09 avril 2008
La flamme et moi
Ayant été toute la journée
au bureau lundi je n’avais eu aucune information sur le déroulement pour le
moins chaotique de la traversée de Paris par la flamme olympique. Et comme le
stade Charléty n’est pas très loin de mon lieu de travail je m’étais dit que
j’irais badauder par là, histoire de voir l’ambiance et de pouvoir manifester
éventuellement mon propre sentiment à l’égard de la répression en cours en
Chine.
Je suis passé devant le
stade, j’y ai vu beaucoup, beaucoup de flics, des groupes avec des drapeaux
chinois d’un côté du boulevard et d’autres en face criant liberté pour le
Tibet. La flamme n’avait pas l’air d’être à l’horizon. J’ai interrogé un ou
deux pékins (pékins !) qui m’ont juste dit que c’était le souk, alors j’ai
poursuivi mon chemin en traversant le parc Montsouris où ça sentait le
printemps, j’ai stationné un moment sur l’avenue Reille où on m’a dit :
« elle arrive ». Et en effet j’ai vu apparaître une longue colonne de
véhicules de gendarmes, puis des cars remplis de sportifs et/ou de chinois,
puis un véhicule ouvert sur lequel des musiciens jouaient de la batterie
tentant avec une conviction molle de mettre quelque chose qui puisse ressembler
à une ambiance musicale, puis une vingtaine de policiers en rollers, joli
mouvement glissé, puis des cars de nouveau et de nouveau des véhicules de
flics. J’ai fait une nouvelle tentative pour aller au renseignement :
« C’est fini, le
cortège est passé. La flamme ? Bof, on ne sait pas, de toute façon c’était
le bordel… ».
Je suis rentré chez moi et
j’ai pris connaissance dans la soirée de ce qui s’était passé. Bien que je n’y
ai pas pris part je suis satisfait de l’ampleur des mouvements et du fait que
la pression s’accroisse à chaque ville traversée. Les dirigeants chinois et le
Comité International Olympique récoltent les effets d’une juste colère. L’ennui
c’est qu’ils s’en fichent complètement (ou affectent en tout cas de s’en
ficher). Il avait été posé au moment de l’attribution des Jeux à Pékin que cela
contribuerait à l’ouverture de la Chine et à l’amélioration de la situation des
droits de l’homme. C’est le contraire qui se passe, pour le moment du moins. La
répression redouble à l’égard du Tibet mais aussi de tous ceux qui se mêlent de
réclamer la démocratie, le nettoyage de Pékin écarte sans ménagement et sans le
moindre respect humain tous ceux qui font tâche dans le paysage, les conditions
de travail de ceux qui construisent les infrastructures nécessaires sont
incroyablement dures. C’est le libéral-communisme dans toute son horreur, une
exploitation capitaliste éhontée servie par un contrôle social impitoyable. Qui
eût imaginé un tel scénario de sortie du communisme chinois ?
Il n’est pas déraisonnable
de penser que le développement de la Chine, quels que soient les méthodes par
lequel il passe et malgré les déséquilibres qu’il induit, va créer des couches
moyennes nouvelles et conduire à terme à des évolutions favorables. En ce sens
faire le pari des Jeux n’était pas absurde. Il n’y a pas à désespérer de la Chine.
Mais c’était naïveté (ou feinte naïveté) de croire que les effets en seraient
automatiques et à court terme et qu’ils pourraient avoir une chance de se
développer sans une pression intense à l’égard des dirigeants chinois. Or le
Comité Olympique comme les gouvernements occidentaux avalant sans broncher couleuvre sur
couleuvre. Seul le mouvement des opinions publiques peut contraindre à un
minimum d’engagement. Et c’est ce qui justifie pleinement les manifestations en
cours.
L’arrogance et le mépris
avec lequel les dirigeants chinois prennent pour le moment ces manifestations
est signe de leur sentiment de toute puissance. Ce qu’on a pu voir à la
télévision lundi soir était hallucinant. Les flics chinois avec leur
survêtements bleus et blancs et leurs lunettes noires étaient les vrais maîtres
du dispositif de sécurité, modifiant sans aucune concertation le parcours,
autorisant ou non les relais, éteignant eux-mêmes la flamme. Leur façon de
faire était un symbole spectaculaire - et glaçant - de gens ayant l’habitude d’agir
sans la moindre préoccupation des réactions qu’ils peuvent susciter.
Hier soir j’ai vu à la
télévision l’excellent document de Patrick Rotman sur l’année 68 dans le monde.
Il m’a rappelé que la terrible fusillade de la Place des Trois Cultures était
en lien direct avec le démarrage peu de temps après des Jeux Olympiques de
Mexico. Là aussi il fallait que tout soit propre et net pour que la
« Fête » puisse commencer.
Je n’étais là qu’en badaud.
Je l’ai un peu regretté. C’est un bon combat. Mais on ne se met pas dans
l’action seul. Or je me suis caparaçonné dans de tels réflexes individualistes,
j’ai acquis une telle méfiance à l’égard de toute les formes
d’organisation et d’action de groupe
que je me résous pas à rejoindre comme j’ai eu parfois des velléités de le
faire, une association militante fut-elle de défense des droits de l’homme du
genre Amnesty. Je ne peux alors que me réfugier dans cette position de simple
observateur, à la fois un peu blasé et vaguement attristé de n’être pas plus
dans l’action.
Il y a cette situation
chinoise sur laquelle beaucoup de monde se mobilise avec raison. Mais, tous ces
jours ci, il y a eu aussi des manifestations de la faim dans de nombreux pays,
en Afrique, en Haïti, où les populations confrontées à la hausse brutale du
prix des produits de première nécessité n’en peuvent plus. C’est le retour de
crises de subsistances même en dehors de situation guerrières ! Et ça
c’est encore un autre pan de la réalité, encore bien plus tragique.
Tout à coup les peines de
cœur de Sophie Calle m’ont paru bien dérisoires ! Mais ce n’est pas pour
autant que je parviens à me rapprocher de ce monde en souffrance, à m’y trouver
une juste place, en cœur et surtout en actes.
16 février 2008
Fuite en avant
Je suis consterné comme je
crois beaucoup de monde par la dernière initiative en date de notre président
excité. Je partage très largement ce qu’en dit Samantdi, les termes qu’elle
emploie pour résumer, « morbide et déraisonnable » me paraissent
parfaitement bien choisis, ils disent avec calme et mesure ce qui doit l’être
et je ne ferai pas un billet supplémentaire sur le fait lui-même. La réaction
plus que vigoureuse de Simone Veil m’a aussi parue bienvenue, marque une fois
encore de la rigueur et de l’indépendance de cette grande dame, au-delà du
soutien politique qu’elle a accordé à Sarkozy au moment de la présidentielle.
Ce qui fait peur au-delà de
cette initiative elle-même c’est la façon de fonctionner du personnage. Il est
dans le réactionnel, fonctionnant de coups en coups, chacun des retours de
bâton qu’il se prend l’entraînant à lancer autre chose, dans l’improvisation la
plus totale, sans réflexion, sans concertation. Mais jusqu’où va-t-il
aller ?
Cette dernière initiative
s’inscrit dans un contexte d’accumulation de mesures et de déclarations de plus
en plus inquiétantes. J’accorde le pompon à celle qui affirme « dans
l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne
pourra jamais remplacer le curé et le pasteur ». Oui il l’a bien dit comme
ça ! ça me paraît énorme, incroyable !
La déclaration de défense
républicaine sortie hier est appréciable, indépendamment des arrière pensées
politiciennes des uns et des autres. Y trouver Villepin comme signataire est
sans doute surtout un signe de la haine véritablement mortelle que ces gens-là
qui ont cohabité dans de mêmes équipes gouvernementales se portent, ce qui
n’est pas spécialement ragoûtant, mais n’empêche réaffirmer de façon très large
cette nécessité de la vigilance républicaine n’est pas un mal.
Oui décidément ce type est
dangereux. Comme on le pressentait depuis très longtemps. On l’avait dit avant
la présidentielle. Malgré tout ce qu’on n’a cessé de détester en lui et sans
trop y croire on a tenté de se dire que le pire n’était pas certain, qu’il
fallait lui laisser le bénéfice du doute, que peut-être la fonction lui
permettrait de prendre une certaine hauteur. Il n’en est manifestement rien. La
politique d’ouverture qu’il a esquissé n’est, comme c’était à craindre, que
débauchage individuel, façon de jouer les uns contre les autres pour renforcer
le pouvoir du prince et de ses coteries proches.
Et puis ceci, entendu ce
matin à la radio, qui n’a rien à voir avec Sarko mais qui hélas a sans doute
tout à voir avec une certaine évolution de nos sociétés. En Angleterre, pays
pourtant de l’habeas corpus mais maintenant pays à l’avant-garde de
l’utilisation sécuritaire de la technologie, ont été mis au point et sont
d’ores et déjà utilisés des matériels qui diffusent des sons désagréables,
audibles par les seules oreilles jeunes qui ont pour but de dissuader ceux-ci
de stationner en certains lieux publics ! Si, si, vous avez bien lu !
Je n’ai pas sorti ça d’un récit de science-fiction et nous ne sommes pas le 1°
avril ! Hélas !
13 février 2008
Faire du lien
En allant au bureau chaque
matin, je suis amené à traverser un carrefour à proximité d’une école au moment
de l’entrée des enfants. Pour assurer la sécurité de la traversée la Mairie a
mis en place des agents de sécurité. Certains font ça de façon mécanique et
distante, le visage fermé, le regard au loin, il ne s’agit que d’arrêter des
voitures et éventuellement de pousser un coup de gueule sur des piétons
indisciplinés. Mais il y a souvent une petite dame formidable. Elle est souriante,
elle échange éventuellement quelques mots avec des parents, elle parle aux
enfants aussi avec gentillesse, fait des commentaires montrant qu’elle les a
repérés au fil du temps, qu’elle les connaît comme des individus, chacun d’eux
particulier et précieux, certains en passant lui font la bise. On a le
sentiment que par ce seul fait d’être concernée par les autres et de le montrer
elle crée, de façon certes infinitésimale, du lien social entre les gens.
Car c’est étonnant de voir
combien sa simple présence chaleureuse fait que les gens se regardent,
s’adressent des sourires. Moi même je me sentirais gêné de passer devant elle
le visage fermé, avec cet air soucieux et pressé qu’on affiche trop souvent.
Alors je lui souris et je la salue. Et ça me fait du bien, ça suffit à
m’alléger (un peu !), à rendre mon pas plus allègre, ça m’aide à rentrer
dans ma journée avec plus de positivité.
Si tout le monde en faisait
autant dans nos villes où la tendance est à la déshumanisation, au « je
suis dans ma bulle et je passe sans t’accorder un sourire, sans t’accorder un
regard », ça ne changerait pas la face du monde mais tout de même ça ne
serait pas si mal.
Dimanche j’ai assisté à une
présentation et lectures de textes de Roger Vailland dans un café proche de la
Bastille où je m’étais trouvé entraîné par l’invitation que Fuligineuse en
avait laissé sur son Sablier. C’était un moment sympathique et intéressant,
dans un lieu suffisamment petit pour que les participants auditeurs ou lecteurs
se sentent en proximité. Cette soirée inaugure une série de rencontres
littéraires du même type. Ce qui m’a frappé justement c’est que le patron du
café et la personne qui lance ces rencontres ont insisté sur cette idée que
créer et entretenir du lien, à travers cette médiation des textes et de
l’échange qu’on pouvait avoir autour d’eux, était justement un des fondements
de leur initiative et que c’était aussi leur façon à eux, toute modeste qu’elle
soit, de faire de la politique.
Et je me souviens aussi que
c’est sur ce thème que Samantdi nous avait adressé ses vœux pour 2008 :
cultivons les liens, plutôt que les différences, favorisons tout ce qui
rapproche.
Le sourire de cette modeste
agente de sécurité en fait partie, merci à elle.
21 janvier 2008
Au delà de la tolérance
Un récent billet de
Coumarine racontant une anecdote à propos de jeunes filles voilées ainsi que le
portrait que donne le Monde d’Irshad Manji, une musulmane qui milite pour un
Islam libéral, me donnent envie de rebondir sur ces sujets.
D’abord bravo à Coumarine
qui, en prenant sur elle, par son calme, par sa persévérance, a réussi malgré
la résistance initiale à imposer de la communication et de l’échange à cette
jeune fille qui s’était d’abord réfugiée dans une attitude d’hostilité
agressive.
Sans communication rien ne
serait possible. Pour lancer la communication il est nécessaire d’accepter
l’autre dans ce qu’il est, de prendre en compte sa position. La tolérance est
une valeur fondamentale, préalable au fait de pouvoir éventuellement
convaincre. Ce n’est pas l’affrontement à priori qui permet l’évolution,
celui-ci au contraire cristallise et fige les oppositions.
Mais il n’empêche !
Tout en disant cela il me semble juste, indispensable, de poser aussi qu’on ne
peut en ces matières se contenter de la tolérance, qu’il faut aussi, par les
moyens qui conviennent et qui certes ne sont pas faciles à trouver, tenter de
débattre et lutter contre cette régression que représente le développement du
port du voile et tout ce qu’il symbolise.
Bien sûr ce n’était pas
l’objet du billet de Coumarine comme elle me l’a dit justement en réponse à ma
réaction. Mais j’ai été étonné tout de même qu’aucun des commentaires déposés
avant le mien n’évoque un regret, une tristesse, une douleur même face à cette
progression du voile que je perçois moi comme le symbole d’une régression
catastrophique. Les commentaires bien souvent ont justement cette fonction
d’élargir un sujet, d’évoquer au moins incidemment d’autres dimensions ou
développements possibles. Or il n’y a guère eu d’allusions à cet aspect des
choses. Comme si ne comptait plus que la tolérance. Comme si cette augmentation
du nombre de jeunes femmes portant le voile était sans importance et considérée
comme un fait inévitable auquel il fallait seulement s’habituer, qu’il fallait
apprendre à tolérer.
On pensera peut-être que je
suis un laïcard un peu obtus. Pourtant par rapport à ce que je pensais
autrefois je suis devenu bien plus tolérant à l’égard des religions, j’accepte
la foi des personnes que je croise, je ne prends pas à la légère les recherches
spirituelles que certains entreprennent et suis capable de les approcher en
empathie. Mais je sens en même temps, et la période présente m’y incite encore
plus, qu’on ne peut être seulement passif devant les débordements et offensives
des curés de tout poil.
Il y a le voile bien sûr
mais il y a aussi l’arrogance papale (il a l’air encore pire que le précédent,
faut le faire quand même !), il y a la place que prend la religion et là
aussi sous ses pires aspects dans les élections américaines, il y a notre
président bling-bling qui saupoudre son goût du luxe et du paraître de quelques
coups de goupillon et bien d’autres choses dont les gazettes sont pleines.
Et j’ai parfois un peu peur
que les discours bien intentionnés de certains sur la tolérance conduisent à
baisser la garde et à renoncer au combat contre ce que les religions entraînent
d’aliénation. On cède au nom de la tolérance, mais en réalité plutôt à cause
des chantages développés par les courants les plus extrémistes et les plus
réactionnaires des diverses religions qui eux ne se privent pas d’être à
l’offensive.
Je m’en attriste surtout
lorsque ça conduit à ne pas apporter le soutien et l’écho qu’ils seraient en
droit d’attendre à ceux qui tentent d’affirmer leur liberté soit qu’ils soient
en rupture avec leur religion, soit qu’ils tentent de faire bouger les choses
de l’intérieur.
Je pense à cette députée
néerlandaise d’origine somalienne que tout le monde ou presque au Pays Bas a
été trop content de laisser partir aux USA parce que son action déterminée
gênait. Je pense à Irshad Manji cette jeune femme que j’évoquais au début de ce
billet et qui m’a donné envie de l’écrire. Je n’avais jamais entendu parler
d’elle pas plus je pense que la plupart d’entre vous. Son combat mérite
pourtant d’être soutenu et relayé. Il semble qu’il ait un certain impact dans
les pays arabes grâce à internet notamment. C’est ce genre de démarche de
l’intérieur qui a des chances (quelque petites chances !) de contrebalancer
les offensives des intégristes de tous poils et qui peut faire pièce aussi aux
discours réactionnels instrumentalisés par l’extrême droite qui, au prétexte de
l’anti-islamisme, développent xénophobie et racisme. A ce double titre, il me
semble qu’au delà des simples attitudes de respect et de tolérance, il y a
urgence à appuyer le combat de ces femmes courageuses.
16 décembre 2007
Quand même, ça craint!
Même si on essaie de fermer
les yeux en se disant que ça ne sert à rien de craindre et que de toute façon
on est emporté par le flux, par moments on ne peut s’empêcher de frémir devant
l’état du monde.
Pêle-mêle, sans ordre, sans
hiérarchie, sans chercher à démêler ce qui est cause de ce qui est conséquence
ou ce qui n’est qu’épiphénomène, voici : un article du Monde 2 sur les
folies de l’ultra luxe où l’on découvre des super riches aux fortunes à la
croissance exponentielle tenter de s’inventer des moyens de consommer à la
hauteur de leur fabuleux revenus, la société incapable d’apporter à chacun un
toit tandis que s’installe l’hiver, l’attentat d’Alger, signe que la pression
ne baisse pas dans les cocottes du fanatisme extrême, comment en serait-il
autrement dans ce monde chaque jour plus clivé, le pernicieux clown mégalomane
paradant dans Paris, merci Rama Yade de cette indignation (tant pis si ce
n’était qu’une mise en scène !), la lettre d’Ingrid Bétancourt qui serre
le cœur, comme un dernier cri avant de se rendre à la mort, la fonte de la
banquise durant l’été 2007, trente-cinq fois plus importante qu’en 2006, (oui,
trente-cinq fois !), la conférence de Bali incapable de déboucher sur de
quelconques engagements partagés…
Il y a dix signes effrayants
de la course à l’abîme contre un qui peut donner espoir et encore il faut bien
chercher, là, tout de suite, je n’en vois pas.
Faudrait-il arrêter de lire
la presse, fermer toutes les écoutilles ?
Parfois j’essaie de me
dire : tu n’es qu’un vieux con, qui comme les vieux cons des époques
précédentes panique parce qu’il est vieux (enfin, plus jeune !), parce que
son monde disparaît et qu’il est incapable de voir les promesses de celui qui
vient.
Nos grands-parents dans les
années 30 ont vécu aussi une terrifiante montée des périls, le vacarme des
bruits de botte se faisant chaque année plus assourdissant. Sauf qu’ils
n’imaginaient pas où on allait. Et puis, même si commençait une guerre
mondiale, même si l’holocauste allait atteindre une dimension tragiquement
inédite, la planète en elle-même, dans ses régulations profondes, n’en était
pas bouleversée et il pouvait toujours rester l’espoir de reconstruire ensuite
sur les ruines.
Il y a les discours du type
« le pire est le plus probable mais il n’est pas certain », les
discours du « pessimisme actif », du genre de ceux d’un Edgar Morin
par exemple, j’admire ceux qui le tiennent et qui ne lâchent pas mais pour ma
part j’ai du mal à y adhérer. Mes fils, quand il m’arrive de les pousser dans
leurs retranchements là-dessus, me disent qu’ils sont bien conscients des
périls, mais ils ont, avec leur assurance (voire leurs illusions ?) de
jeunes scientifiques, la conviction qu’il y a des parades à
trouver, que la science trouvera les moyens de surmonter les crises à venir. Heureusement d’ailleurs qu’ils ont ces convictions à vingt ans, sinon
ce serait à se flinguer !
Toute cette anxiété latente
on la met sous le boisseau la plupart du temps heureusement sinon on ne
pourrait pas vivre, pas faire la queue dans les magasins pour nos petits achats
de Noël, pas se réjouir en voyant un bon film, pas s’agiter l’esprit, de la
tristesse à la délectation, à nos petits soucis d’ego ou de coeur.
Mais quand même, c’est là,
c’est un climat sous-jacent qui ne peut nous échapper, qui ne peut manquer de
peser sur nous.
Comment s’étonner alors que
la supposée « magie de Noël » ne puisse plus vraiment
fonctionner !
A dix heures moins cinq,
j’attendais devant les grilles prêtes à ouvrir de la Fnac avec un troupeau de
mes congénères. Certains était tassés contre l’entrée, prêts à bondir comme si
leur vie en dépendait ! J’étais un tout petit peu à l’écart, (quand même,
ne pas se précipiter !), je les regardais narquoisement tout en sachant
que j’étais l’un des leurs, je roulais dans ma tête mes pensées sur les périls
du monde, et d’autres pensées aussi, une image précise plutôt, sortie d’un
souvenir, celle d’un ciel lumineux, de mes pas sur une neige froide et
craquante, de grands sapins au-dessus de moi aux branches alourdies par la
neige de la nuit, j’avais envie de m’enfuir et je ne le faisais pas, enfin les
grilles s’ouvraient et je pénétrais à leur suite dans le Temple...
16 novembre 2007
Fatigue
Je suis rentré étrillé du
boulot ce soir.
Mon planning a fait que
contrairement à l’habitude où je travaille à portée de pied de mon domicile
j’avais comme par hasard hier et aujourd'hui deux journées de travail lourdes
et impliquantes en elles- mêmes et situées de surcroît à l’autre bout de Paris.
J’ai donc fait en surplus
d’un horaire déjà chargé une bonne heure de vélo dans chaque sens. Et encore il
faisait très beau, quoique froid et d’un certain côté c’était presque un
plaisir. Mais ce n’était pas la même chose que le vélo promenade des dimanches,
c’était une circulation difficile, tendue, impliquant de louvoyer entre les
bagnoles au milieu des gaz d’échappement, il n’y a pas partout des pistes
cyclables…
Et pourtant ce n’était
qu’une heure de vélo ! Je mesure mon privilège quand je pense à ceux qui
habitent de lointaines banlieues et qui sont contraints quotidiennement,
indépendamment de toute grève, à passer de longues heures dans les transports.
Et je comprends qu’ils puissent enrager à galérer encore plus en ce moment.
Aujourd'hui j’animais une
formation. Je devais avoir douze personnes, je n’en ai eu que six. Je me
doutais bien qu’il y aurait des manquants mais autant c’est très gênant pour la
suite. Je m’étais fait un point d’honneur à être à l’heure par respect pour
ceux qui allaient tenter de venir même si nous n’avons finalement démarrés
qu’avec beaucoup de retard.
Non décidément ça ne colle
plus ces formes de lutte ! Je dis cela indépendamment même de ce pourquoi
les gens se battent et qui mériterait sérieusement d’être questionné, j’avais
dit mon opinion là-dessus déjà ici. Je comprends cela dit tout à fait
l’exaspération des minorités combatives qui portent le mouvement car il y a en
effet dans ce gouvernement un tropisme tellement fort vers les plus riches
qu’il est inévitable de susciter la colère. L’alignement, justifié, des régimes
de retraite ne peut se faire sans réaction violente quand par ailleurs on fait
des cadeaux fiscaux mirifiques et qu’on triple l’argent de poche du président.
Mais cette exaspération je ne peux l’approuver. Ce à quoi elle conduit n’est
plus acceptable. La démocratie dite formelle l’est bien plus que la démocratie
des AG, on a rêvé des soviets, on sait où ils ont conduits.
Pour moi la vraie question
c’est comment se fait-il que ce pays, que cette société n’ait pas été capable
de produire une offre politique telle que Sarko ait pu être battu, comment sa
fait-il que ne puisse s’y structurer des forces capables d’adapter tout en
préservant ou en confortant ce qui doit l’être ?
Je ne me reconnais plus,
mais plus du tout dans les combats de la gauche radicale.
Ça fait des années que c’est
comme ça mais c’est drôle j’ai toujours un peu de mal à l’admettre et à le
dire.
Comme s’il y avait toujours à
difficulté à vraiment faire un deuil pourtant accompli depuis des années.
Comme si j’avais une gêne à m’assumer
comme le social démocrate que je suis.
En tout cas je suis rentré
pompé et un peu déprimé de ces deux journées.
Et, résultat des courses, je
suis resté à la maison alors que j’avais la possibilité d’un sympathique dîner
de blogueurs ce soir, j’aurais bien mieux fait de me secouer pour y aller
plutôt que d’écrire ces mots grise-mine mais je n’ai pas eu le courage de
réenfourcher mon vélo dans la nuit et le froid une heure après être rentré ou
d’affronter les attentes pour avoir de rares métros.
Allez je crois que ça va
être dodo rapido, non sans la lecture d’abord de quelques pages d’un bon livre,
à moins que je ne m’endorme dessus à peine l’aurais-je ouvert.
19 octobre 2007
La grève
Je n’étais pas favorable à
la grève d’hier (et d’aujourd'hui aussi d’ailleurs car elle a largement
continué et, allant en réunion à l’autre bout de Paris, j’ai pas mal galéré
dans le métro).
Bien sûr pour des raisons
politiques ça m’aurait titillé de m’y associer et d’aller à la manif sous le
beau soleil d’hier, plutôt que de faire le pied de grue dans mon service où
c’était calme, calme. Un mouvement si puissant, la joie, dans l’illusion de
l’instant, de se sentir fort et groupé contre Sarkozy, la joie de pousser un
grand coup de gueule, oui bien sûr tout ça ne m’aurait pas déplu. D’ailleurs de
façon plus intime il y a toujours en moi dans mes envies de manifester le
fantasme de renouer avec un certain passé. Mais ça, je le sais, c’est parfaitement
illusoire. J’ai l’impression d’avoir souvent ces dernières années fait grève ou
manifesté, sans être en accord profond avec ce pourquoi j’étais censé me
mobiliser (à l’exception notable de la manif anti Le Pen de 2002). Bien sûr je
me cherchais toutes les bonnes raisons de protester mais, au fond, sans en être
tout à fait conscient, c’était surtout par nostalgie. Pas étonnant alors que
j’en sois revenu souvent avec un goût de cendre dans la bouche. Je me suis
totalement reconnu dans quelques pages du « Cercle fermé » de
Jonathan Coe où est évoqué un sentiment similaire.
En tout cas, cette grève ci,
je sais que je n’ai pas envie de la soutenir. L’argument principal en est bien
la défense des régimes spéciaux même si comme chaque fois, pour ratisser large,
d’autres revendications sont mises en avant. Or je suis pour une réforme des
régimes spéciaux, comme de façon générale je suis pour l’assouplissement de
tout ce qu’il y a de très figé dans une organisation sociale basée sur des
statuts, des corps, des grades. C’est protecteur certes. Mais derrière la
protection il y a une part d’infantilisation. Et j’en parle pour moi aussi,
parfois je me dis que le cocon de la fonction publique a sûrement contribué à
mon immobilisme, ce n’est pas un hasard que je l’ai choisi.
Le vrai problème concernant
les retraites est bien celui de la pénibilité qui est évidente dans certains
postes mais pas pour tous les salariés de ces entreprises. La pénibilité elle
est présente et parfois de façon bien pire dans d’autres métiers et dans des
statuts moins protégés. Ce qu’il faudrait c’est accroître les possibilités
d’évolution vers d’autres postes en fin de carrière, rendre plus facile la
mobilité, qu’elle soit la règle et non l’exception. Plutôt que de partir en
retraite avant les autres il faudrait que les roulants puissent et soient
incités à faire autre chose. Et pas qu’eux d’ailleurs. Une institutrice de
maternelle qui arrive dans sa cinquantaine peut se sentir épuisée par ce qu’il
y a de très physique dans le fait de tenir, d’intéresser, d’entraîner une
troupe de 30 gamins de 4/5 ans. Bien sûr on dira qu’il est possible d’évoluer,
certains le font. Mais il n’empêche que les statuts précisément ne facilitent
pas la mobilité, ils confortent plutôt la continuité des carrières dans les
mêmes entreprises ou administrations.
Autour de cette question des
régimes spéciaux s’est greffé tout un patchwork de revendications diverses de
« défense du service public ». Toute proposition de réforme, de
réorganisation ou de rationalisation quelle qu’elle soit est présentée comme
mauvaise, comme l’expression d’une volonté de « casse » du service
public. C’est vrai qu’il y a de la casse mais il y a aussi bien des choses qui
ont un sérieux besoin de réforme, y compris contre les intérêts catégoriels de
certains. Je me suis senti agacé pour le moins par le ton du tract qui dans mon
service appelait à s’associer au mouvement. Quelle langue de bois ! Quel
pur langage de dénonciation ! Un véritable inventaire à la Prévert de ce
qu’il faut dénoncer, c’est à dire tout. Franchement la fusion des services de
Bercy et du Trésor est-ce bien , est-ce mal, je n’en sais fichtrement rien mais
j’en ai marre de voir poser à priori sans le moindre argument que ça ne peut
être que mauvais.
Et puis il y a quand même le
problème de ce genre de grève qui pèsent sur des usagers qui n’en peuvent mais.
Ça fait réac de le dire mais c’est vrai pourtant. Ça aurait peut-être un sens
d’essayer de penser les relations sociales autrement.
Il y a d’autres aspects dans
la politique de Sarko qui me choquent infiniment plus que cette réforme des
régimes spéciaux. Il y a cet autoritarisme, ce comportement d’empereur au petit
pied, cette nervosité et cette frénésie qui font peur, dont on peut se demander
où elle peuvent conduire en cas de déstabilisation majeure. Il y a cette
complaisance sans mélange pour l’argent et les riches, cette affirmation des
valeurs du fric et de la concurrence plutôt que de celles de la coopération et
de la solidarité, exprimées dans les amitiés et traduites dans des mesures bien
concrètes, du paquet fiscal à la dépénalisation de la vie des affaires. De ce
point de vue je comprends d’ailleurs très bien la réactivité de ceux qui se
voient arrachés le peu d’avantages qu’ils avaient. Pour faire accepter des réformes
il faudrait aussi faire preuve d’équité, ne pas donner aux plus riches tandis
qu’on retire aux plus modestes.
Et puis il y a ces lois
répressives et de contrôle social accru, il y a surtout cette grave affaire
d’utilisation des tests ADN pour établir une filiation, ce texte maintenu
envers et contre tout pour flatter la part la plus droitière de l’électorat et
des troupes sarkozistes. On dira que le projet de loi a été amendé, que
l’utilisation des tests est tellement encadrée qu’en fait ils seront rarement
mis en œuvre. Certes. Mais enfin le texte n’a pas été retiré. Le principe est
maintenu. Et c’est grave.
Mais ce n’est pas là-dessus
qu’on manifeste en masse !
16 mai 2007
Sarkoléon à l'offensive
Il faut dire qu’il fait fort
le Sarko pour son démarrage. S’il arrive à sortir un gouvernement avec un
Kouchner et un Védrine qui ne sont pas exactement des nullités ni non plus de
simples transfuges haineux à la Besson, il aura réussi un joli coup.
Il réaliserait alors au
moins pour partie ce que Chirac n’a pas voulu faire en 2002 alors qu’il en avait,
bien plus que Sarko aujourd'hui, la possibilité en raison des conditions de son
élection. Chirac a perdu alors l’occasion de se hisser à une stature historique
en s’élevant au-dessus de son camp et de son clan.
Je lui ai toujours trouvé un
petit côté Napoléon à Sarko qui se confirme ici, la puissance de travail,
l’activité vibrionnante, le volontarisme frénétique, l’autoritarisme et la
mégalomanie qui peuvent conduire à des fuites en avant aux conséquences qui
pourraient être redoutables. Mais aussi une certaine hauteur, une capacité à
faire bouger les lignes, à se situer un peu ailleurs en positif ou en négatif que
là où on l’aurait attendu, une certaine capacité tout en restant avant tout un
serviteur zélé de la classe et des intérêts sociaux qui le porte et qui mènera
donc pour l’essentiel la politique que celle-ci réclame, à s’en émanciper
cependant pour partie, à s’émanciper en tout cas des clans particuliers qui le
soutiennent. De ce point de vue il est assez jouissif de voir les caciques de
la Sarkozie s’étouffer de rage, mais silencieusement, sans trop le montrer, en
voyant les maroquins leur échapper au profit des ralliés de la dernière heure,
de la gauche ou du centre.
Mais au delà Sarko
saura-t-il s’affranchir en accédant à la présidence au moins en partie de ses
tropismes personnels et sociaux ? Personnellement je ne le crois pas mais
après tout il n’est pas interdit de lui laisser le bénéfice du doute, de le
juger sur les actes. Peut-être se révélera-t-il moins pire que ce que l’on
pouvait craindre, surtout s’il attache une grande importance à la trace qu’il
pourrait laisser dans l’histoire.
Le spectacle que donne la
gauche en tout cas est proprement désolant. La gauche radicale, qui a pour elle
la justesse de certains diagnostics mais qui est incapable de proposer des
solutions, est totalement éclatée, elle n’a eu que l’illusion d’une victoire
avec le succès du non au référendum. Au PS et alentour les rancœurs sont
tellement violentes qu’on voit mal quels pourraient être les chemins d’une
reconstruction confiante. A voir la façon dont sont tirés les couteaux, on se
dit même rétrospectivement que la constitution d’une équipe solide autour de
Royal, avec des gens n’ayant pas pour objectif premier de se faire des
chausse-trappe n’aurait rien eu d’évident et que les improvisations de la
campagne auraient pu se retrouver dans la suite. Quant à Bayrou il a toutes les
chances d’être laminé par le système surtout si Sarko réussit son opération
d’ouverture.
Une recomposition des forces
politiques étaient nécessaires. J’espérais qu’elle puisse se faire à
l’initiative et sur les positions et les valeurs d’une gauche ouverte,
humaniste, non sectaire qui aurait entraîné à sa suite les mouvances
écologiques et centristes.
Elles va se faire, en tout
cas dans la période proche, sous la houlette et sur les positions et valeurs de
Sarkozy qui restent, quelles que soient les habiletés politiques et
rassembleuses dont il peut faire preuve, celle du fric roi, de la valorisation
de la sphère marchande de la société au détriment de sa part non marchande, de
l’affirmation des valeurs individualistes au détriment des solidarités collectives,
celles d’une société peut-être ouverte et dynamique pour les forts mais à coup
sûr dure pour les faibles.
Ce qui est assez terrible,
assez décourageant et qui casse les espérances que l’on se laisse aller à avoir
dans l’action politique c’est de réaliser combien les questions de personnes,
les affrontements d’egos pèsent derrière les valeurs et les positions
affirmées. Combien de projets se perdent dans les sables non pour des raisons
de fond mais parce qu’il y eu des rivalités non surmontées entre divers
partenaires, concepteurs, metteurs en œuvre. Ça c’est un constat qui va bien
au-delà du « politique » d’ailleurs. Je le vis très souvent dans mon
propre travail. Ces jours ci même j’en ai eu un exemple. J’attends une décision
et quelques équipements allant avec, incompréhensiblement cette décision ne se
prend pas, je n’y comprend rien, j’essaie de creuser ce qui peut faire
obstacle, je finis par comprendre que de dérisoires hostilités personnelles
entre responsables de services ont conduit l’un d’eux à agir pour faire capoter
le projet sans autre raison que d’empêcher un succès dont l’autre aurait pu se
prévaloir. Ça paraît invraisemblable. C’est plus fréquent, hélas, qu’on ne
croit.
Tout ça touche à des
ressorts profonds des fonctionnements humains, c’est un peu
désespérant ...
Oups je me suis envolé un
peu loin du Sarkoléon. Mais en touchant sans doute à de l’essentiel qui
transcende le politique.
07 mai 2007
Lendemain
Donc le prévisible c’est
produit.
Il n’y a pas eu de miracle.
Sarko est élu
démocratiquement et largement.
Il faut donc faire avec et
remiser, je le crains, à plus tard l’espérance d’un possible renouveau.
Car hélas les dynamiques se créent
rarement sur les défaites.
Il n’y a qu’à voir cette
immédiate reprise des hostilités au sein du PS. Si c’est comme ça qu’ils
espèrent contrebalancer les choses aux législatives c’est mal barré !
J’ai trouvé que Ségo en
passionaria du peuple en faisait un peu trop. Qu’elle ne soit pas sinistre,
qu’elle montre sa combativité, son envie de continuer, son espérance, d’accord.
Mais le sourire en continu, comme un masque posé en permanence sur le visage,
non. Il y avait là presque un peu d’indécence vis à vis de tous ceux qui
avaient cru la victoire possible et se sentaient matraqués par le résultat. Ça
voulait presque dire : la défaite face à Sarko ce n’est pas si important
du moment que moi j’ai fait face. Le « en avant vers d’autres victoires »,
j’ai trouvé ça vraiment choquant !
Et pendant ce temps
Strauss-Kahn sortait son bazooka. Indécent ça aussi. Bien plus indécent !
Pas une parole pour celle qui tout de même a mené le combat avec une ardeur, un
engagement, une capacité à créer de l’espoir qui mérite d’être saluée. Les
éléphants, ni lui, ni Fabius n’auraient été capables de faire passer ce
« désir d’avenir » qui a su remuer y compris dans des milieux qui
étaient largement éloignés de toute implication politique. Ils n’auraient pas
percé dans les cités comme elle a su le faire, ramenant beaucoup de jeunes vers
les urnes.
Je ne suis pas hostile à
Strauss-Kahn et à l’effort de rénovation qu’il représente. D’ailleurs au moment
des primaires du PS je balançais un peu entre lui et Ségo. Je pense qu’une
vraie rénovation de la gauche a besoin des qualités de l’un et de l’autre, pour
aller vers une refondation bien plus large basée sur des valeurs et des
convergences, sur des solutions à inventer, ce qui est bien différent d’une
simple social-démocratisation ou d’un appel opportuniste au centre.
L’idée d’une sorte de ticket
entre elle et lui ne me paraissait pas absurde. Mais c’était sans compter avec
les détestations de personne, les rivalités d’ambition, les vieilles rancunes.
Le repas médiatique de l’entre deux tours et le « Dominique ferait un
excellent premier ministre » c’était juste une mise en scène pour draguer
au centre. La vieille politique a de beaux jours devant elle ! D’ailleurs
je n’en doutais pas. Mais de voir ça de façon aussi caricaturale, aussi vite,
c’est assez atterrant.
Et pendant ce temps l’autre
allait dîner avec ses potes au Fouquet’s avant de participer à un concert à la
Concorde, symbole de jeunesse, de renouveau, de créativité culturelle ! Et
sans hésiter à sortir le Johnny, qui ne s’est pas gêné pour partir en Suisse
histoire de ne pas payer ses impôts. Ah l’amour de la patrie n’est-ce
pas ! Quel symbole !
Oui, il faut faire avec…
Et pour moi revenir dans ces
pages à d’autres choses…
Enfin ce soir j’ai pris
encore une lampée de politique, je suis resté dans l’ambiance, je me suis amusé
avec le film de Serge Moati « la prise de l’Elysée » sur les dessous
de la campagne. Les coulisses c’est souvent plus intéressant, plus parlant que
bien des débats de commentateurs patentés. Et en plus bien plus agréable à
regarder !
06 mai 2007
Un peu de légereté
Hier soir Constance et moi
avons été voir « Ensemble c’est tout ». C’est vraiment un film
plaisant qui ne bouleverse pas certes l’histoire du cinéma ni n’ouvre des
abîmes d’émotions mais c’est un film doux, tendre, qui fait gentiment rire et
rêver, qui parle d’amitié et d’amour, en transcendant doucettement les
pesanteurs sociales ou psychologiques des personnages, les acteurs sont
excellents, Audrey Tautou est délicieuse.
On s’est dit qu’on avait
besoin d’un film comme ça, qu’on se prendrait bien ce petit bol de légèreté
roborative avant une soirée qui risque d’être coup de massue.
Apparemment l’effet du débat
ne semble pas être de nature à inverser les choses. Au contraire même, il
semble contribuer à creuser l’écart. J’en avais bien senti le risque sur le
moment. Lors de la « saine colère » j’avais manifesté mes doutes
auprès des amis avec qui nous regardions et qui eux baignaient dans
l’enthousiasme. Comme eux pourtant j’étais ravi, ravi de la voir cogner (elle y
va, elle a du culot, elle ne s’en laisse pas conter, sacrée femme !), ravi
de l’ascendant psychologique qu’elle avait su prendre (elle, le regardant sans
discontinuer, l’assassinant du regard, lui la fuyant, se réfugiant du côté des
journalistes). Je continue à croire qu’il fallait qu’elle se montre capable de
ça, peut-être l’a-t-elle fait un peu trop. Et je m’interrogeais sur l’effet sur
l’électeur moyen : à coup sûr ça allait faire plaisir chez ceux qui lui
étaient acquis, renforcer leur détermination, gagner des votes chez des
personnes sensibles à l’émotion mais ça risquait aussi d’en faire perdre en
effrayant, parmi ceux qui étaient dans le doute ou tout simplement plus à
distance de l’aspect un peu passionnel qu’a pris la campagne. Est-ce que ça
allait faire perdre plus de voix d’un côté qu’en gagner de l’autre ? Il
semble bien que oui.
Les sondages quoiqu’on dise
ne se trompent pas tant que ça. Ils sont un instantané à un moment. En 2002 ils
avaient bien vu les courbes de Jospin et de Le Pen se rapprocher
dangereusement. Leur lecture n’a de sens qu’en tendance, pris dans leur
évolution, et là force est de constater que la tendance est mauvaise.
L’improbable est-il
impossible ? On va dire que non. Avec quelques conjonctions
favorables : au moment d’aller voter ou pas justement, qu’il y ait des
électeurs sarkosistes moins mobilisés parce que croyant l’affaire pliée, que
les électeurs de Le Pen soient très abstentionnistes, que certains des
bayroutistes qui le soutiennent mais qui voudraient éviter qu’il ne soit trop
bien élu préfèrent eux aussi l’abstention, qu’il y ait une mobilisation
absolument sans faille de toute la gauche dans toute ses composantes… On peut
rêver. Tout ça ferait vraiment beaucoup de conjonctions favorables. Mais ce
n’est pas impossible, rien n’est jamais impossible tant que le vote n’a pas eu
lieu.
Alors allons-y vaillamment…
Et puis de toute façon il
n’est pas indifférent pour la suite que ce soit une dégelée du type 55/45 dont
parlent certains derniers sondages ou un score plus serré voire très serré.
En attendant je vous mets le minois de Miss Tautou pour tenter de garder au cœur un peu de cette légèreté et cette belle idée de la possibilité de « l’être ensemble » malgré les différences.
