par mon intermédiaire.
Il y a les requêtes
sexuelles basiques sans intérêt. J’ai eu plusieurs « lavement
érotique ». Erotique ça oui je l’ai écrit plus d’une fois. Mais
lavement ? Enfin maintenant c’est fait, l’amateur peut revenir !
Plus amusante sont les
cocasseries qui évoquent des fantasmes anodins mais assez particuliers ou de
simples conjonctions de mots improbables. Pour être honnête ces cocasseries ne
sont pas si fréquentes, alors j’en fais collection, je regarde de temps en
temps et note celles que je trouve croustillantes, toutes celles que voici ne
proviennent pas d’un seul jour :
« femmes nues de
l’ancien temps faisant de la varappe »
« elle ne porte pas de
culotte au golf »
« deux filles nues sur
un tracteur »
« prépuce rouge et
ridé »
« se mettre dans la
peau d’un lézard »
« sac de voyage pour
chien alter-ego »
Le fonctionnement de Google
garde pour moi une part d’insondable mystère. Parfois je me demande vraiment
comment la requête peut aboutir à mes pages. Certes les mots sont tapés sans
guillemet donc le robot peut aller chercher des termes dispersés dans une
séquence de texte éventuellement assez longue. Mais tout de même je ne me vois
pas écrire certains de ces mots, même éloignés les uns des autres. Prépuce j’ai
beau creuser je ne vois pas à quelle occasion j’aurais pu employer ce mot. On a
un vocabulaire bien limité finalement !
Mis bout à bout tout ça est
assez surréaliste, comme une sorte de cadavre exquis et peut conduire à des
rêveries drolatiques. Je ne peux m’empêcher d’imaginer une saynète associant
l’ami Pierre, une mémé et son cabas, un jeune chien sautillant. Tiens ce serait
une idée ça pour des ateliers d’écriture : faire des texte à partir des
requêtes qui aboutissent sur nos blogs!
31 mars 2008
Paradoxe de l'anonymat
J’ai été ces jours derniers
et le suis encore dans un tourbillon d’activités qui m’ont conduit à écrire ou
à m’exprimer sous diverses modalités sur des sujets qui n’ont rien à voir avec
mon activité professionnelle gagne-pain et beaucoup avec ce qui fait une grande
part de ce blog, l’écriture et l’expression de soi.
Mais ce sont des activités,
éventuellement relayées sur internet ou d’autres médias, que j’ai effectuées
sous mon identité réelle, avec mon nom d’état civil. Du coup je n’en parle pas
ici, ou alors de façon allusive ou décalée, contrairement à l’envie que j’en
aurais et ça m’agace de plus en plus. J’aimerais bien pouvoir apparaître dans
l’unité de ma personne et qu’en tout cas les diverses pratiques ou expressions
que j’ai sur ces sujets dans mon blog et dans des expressions publiques
puissent se nourrir l’une de l’autre, être en synergie.
Oh je sais bien sûr que mon
anonymat est fortement compromis, et que pour qui cherche à savoir il n’y a
aucune difficulté à mettre un nom d’état civil derrière Valclair, que certains
même sans spécialement chercher ont dû se dire à l’occasion « ah mais
c’est bien sûr ! ». Ça ne me gêne pas plus que ça, parce qu’il s’agit
d’un monde relativement étroit, partageant les mêmes intérêts et vis à vis
duquel je me sens en capacité d’apparaître tel que je suis, ou tel que je me
ressens, avec mes faiblesses, avec mes tourments existentiels, avec mes
névroses.
Je suis rompu à donner de
moi à l’extérieur l’image de quelqu'un à l’humeur positive, droit dans ses
bottes, plutôt sûr de lui dans les relations sociales non intimes (non, dire
que je suis rompu à donner cette image n’est pas exact, la formule supposerait
une action volontaire de ma part, voire une volonté de tromper mon monde, je devrais
dire plutôt que c’est une image que je donne, que j’ai toujours donnée
automatiquement, naturellement, peut-être par réflexe, tout simplement, pour me
protéger). Bref accepter que cette image soit écornée, s’en sentir même plutôt
content parce qu’à travers elle j’accéde à une plus grande authenticité, à
travers elle je suis une personne, ma personne, et non un personnage, tout ça
c’est déjà un grand pas, c’est déjà le signe d’une meilleure acceptation de
soi.
Mais c’est autre chose
d’imaginer voir mon nom de blog exposé côte à côte avec mon nom d’état civil,
lien d’évidence, immédiatement perceptible sur le moindre moteur de recherche
par n’importe qui au sein du vaste espace de nos relations sociales
superficielles, famille assez proche ou lointaine (la famille toute proche
c’est une autre question dont les enjeux ne sont pas les mêmes), vagues
« amis » ou relations, collègues du monde professionnel surtout,
qu’ils me soient hiérarchiquement « supérieurs » ou plus encore
peut-être « inférieurs ». N’ayant plus la moindre « ambition de
carrière » je devrais être parfaitement à l’aise de ce point de vue mais
je ne le suis pas, je ne me vois pas faire face à d’éventuels comportements
malveillants ou simplement à des sourires narquois : « vous savez,
machin, ce drôle de type qui s’étale sur internet ».
Coumarine raconte bien
comment peu à peu son nom N.V. (c’est curieux, j’ai encore une réserve
justement à écrire son nom entier, comme par un reste de pudeur, qui certes n’a
plus lieu d’être depuis la publication de son livre) s’est trouvé publiquement
associé à son nom de blogueuse et les conséquences qu’elle en a tirées. Après
une phase d’inquiétude elle ne s’y est opposée que fort mollement ce qui est
normal car pour elle la priorité était de faire fructifier sa « petite
entreprise » littéraire et d’atelier d’écriture et l’articulation de ses
deux identités ne pouvaient qu’y être favorable. Du coup elle a lissé son blog,
en a retiré une part de ce qui était trop personnel ou éventuellement gênant du
point de vue des relations personnelles ou familiales.
Pour ma part, quoiqu’il
arrive, je n’envisage pas de lisser mon blog. Sa part dite intime, celle dans
laquelle je vais le plus au fond de moi et de mes contradictions, est celle qui
m’apporte les plus grandes satisfactions tant par le simple fait de parvenir à
m’exprimer là-dessus sans tabou et sous le regard des autres, que par les
retours que j’en ai à travers des commentaires, des mails privés, des amitiés
construites.
Alors parce que pour
l’instant je ne suis pas prêt à m’assumer entièrement sur ce plan vis à vis de
tous je diffère l’idée d’un coming out total, celui dans lequel j’assumerai
dans des réunions publiques, dans des articles de presse de dire : je
m’appelle X et je tiens le blog « Les échos de Valclair ». Ce n’est
pas l’envie qui m’en manque par moments. Moi aussi je me sens l’envie de faire
fructifier Valclair par X et réciproquement. Ça viendra sans doute mais je n’y
suis pas encore prêt. Pour l’instant j’assume le paradoxes et j’entretiens ce
qui me reste d’anonymat.
Enfin si X a beaucoup
travaillé, beaucoup écrit, y compris presque tout ce week-end et qu’il n’en
parle pas ici, Valclair a quand même eu le temps de voir « Dans le
Darjeeling express », film dont il s’est régalé et puis ce soir en sortant
du bureau, après la pluie et le vent mauvais de ces derniers jours, il y avait
un soleil doux et des oiseaux chantaient, ça sentait le printemps. Valclair et
X se sentaient tous les deux en haut régime, portés par les activités de ses
derniers jours, même s’ils ne parviennent pas encore à les tresser ensemble
harmonieusement pour le dehors.
20 mars 2008
A distance
Je me sens à distance de mon
clavier comme je me sens à distance de mon cyber monde.
J’ai peu été lire mes
blogamis ces derniers temps, je ne suis pas du tout passé sur les ateliers
d’écriture de mes amies Cassymary ou Coumarine depuis mon retour (sans parler
des Ricochets), le peu que j’ai lu je ne l’ai fait qu’en diagonale, je ne me
suis pas arrêté pour poser des commentaires, je n’ai pas écrit non plus de
mails privés. Ça ne veut pas dire que je ne pense pas à mes blogamis, que je ne
pense pas à vous, mais j’y pense à distance et sans volonté d’interagir. Je
sais très bien que toute prise de distance entraîne le risque d’un éloignement,
que tout ce qui n’est pas entretenu court le risque de délitement mais sans
doute ai-je assez confiance dans ce qui s’est noué de relations profondes pour
croire qu’elles peuvent supporter les intermittences.
Pas plus d’ailleurs n’ai-je
eu vraiment l’envie d’écrire alors que bien des sujets de billets me sont
passés par la tête ces derniers jours, textes dont j’ai la conviction qu’ils
auraient pu intéresser ici ou là, entretenant le goût de mon lectorat à venir
me lire régulièrement. Mais je ne me suis pas forcé à écrire et n’en ressens
pas de culpabilité.
C’est aussi d’ailleurs une
façon de me prouver que je ne suis pas trop dépendant de mon cyber monde, que
je ne suis pas blog-addict. J’écris peu, j’interagis peu, on viendra moins me
lire, cela m’ennuie sûrement un peu mais pas suffisamment pour que je m’impose
d’écrire seulement pour entretenir ma présence. Ouf je reste conforme à ce que
j’ai toujours voulu : pouvoir être content et satisfait d’être lu et
apprécié, ça je ne le nie pas du tout, mais ne pas pour autant me rendre
dépendant de cette envie d’être lu.
Mais au-delà et plus
profondément j’ai l’impression que ce retrait partiel a quelque chose à voir
avec mon rapport au temps. Je ne veux pas me laisser bousculer par lui, je ne
veux pas tenter de le retenir, je le laisse juste filer, je me laisse filer
avec lui, me contentant d’une simple présence à mon présent y compris dans ses
aspects les moins exaltants. Ce n’est pas donc un triomphant « carpe
diem », car ce présent n’est pas forcément spécialement agréable, il y a
eu certes la caresse du soleil sur ma peau ce matin en partant au bureau mais
il y aussi l’enfermement dans mes rituels quotidiens ou dans mes tâches
professionnelles répétitives.
C’est une sorte de mise à
l’écart de la volonté de faire, de produire, d’obtenir un résultat, dans
quelque domaine que ce soit, produire de l’action, produire des écrits,
produire ou vivifier des relations, produire ou vivifier des désirs.
Ce n’est pas pourtant de la
dépression. Je ne vis pas cela mal comme parfois où j’ai pu ressentir cette
sorte de passivité comme une abdication, comme le signe d’un engourdissement
mauvais de la volonté et de la capacité d’action.
Peut-être pourrait-on y voir
une forme de sagesse, celle de l’acceptation profonde de ce qu’on est et du
quotidien qu’on s’est construit.
Je ne le vois pas comme ça
non plus. Je ne veux pas valoriser cet état d’esprit et le poser en alternative
d’un autre qui serait plus volontaire, voire excessivement volontariste.
Non je ressens plutôt cet
éloignement comme lié à un rythme, j’ai ce besoin temporaire de relative mise à
l’écart, il durera ce qu’il durera, peut-être très peu longtemps, comme
l’atteste déjà ce billet que j’ai éprouvé le besoin d’écrire et que j’ai
produit ce soir agréablement et sans effort.
19 janvier 2008
Marasme d'écriture:
Je commence un billet que je
ne termine pas. Tout en commençant à l’écrire l’idée d’un autre voire d’un
troisième, surgit qui me paraissent plus appropriés à mon humeur, plus proches
de moi dans le présent immédiat. Je pose des mots, des bouts de phrase, je vois
si la mayonnaise prend ou pas. Ça ne prend pas. Alors je pédale dans la
choucroute de mon indétermination d’écrire…
D’autres fois le sujet est
bien engagé mais bataillent en moi la phrase brute pour moi seul et celle à donner
en partage mais qui nécessite le recours à l’allusion ou dans laquelle
le souci de la forme peut inconsciemment entraîner un gauchissement du sens.
Les mots parfois prennent leur vie autonome. Au point que moi-même je ne sais
plus exactement où je suis, si je suis dans l’authenticité ou dans une forme
inconsciente de travestissement. Les mots qui normalement sont là pour éclairer
finissent par embrouiller...
Dilemmes habituels du
diariste, mille fois rencontrés !
J’écris ? Je n’écris
pas ? J’écris quoi ? J’écris pour qui ?
Compliqué !
pesant ! déstabilisant !
L’autre nuit par exemple,
tandis que j’insomnisais, j’ai commencé à jeter des mots sur mon carnet qui ont
fini par être l’amorce possible de trois billets.
L’un voulait évoquer Clara
Rojas, je voulais parler de cette parenthèse terrifiante dans laquelle elle a
été maintenue, et de la vie et de l’amour qui ont pu s’immiscer pourtant dans
cette parenthèse, au point qu’elle puisse aller jusqu’à ce terme du don de vie
qu’est l’enfantement et je trouvais que, dans son horreur, c’était une belle
histoire…
Un autre billet potentiel
s’acharnait à essayer de rendre compte de lectures récentes mais déjà
éloignées, je voulais parler de « Mal de pierre » de Milena Angus
(j’ai beaucoup aimé) et « Des dames de nage » de Bernard Giraudeau
(j’ai été agacé, joliesse littéraire et clichés exotiques), je voulais essayer
de dire pourquoi l’un était fort et pourquoi l’autre ne l’était pas...
J’ai oscillé un moment entre
le premier et le second billet et les mots venaient mal pour l’un comme pour
l’autre. J’ai commencé à ressentir mon effort comme un pensum. Que faisais-je
vraiment en tentant d’écrire ça ? Pourquoi voulais-je m’acharner ?
N’étais-je pas seulement dans la volonté d’alimenter le blog, ce soiffard, qui
en veut toujours plus ? Pas de vraie nécessité intérieure à mon écriture
sinon celle d’écrire le billet qui fera bien dans le paysage, la petite pensée
sensible ou la note culturelle gentillette. Pouah ! De là j’ai commencé à
écrire au plus près, dans l’immédiat de ce malaise ressenti. Ça non plus, ça ne
voulait pas décoller, impression d’éternelles redites, de récurrences sans
intérêt. Pensées de l’impasse de l’écriture intime, celle du blog comme celle
du cahier secret. Névrose de l’écriture ! Aucun de ces billets sur le
moment n’a abouti. J’ai fini par me rendormir dans le malaise.
Contrairement à d’autres
fois, l’effort d’écriture ne m’a pas apaisé. Au contraire le marasme d’écriture
a contribué au marasme général. Dans ces cas là il vaudrait mieux s’abstenir ou
mettre l’écriture à distance.
Ou alors il faudrait pouvoir
écrire tout à fait autrement, tout à fait autre chose, tout à fait ailleurs.
Tentation de la fiction ! Le plaisir des mots et de la créativité sans
l’encombrement des nœuds de soi, ou plutôt en les dépassant, en les sublimant…
Ce matin je me sens au
contraire plus pétillant. Porté sans doute par une lecture tonifiante qui me
fait du bien, dont je reparlerai sûrement et aussi par une perspective
plaisante pour la suite de ma journée. J’ai repris du coup sans peine ce
malaise de l’autre nuit, y compris en réutilisant les mots que j’avais commencé
à écrire sur le moment (donc finalement ils n’ont pas été tout à fait vains).
Ça donne ce billet, que je sens juste, conforme à moi-même, même s’il n’est pas
dans la coloration du jour. Mais c’est une facette de moi, absente ce matin,
mais je ne m’illusionne pas, je sais qu’elle reviendra comme reviennent aussi
les moments plus légers…
13 janvier 2008
Incarnation
Je faisais ce matin un petit
zapping dans le blogomonde, une tournée des blogamis que je n’ai guère été
visiter ces derniers temps. Je suis dans une phase où j’ai pris un peu de
champs par rapport à internet et à l’écriture, vous le voyez d’ailleurs, il n’y
a pas beaucoup de billets chez moi depuis ce début janvier même si les sujets
sur lesquels j’aimerais me pencher ne manquent pas.
Bref, ainsi me promenais-je,
un peu distraitement, avec la radio en fond sonore...
Je suis arrivé chez Ondine.
Je n’avais pas encore vu ses vœux et le cadeau
qu’elle nous fait pour ce passage d’année. J’ai lancé. J’ai éteint la radio
évidemment. Je me suis mis à écouter, à écouter vraiment. Malgré la sonorité un
peu défaillante liée sans doute à l’instrument sur lequel elle a joué, ou
peut-être justement à cause de cette imperfection qui donne la vérité d’un
moment plus que ne le ferait un enregistrement épuré, nettoyé,
professionnalisé, c’était une présence tout à coup qui m’était donnée. Beaucoup
plus forte que dans les mots. Comme une incarnation. Merci Ondine.
C’est étrange la force de ce
sentiment de proximité au moment où arrive le son. Il y a des formes diverses
de progressive dévirtualisation avant que, peut-être, on ne finisse par
rencontrer les personnes en face à face. La photo que l’on échange en est une.
Mais le son, qu’il soit celui de la voix ou, ici, celui transmis par les doigts
courant sur les touches du clavier musical, me paraît intensément plus puissant,
plus charnel.
Je me souviens d’avoir eu
déjà ce sentiment, il y a longtemps à l’échelle d’internet. C’était Lou, je ne
sais si elle s’en souvient, il me semble que c’était pour souhaiter des vœux
mais je n’en suis plus très sûr, en tout cas elle disait une courte phrase et
en un instant elle était là, avec la rondeur de sa voix, avec son accent
québécois, ça m’avait fait une impression incroyable, le sentiment d’une
première et puissante dévirtualisation en un temps où ma pratique d’internet ne
m’avait encore fait rencontrer personne.
Depuis Ondine a mis aussi un
prélude de Debussy arrimé à sa jolie nouvelle « ce que dit le vent
d’ouest » et à la météo québécoise du moment, ici la sonorité est
parfaite.
02 décembre 2007
Ménage
Ce dimanche au temps
tourmenté, ça sent le cocooning…
A onze heure la maisonnée, à
part moi, est encore sous la couette. Il faut dire qu’il y a du virus dans
l’air. Bilbo était plié vendredi au point de ne pouvoir aller au lycée, là
c’est Constance qui, au retour de la réunion familiale, où nous étions hier
soir s’est découvert un méchant trente neuf cinq !
Après ma rituelle expédition
du dimanche matin au marché j’en ai profité pour faire une grande tournée des
blogs. Plaisir de retrouver, au delà de ceux que je lis fidèlement, d’autres où
je passe plus épisodiquement et plaisir aussi, toujours vif, de nouvelles
découvertes. J’ai pris notamment du temps pour remonter les ricochets de
certains des participants de cette aventure d’écriture. Il n’y a pas à dire.
C’est une belle idée qui produit un joli kaléidoscope de vies. Je suis frappé
par la qualité de la plupart des textes. Il y a une diversité qui est dans le
fond bien sûr des expériences humaines racontées mais aussi dans l’approche et le
style. Par exemple, d’un texte à son voisin immédiat, j’ai pu me régaler et
sourire à l’évocation enlevée de la Fête de l’Huma à travers les yeux de la
petite Koz et avoir le cœur serré au texte poignant d’Aglaï devant la
décrépitude rapide de sa grand mère (un exemple parmi beaucoup d’autres).
J’en ai profité aussi pour
faire un peu de ménage dans mes liens. C’est toujours une opération délicate
avec ce risque de peiner un peu ceux qu’on écarte. Il n’y a pas de problème
pour ceux qui se sont effacés (et il y en a plus d’un ces derniers
temps !) mais c’est moins évident pour ceux qui seulement se font trop rares
ou pour ceux qu’on lit moins tout simplement parce que ne peut pas tout lire et
parce que le plaisir de la blogosphère c’est aussi d’aller naviguer vers des
terres inconnues.
Mais il me faudrait faire un
peu de ménage dans ma tête aussi. Il y règne pas mal de confusion et
d’incertitudes en ce moment. Il y a eu quelques chocs ces derniers jours,
quelques interactions pas vraiment souhaitées entre blogovie et vie terrestre,
certaines dans l’ordre des faits (ce qui au fond n’est pas bien grave),
d’autres dans l’ordre plus profond des pensées, des présences, des affects (ce
qui est plus sérieux et plus déstabilisant). Je dis souvent que j’aime bien
cette ligne de crête où je chemine m’exposant publiquement jusqu’à la limité de
la mise en danger. Je ne répugne pas même à un peu de mise en danger car elle
me fait avancer. Mais point trop n’en faut, la pente est glissante, le dérapage
facile. Il y a des risques de perte de contrôle à cause d’une fuite en avant
possible de billets en billets. Je n’ai pas l’intention de décrocher ou même
de faire de pause. Je suis trop attaché à ce que cette mise en ligne/mise en jeu
m’apporte. Mais où suis-je, moi, dans tout cela, c’est la vraie question, où
est le centre, la colonne porteuse, pour autant qu’il y en ait une, à partir de
laquelle je pourrai définir mes chemins et mes priorités ?
Quoiqu’il en soit je dois
m’interdire le trop d’écran. J’en ai déjà bien assez « mangé » ce matin
et ce début d’après-midi. Même si je ne bouge pas de la maison, pas question de
passer la journée à zapper, je vais éteindre la machine infernale et délicieuse
dès que j’aurai publié. Mon cocooning sera de lecture sur de bons vieux livres
papiers. J’ai commencé ma relecture de Vailland. Après un voyage dans la France
du printemps 1944 avec « Drôle de Jeu »déjà achevé, je file à présent
dans l’Italie du Sud du milieu des années 1950 avec « La Loi ».
20 novembre 2007
Zapping temporel
Un blog ce n’est pas seulement sa surface au jour le
jour, c’est aussi sa profondeur, ce qui résulte peu à peu de l’accumulation
semaines après semaines, mois après mois, années après années de couches
successives d’écriture, un millefeuille de la vie.
Et pour moi ça commence à faire, voilà presque cinq
ans que je suis en ligne. Ce qui ne manque pas de déclencher un léger vertige.
Cinq ans déjà !
Je fais un tirage papier de mon journal tous les ans.
Ça me fait une grosse liasse par année, pour l’instant ce sont des feuilles
volantes dans une chemise, il faudrait au moins que je prenne la peine de les
relier. Mais de toute façon ce n’est que le texte, il n’y ni les photos, ni les
commentaires, ni bien entendu les liens. Il m’arrive de feuilleter. Le papier
certes c’est plus agréable pour une éventuelle lecture en continu. Mais
lirais-je jamais en continu ? Je ne pense pas. Redérouler le temps prend
vite un aspect angoissant, pour qui l’a écrit, pour qui l’a vécu, ramenant à la
figure du diariste la vanité de son entreprise, conserver l’inconservable,
arrêter le temps.
Par contre le zapping peut être agréable. Ça c’est la
magie des liens internes qui permettent de s’affranchir de la lecture linéaire,
d’ouvrir quasi simultanément plusieurs tiroirs du temps. On se fait ainsi à soi
même des clins d’œil mais parfois aussi quelques grimaces. Certaines anecdotes
ne nous disent plus rien, elles sont oubliées, en retrouver les mots n’y
changera rien. Dans d’autres cas le souvenir est encore là, tapi dans les
replis de la conscience, la lecture des mots peut en raviver l’image, ramener
plus fortement l’ambiance de l’instant. A moins que la lecture du texte écrit
sur le moment ne contredise au contraire le souvenir qu’on a gardé. Ah bon, ce
bouquin je l’avais perçu comme ça en le lisant, bizarre ! Tout est
possible, c’est ce qui crée les surprises et fait le charme de ce genre de
promenade à rebrousse temps.
En fait j’avais eu envie d’aller à la rencontre d’un
tout début. Je voulais retrouver quelque chose du moment où avait commencé de
se construire ce qui allait devenir une certaine blogobulle. C’était là. Je me
revois très bien dans ce café, attendant, avec l’inévitable pointe d’angoisse
de ce genre de situation, je revois très bien l’arrivée de celle que
j’attendais, son mouvement pour s’asseoir, son sourire, la façon dont les uns
les autres on s’est reconnus, le tour de chant lui-même, la jolie dame discrète
qui nous observait, le pot pris tous ensemble ensuite... Et de là j’ai eu envie
d’aller ici, à cette soirée qui fut le grand moment de cette blogobulle. Bien
des blogs dont elle se nourrissait ont disparu ou sont en sommeil. Qu’importe,
ce furent de très jolis moments qui restent pour eux-mêmes et il en reste des
amitiés oh combien vivantes, oh combien précieuses.
De là j’ai filé à mes tous débuts, retrouvant avec un
zeste d’émotion mes premiers balbutiements en ligne. Je dis toujours :
j’ai commencé à écrire en ligne au 1° janvier 2003. Vrai et faux. Tout était
prêt mais il m’a fallu presque un mois pour oser faire le clic décisif,
permettant de basculer dans l’océan extérieur, vers ce vaste monde qu’on
n’appelait pas encore la blogosphère. Et il m’a fallu encore une bonne
quinzaine pour commencer à me donner un peu de visibilité en osant m’inscrire à
la CEV.
Evidemment une fois rendu là-bas, dans ce vieux temps
du diarisme en ligne, je ne pouvais qu’avoir envie de cliquer sur les liens de
l’époque. La plupart évidemment mènent au vide. Pas tous. Ils permettent alors
d’entrer dans le temps passé d’autres diaristes, certains qui ont déserté leur
espace, d’autres qui sont toujours actifs.
Certaines préoccupations ne changent pas. Fixer le
temps déjà disait Eva. Elle le dit toujours, je le dis toujours, nous savons
parfaitement que la tentative est vaine, c’est là peut-être notre névrose
commune à nous tous diaristes au long cours, que nous soyons de papier ou de
clavier.
Amusant un moment cette plongée. Il ne faut pas en
abuser. La rétrospection ne vaut que pour enrichir le présent. Allez, j’ai des
mails à écrire pour préparer demain…
13 novembre 2007
Cas d'école
Bien sûr le blog c’est de la
communication même si au début je pouvais m’imaginer que ce n’était que de
l’écriture pour moi juste déposée dans un espace abstrait, sous les yeux d’un
lectorat lointain et anonyme, sans que ça porte à conséquence.
C’est de l’écriture pour soi
et c’est de la communication, indissociablement.
Et c’est dans la tension
entre ces deux sources que l’écriture doit trouver son chemin, ce qui est
parfois bien compliqué voire périlleux.
Je me suis posé de nouveau ces
questions ces derniers jours et j’ai envie de revenir dessus.
Quand en Bretagne j’ai écrit
le texte « Ambivalence » il est sorti comme une évidence, expression
d’une contradiction ressentie au plus profond. Déjà en l’écrivant puis ensuite
en me relisant je me suis demandé si ce billet allait être pour la mise en
ligne ou pour moi seul, pour le hors ligne rassurant de mon fichier word, tapi
au fond du disque dur de mon ordinateur. Je n’ai pas biaisé son écriture par
cette pensée, je me suis dit, je verrai, je déciderai une fois qu’il sera
écrit. Ce billet je le juge difficile pour l’extérieur parce qu’il me montre
pataugeant dans les mêmes contradictions mille fois dites, parce qu’il peut
donner lieu à de mauvaises interprétations, parce que surtout il met sur la
place publique (enfin, la placette, ne nous exagérons pas la portée de nos
mots !) des éléments relationnels qui ne concernent pas que moi, qui
concernent aussi Constance laquelle est, quoique de façon très soft et
distanciée, mise en quelque sorte en ligne à son insu.
Donc j’ai d’abord penché
pour garder ce billet hors ligne. Mais je réalise que le hors ligne, le hors
communication m’intéresse de moins en moins. Je suis passé par-dessus ma gêne.
Je ne le regrette pas. Je le sens juste ce billet, authentique, il contribue au
portrait qui finalement se trace de moi de fragments en fragments, de facettes
en facettes, portrait bien sûr toujours irrémédiablement partiel et incomplet.
Qu’Ondine avec discrétion écrive en commentaire « touchée plus que je ne
voudrais l’admettre » à soi seul justifierait à mes yeux sa publication
car je me doute bien qu’au-delà d’elle qui s’exprime, ce texte comme beaucoup
qui sont dans le registre dit intime, fait écho de façon personnelle chez
d’autres qui restent silencieux.
Il y aurait aussi la
possibilité, que certains utilisent, du blog bis, réfugié dans un anonymat
mieux défendu, à l’écart du signalement des blogroll, dont l’adresse ne serait
donnée qu’à quelques personnes avec lesquelles se sont nouées des relations de
confiance et où ne viendraient de surcroît que des passants de hasard. Cette
solution intermédiaire ne m’a jamais tentée, il me semble qu’elle crée plus de
problèmes qu’elle n’en résout, ce serait rajouter encore une couche, encore un
niveau de lecture, alors que je vise à construire, à affirmer l’unité de ma
personne au-delà des facettes que j’en donne dans la blogovie, dans la vie
quotidienne ou dans mon personnage social.
Alors sans trop me
compliquer la vie j’ai publié, avec simplicité et sans fausse pudeur.
Mais et c’est ça qui est
intéressant, j’ai éprouvé, sachant que j’allais publier, le besoin d’écrire
aussi l’entrée « Beau temps ». Comme s’il y avait besoin d’une sorte
d’atténuation à ce que j’avais pu écrire quelques jours plus tôt, besoin de dire
« voyez ce n’était pas si mal, ce « côte à côte » tout de même
c’est important ». Ce n’est pas du tout une entrée fausse ou forcée, elle
est authentique, c’est bien ce que j’ai ressenti, mais je ne suis pas sûr que
j’aurais écrit ces quelques mots, en eux-mêmes sans grand intérêt, s’il n’y
avait pas eu cette motivation de compléter l’entrée précédente. J’ai pu sans
doute publier « Ambivalence » parce que pour le lecteur le complément
en serait déjà là au moment même où il en prendrait connaissance, puisque,
éloignement d’internet oblige, mes trois billets de vacance auront été mis en
ligne au même moment.
Ce qui complique encore les
choses, c’est que cette communication est forcément multi adressée. Je le vois
bien si j’analyse à qui « s’adresse » mon récent billet « auprès
de… » : à la blogosphère large à laquelle j’ai plaisir à redonner
accès à ces textes que j’aime bien sur l’amitié amoureuse, à mes blogamis
auxquels je donne de mes nouvelles comme on le faisait parfois autrefois dans
certaines familles par les lettres collectives, à mes plus proches de la
blogobulle qui eux mettront des noms et des visages et des affects sur ma chère
brune et ma chère blonde, à celle enfin qui pour l’heure occupe le plus mes
pensées. L’écriture vient dans l’authenticité, il n’y a pas en elle un mot de
faux, mais tandis que je l’écrivais et de façon inconsciente tous ces
destinataires là étaient présents dans les replis de mon cerveau contribuant à
générer tel mot plutôt que tel autre. Et sans parler d’autre chose encore, un
poil plus pervers pour le coup, l’idée que quelque part peut-être on allait
légèrement « bisquer » à cette lecture, comme on dit gentiment dans
mon pays.
Mais tout ça aussi, surtout,
avec ce paradoxe majeur, terrible qui paraît invraisemblable mais qui est
pourtant, cette incongruité étrange qui fait que les seuls exclus sont ceux
dont on partage le quotidien !
Pessin l’avait très joliment dit en trois traits de crayons (et encore il aurait pu écrire : « je peux savoir ce que tu racontes sur moi ? (ou sur nous), ça en aurait été encore plus percutant !
24 octobre 2007
Archéologie: ma blogosphère 2004
L’autre jour je me suis
googlisé moi-même et à mon plus grand plaisir.
J’étais tombé peu auparavant
dans un commentaire chez Pierre sur un certain « chat fou », auteur
du « Narcissite », ce qui m’a rappelé un ancien d’internet croisé
autrefois. Chat fou ? chien fou ? Il y avait me semble-t-il une
mutation de l’animal. Après avoir jeté un coup d’œil à son blog actuel j’ai
tapé « chat fou narcissite » sur Google et j’ai vu apparaître dans
les résultats de la requête une de mes propres pages totalement oubliée.
Au début de ma pratique
d’écriture en ligne j’avais essayé de tenir une sorte de répertoire de mes
sites favoris avec mini descriptifs et suivis des sites pour signaler leurs
transformations principales, migrations, disparitions, changements
d’orientation. Au bout d’un moment comme ça devenait trop contraignant pour le
faire sérieusement j’avais désactivé le lien vers cette page, me contentant de
faire figurer plus banalement dans la marge de mon site un blogroll sans
commentaire.
Mais cette page elle est
bien toujours là sur internet, prête à ressurgir sous les couches accumulées
d’écritures, de sons, d’images produites dans l’immédiateté du présent. Des
couches qui se superposent. Oui c’est bien cela et qui me fait sentir à quel
point il est juste de parler d’archéologie. Et trois ans à l’échelle du net
c’est déjà une couche profonde, non sous les sables du désert mais sous
l’accumulation de nos babils démultipliés.
J’ai retrouvé là bien sûr
quelques uns de nos anciens, les diaristes au long court, toujours présents et
bien présents, n’est-ce pas Pierre, Eva, Alain, Lou, Marie, Sylvia et quelques
autres. J’en ai lu certains sans discontinuer, d’autres épisodiquement que j’ai
ensuite oublié, mais qui continuent d’être en ligne, parfois ailleurs, tel ce
« chat fou ». Enfin il y a là des sites encore présents mais devenus
muets depuis longtemps, d’autres encore qui ont carrément disparu soit de leur
propre initiative, soit parce que le serveur qui les hébergeait a mis la clé
sous la porte.
Je me suis promené avec
bonheur dans pas mal de ces liens. Lorsque je suis tombé sur ceux qui
pointaient dans le vide, je me suis dit : dommage. C’est tout un pan
d’histoires et de sensibilités humaines effacées. Des histoires minuscules
certes mais l’accumulation des histoires minuscules c’est une part de l’esprit
du temps. Et puis il y avait là-dedans aussi quelques très, très beaux textes,
je repense à l’instant par exemple aux beaux « secrets partagés » de
Cassandra mais il y en avait d’autres. Mais je sais aussi que certains
diaristes en ligne trouvent que leur écriture ne prend son sens que dans son
caractère éphémère. Alors bien sûr chacun fait comme il veut. Cela dit rien que
de voir les noms de ces sites disparus évoqués, rien que de retrouver cette
liste à laquelle je ne pensais plus et mes courtes présentations datées, cela a
été pour moi une bouffée agréable de passé.
La voici cette page.
Peut-être amusera-t-elle les blogueurs d’aujourd'hui qui n’étaient pas nés
alors (internautiquement parlant), peut-être émouvra-t-elle les diaristes
anciens en les remettant dans l’ambiance de ce temps.
31 août 2007
Lecteur
Je lis, je lis des blogs.
A assez haute dose depuis mon retour. Petit à petit j’ai comblé mon retard sur les blogamis. Mais j’en ai découvert
d’autres fort intéressants et/ou bien écrits et qui me font de l’œil. J’aime
beaucoup ça, la découverte de nouveaux blogs. C’est chaque fois l’occasion
d’une petite excitation, l’excitation de la nouveauté et de la découverte. Il
n’y a pas de borne. Chaque nouveau site même s’il lie souvent des diaristes
déjà connus de moi en propose aussi en général quelques autres non connus ou me
donnant l’envie de remettre le nez dans des sites que j’ai pu croiser et
vaguement fréquenter auparavant puis que j’ai laissé de côté comme c’est
inévitable. J’ai pris pas mal de plaisir ces derniers jours à ce musardage qui
s’explique aussi par le fait que je m’en suis sevré tout l’été. L’exploration
pourrait être infinie et je la continuerais bien au fil des liens. Mais il faut
savoir aussi mettre des limites et se préserver d’un dangereux envahissement.
La lecture des livres déjà
s’en trouve affectée. Car il y a certains livres dont la lecture ne se conçoit
qu’en prenant chaque fois une suffisante rasade, il faut aller au-delà de
quelques pages pour rentrer suffisamment dans des auteurs ou des préoccupations
qui ne coulent pas de source. Ainsi en est-il de ma lecture de Green. Elle
avait d’abord été un peu laborieuse, puis j’y avais trouvé mon rythme et mon
plaisir m’avançant sans peine dans la dernière semaine de mes vacances au trois
quart des quatre récits autobiographiques qui composent Jeunes années. Depuis
mon retour j’ai à peine lu quelques pages et j’ai du mal à trop petites doses à
me connecter avec cet homme avec qui je commençais à me sentir en compagnonnage
malgré nos abyssales différences de valeurs et de vie.
Mais il n’y a pas que les livres.
Car au-delà je vois bien combien ce plaisant musardage happe de mon temps et
aussi à quel point il focalise mon esprit, éloignant le reste de mon champ
mental. C’est là qu’est le danger le plus grand. Ces promenades faciles peuvent
détourner du plus important. Comme l’écriture peut le faire aussi d’ailleurs.
Pierre a beaucoup écrit là-dessus ces derniers temps. L’important c’est le
présent et la direction qu’on veut y prendre et ce à quoi il faut se coltiner
pour le faire. Je sais tout cela très bien mais ne m’en fais pas moins piéger
par les attirantes lumières de la blogosphère ou par mes investissements
d’écriture. Il ne s’agit pas de renoncer à ces découvertes pas plus qu’à écrire
d’ailleurs. Mais il faut trouver le bon équilibre et de ne pas se laisser
détourner, ne pas en prendre prétexte pour se laisser détourner…
