10 novembre 2009
Un week-end très culturel
Mon dernier week-end a été très rempli d’activités culturelles diverses. On va dire qu’il était riche donc…
J’ai été voir à la Cité de l’Architecture à Chaillot l’exposition issue de la consultation des équipes d’urbanistes et d’architectes travaillant sur le projet du Grand Paris, exposition symboliquement installée dans une des galeries historiques du musée afin de faire ressentir aux visiteurs que la démarche de réflexion sur le futur de l’agglomération ne peut s’envisager qu’articulé avec son précieux passé.
Les projets des diverses équipes sont très différents mais les constats sont largement similaires, ils pointent tous les contrastes excessifs entre l’intra périphérique et son au-delà, la nécessité de faire sauter ce verrou administratif et psychologique qu’est ce mur de Berlin dans les têtes, la nécessité absolue de créer des systèmes de transports concentriques pour décongestionner le cœur parisien comme celle de créer du lien dans des espaces qui sont déstructurés par le passage des axes de transport. Les enjeux en tous cas apparaissent clairement et sont d’une formidable ampleur, ce que ne réalisent pas ou peu les parisiens de l’intérieur que nous sommes.
Chaque matin à 7 heures quand j’aborde doucettement mon petit déjeuner avant de me rendre à pied à mon bureau, j’entends les commentateurs de France Inter qui indiquent le kilométrage des bouchons. A quel heure les gens se sont-ils levés ! Et il y au même moment des milliers de gens entassés dans les trains et les RER filant (ou pas, selon les conditions du trafic, des pannes ou des grèves) vers le cœur de Paris, quand bien même ce ne serait que pour y transiter. Il est clair que la question du transport est la plus cruciale, la plus urgente, et la mise en place de systèmes concentriques, évitant l’obligation de passer par le cœur de la cité est forcément présent dans tous les projets.
Au delà les réponses diffèrent et je serais bien en peine de pencher pour telle ou telle d’autant que le quartier libre donné aux équipes dans leur façon de présenter leurs projets ne facilite pas les comparaisons. Celles qui visant à contenir l’agglomération dans une superficie raisonnable me paraissent cependant plus fortes que celles qui voudraient la faire s’étendre considérablement, par exemple tout au long du Val de Seine de Paris au Havre. Quelques projets m’ont plus accrochés que d’autres, ceux de l’équipe Portzamparc, ceux de l’équipe Castro mais peut-être est-ce seulement parce que leur façon de communiquer et d’expliciter leurs choix était meilleure.
Maintenant je ne sais trop ce qu’il en résultera, les pesanteurs, les féodalités diverses et la crise par-dessus le marché sont de nature à réduire les ambitions des politiques, Nouvel a poussé récemment un sérieux coup de gueule là-dessus.
Au moment où je suis sorti de l’exposition, il y avait une belle éclaircie sur Paris, un ciel magnifique sur la Seine, sur la Tour Eiffel et, au-delà, sur les dômes et les toits de la rive gauche. Mais l’esplanade, outre ses habituels touristes se prenant en plate photo en pied devant la Tour et les dizaines de vendeurs de babioles diverses, était envahie par deux manifestations disparates, un groupe de tamouls protestant contre la répression au Sri Lanka, des gens venaient déposer des fleurs auprès d’une grande photo au décor très bollywoodien et aux couleurs léchées d’un personnage qui devait être un martyr de la cause, tandis qu’un peu plus loin, dans une ambiance plus échevelée, des guinéens protestaient contre la récente et sanglante répression dans leur pays. Je suis passé là devant, je ne saurais que dire ou que faire à l’égard de ces conflits que je connais à peine et que je sais pourtant bien réels, c’est juste comme une piqûre de rappel des malheurs du monde, juste de quoi faire saigner un peu ma mauvaise conscience.
Ensuite je suis descendu jusqu’au quai, je me suis promené dans l’exposition de photographes du monde installée devant le Musée du Quai Branly. Là aussi quelle variété ! Il faudrait s’arrêter, prendre le temps d’essayer de rentrer dans ces diverses approches et visions du monde. Mais voici que la nuit tombe, le vent, le froid se mettent de la partie, il recommence à pleuvoir, alors je n’insiste pas, je me contente de mon zapping, de mon survol non sans en ressentir une certaine frustration.
Le soir j’ai assisté à une séance de théâtre d’appartement où William della Rocca, qui continue son extraordinaire projet de donner en one man show la quasi intégralité du texte des Confessions de Rousseau. A chacun des livres des Confessions correspond un spectacle, il s’agissait ici du 6° livre, le bonheur aux Charmettes, l’étude, les soucis de santé, le voyage à Montpellier et la rencontre avec Madame de Jarnage, le retour à Chambéry et la douleur de se voir remplacé dans le cœur de « Maman », le séjour à Lyon puis le départ à Paris pour y présenter son système de musique. Le secret de la réussite tient à la façon dont William della Rocca investit le texte, la voix nouée, les larmes au bord des yeux, on croirait vraiment avoir en face de soi Rousseau lui-même revisitant, l’âge venu, ses bonheurs et ses douleurs d’autrefois. J’avais entraîné Constance dans l’aventure, un peu réticente au départ, se demandant comment deux heures de monologue d’un texte qui ne paraît pas à priori particulièrement théâtral pouvait ne pas être ennuyeux. Elle est sortie de là enthousiaste et m’a dit n’avoir pas décroché un instant. Le moment convivial qui suit ou les spectateurs et l’acteur échangent autour d’un buffet rajoute au charme de ce genre de soirée.
Dimanche au cinéma j’ai vu « Irène » d’Alain Cavalier. Le film m’a un peu fait bailler et en même temps j’y ai trouvé des choses formidables, plus nombreuses d’ailleurs à mesure que le film avance. Ça mériterait une note sur l’intérêt et les qualités ou faiblesses intrinsèques du film mais plus encore sur le rapport que j’ai entretenu avec lui, qui tient peut-être à une certaine lassitude que j’éprouve ces derniers temps face à la mise en mots de soi, laquelle a sans doute un rapport avec ma moindre appétence à écrire dans ce registre pour moi-même ces derniers temps.
Enfin j’ai participé à un café littéraire autour de Gogol. J’ai retrouvé l’équipe qui animait l’an dernier et avec laquelle j’avais participé entre autres à des soirées Vailland, Ernaux ou Vian. Le lieu a changé, la formule est un peu modifiée, plus structurée mais toujours basée sur des lectures faites par des participants eux-même . Je n’avais pas participé à ce café depuis plusieurs mois et cette fois je n’étais là qu’en spectateur. L’ambiance était chaleureuse, les lecteurs talentueux, les discussions avec la salle le plus souvent intéressantes même si il y a eu quelques débordements à partir de propos par trop généralistes qui font vite basculer vers des discussions de café de commerce. Un jeune violoniste s’est gentiment imposé pendant l’entracte puis a continué à faire l’ambiance pendant le dîner russe qui a suivi et auquel je suis resté, j’étais très content de retrouver cette bande.
Donc riche week-end en effet…
Et pourtant je méditais ! Je me disais que cette accumulation était heureuse mais que ce défilement accéléré était aussi générateur d’une certaine frustration. J’ai besoin il me semble de plus en plus souvent de lenteur, de temps de latence pour me recentrer moi dans le mouvement et les sollicitations. Et je me disais qu’à tout prendre j’avais plus besoin encore du ressac de la mer, du vent dans les arbres, de sentir mon corps vivant et présent à la nature et aux éléments. Les deux temps sont indispensables bien sûr mais j’ai de façon de plus en plus nette conscience de celui qui au final est le plus essentiel.
24 juin 2009
Expositions Cartier-Bresson
Lundi et mardi j’étais censé
être toute la journée en conclave professionnel. Par la grâce d’un nombre de
dossiers à traiter moins important que prévu nous avons terminé plus tôt.
Naturellement je ne me suis pas précipité pour repasser au bureau, j’ai au
contraire profité, alors que le soleil brillait sur Paris, de cette
demi-journée qui se dégageait pour m’offrir une balade et une expo. Ces moments
de loisirs imprévus ont un charme tout particulier que n’ont pas les week-end,
on jouit d’abord, et indépendamment même de ce qu’on en fait, du sentiment de
liberté qu’offre ce moment arraché à un planning corseté.
J’ai été visiter
l’exposition Cartier-Bresson qui vient d’ouvrir au Musée d’Art moderne de la
Ville de Paris. Elle reprend une exposition créée en 1975 et présentée à
l’époque à Fribourg, à Marseille, à Milan. Elle comporte moins d’une centaine
de clichés choisi par Cartier-Bresson lui-même et représente donc ce qu’il
considérait comme le plus représentatif de son œuvre à cette époque.
L’exposition est constituée de grands formats, présentés de façon sobre,
simplement collés sur des supports cartonnés sans encadrement ni vitre. J’aime
beaucoup Cartier-Bresson et j’ai pris un grand plaisir à cette déambulation
dans ses oeuvres majeures, certaines très connues mais d’autres que je n’avais
jamais vues.
Il y a toujours chez lui une
harmonie particulière entre la composition géométrique, le jeu des contrastes
de lumières que seul permet le noir et blanc, et son art formidable pour capter
l’instant, le moment précis où la scène qui pourrait être banale se charge de
sens et de force.
Il se tient en même temps
une autre exposition Cartier-Bresson à la Maison européenne de la Photographie
que j’ai vu il y a quelque temps. La MEP est un lieu que j’aime beaucoup avec
ses espaces diversifiées et relativement intimes qui permettent la présentation
simultanée d’expositions offrant à chaque fois des confrontations intéressantes
entre des techniques et des langages photographiques différents. Lors de cette
visite justement il m’était apparu comme une évidence que Cartier-Bresson
dominait pour moi et de loin les autres photographes présents et je m’étais
interrogé sur la raison de cette impression. Je crois que c’est parce que lui
seul créait en moi une émotion, pas seulement un plaisir esthétique ou
documentaire. C’est de la vie même que j’y vois, toute chargée d’humanité,
d’une humanité partagée dans laquelle on se reconnaît. De la vie aussi
immobilisée, arrachée au temps et c’est ce suspens précisément qui crée
l’émotion. Voyant les personnages de Cartier-Bresson il m’arrive d’être
traversé par cette pensée : ce jeune garçon qu’est-il devenu ? Cette
jeune fille, éclatante de jeunesse, de beauté, doit être maintenant une très
vieille femme, à moins qu’elle ne soit morte !
Toute photo bien sûr est un
suspens du temps et de la mort. Mais ce n’est pas pour rien que ce sont
précisément devant ces photographes « humanistes » que nous sommes
saisis par cette émotion. (Je sais que Cartier-Bresson réfutait ce terme qu’il
trouvait réducteur, n’empêche il me semble qu’il lui convient très bien).
« Le temps court et
s’écoule et notre mort seule parvient à la rattraper. La photographie est un
couperet qui dans l’éternité saisit l’instant qui l’a éblouie ».
« Photographier c’est
mettre sur la même ligne de mire, la tête, l’œil et le cœur ».
Les deux expositions ont
chacune leur force particulière. Les grands formats offrent une visibilité plus
grande et permettent de saisir de loin des ensembles. Mais à la MEP la qualité
bien supérieure des tirages donne des images qu’il faut scruter de plus près
mais qui sont bien meilleure, plus franches, plus fortes notamment grâce à la
plus grande profondeur des contrastes.
Si vous voulez voir du Cartier-Bresson , voyez les deux expositions et tirez plaisir de leur comparaison même. Mais si vous n’en voyez qu’une, voyez celle de la MEP.
19 mai 2009
Lumière d'Athos
Dimanche matin j’ai été voir
la belle exposition au Petit Palais consacrée aux « Trésors de la Sainte
Montagne ».
L’exposition est très
évocatrice de l’histoire des monastères et de la vie des moines du Mont Athos.
Elle est d’autant plus précieuse que les lieux sont peu accessibles, que seuls
de rares visiteurs accrédités peuvent se rendre sur place (et à condition
encore de ne pas appartenir à la gent féminine !).
On y découvre des œuvres
d’art magnifiques. Je connais mal l’art byzantin et j’en avais peut-être une
vision un peu hiératique et figée. J’ai été frappé ici en particulier par la
douceur, par l’émotion, par la vérité humaine qui se dégagent de certains
portraits, par exemple ceux de la série des quatre Saints de la Grande Deisis
de Vatopedi, ou encore des icônes de Saint Georges et de Saint Démétrios,
venues du même monastère.
Mais il y a beaucoup
d’autres choses très belles, des tissus, des livres enluminés, des reliures,
des pièces d’orfèvrerie, en particulier des enkolpia, ces pièces de petite
taille, destinées à être portées, suspendues au cou. Il y a là, avec la
vingtaine de pièces présentées et qui sont toutes d’une extrême finesse, par la
variété de thèmes traités, des techniques et des matériaux employés comme des
effets esthétiques obtenus, une sorte de mini exposition au sein de la grande.
La présentation dans des
salles qui ne reçoivent pas la lumière du jour permet de recréer l’ambiance
feutrée de lieux clos, la lumière vient de projecteurs discrets et de l’or et
des couleurs des tableaux et des tissus. Les chants des moines diffusés au
centre de l’exposition, rajoutent à l’ambiance. Quelques photos des sites
évoquent en contraste la lumière glorieuse de la mer et des ciels
méditerranéens.
Je m’interroge face aux
survivances d’un autre âge dont témoigne le Mont Athos. Je suis choqué
naturellement par la discrimination que représente l’interdiction de la
présence de toute femme sur place, par le fait que la péninsule ait une sorte
de statut d’exterritorialité conduisant à ce que les règles de droit commun ne
lui soient pas appliquées. Ces braves moines doivent nourrir au fond d’eux même
des pensées calamiteuses et d’un autre âge sur les femmes, dignes des
ayatollahs ! Mais bon, circonscrits tels qu’ils le sont, ils ne font pas
vraiment de mal. Je préfère que leur territoire reste dans sa particularité et
son isolement, comme une sorte de bulle de passé vivant parvenu jusqu’à nous,
plutôt que de devenir lieu de tourisme de masse soumis aux déferlement de
hordes touristiques peu respectueuses (souvenir, l’autre été, à Myra, sur la
côte lycienne, de ces tourbillons de touristes russes, aux accoutrements
contrastés, de la bimbo au minishort ras des fesses jusqu’à la grand-mère sous
son fichu, prenant littéralement d’assaut l’église Saint Nicolas, piaffant en
tentant de s’approcher des supposées reliques du saint, empêchant toute
possibilité d’accéder un tant soit peu à l’esprit du lieu !)
En tout cas cette exposition
ci m’a bien mené en voyage et c’était heureux.
Et puis ce soir, en sortant
du bureau, enfin, un peu de douceur de l’air, un peu d’ambiance printanière, ça
fait du bien…
30 mars 2009
et giboulées...
Samedi matin nouvelles
tentatives infructueuses et agacement à l’unisson.
Je réagis. Ne te laisse pas
bouffer ta journée mon garçon ! Je veux attendre de voir le fiston
pour avoir une idée de diagnostic avant de porter la machine à réparer. Il
vient en fin d’après-midi. En attendant il me faut choisir un petit
quelquechose sympathique à faire. J’hésite entre les primitifs italiens à
Jacquemart André et les expos de la Maison européenne de la photographie.
Je choisis celles-ci car
elles sont proches de se terminer.
Je pars sous le soleil,
j’arrive dégoulinant de pluie.
Comme toujours j’aime
beaucoup ce qui se fait dans ce lieu. Le fait de présenter plusieurs
photographes sans qu’il y ait aucune logique particulière dans leur association
est très stimulant et toujours intéressant. On apprécie plus certains que
d’autres naturellement mais tous gagnent à cette présentation croisée. Ils sont
suffisamment bien représentés chacun pour qu’on puisse entrer dans un style,
dans une œuvre et suffisamment peu nombreux pour qu’on n’ait pas le sentiment
de zapping en passant de l’un à l’autre. Et ces confrontations donnent la
mesure de la variété et des ressources de la photographie, un art que
j’apprécie de plus en plus.
J’ai commencé avec Combas,
lumineux, festif, décoratif mais qui ne m’émeut pas vraiment. J’ai vu les
photographies de Giorgia Fioro fixant au quatre coins de la terre des hommes
manifestant leur rapport au sacré. J’ai vu celles aussi de Minot-Gormezzano,
jouant des ombres, des reflets, des lumières et des présences ténues des
figures humaines dans la nature. Certaines me paraissait porter un rapport à la
transcendance qui m’émeut bien plus que les visages extatiques des orants de
Fioro. Ainsi dans la magnifique série des Hautes Terres avec ces présences
humaines fortes, puissamment mises en valeur malgré leur petitesse devant
d’amples paysages de montagnes. Je me suis laissé embarquer par l’exposition de
François Rousseau : l’Atelier. Il y a la beauté des corps, il y a le nu et
l’habillé, le voile et la transparence, la travail du photographe et celui du
peintre, le jeu des reflets avec des miroirs arrondis qui évoquent Van Eyck, la
musique de la bande son qui accompagne. Tout ça donne des images aux multiples
résonances. Certaines sont des chorégraphies suspendues dont les mouvements
figés en plein mystère font démarrer l’imaginaire. J’ai eu l’occasion dans des
ateliers d’écriture de constater que j’aimais bien me lancer à partir
d’images : celles-ci donnent vraiment envie de raconter des histoires.
Ciel noir à ma sortie. Puis
déchirure des nuages et soleil éclatant quand j’arrive place des Vosges où je
m’attarde un moment. Je sors mon appareil. Je fais quelques photos paysages
pour capter cette belle lumière sur l’ocre des bâtisses. C’est beau. Mais ce
qui est plus intéressant c’est d’accrocher les gens, de tenter de fixer quelque
chose d’une ambiance. Je reste à distance, toujours gêné. Mon téléobjectif
n’est pas très puissant. Est-ce que je vole l’image, est-ce que je dépasse mes
droits en les déposant ici ? Peut-être mais il n’y a là rien que de très
doux, rien qui puisse mettre à mal, alors malgré tout je m’autorise…
Et puis figurez-vous, rentré chez moi et en présence du fiston, je rallume l’ordinateur ! Démarrage au quart de tour, écran parfaitement stable ! J’ai du mal à en croire mes yeux et mes doigts tandis que je pianote sur le clavier. Mais c’est incontestable, le problème a disparu. Insondable mystère ! (Je ne me fais aucune illusion, la menace est là, il faut que je fasse les sauvegardes nécessaires, mais n’empêche, pour l’instant, ça marche, aussi vrai que le soleil est revenu après la pluie.)
09 février 2009
Réminiscences
De nouveau aujourd'hui il
fait un temps pourri avec une pluie qui n’a pas cessé de la journée. Et ce soir
en plus le vent s’y met ! Ras le bol ! Mais hier dimanche, dans
l’après-midi le temps s’était levé. Frais encore mais avec un joli brin de
soleil. Après plusieurs jours à forte consommation cinématographique (trois
films en trois jours, trop peut-être, sentiment d’accumuler de la consommation,
qu’elle soit culturelle ne change rien ), ça m’a fait un sacré bien de marcher
un peu longuement. J’ai traversé le 13°, parcouru le parc de Bercy, pris mon
temps sur la passerelle pour finir en allant visiter à la Bnf l’exposition sur
les livres d’enfants.
C’est une exposition très
sympathique et bien présentée, comme le sont en général ces expos de la Bnf
mais celle-ci en plus déclenche chez qui la voit tout un jeu de réminiscences.
C’est curieux la façon dont
fonctionnent les souvenirs d’enfance, la façon dont ils remontent avec une
formidable présence, une formidable intensité. Il y a des choses qui
paraissaient totalement oubliées et qui, à la vue d’une simple image,
ressurgissent d’un coup avec une étonnante fraîcheur. En revoyant l’image on la
revoit telle qu’en elle-même, comme si on l’avait gardée en soi avec tous les
détails, alors que la minute d’avant on aurait été incapable de dire qu’on
avait eu, lu et relu le livre dont elle est issue.
Me souvenais-je de Parana le
petit indien d’Amazonie ? Certainement non mais d’en revoir une seule
image il m’est revenu que j’avais adoré cette série de livres évoquant les
enfances d’ailleurs au travers de belles photos en noir et blanc.
J’ai vu ressurgir aussi la
carte de l’île rose de Charles Vildrac et je me suis souvenu de mes rêveries à
suivre du doigt ses courbes, ses plages et ses caps (et du coup ça m’a rappelé
ce goût que j’avais enfant pour les cartes sur les livres, dans les Jules Verne
par exemple, ce goût que j’avais eu aussi de construire et de dessiner mes
territoires imaginaires pour y installer mes propres histoires).
J’ai vu un numéro ouvert du
journal de Mickey, page 2, page 3, celles sur lesquelles je tombais d’abord en
ouvrant mon hebdomadaire. Voici « Mickey à travers les âges », cet
interminable feuilleton que j’avais adoré où le petit héros vivait des aventures
diverses en changeant d’époque, préfiguration de Mortimer du Piège diabolique
que je ne lirais que plus tard. Et sur la page faisant face voici l’évocation
du club Mickey et de ses activités. Mais oui, je me souviens, j’en ai été
membre, je revois la petite carte qu’on recevait attestant de notre qualité,
j’en étais tout fier et me revient aussi mais plus vaguement une visite au
salon de l’enfance où l’essentiel pour moi avait été de traîner mes parents au
stand du club Mickey…
Et voici un « Femmes
d’Aujourd’hui », avec Moustache et Trottinette du dessinateur Calvo.
Chaque fois que j’arrivais chez ma grand mère de Haute Savoie la première chose
que je faisais c’était de prendre toute la collection des « Femmes
d’Aujourd’hui » et d’avaler tous les Moustache et Trottinette !
J’adorais cette série mais elle n’était pas anodine, j’y ressentais des choses
dramatiques ou qui me faisait peur, je ne saurais pas dire pourquoi.
Quand était-ce tout
cela ? Comment est-ce que ça s’articule dans le temps. Impossible de
savoir exactement. Impression de temps long alors que ce devait être du temps
relativement court. Je n’ai pas dû lire bien longtemps le journal de Mickey ni
rester bien longtemps membre du club, deux-trois ans peut-être, pas plus, car
je suis passé assez vite au journal de Tintin. Deux-trois ans qu’est-ce que
c’est alors que huit ans sont passés déjà comme une flèche depuis l’an
2000 !
Bien sûr j’ai vu aussi des
livres plus récents, qui ont été surtout des livres que j’ai lu et relu et avec
un vrai plaisir pour mes enfants petits. « Les 3 brigands » de Toni
Ungerer, « Max et les maximonstres » ou « La belle lisse poire
du prince de Motordu ». Mais ce n’est pas pareil. Il n’y a pas eu rupture
du souvenir pour ces livres là et les revoir ne crée pas la même magie.
Il y avait aussi dans
l’exposition des documents qui n’étaient pas dans des vitrines, des documents
que tout un chacun pouvait toucher et manipuler. Ce sont de jolis albums à
destination de jeunes enfants aveugles ou mal-voyants, des abécédaires ou bien
des histoires avec des textes en braille et des images en reliefs réalisées
avec divers matériaux, avec des textures différentes sous le doigt. J’ai fermé
les yeux, suivi quelques images pour essayer de sentir ce que ça pouvait être
de faire marcher « les doigts qui rêvent » selon le joli titre de la
collection à laquelle appartiennent la plupart de ces ouvrages. Ça m’a plu de
faire ça même si forcément c’était sans succès faute d’entraînement mais
c’était aussi une façon d’envoyer une pensée…
21 décembre 2008
La lumière de Mantegna
Hier j’ai vu la magnifique
exposition Mantegna au Louvre.
Par ces temps de lumière
chiche, de temps gris, de nuit vite tombée c’est un bonheur tout particulier de
se gorger d’Italie, de personnages gracieux, de paysages lumineux, de ciels
bleu tendre dont la profondeur est accentuée par de gais et moutonnants nuages
blancs.
Je connaissais quelques
tableaux vus de ci, de là mais je n’avais pas mesuré la richesse et l’ampleur
de l’œuvre, son évolution dans le temps. Je suis particulièrement séduit par la
période du rétable de San Zéno : La construction des chefs d’œuvre de cet
ensemble est magistrale avec des cadrages complexes qui contribuent à la mise
en scène, en mettant remarquablement en valeur les personnages et
« l’histoire ». Des quantités de détails réalistes, groupes de
personnages au travail, animaux et plantes, qui sont en même temps des sortes
de clins d’œil joyeux, humanisent la scène, nous la rende proche (ah, les
lapins facétieux sur les chemins de la prière au Mont des Oliviers !).
L’optimisme de la Renaissance est à tout moment perceptible car même les scènes
les plus dramatiques s’adoucissent de paysages ou de personnages plein de
vivacité (enfin presque toutes !).
Mais il y a aussi beaucoup de
chefs d’œuvres dans les toiles plus tardives. Mantegna réalise notamment de
magnifiques portraits. Tout au long de sa vie, les figures humaines sont
fortement individualisés, traitées de façon très réalistes et avec une grande
expressivité. Mais cet aspect est encore plus sensibles dans les toiles
tardives centrées sur les visages comme par exemple la superbe Adoration des
Mages de Los Angeles ou La Sainte Famille avec la famille de Jean Baptiste.
La richesse de cette
exposition tient aussi à ce que Mantegna est replacé dans la peinture et plus
largement dans la culture de son temps, mis en relation avec ceux qui ont pu
l’influencer ou que lui même a influencé. D’autres chefs d’oeuvre son présents
comme par exemple un triptyque superbe de Van der Weyden. La présentation côte
à côte de l’ensemble des pièces, dispersés dans divers musées, qui décoraient
le studiolo d’Isabelle d’Este est saisissante. Et j’ai compris des choses sur
l’évolution vers la « manière moderne » par la mise en relation de Mantegna
avec le Corrège. Pour moi qui n’y connaît pas grand chose cet expo est une
superbe leçon d’histoire de l’art.
Il y a un joli parcours pour enfant, quelques cartels supplémentaires qui en quelques phrases pointent pour certaines œuvres des détails un peu anecdotiques mais qu’on n’aurait pas forcément remarqués. C’est très bien ça les parcours enfant, c’est tout à fait à mon niveau, c’est tout à fait pour moi ! Je souris mais à travers eux c’est bien la richesse de l’œuvre qui se révèle, les qualités d’observation et de composition de Mantegna.
10 septembre 2008
Mai 68 à la BNF
Dimanche fut une journée
très occupée. Trop. Et pas occupée à des choses qui me faisaient vraiment
plaisir. Je suis beaucoup resté derrière l’ordinateur mais ce n’était ni pour
me promener chez mes blogamis, ni pour écrire pour moi-même. J’ai travaillé sur
un dossier urgent pour le boulot et j ‘y ai ajouté pour faire bonne mesure un
travail plus que consistant à réaliser pour mon association préférée.
Le temps n’était pas gai,
plombé de gris, venteux et sentant l’automne rajoutant sa part de sinistrose à
la journée.
En milieu d’après-midi tout
ça a donné un joli mal de crâne.
C’était le moment alors de
sortir un peu, de m’aérer, de reposer mes yeux sur des spectacles non
pixellisés.
Mes pas m’ont porté jusqu’à
l’esplanade de la Bibliothèque à Tolbiac. J’en ai profité pour aller voir
l’expo qui s’y tenait et se terminait le jour même sur « les esprits de
68 ». Il n’y avait pas beaucoup de documents, pas les affiches les plus
belles et les plus connues. Donc en ce sens c’était un peu décevant. Mais il y
avait par contre de nombreux documents moins connus qui ne sont pas reproduits
à tout va dans les multiples livres qui ont marqué la commémoration de 68, des
documents plus rares et plus fragiles, des couvertures de journaux, des tracts,
des affichettes, y compris manuscrites, à l’encre parfois à demi passée,
récupérés sur les murs, dans les hall des facs, aux portes des usines ou à
l’ORTF. Ce sont des bribes, des textes courts, qui pris isolément semblent d’un
intérêt limité. On se dit qu’ils ne pouvaient avoir de sens que dans
l’immédiateté du moment et que par l’action à laquelle ils contribuaient.
Naturellement il ne serait
pas venu à l’idée au petit lycéen que j’étais de récupérer les tracts
distribués à la sortir du lycée ou d’en mettre de côté après avoir fait tourner
la « babasse » de nos comités.
Les employés de la
Bibliothèque nationale eux n’avaient pas perdus leurs réflexes professionnels.
Il est noté dans les panneaux qui commentent l’exposition que c’est le 11 mai
qu’un conservateur a décroché d’un mur et rapporté à la bibliothèque une
première affiche initiant ainsi une collecte spontané qui allait prendre une
grande ampleur.
L’accumulation et la
juxtaposition de ces documents leur confère quarante ans après une
incontestable puissance d’évocation et une vraie valeur de témoignage.
Je me dis la même chose
d’ailleurs à propos de nos blogs. Au-delà de l’intérêt intrinsèque de chacun
d’entre eux qui peut être très variable, ils constituent dans leur masse, dans
leur variété, y compris ceux qui peuvent sembler à nos yeux contemporains d’une
quasi totale vacuité, un inappréciable témoignage de l’air du temps. Certains
blogueurs peuvent s’imaginer que leurs blogs n’ont de sens que dans l’éphémère,
il n’empêche qu’ils sont témoignages pour l’avenir et je trouve précieux que la
BNF d’aujourd'hui en constitue des archives.
Il y avait une ambiance très
spéciale d’ailleurs dans les galeries de la bibliothèque ce soir là. Il y avait
peu de monde. Les présentoirs de la librairie étaient masqués et protégés sous
de grosses toiles. Une employée est venue claironner à cinq heures la fermeture
de la terrasse de la cafétéria où ne s’attardait qu’un nombre limité
d’étudiants. Les vigiles semblaient presser de pousser le monde dehors. Bref ça
sentait l’assoupissement. Le vieille dame en effet s’apprêtait, ce que je ne
savais pas, à entrer en hibernation, c’était la dernière journée d’ouverture
avant la fermeture annuelle pour une quinzaine.
Lorsque je suis sorti le
temps s’était un peu levé, offrant enfin un joli rayon de soleil du soir et un
ciel mouvant. J’ai marché un peu en bord de Seine et emprunté ma passerelle
favorite. J’aime toujours beaucoup ce lieu, ce trait d’union entre Jardins de
Bercy et Bibliothèque, la Seine et son animation à mes pieds et l’espace ouvert
qui laisse fuir mon regard sur les beaux ciels de Paris.
Un groupe nombreux de gens,
une trentaine au moins, plutôt de jeunes adultes avec quelques enfants, avait
organisé un grand pique-nique (positionnés entre les deux niveaux de la passerelle
ils étaient à la fois dehors et protégés de la pluie éventuelle : astuce à
noter pour d’éventuels pique-niques par temps menaçant !). Après les
agapes, ils s’étaient serrés autour de trois guitareux, ils reprenaient des
chants plutôt ringards type colonies de vacances ou veillées scouts, du
genre « ya, ya, youpee, youpee, ya... ». Je me suis approché,
vaguement condescendant. Mais ils semblaient si joyeux, avaient l’air tous d’y
prendre un tel plaisir, que j’en aurais presque, moi qui n’ai jamais connu ce
genre d’ambiance, ressenti une pointe d’envie à être vraiment parmi eux.
10 juillet 2008
Figuration narrative
J’ai vu récemment cette
exposition au Grand Palais, découvrant ainsi un mouvement artistique que je
connaissais très peu pour ne pas dire pas du tout, même si j’avais croisé
certaines de ses images emblématiques.
J’ai aimé voir ressurgir au
travers d’eux l’époque profondément contestataire pendant laquelle ce courant a
été actif, le tournant des années 60. Cette exposition prend sa place
finalement dans les évocations très (trop ?) à la mode de mai 68, à
condition de ne pas le voir dans le temps court de l’événement mais dans le
moment historique plus large qui l’encadre. Certains peintres étaient des
militants patentés (notamment ceux qui sont intervenus à l’atelier populaire
des beaux arts et qui ont contribué à la floraison des affiches de mai),
d’autres pas du tout mais ils ont tous le souci de dire quelquechose de leur
époque dans une perspective critique et contestataire. L’expo fait bien ressentir
« l’énergie de l’époque ».
Ce qui est intéressant c’est
la variété des solutions esthétique choisies tout en s’inscrivant dans un même
courant. Certaines pièces m’ont bien plu, d’autres m’ont laissé totalement
indifférentes.
Par exemple j’ai
esthétiquement beaucoup aimé les rouges de Fromanger.
J’ai trouvé de la puissance
à certaines toiles comme « La bataille du riz » d’Aillaud ou
« Les silhouettes affinées » de Rancillac, pour prendre deux exemples
esthétiquement totalement différents.
J’ai trouvé amusant et
stimulant les chocs provoqués par certaines confrontations, notamment chez Erro,
à partir de citations de classiques ou dans les intérieurs américains. J’ai
trouvé que Dali en fou du roi à la Vélasquez ce n'était pas mal vu.
Tout ça néanmoins est resté
assez intellectuel et dans l’ensemble cette expo que j’ai pourtant été très
content de voir ne m’a pas emballé ou transporté. Je me sens assez en accord
avec ce qu’a dit Fuligineuse là-dessus. Comme elle je n’ai pas été ému par
cette peinture. Or j’aime être ému, j’aime que ce que je vois face écho au
profond de moi. Je suis assez réticent vis à vis de l’art contemporain
précisément parce que je le trouve trop conceptuel en général. J’ai besoin
d’une vibration, que celle-ci vienne du choc esthétique ou de ce que je ressens
en profondeur de la personne de l’artiste.
J’avais parcouru la note de Fuli au moment où elle l’a écrite mais n’en avais pas lu par contre les commentaires, ce que je viens de faire. Je n’aime pas trop la tonalité avec laquelle s’y manifestent certaines opinions qui m’ont parues marquées d’intolérance. L’art naturellement exprime toujours quelque chose de son temps et il est juste de l’analyser de ce point de vue. Mais dès qu’on commence à poser qu’il y aurait des bons ou des mauvais en fonction de critères idéologiques ou que l'émotion serait à priori suspecte, là je frémis. Ça rappelle trop de mauvais souvenirs. C’est curieux car il y a eu quelque chose de ce débat sur le terrain du cinéma tout récemment autour du film « Un conte de Noël » à travers deux articles du Monde qui se sont répondus l’un analysant le film de Desplechin comme dangereusement réactionnaire, l’autre réagissant vigoureusement à cette opinion : c’est naturellement du second que je me sens bien plus proche.
07 mai 2008
Au musée Rodin
Comme les jours
filent ! Je voulais parler de ma visite de l’exposition Camille Claudel au
Musée Rodin effectuée dimanche, sur la lancée de ma visite à l’expo Louise
Bourgeois la veille. Mais avec un début de semaine professionnellement très
chargé (ça c’est la contrepartie des semaines à jours fériés) je n’ai pas
trouvé le temps de le faire…
J’ai aimé dans l’ensemble
mais, quoique la comparaison n’ait pas grand sens, je n’ai pu m’empêcher de la
faire, je me suis senti moins touché, moins investi que par l’exposition Louise
Bourgeois et je me demandais pourquoi.
Peut-être est-ce parce qu’il
y avait moins d’effet de surprise. J’avais déjà vu en image beaucoup de ces
sculptures. Bien sûr la vision en réel ajoute une autre dimension, donne une force
que l’image seule ne peut avoir mais cette différence entre la représentation
et l’œuvre réelle m’a moins frappé que chez Louise Bourgeois.
Sans doute les conditions de
visite ont-elles jouées aussi. C’était un peu, beaucoup même, la bousculade,
dans un espace très resserré, ne laissant pas les œuvres respirer pour
elle-mêmes.
Mais je crois surtout qu’il
y a chez Louise Bourgeois des choses qui parlent à d’autres secteurs de notre
psychisme, qui font écho avec le monde du rêve, de l’imaginaire, de l’inconscient
ou du semi conscient, plus que chez Camille Claudel, expression forte mais
moins imaginative.
Cela dit ces sculptures sont
pour la plupart superbes. Souvent elles saisissent admirablement le mouvement
comme par exemple dans les diverses versions de la Valse. Elles peuvent être
poignantes comme L’âge mur, sculpture elle aussi superbe de mouvement et
évocation de la fuite du temps et de la perte. Il y a aussi ces pièces
étonnantes, profondément originales, miniatures de groupe très expressives
comme les Causeuses et la Vague.
Il est intéressant de voir
pour certains thèmes des séries, des œuvres toutes proches qui se déclinent
avec des matériaux différents, dans des formats différents et avec des subtils
changements de forme. Il y a de certains points de l’exposition la possibilité
d’avoir de jolies perspectives permettant d’embrasser d’un seul regard
plusieurs œuvres, (enfin de tenter de le faire entre des têtes des visiteurs
trop nombreux !) comme pour la série de la Valse ou pour l’ensemble qui va
de Sakountala à Vertumne et Pomone et à l’Abandon.
Nous avons profité de notre
visite pour refaire un tour dans le musée Rodin lui-même. Je n’aime pas tout
Rodin, parfois il ne me semble être que puissance brute, une puissance qui ne
m’émeut que peu comme dans La porte de l’Enfer ou dans les Balzac. Mais il y a
des pièces qui allient à cette puissance, finesse du modelé, précision du
portrait, élégance du mouvement et là c’est magnifique. J’aime aussi souvent
beaucoup les pièces en marbre qui sont encore en partie prise dans leur gangue
de pierre, j’aime cette impression de les voir comme à l’état naissant, image
même de l’acte de création.
Nous avons aussi profité du parc qui est superbe. Il était très fréquenté en ce premier dimanche du mois où l’accès exceptionnellement en est gratuit. La chaleur, des gens installés sur les pelouses, des familles, tout ça faisait une ambiance très éloignée de ce côté paisible, feutré, sorte de bulle, de havre hors du monde, que j’avais ressenti la dernière fois que j’y étais venu, en semaine, en hiver et en une autre compagnie et le souvenir de ce moment là m’est revenu en prime.
Photos cliquables
En préparant cette note j'ai trouvé un site très complet sur Camille Claudel
04 mai 2008
Louise Bourgeois
J’ai passé hier finalement
une excellente journée. Comme si j’avais soldé dans mon écriture matinale les
ombres de ma nuit d’insomnie. Comme quoi écrire sert aussi à aller mieux et
n’est pas que cautère sur jambe de bois ou substitut à l’affrontement des
problèmes.
J’ai enfourché mon vélo et
filé vers Beaubourg pour visiter l’exposition Louise Bourgeois. J’y allais pour
voir, connaissant l’importance de l’œuvre de la dame mais ne m’attendant pas à
priori à être séduit.
Or cette exposition est
magnifique, à la fois plastiquement très belle et profondément émouvante par ce
que l’artiste dit d’elle au travers son travail.
Son inspiration trouve sa
source dans l’enfance, « qui n’a jamais perdu sa magie ni son
drame ». Elle s’appuie sur une écriture intime poursuivie toute sa vie à
travers entre autres des journaux tenus avec régularité depuis l’âge de douze
ans. Son œuvre est construction d’elle même. Elle est sublimation des
traumatismes issus de l’enfance, façon de solder ses haines familiales, voire
préservation contre la folie : « art is a guaranty of sanity ».
Regardez cette magnifique
« figure d’après nature », animal fabuleux, sorte de griffon sans
tête associant symboles masculin et féminin, à la tête décapitée. Elle est
explicitement l’image du père haï. « Mon père m’a détruit, écrit-elle,
pourquoi ne le détruirais-je pas ? ».
Elle utilise les matériaux
les plus divers, le bois, le métal, la pierre et (notamment de très beaux
marbres, ce « sucre des pierres ») mais aussi le tissu et a réalisé
de nombreux dessins et aquarelles dans lesquels s’invitent des mots ou des
phrases issus de ses journaux intimes. Elle parvient à insuffler à ce qui est
dur (la pierre) du tendre, du mou, conférant à tout ce qu’elle touche un côté
profondément organique et souvent à fortes connotations sexuelles.
Dans certaines compositions
elle mêle des éléments hétérogènes et très parlants qui confèrent à l’œuvre un
caractère quasi narratif : ainsi dans sa série cellule, dans laquelle elle
bourre un espace construit d’objets symboliques en lien avec son histoire
familiale. Ou encore dans « the reticent child » qui évoque à travers
plusieurs petites figures en tissu placé devant un miroir déformant son rapport
le plus intime avec l’un de ses enfants tardant à naître, elle se représente
elle-même enceinte puis parturiente. Les miroirs sont nombreux, dans lesquels
le visiteur se trouve lui-même reflété et par ce biais, rapproché, intégré dans
le décor, intégré dans l’oeuvre.
Elle joue des brouillages de
l’identité sexuelle. Voyez « cumuls » cet amoncellement de formes
arrondies d’un marbre si soyeux qu’on aurait envie de les caresser. Ces
rondeurs est-ce que ce sont des seins, est-ce que ce sont des sexes d’homme
décalottés ? J’aime qu’elle donne aux phallus un côté quasi féminin en les arrondissant, en les
adoucissant : voyez « Fillette », phallus incontestable
pourtant, le nom est un clin d’œil ironique mais qui n’est certainement pas
gratuit.
Je suis resté longtemps dans
l’expo, m’en imprégnant…
Puis j’ai longuement déambulé dans le quartier photographiant, musardant, profitant du soleil, de la douceur, des musiciens, des passants… C’est le privilège d’une promenade solitaire que de pouvoir régler sa direction et son pas en totale liberté, exactement au rythme que l’on veut…
Louise Bourgeois portant "Fillette"














