22 décembre 2009
Fragilités
Nous sommes pour quelques jours dans notre maison du sud pour faire le point avec l’architecte et avec les entreprises avant le démarrage des gros travaux.
Enfin dire dans notre maison n’est pas tout à fait exact. Nous sommes dans un petit hôtel à quelques pas, les premiers travaux de démolition déjà accomplis et la froidure ambiante ne nous permettant pas de nous installer sur place.
Nous sommes arrivés tant bien que mal samedi. Le départ vendredi soir a été homérique. Nous nous sommes retrouvés au milieu de foules vacancières devant des panneaux lumineux annonçant de considérables retards. Le froid et les intempéries avaient désorganisé le trafic. Les rares salles d’attente chauffées étaient prises d’assaut et les cafés et buffets eux-mêmes bondés n’ont pas tardé à fermer. Dans les halls de la gare, balayés de courants d’air glacés, on s’est vite sentis complètement réfrigérés. Mais pas question de s’éloigner. Il fallait rester à proximité pour surveiller les annonces indiquant les départs. Le tableau lumineux est lui-même tombé en panne avant que ce ne soit le tour des annonces sonorisées. C’est finalement un unique employé, muni d’un mégaphone poussif qui est passé entre les groupes compacts pour indiquer de quels quais partiraient les prochains trains. Le notre est parti avec deux bonnes heures de retard, qu’il n’a pas rattrapé. A Toulouse bien sûr nous avons manqué notre correspondance et dû attendre celle de la mi-journée. Heureusement nous avons pu remettre notre rendez-vous du matin à l’après-midi.
Je suis frappé par la fragilité de nos systèmes techniques qui me semble s’accroître d’année en année. Car enfin on ne s’est pas trouvé ces derniers jours confronté à des températures exceptionnellement basses ou à des précipitations extraordinaires. Il a un peu neigé. Il a fait un peu froid. Bref c’était l’hiver. Mais ça a suffi à tout désorganiser. Et à rendre impossible, à l’heure pourtant de la société informationnelle et communicationnelle de simplement informer correctement les voyageurs. Un petit blocage quelque part, un rouage qui se grippe et voilà tout le système qui se retrouve paralysé.
Et encore ce n’était rien. J’ai appris en regardant le journal télévisé dans notre chambre d’hôtel la totale mise hors service de l’eurostar pendant trois jours. Ouf, notre anglais est passé à temps ! Et il y eu aussi l’interruption pendant une nuit et une journée de tout trafic gare d’Austerlitz suite à un simple accident d’un train de banlieue. Et puis encore la suspension de la fourniture d’électricité dans une bonne partie de la région de Nice pour soulager un réseau qui sinon risquait de connaître une panne beaucoup plus grave !
Tout ça fait beaucoup !
Nos systèmes qui pourtant ne cessent de connaître des améliorations techniques deviennent en même temps de plus en plus interdépendants, de plus en plus susceptibles d’être mis en difficulté, voire de connaître un collapsus généralisé dès qu’un seul élément se dérègle.
Et pendant ce temps les dirigeants du monde se montrent incapables de prendre la mesure des défis du présent et de s’engager un minimum dans les processus qui pourraient rompre avec cette fuite en avant continue dont ces déboires techniques sont au fond un des aspects.
Pas facile d’être optimiste dans ces conditions !
J’ai un grand sentiment de schizophrénie quand je passe de ces pensées sur l’avenir du monde à mes petites préoccupation privées. Tout a l’air d’aller plutôt bien sur ce plan. Bon, nous n’en sommes qu’à la mise au point et aux signatures des devis définitifs, tout le monde est très gentil, tout baigne, la bonne coordination des entreprises et corps de métier semble aller de soi. Il en sera peut-être, il en sera sans doute tout autrement quand on sera rentré dans le vif du sujet…
Mais en tout cas, sans plus penser à la galère des transport et ce qu’elle dit de notre société, mettant à distance aussi nos soucis (au fond très agréables) de constructeurs, dimanche nous avons seulement profité du temps superbe qui régnait, sur la région pour monter à pied au lac par des chemins joliment enneigés et, sans chercher midi à quatorze heure, c’était ma foi bien agréable et bien délassant …
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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)
19 juin 2009
L'Iran, demain...
Que va-t-il se passer en
Iran ? Je suis aux aguets non sans inquiétude. On a le sentiment d’une
situation limite, qui pourrait tourner tout aussi bien à la répression
sanglante pouvant faire peser la chape de plomb de la répression pendant encore
des années ou au contraire à une implosion du système de l’intérieur, miné par
la contestation et par les contradictions mêmes de ses couches dirigeantes.
Est-on à la veille d’un Tian An Men ou d’une chute du mur ? Ma crainte est forte, très forte que ça ne tourne mal. Cela dit qui imaginait la chute du mur quelque temps avant qu'il ne se produise? En tout cas si un basculement positif se produisait sans drame se pourrait être
un événement considérable, pour les iraniens d’abord, et plus encore pour les
iraniennes mais aussi pour le monde compte tenu des dangers que le nationalisme
et l’islamisme extrêmes font peser sur la paix. A côté de ça les enjeux de nos
élections européennes, il faut bien reconnaître que c’était du léger, léger…
En plus j’ai une attirance
particulière pour ce pays où je n’ai jamais été, mais qui m’a toujours fait
rêver par son antique civilisation, sa succession de civilisations plutôt, par
ses penseurs, ses mystiques et ses poètes, par ce que j’imagine de ses paysages
et de ses villes dont les noms seuls sont des invitations au voyage :
Chiraz, Ispahan, Persépolis… J’irai un jour. Lorsque les voiles seront tombés.
Pas avant !
Je me rends compte aussi que
pour moi le goût, l’intérêt que j’ai pour un lieu, pour un pays se renforce
d’autant plus que j’ai un lien de sympathie avec une personne qui en est
originaire, comme si alors le pays s’incarnait véritablement, cessait d’être
seulement une référence géographique, culturelle ou géopolitique. J’ai lu plus
de livres turcs, suivi l’actualité de ce pays avec plus d’intérêt depuis que je
connais Ada. Pour l’Iran c’est un peu pareil avec Marjane Satrapi. Oh, je ne la
connais pas en vrai, je ne l’ai jamais rencontré pas plus que je n’ai échangé
de correspondance avec elle mais j’ai lu sa bande dessinée dès la parution du
premier volume alors qu’elle n’était pas encore connue, achetant les autres au fur
et à mesure de leur sortie. J’ai eu ainsi le sentiment de la voir grandir tout
en assistant aux troubles de son pays. J’ai entendu des interviews d’elle qui
me l’ont rendu sympathique et puis j’ai énormément aimé le film qu’elle a tiré
de ses bandes dessinées et qui me semble apporter des dimensions
supplémentaires, un enrichissement aux livres, ce qui n’est pas courant,
habituellement c’est plutôt l’inverse qui se produit. Avec tout ça j’ai
l’impression de presque la connaître !
Alors, pour Marjane, pour
Chirin, pour tous ceux et toutes celles qui luttent et espèrent là-bas et pour
nous tous, je croise les doigts à défaut de pouvoir faire autre chose…
08 juin 2009
Content, mais...
Je devrais être très
satisfait puisque les listes que je soutenais ont fait un score inespéré. Je
m’attendais à ce que les listes Europe-Écologie soient au coude à coude avec le
Modem, mais pas du tout à un tel écart. Et je m’attendais encore moins à ce
qu’elles soient au coude à coude avec le PS.
Cela dit cette victoire
brillante a aussi un goût amer !
Le rapport de force global
au parlement européen comme le rapport de force national reste favorable à la
droite et l’est même encore plus qu’auparavant. La poussée dans plus d’un pays
de partis populistes ou nationalistes est un mauvais signe. En France les
sièges emportés par Europe Ecologie ne compensent pas ceux perdus par le PS.
Cela dit ce n’est pas pour autant un triomphe pour Sarkozy, contrairement à ce
qu’on entend, car 28% de 40% ça ne fait pas lourd !
Car c’est là l’autre aspect
très profondément négatif de ce scrutin : le taux d’abstention très élevé
témoigne qu’une part importante de la population, et ce qui est grave spécialement
parmi les jeunes et dans les couches populaires, ne se sent pas ou peu
concernée. C’est une abstention qui ne marque pas une hostilité à l’Europe.
Celle-ci se serait traduite plutôt par des votes pour les partis souverainistes
ou nationalistes. Mais elle témoigne de la fracture sociale, culturelle,
comportementale grave entre ceux qui considèrent qu’on peut peser et ceux qui
ont le sentiment que de toute façon tout ça n’est pas leur affaire et qu’il n’y a
rien à attendre des politiques et de la politique en général.
Il reste que la partie de la
population qui a été voter l’a fait de façon réfléchie, mature, se centrant sur
des enjeux européens plutôt que sur des considérations de politique nationale
et ça c’est très sain. La percée des écologistes est évidemment une excellente
chose qui témoigne d’une prise de conscience croissante et qui va peser sur
l’ensemble des forces politiques qui seront plus qu’avant contraintes de tenir
compte de la dimension environnementale. Au delà il faut souhaiter que les
vieilles querelles partisanes entre les divers groupes et sensibilités du
courant écologiste soient dépassées, que le rassemblement qui s’est esquissé à
cette occasion soit pérenne, que l’électrochoc qu’ont subi d’autres forces,
spécialement le PS, contribuera à une recomposition future beaucoup plus large.
Allez, soyons optimistes.
Voyons le verre à moitié plein. Mais sans oublier qu’il est aussi à moitié,
voire plus qu’à moitié, vide !
30 mai 2009
Et donc je voterai pour...
Et oui ça se rapproche ces
élections européennes, je réalise que c’est dimanche prochain. Il faut bien
reconnaître qu’elles ne suscitent pas des débats qui passionnent les foules.
L’abstention semble de loin le parti dominant. On peut facilement comprendre
pourquoi tout en le regrettant. Quant à moi j’irai voter naturellement…
Mon choix n’est pas
difficile à faire.
Le PS ? Certainement
pas. On a trop donné déjà à force de vote utile ou censément utile. Il n’est
pas mauvais que le PS paie son incapacité à sortir de ses querelles de pouvoir.
Quant à la dame qui un temps m’avait un peu séduit, elle m’apparaît de plus en
plus comme une démagogue faisant feu de tout bois.
La dite gauche de la
gauche ? Merci bien. Sa version hard (NPA et consorts) n’est qu’un
gauchisme sans perspective et dangereux au demeurant, s’arrimant certes sur des
exaspérations bien compréhensibles. La généralisation des luttes dont rêve
Besancenot ne règlerait rien, voire porterait derrière elle de bien plus
redoutables périls.
Quant à la version soft
(Front de gauche) elle souffre à mes yeux d’un rédhibitoire à-priori de réserve
à l’égard de l’Europe (quoiqu’en disent leurs animateurs). Il faut partir de
l’Europe telle qu’elle elle avec ses faiblesses, pas d’une Europe rêvée. De
plus le discours me semble s’inscrire dans une vision assez conservatrice.
Préserver et améliorer le modèle social français ne suffit pas, il y a aussi
des « acquits » qui sont indéfendables, des réformes qui sont indispensables
même si elles doivent remettre en cause certains corporatismes ou certaines
habitudes. Défendre la production à tout crin en faisant l’impasse sur le
changement civilisationnel nécessaire est un peu court. Bon je sais, c’est
difficile de tenir ce discours là, quand les usines ferment et que les gens
sont jetés à la rue sans vergogne, quand beaucoup de gens n’ont pas le minimum
nécessaire, n’empêche on ne peut pas faire l’impasse sur ces questions, ou les
reléguer au second plan, comme un supplément d’âme.
Bayrou ? Vraiment pas
non plus. Il séduit ici et là, (je crois avoir vu que l’amie Samantdi se
trouvait tentée, quoique assez mollement !). Il n’est là que pour son
projet présidentiel. D’ailleurs c’est significatif : spontanément j’ai
écrit Bayrou et pas Modem ! Autant la question pourrait éventuellement se
poser le moment venu à la présidentielle s’il apparaissait comme le seul (ce
que je ne souhaite pas !) en position de battre le Sarko, autant je ne
vois pas l’intérêt d’apporter des voix aux européennes à ses candidats.
Donc je voterai sans
hésitation pour Europe-Ecologie. Je ne dis pas que je partage tout ce que
disent les représentants de ce courant (de ces courants d’ailleurs, il y a bien
des différences dans les personnalités qui le compose). De toute façon il y a
beaucoup de questions sur lesquelles je n’ai pas ou plus d’opinions tranchées
tout simplement parce que les choses sont compliquées, que je ne peux pas me
satisfaire de réponses manichéennes ou idéologiques. J’ai simplement
l’impression que ce que propose cette liste va en général plutôt dans le bon
sens. En plus ce sont les seuls qui se déterminent d’abord par leurs positions
sur des enjeux européens et non par des considérations de politiques nationales
(le pompon là c’est l’UMP, avec ces listes recasage des gens dont on ne veut
plus !). Les députés sont réellement investis dans le travail du parlement
européen, ils peuvent contribuer à ce que sur diverses questions les compromis
européens soient meilleurs, il n’est donc pas indifférent qu’ils comptent éventuellement quelques députés de
plus. Voter pour eux c’est donc pour le coup voter utile. En plus il faut dire
que j’aime bien les candidats franciliens. J’ai toujours gardé une certaine
tendresse pour Cohn-Bendit, je trouve au demeurant que ce qu’il dit est le plus
souvent pertinent. Et j’imagine qu’une personne comme Eva Joly, avec ce
qu’elle a démontré de combativité dans sa pratique juridique, avec sa profonde
implication dans la lutte contre la délinquance financière, peut apporter beaucoup,
et de façon très concrète, au parlement européen.
27 mai 2009
Là-bas
Je lis depuis quelque temps,
Neige, une jeune blogueuse chinoise, étudiante en français et professeure
débutante, passionnée de littérature et d’écriture de soi, qui nous parle avec
humour, vivacité et fraîcheur de la vie quotidienne d’une étudiante en Chine,
de ses relations amicales et familiales, de ses projets et de ses aspirations
personnelles, professionnelles ou littéraires. Son blog est une porte ouverte
depuis l’intérieur sur un monde que l’on connaît mal. On en apprend plus en la
lisant sur la Chine que dans bien des articles généraux trouvés dans la presse
tout en faisant connaissance avec une personnalité attachante et, sans doute,
un écrivain en devenir.
Neige publie beaucoup et
régulièrement. Je m’étonnais ces derniers temps de ne pas voir trace de
nouvelles mises à jour dans mon agrégateur.
Et puis, lisant ceci, j’ai
compris !
Les autorités chinoises ont
purement et simplement désactivé la possibilité de mises à jour de certaines
plateforme de blogs, dont blogspot, celle précisément qu’utilisait Neige.
Il semble que l’anniversaire
des 20 ans de Tien an Men soit la cause de cette suspension, les autorités
craignant la multiplication de billets critiques sur cette plateforme. Ce
blocage n’est pas une première en Chine. Cela arrive de temps à autre dans de
périodes de turbulences réelles ou seulement craintes par les bureaucrates et
le tout bien sûr sans explication et dans le plus total arbitraire. Pourquoi
cette plateforme plutôt qu’une autre ? Jusqu’à quand les mises à jour
seront-elles désactivées ? Personne n’en sait rien.
Les blogueurs chinois n’ont
évidemment dans le contexte actuel aucune chance d’obtenir la suspension de
telles mesures en s’y opposant frontalement. Ils préfèrent ruser, créer de
nouveaux blogs ailleurs, passer de plate-forme en plate-forme. Ils ont le temps
pour eux. Car sauf à faire tomber une chape de plomb absolue et à couper le
pays de tout lien extérieur, ce que la Chine ne peut vouloir, internet joue à
terme forcément en faveur de la démocratie. Les David blogueurs l’emporteront
sur le Goliath bureaucratique. Même si celui-ci en attendant les oblige à des
gymnastiques peu agréables.
Ce genre d’évènements, hélas
courant dans tous les pays privés de démocratie, nous rappelle opportunément
combien celle-ci est précieuse et mérite d’être défendue chaque fois que des
petits coups de canif lui sont portés comme il y en a eu souvent ces derniers
temps, y compris chez nous. On ne saurait être trop vigilant.
Neige a ouvert pour
l’instant un blog de secours chez Canalblog, plate-forme qui a ce jour n’a pas
été victime des mesures de blocage. Elle espère que sa présence là-bas sera
temporaire et qu’elle pourra très vite revenir sur son ancien blog. Elle a tout
notre soutien même si celui ci est évidemment de bien peu de poids, disons que
c’est un soutien symbolique mais les symboles après tout ont leur importance.
05 avril 2009
Visages
Je regarde très rarement les
informations à la télévision, j’appréhende la vie du monde extérieur avant tout
par la lecture quotidienne et assez addictive d’un célèbre quotidien du soir
(oui, oui, plus addictive que les blogs !).
Vendredi soir cependant j’ai
regardé le journal télévisé. J’y ai vu des images de la rencontre d’Obama et de
Sarkozy et de la conférence de presse qui a suivi. J’ai été stupéfait par le
contraste des visages. D’un côté il y avait le sourire rayonnant d’Obama, la décontraction,
le calme qui semblait émaner de lui et de l’autre le sourire crispé, la tension
intérieure, la surmobilité du visage à la limite des tics de notre président.
Le type m’a toujours fait un peu peur. Ça ne s’améliore pas avec le stress
voire le surmenage auquel conduit l’exercice du pouvoir, surtout avec la
conception qu’il en a. On a l’impression qu’il réprime sans cesse une violence
intérieure prête à déborder à tout moment (et qui déborde parfois d’ailleurs,
voir le désormais célèbre « casse-toi, pov con »). Se dire que ce
type là a toujours à trois pas de lui la mallette du feu nucléaire ça ne
rassure pas vraiment !
Je sais bien que l’habit ne
fait pas le moine, que le sourire, l’aspect avenant et le charisme naturel ne
suffisent pas à faire une bonne politique de même qu’à contrario le
volontarisme forcené peut à côté de beaucoup de rodomontades sans effet, donner
lieu à certains résultats (voir la réactivité et le dynamisme de la présidence
française de l’Europe).
N’empêche il me semble que
ce deux visages disent tout de même quelquechose des personnalités profondes,
au-delà des habiletés ou des maladresses de communication. Comme en son temps
le sourire carnassier de Mitterrand disait aussi le sentiment qu’il avait de sa
force, sa jouissance aux jeux du pouvoir et la distance qu’il savait y mettre.
Alors voir Obama, ça me fait
du bien. L’orientation nouvelle qu’il semble donner à l’administration
américaine avec toutes les conséquences en chaîne que cela peut avoir est à peu
près la seule bonne nouvelle en ces temps de crise. Peut-on croire que la
rencontre entre sa personnalité et les circonstances, que l’ampleur de la crise
qui conduit tout de même à des prises de conscience, peuvent entraîner des
remises en cause majeures et bénéfiques ? Du mal pourrait-il sortir un
bien ?
Je n’en sais fichtre rien.
Il y a tant de forces contraires, celles que génèrent les puissances installées
et les situations acquises des maîtres du monde, mais au-delà aussi la force
des habitudes en chacun de nous, la jouissance du court terme, une avidité, un
désir prédateur peut-être anthropologiquement enracinés en l’homme.
Je ne me hasarderai plus
quant à moi à m’avancer sur le terrain de ce qu’il faudrait faire. Il y a des
choses qui me hérissent, dont je sais que je ne veux pas. Mais de là à avoir
des idées sur les solutions ! Quand je lis des tribunes contradictoires
d’économistes je suis bien incapable de me sentir en état de pencher plutôt
pour l’un que pour l’autre. Ils se sont tous (ou presque, mon fils me bassine
avec Stieglitz dont il est fan) tellement trompés et avec tellement
d’assurance !
Donc ce petit billet je le
reconnais n’est pas très politique. Simplement, tout en me retenant de tomber dans
l’illusion de l’homme providentiel, je suis heureux de suivre des yeux dans ce
ciel noir le vol de l’hirondelle Obama, et d’apaiser par son sourire les
hérissements de poil que provoquent en moi les grimaces de l’autre.
20 mars 2009
Grève et manifestation
Cette fois j’ai fait grève.
Non que j’ai été saisi d’un
soudain enthousiasme militant mais j’avais tout simplement l’impression que je
ne pouvais pas ne pas en être, que je me serais senti trop mal à l’aise à
rester coincé toute la journée à mon bureau, à ne pas manifester ma solidarité
avec ceux qui luttent et mon souhait d’une autre politique, même si je ne sais
pas trop ce qu’elle pourrait être, c’est bien là où le bât blesse.
Toutes ces nouvelles qui
tombent jour après jour, l’approfondissement de la crise, l’aggravation de la
précarité, de la montée du chômage, cet argent que l’on donne si libéralement
d’un côté et si difficilement d’un autre, ce refus toujours inébranlablement
affirmé de toucher aux privilèges de quelques uns font qu’on ne peut que se
sentir interpellé. Je suis particulièrement révolté par cette position de
principe sur le bouclier fiscal défendue becs et ongles en affirmant que ce
n’est pas ça qui coûte cher au budget de l’état. Peut-être mais que le Trésor
Public puisse rembourser dans une telle période de crise à quelques uns des
sommes qui représentent pour le précaire ou pour le travailleur pauvre une
somme astronomique me paraît tout simplement indécent et mérite qu’on le crie.
Ce qu’il faudrait faire je
n’en sais rien. J’ai soupé des yakas et les fauquons et c’est bien ce qui m’a
conduit à rester le plus souvent à l’écart des précédentes mobilisations. Il
n’y a pas de solution magique mais on pourrait faire sûrement moins mal. La
crise est tellement profonde, multiforme, les vieilles recettes ne marchent
pas, on n’en voit pas de nouvelles. C’est très difficile de changer de
paradigme. Je suis tombé au cours de la manif sur un distributeur de tract d’un
« Parti de la décroissance ». Il y avait là des réflexions intéressantes.
Mais comment effectuer la transition entre notre modèle industriel et un
nouveau modèle à inventer, sachant toutes les résistances qu’il y a à
affronter, celles de ceux qui nous gouvernent, celles des profiteurs du système
industriel et financier actuel à la recherche des plus grands profits immédiats
par l’exploitation à tout crin des hommes et de la nature mais aussi celle de
ceux qui vivent, oh combien douloureusement, la casse des outils industriels
qui jusqu’à présent leur offrait du travail ?
Je suis toujours aussi
dubitatif sur les résultats de ce type de mobilisation mais je ne souhaite pas
pour autant les explosions radicales dont rêve le NPA qui ne règleraient rien
et pourraient conduire au pire. Je ne vois aucune solution politique à court
terme, entre un PS toujours aussi occupé de ses bisbilles, un front de gauche
trop antieuropéen, un NPA dont la radicalité ne mène à rien.
Le matin je suis passé au
bureau pour faire les déclarations de grève afin que nos absences se marquent
dans les statistiques et pour que, comme il est normal, notre ayons à subir un
retrait de salaire. Ensuite je suis rentré paisiblement chez moi en cours de
matinée, jouissant du beau temps et heureux de me sentir plus en accord avec ma
conscience qu’au mois de janvier. On a pu déjeuner sur notre terrasse pour la
première fois cette année. A l’ombre il faisait encore frisquet mais avec un
bon pull ça allait. Oui c’est le printemps… Et ce printemps météorologique
compte aussi pour effacer en moi cette froidure à l’égard du monde qui en
janvier m’avaient fait rester de côté.
L’après-midi donc j’ai été à
la manif ce qui pour moi était le plus important.
J’ai d’abord commencé à y
errer comme à mon habitude, plutôt en voyeur qu’en participant. Il y avait un
étrange contraste entre les deux versants du Boulevard du Temple, un côté ombre
où on caillait, et un côté soleil où il faisait presque trop chaud lorsqu’on se
retrouvait immobile, coincé dans les paquets de foule.
J’étais content de coller
sur mon blouson le « Casse toi, pov’con », distribué par le Parti de
Gauche sans manifester pour autant un soutien particulier à cette organisation
mais crier cela était aussi le sens de ma présence.
J’ai fini par rejoindre le
petit cortège des représentants de ma corporation. Habituellement je n’aime pas
trop défiler avec eux car je suis loin de partager toutes les positions du
syndicat majoritaire, mais bon, j’ai préféré me glisser tout de même avec eux,
marcher avec des collègues. On a chanté les chansons inventées pour l’occasion,
forcément un peu démagogiques mais il y en avait de bien tournées, et ça fait
du bien de se sentir tout de même dans la participation même si je me sens
souvent décalé de mon monde professionnel, en difficulté d’appartenance. J’y ai
revu des collègues que je n’avais pas vu depuis très longtemps et rien que ça
c’était un plaisir à ne pas bouder.
Bref je suis revenu fatigué et un peu rompu par les heures de piétinement mais finalement, sur un plan purement personnel j’ai passé un bon moment, sans être perturbé par les doutes et les malaises identitaires qui ont souvent rendu mes participations à des manifestations pénibles et amères.

Un peu de musique pour réchauffer les coeurs
30 janvier 2009
Froidures
J’en ai marre de cette
froidure qui ne nous lâche pas.
Aujourd'hui ça va un peu
mieux, il fait froid mais sec, avec un ciel lumineux, c’est déjà ça.
Mais tous les jours
précédents c’était, sous un ciel uniformément gris, un froid humide, venteux,
pénétrant, trouvant à s’insinuer malgré les manteaux fermés.
Habituellement j’aime bien
les vingt minutes de marche qui me mènent à mon bureau, je les effectue avec
une part d’allégresse, même si c’est pour aller rejoindre un travail dans lequel
les satisfactions sont devenues rares. J’apprécie cette sorte de sas ouvert à
la rêverie par lequel je transite entre deux pans de ma vie. Mais tous ces
jours derniers j’ai effectué ce parcours menton dans le col, corseté, tendu,
trouvant la marche longue, interminable. Et je me traîne en plus un rhume dont
je ne parviens pas à me défaire et qui racle dans mes bronches.
Alors, plus que d’habitude,
cette froidure, cet hiver qui ne veut pas finir, me pèse et joue sur mon moral.
Une froidure qui s’insinue dans le cœur aussi.
Hier, en plus, il y avait la
grève que je n’ai pas faite et j’en étais mal à l’aise.
Je me sens à côté, ailleurs,
conscient de la dureté des temps et en même temps, de moins en moins concerné.
C’est une autre froidure : ma froidure à l’égard du monde !
Je me pose de plus en plus
la question du sens de la grève dans un service public. Qu’est ce que ça aurait
apporté de constructif que mon service soit fermé aux usagers ? Je ne suis
pas le seul d’ailleurs : manifestement pas mal de gens notamment dans les
transports ont hésité pour des raisons similaires (enfin, j’imagine aussi à
cause de la perte de salaire) tout en étant solidaire du mouvement. On a vu
aussi les agents d’EDF dans le sud-ouest continuer à remettre en fonctionnement
les lignes tout en se manifestant grévistes.
En fait c’est plus mon
absence de participation à la manifestation qui m’a pesé.
J’aurais voulu y être, moi
qui suis un fonctionnaire protégé, par solidarité avec ceux qui sont
directement touchés par la crise, qui se retrouvent au chômage ou dans des
situations de plus en plus précaires. Et aussi pour affirmer mon opposition aux
choix qui sont faits et notamment aux coupes sombres effectuées dans certains
services publics.
Mais là encore pas
d’évidence. Avec qui défiler ? Je me sens totalement décalé des
revendications syndicales de ma petite corporation qui répète depuis des années
les mêmes slogans et s’est montré incapable de tracer des voies de réformes
indispensables. Je n’avais aucune envie de marcher avec eux. On se sent bien à
manifester quand on est dans l’appartenance. Au moins dans une appartenance
groupale à défaut d’une appartenance politique ou syndicale. Mais je ne me sens
plus d’aucune appartenance. Alors marcher de ci de là en m’agrégeant à tel
groupe ou à tel autre juste comme ça ? Ou pire me mettre sur le côté de la
manif et regarder défiler comme le ferait un quelconque cacique du PS, écharpe
tricolore en bandoulière ? Je ne supporte pas, rien ne me met plus mal à
l’aise que ce comportement de voyeur.
Je me sens exilé par rapport
à ma vie professionnelle. J’appartiens à des services qui sont très bousculés
et qui me paraissent même condamnés dans la forme dans laquelle ils existent.
Je ne les défends pas tels qu’ils sont, je vois trop ce qui dysfonctionne mais
je n’ai pas l’énergie d’un engagement quelconque dans tout ce qui se trame pour
leur transformation. Je laisse filer en me disant que la retraite n’est plus si
loin. Ce comportement du type « après moi le déluge » m’est
profondément antipathique, il me fait mal, mais je ne parviens pas à en avoir
un autre et depuis pas mal de temps déjà.
Quand j’ai quitté le bureau,
le soir déjà tombait, le soleil qui avait percé dans la journée, s’était éteint
et de nouveau c’était cette froidure grise, et mon retour, après une journée
vide, n’était pas plus gai que mon aller…
01 décembre 2008
Kafkaïen!
J’ai dû relire deux fois
l’article du Monde samedi à propos de l’interpellation musclée de Vittorio de
Filipis. Cet ex-directeur de publication de Libé s’est fait cueillir chez lui à
l’aube par la police, il s’est fait menotter et embarquer manu militari puis il
a eu droit à deux fouilles successives au corps et à quelques insultes. Tout ça
comme suite à des plaintes en diffamation déposées par le Pdg de Free, pour des
articles ne lui ayant pas plu et - c’est encore plus extravagant – pour des
commentaires déposés par un internaute sur le site de Libération à l’époque où
Filipis en était directeur !
L’histoire m’a paru
tellement invraisemblable que j’ai relu l’article deux fois en me disant : Mais c’est pas possible, je n’y crois pas .
Mais si apparemment il faut
y croire !
Est-ce à ça que servent les
moyens de la justice dont on dit assez la grande insuffisance ?
Est-ce à ça que servent les
moyens de la police ?
Qu’est ce qui peut expliquer
une intervention aussi délirante ?
Est-ce le résultat d’un
excès de zèle d’une juge d’instruction ou des fonctionnaires de police qui ont
pris le relais ?
Va-t-il y avoir des
sanctions pour cet excès de zèle aussi rapidement qu’il y en a eu pour son
pendant inversé, l’insuffisance de zèle supposée des forces de police lors de
l’occupation de la villa corse de l’ami du président ?
Excès de zèle n’est même le
terme qui convient : l’interpellation même si elle avait été effectuée
d’une façon civilisée et respectueuse pour la personne en cause paraît totalement
inadaptée, hors de propos, pour une affaire de ce type. La délicieuse Dati
vient, à ce que je vois, de justifier l’interpellation par la non réponse du
journaliste à de précédentes convocations qui lui auraient été notifiées. Il y
a débat sur le sujet avec les avocats de Libération. Mais quoiqu’il en soit et
indépendamment du « droit » éventuel que la juge aurait eu de
délivrer ce mandat d’amener, on aurait pu supposer que le simple bon sens lui
fasse rechercher d’autres moyens de contact.
Et si ça se passe comme ça
pour un journaliste, ayant par définition les moyens de faire du tapage
médiatique, on peut imaginer à quels excès peuvent se laisser aller certains
fonctionnaires de police avec des sans-voix, au fin fond des quartiers et des
cités.
Faudrait-il croire alors que
ce soit un peu plus que des dérapages, une volonté de créer un certain
climat ?
Ça me parait de tellement
mauvaise politique que j’ai du mal à le croire.
Et pourtant, je crains qu’il
ne faille se rendre à l’évidence.
On a manifestement de plus
en plus une police et une justice instrumentalisés et, de surcroît,
instrumentalisés n’importe comment.
C’est assez effrayant !
On me dira peut-être qu’il y
a plus grave : les sans domicile qui claquent, la crise qui s’approfondit
chez nous et encore plus hors de chez nous, les populations dramatiquement
fragilisées tout autour du monde, la terre qui se porte mal.
On me dira, ce n’est qu’un
éphiphénomène, ça va faire causer les bobos de gauche, d’ailleurs ça marche, la
preuve ce que je suis en train d’écrire, et pendant ce temps on ne parle pas du
reste.
On me dira que ce n’est pas
bien intéressant de se fendre d’un billet sur un sujet comme celui-ci qui voit
et verra se manifester une indignation largement partagée.
On me dira ce qu’on veut, je
ne peux m’empêcher de pousser mon coup de gueule.
07 novembre 2008
Barack, en moi...
Je suis ravi de la victoire
d’Obama. Evidemment !
Elle était annoncée mais il
y avait toujours la crainte de la mauvaise surprise de dernière minute.
Celle-ci ne s’est pas produite, la victoire au contraire a été large et portée
par un mouvement d’enthousiasme extraordinaire ce qui lui donne encore plus de
force.
J’ai écouté le discours de
Chicago. Obama m’a impressionné par ses qualités d’orateur mais aussi par sa
hauteur de ton, par l’impression qu’il donnait de calme, de détermination, de
haute conscience de ses responsabilités. Il se glisse manifestement avec
facilité et par le haut dans ses habits
de président. Au milieu des explosions de joie ce discours c’était comme un
moment de recueillement, une sorte de suspens donnant la mesure de l’événement.
Il était spectaculaire de
voir les différences de public entre celui de la réception chez les battus au
profil tellement WASP (white anglo saxon protestant) et celui des
rassemblements derrière Obama où se mêlait des gens de toutes origines, de tous
styles, de toutes conditions. Obama c’est la véritable Amérique, celle du
melting pot et de cette formidable énergie sous-jacente. Le melting pot c’est
la force de l’Amérique, ce par quoi elle s’est construite, de frontière en
frontière, en assimilant des vagues successives d’immigrants (mais non sans au
passage anéantir les populations locales indiennes, ça c’est la face sombre,
qu’il faut prendre garde à ne pas oublier, l’histoire n’est jamais simple). Le
melting pot c’est ce pourquoi on aime bien, on aimait bien l’Amérique même si
on avait désappris de l’aimer. En tout cas ces scènes de liesse populaire
faisaient plaisir à voir et étaient communicatives même à distance et au
travers du petit écran.
Je ne me fais pas
d’illusion. Il n’y a pas d’homme providentiel. Mais il n’empêche cette élection
ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Les hommes ont leur place à jouer
dans l’histoire, les peuples certes mais les dirigeants aussi que les peuples
se donnent. La qualité des hommes, leurs idées, leurs valeurs, ce n’est pas
indifférent. Bref il reste, malgré tout, un espace pour le politique, au vrai
sens du terme.
Obama décevra peut-être, il
décevra sans doute. On sait dans quelle crise d’une ampleur sans précédent
cette élection s’inscrit, une crise qui n’est pas seulement financière, ni même
seulement économique, conséquence des effets pervers de la mondialisation.
C’est une crise civilisationnelle et écologique beaucoup plus profonde, la
crise d’une machine qui semble s’être emballée et que rien ni personne ne
semble pouvoir véritablement arrêter. Il y a beaucoup d’éléments rationnels qui
font penser que l’humanité a peu de chances de sortir indemne des impasses dans
lesquelles elle s’est engagée. Mais à côté du pessimisme l’espérance a toujours
une place. Des évènements comme celui-ci ne peuvent nous faire croire que tout
va changer pour le mieux mais ils redonnent un peu plus d’éclat à cette
étincelle d’espérance que nous avons tous au fond du cœur sans quoi plus rien
de nos vies ne serait possible.
Les discours négatifs de
l’ultra-gauche me hérissent. Prétendre que l’arrivée d’Obama c’est changer pour
que rien ne change me paraît un sommet d’imbécillité. Aller jusqu’à réduire
l’élection d’Obama a une sorte de manipulation à laquelle aurait procédé les
vrais maîtres du monde c’est avoir une vision d’un manichéisme étroit éloigné
de la complexité du monde. Je ne supporte plus et depuis un bon bout de temps
ces discours de l’ultra-gauche mais là ils me deviennent carrément odieux. Les
candidatures dites hors système comme celle de Ralph Nader ont contribué à
l’élection de Bush en 2000 comme en 2004 (et d’ailleurs, pas le peine d’aller
si loin, c’est ça aussi qui a propulsé Le Pen au second tour en 2002).
Et puis quoi, j’ai envie,
simplement envie, de me laisser emporter un petit peu par l’émotion et par
l’espérance. Il y a suffisamment peu de bonnes nouvelles dans la vie du monde pour
qu’on ne boude pas notre plaisir lorsqu’elles surviennent. Ça fait du bien tout
simplement.
En prenant connaissance des
résultats, en voyant la joie de la foule, en écoutant le discours d’Obama j’ai
été parcouru d’une onde puissante. Je n’ai pas, mais du tout la larme facile et
pourtant là j’ai senti mon cœur se gonfler, j’ai senti un picotement sous mes
paupières.
Des politicards pisse-froid
peuvent tenter de me démontrer par toute les manières que je m’exalte pour pas
grand chose. Outre que je pense qu’ils ont tort, je ne veux pas même les
écouter parce que j’ai envie de jouir de mon émotion et de mon contentement.
Je sais bien, le vieux Trotsky
disait, citant Spinoza « ne pas rire, ne pas pleurer, mais
comprendre ». Comprendre oui mais rire et pleurer aussi. Je m’autorise la
jouissance de l’émotion.
J’aurais voulu conserver intacte
la trace qu’elle a fait en moi, ce sentiment d’alacrité, ce contentement, cette
joie. J’aurais voulu me faire accompagner d’elle tandis que j’ai pris ensuite
le fil de la journée, des obligations, des habitudes sous la petite pluie
froide de l’automne. J’aurais voulu comme Samantdi, ne pas
« désourire » de la journée.
Mais j’ai du mal pour ma
part.
Mon contentement est
précieux mais fragile, évanescent. Mon sourire à moi trop vite s’éteint.
Je me demande : d’où
cela vient-il ? pourquoi cette réserve en moi ?
Ce ne sont pas des raisons
rationnelles. J’ai dit que j’avais de l’espoir mais que je ne me faisais pas
d’illusions excessives. Donc ce n’est pas crainte de déchanter. Quoique les
souvenirs de nos joies de mai 1981 et de leur lent effilochement puisse jouer
quand même.
Est-ce juste une tournure
d’esprit ? Est-ce un signe de ce que j’appelle « ma ligne
grise » ?
Ou bien est-ce un
émoussement progressif de ma capacité d’enthousiasme ? Est-ce que, bien
banalement, ce serait ça aussi, vieillir ?
De tout cela un peu, sans
doute…


