Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

22 décembre 2009

Fragilités

Nous sommes pour quelques jours dans notre maison du sud pour faire le point avec l’architecte et avec les entreprises avant le démarrage des gros travaux.

Enfin dire dans notre maison n’est pas tout à fait exact. Nous sommes dans un petit hôtel à quelques pas, les premiers travaux de démolition déjà accomplis et la froidure ambiante ne nous permettant pas de nous installer sur place.

Nous sommes arrivés tant bien que mal samedi. Le départ vendredi soir a été homérique. Nous nous sommes retrouvés au milieu de foules vacancières devant des panneaux lumineux annonçant de considérables retards. Le froid et les intempéries avaient désorganisé le trafic. Les rares salles d’attente chauffées étaient prises d’assaut et les cafés et buffets eux-mêmes bondés n’ont pas tardé à fermer. Dans les halls de la gare, balayés de courants d’air glacés, on s’est vite sentis complètement réfrigérés. Mais pas question de s’éloigner. Il fallait rester à proximité pour surveiller les annonces indiquant les départs. Le tableau lumineux est lui-même tombé en panne avant que ce ne soit le tour des annonces sonorisées. C’est finalement un unique employé, muni d’un mégaphone poussif qui est passé entre les groupes compacts pour indiquer de quels quais partiraient les prochains trains. Le notre est parti avec deux bonnes heures de retard, qu’il n’a pas rattrapé. A Toulouse bien sûr nous avons manqué notre correspondance et dû attendre celle de la mi-journée. Heureusement nous avons pu remettre notre rendez-vous du matin à l’après-midi.

Je suis frappé par la fragilité de nos systèmes techniques qui me semble s’accroître d’année en année. Car enfin on ne s’est pas trouvé ces derniers jours confronté à des températures exceptionnellement basses ou à des précipitations extraordinaires. Il a un peu neigé. Il a fait un peu froid. Bref c’était l’hiver. Mais ça a suffi à tout désorganiser. Et à rendre impossible, à l’heure pourtant de la société informationnelle et communicationnelle de simplement informer correctement les voyageurs. Un petit blocage quelque part, un rouage qui se grippe et voilà tout le système qui se retrouve paralysé.

Et encore ce n’était rien. J’ai appris en regardant le journal télévisé dans notre chambre d’hôtel la totale mise hors service de l’eurostar pendant trois jours. Ouf, notre anglais est passé à temps ! Et il y eu aussi l’interruption pendant une nuit et une journée de tout trafic gare d’Austerlitz suite à un simple accident d’un train de banlieue. Et puis encore la suspension de la fourniture d’électricité dans une bonne partie de la région de Nice pour soulager un réseau qui sinon risquait de connaître une panne beaucoup plus grave !

Tout ça fait beaucoup !

Nos systèmes qui pourtant ne cessent de connaître des améliorations techniques deviennent en même temps de plus en plus interdépendants, de plus en plus susceptibles d’être mis en difficulté, voire de connaître un collapsus généralisé dès qu’un seul élément se dérègle.

Et pendant ce temps les dirigeants du monde se montrent incapables de prendre la mesure des défis du présent et de s’engager un minimum dans les processus qui pourraient rompre avec cette fuite en avant continue dont ces déboires techniques sont au fond un des aspects.

Pas facile d’être optimiste dans ces conditions !

J’ai un grand sentiment de schizophrénie quand je passe de ces pensées sur l’avenir du monde à mes petites préoccupation privées. Tout a l’air d’aller plutôt bien sur ce plan. Bon, nous n’en sommes qu’à la mise au point et aux signatures des devis définitifs, tout le monde est très gentil, tout baigne, la bonne coordination des entreprises et corps de métier semble aller de soi. Il en sera peut-être, il en sera sans doute tout autrement quand on sera rentré dans le vif du sujet…

Mais en tout cas, sans plus penser à la galère des transport et ce qu’elle dit de notre société, mettant à distance aussi nos soucis (au fond très agréables) de constructeurs, dimanche nous avons seulement profité du temps superbe qui régnait, sur la région pour monter à pied au lac par des chemins joliment enneigés et, sans chercher midi à quatorze heure, c’était ma foi bien agréable et bien délassant …

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(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

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19 juin 2009

L'Iran, demain...

Que va-t-il se passer en Iran ? Je suis aux aguets non sans inquiétude. On a le sentiment d’une situation limite, qui pourrait tourner tout aussi bien à la répression sanglante pouvant faire peser la chape de plomb de la répression pendant encore des années ou au contraire à une implosion du système de l’intérieur, miné par la contestation et par les contradictions mêmes de ses couches dirigeantes. Est-on à la veille d’un Tian An Men ou d’une chute du mur ?  Ma crainte est forte, très forte que ça ne tourne mal. Cela dit qui imaginait la chute du mur quelque temps avant qu'il ne se produise? En tout cas si un basculement positif se produisait sans drame se pourrait être un événement considérable, pour les iraniens d’abord, et plus encore pour les iraniennes mais aussi pour le monde compte tenu des dangers que le nationalisme et l’islamisme extrêmes font peser sur la paix. A côté de ça les enjeux de nos élections européennes, il faut bien reconnaître que c’était du léger, léger…

En plus j’ai une attirance particulière pour ce pays où je n’ai jamais été, mais qui m’a toujours fait rêver par son antique civilisation, sa succession de civilisations plutôt, par ses penseurs, ses mystiques et ses poètes, par ce que j’imagine de ses paysages et de ses villes dont les noms seuls sont des invitations au voyage : Chiraz, Ispahan, Persépolis… J’irai un jour. Lorsque les voiles seront tombés. Pas avant !

Je me rends compte aussi que pour moi le goût, l’intérêt que j’ai pour un lieu, pour un pays se renforce d’autant plus que j’ai un lien de sympathie avec une personne qui en est originaire, comme si alors le pays s’incarnait véritablement, cessait d’être seulement une référence géographique, culturelle ou géopolitique. J’ai lu plus de livres turcs, suivi l’actualité de ce pays avec plus d’intérêt depuis que je connais Ada. Pour l’Iran c’est un peu pareil avec Marjane Satrapi. Oh, je ne la connais pas en vrai, je ne l’ai jamais rencontré pas plus que je n’ai échangé de correspondance avec elle mais j’ai lu sa bande dessinée dès la parution du premier volume alors qu’elle n’était pas encore connue, achetant les autres au fur et à mesure de leur sortie. J’ai eu ainsi le sentiment de la voir grandir tout en assistant aux troubles de son pays. J’ai entendu des interviews d’elle qui me l’ont rendu sympathique et puis j’ai énormément aimé le film qu’elle a tiré de ses bandes dessinées et qui me semble apporter des dimensions supplémentaires, un enrichissement aux livres, ce qui n’est pas courant, habituellement c’est plutôt l’inverse qui se produit. Avec tout ça j’ai l’impression de presque la connaître !

Alors, pour Marjane, pour Chirin, pour tous ceux et toutes celles qui luttent et espèrent là-bas et pour nous tous, je croise les doigts à défaut de pouvoir faire autre chose…

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08 juin 2009

Content, mais...

Je devrais être très satisfait puisque les listes que je soutenais ont fait un score inespéré. Je m’attendais à ce que les listes Europe-Écologie soient au coude à coude avec le Modem, mais pas du tout à un tel écart. Et je m’attendais encore moins à ce qu’elles soient au coude à coude avec le PS.

Cela dit cette victoire brillante a aussi un goût amer !

Le rapport de force global au parlement européen comme le rapport de force national reste favorable à la droite et l’est même encore plus qu’auparavant. La poussée dans plus d’un pays de partis populistes ou nationalistes est un mauvais signe. En France les sièges emportés par Europe Ecologie ne compensent pas ceux perdus par le PS. Cela dit ce n’est pas pour autant un triomphe pour Sarkozy, contrairement à ce qu’on entend, car 28% de 40% ça ne fait pas lourd !

Car c’est là l’autre aspect très profondément négatif de ce scrutin : le taux d’abstention très élevé témoigne qu’une part importante de la population, et ce qui est grave spécialement parmi les jeunes et dans les couches populaires, ne se sent pas ou peu concernée. C’est une abstention qui ne marque pas une hostilité à l’Europe. Celle-ci se serait traduite plutôt par des votes pour les partis souverainistes ou nationalistes. Mais elle témoigne de la fracture sociale, culturelle, comportementale grave entre ceux qui considèrent qu’on peut peser et ceux qui ont le sentiment que de toute façon tout ça n’est pas leur affaire et qu’il n’y a rien à attendre des politiques et de la politique en général.

Il reste que la partie de la population qui a été voter l’a fait de façon réfléchie, mature, se centrant sur des enjeux européens plutôt que sur des considérations de politique nationale et ça c’est très sain. La percée des écologistes est évidemment une excellente chose qui témoigne d’une prise de conscience croissante et qui va peser sur l’ensemble des forces politiques qui seront plus qu’avant contraintes de tenir compte de la dimension environnementale. Au delà il faut souhaiter que les vieilles querelles partisanes entre les divers groupes et sensibilités du courant écologiste soient dépassées, que le rassemblement qui s’est esquissé à cette occasion soit pérenne, que l’électrochoc qu’ont subi d’autres forces, spécialement le PS, contribuera à une recomposition future beaucoup plus large.

Allez, soyons optimistes. Voyons le verre à moitié plein. Mais sans oublier qu’il est aussi à moitié, voire plus qu’à moitié, vide !

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30 mai 2009

Et donc je voterai pour...

Et oui ça se rapproche ces élections européennes, je réalise que c’est dimanche prochain. Il faut bien reconnaître qu’elles ne suscitent pas des débats qui passionnent les foules. L’abstention semble de loin le parti dominant. On peut facilement comprendre pourquoi tout en le regrettant. Quant à moi j’irai voter naturellement…

Mon choix n’est pas difficile à faire.

Le PS ? Certainement pas. On a trop donné déjà à force de vote utile ou censément utile. Il n’est pas mauvais que le PS paie son incapacité à sortir de ses querelles de pouvoir. Quant à la dame qui un temps m’avait un peu séduit, elle m’apparaît de plus en plus comme une démagogue faisant feu de tout bois.

La dite gauche de la gauche ? Merci bien. Sa version hard (NPA et consorts) n’est qu’un gauchisme sans perspective et dangereux au demeurant, s’arrimant certes sur des exaspérations bien compréhensibles. La généralisation des luttes dont rêve Besancenot ne règlerait rien, voire porterait derrière elle de bien plus redoutables périls.

Quant à la version soft (Front de gauche) elle souffre à mes yeux d’un rédhibitoire à-priori de réserve à l’égard de l’Europe (quoiqu’en disent leurs animateurs). Il faut partir de l’Europe telle qu’elle elle avec ses faiblesses, pas d’une Europe rêvée. De plus le discours me semble s’inscrire dans une vision assez conservatrice. Préserver et améliorer le modèle social français ne suffit pas, il y a aussi des « acquits » qui sont indéfendables, des réformes qui sont indispensables même si elles doivent remettre en cause certains corporatismes ou certaines habitudes. Défendre la production à tout crin en faisant l’impasse sur le changement civilisationnel nécessaire est un peu court. Bon je sais, c’est difficile de tenir ce discours là, quand les usines ferment et que les gens sont jetés à la rue sans vergogne, quand beaucoup de gens n’ont pas le minimum nécessaire, n’empêche on ne peut pas faire l’impasse sur ces questions, ou les reléguer au second plan, comme un supplément d’âme.

Bayrou ? Vraiment pas non plus. Il séduit ici et là, (je crois avoir vu que l’amie Samantdi se trouvait tentée, quoique assez mollement !). Il n’est là que pour son projet présidentiel. D’ailleurs c’est significatif : spontanément j’ai écrit Bayrou et pas Modem ! Autant la question pourrait éventuellement se poser le moment venu à la présidentielle s’il apparaissait comme le seul (ce que je ne souhaite pas !) en position de battre le Sarko, autant je ne vois pas l’intérêt d’apporter des voix aux européennes à ses candidats.

Donc je voterai sans hésitation pour Europe-Ecologie. Je ne dis pas que je partage tout ce que disent les représentants de ce courant (de ces courants d’ailleurs, il y a bien des différences dans les personnalités qui le compose). De toute façon il y a beaucoup de questions sur lesquelles je n’ai pas ou plus d’opinions tranchées tout simplement parce que les choses sont compliquées, que je ne peux pas me satisfaire de réponses manichéennes ou idéologiques. J’ai simplement l’impression que ce que propose cette liste va en général plutôt dans le bon sens. En plus ce sont les seuls qui se déterminent d’abord par leurs positions sur des enjeux européens et non par des considérations de politiques nationales (le pompon là c’est l’UMP, avec ces listes recasage des gens dont on ne veut plus !). Les députés sont réellement investis dans le travail du parlement européen, ils peuvent contribuer à ce que sur diverses questions les compromis européens soient meilleurs, il n’est donc pas indifférent qu’ils comptent éventuellement quelques députés de plus. Voter pour eux c’est donc pour le coup voter utile. En plus il faut dire que j’aime bien les candidats franciliens. J’ai toujours gardé une certaine tendresse pour Cohn-Bendit, je trouve au demeurant que ce qu’il dit est le plus souvent pertinent. Et j’imagine qu’une personne comme Eva Joly, avec ce qu’elle a démontré de combativité dans sa pratique juridique, avec sa profonde implication dans la lutte contre la délinquance financière, peut apporter beaucoup, et de façon très concrète, au parlement européen.

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27 mai 2009

Là-bas

Je lis depuis quelque temps, Neige, une jeune blogueuse chinoise, étudiante en français et professeure débutante, passionnée de littérature et d’écriture de soi, qui nous parle avec humour, vivacité et fraîcheur de la vie quotidienne d’une étudiante en Chine, de ses relations amicales et familiales, de ses projets et de ses aspirations personnelles, professionnelles ou littéraires. Son blog est une porte ouverte depuis l’intérieur sur un monde que l’on connaît mal. On en apprend plus en la lisant sur la Chine que dans bien des articles généraux trouvés dans la presse tout en faisant connaissance avec une personnalité attachante et, sans doute, un écrivain en devenir.

Neige publie beaucoup et régulièrement. Je m’étonnais ces derniers temps de ne pas voir trace de nouvelles mises à jour dans mon agrégateur.

Et puis, lisant ceci, j’ai compris !

Les autorités chinoises ont purement et simplement désactivé la possibilité de mises à jour de certaines plateforme de blogs, dont blogspot, celle précisément qu’utilisait Neige.

Il semble que l’anniversaire des 20 ans de Tien an Men soit la cause de cette suspension, les autorités craignant la multiplication de billets critiques sur cette plateforme. Ce blocage n’est pas une première en Chine. Cela arrive de temps à autre dans de périodes de turbulences réelles ou seulement craintes par les bureaucrates et le tout bien sûr sans explication et dans le plus total arbitraire. Pourquoi cette plateforme plutôt qu’une autre ? Jusqu’à quand les mises à jour seront-elles désactivées ? Personne n’en sait rien.

Les blogueurs chinois n’ont évidemment dans le contexte actuel aucune chance d’obtenir la suspension de telles mesures en s’y opposant frontalement. Ils préfèrent ruser, créer de nouveaux blogs ailleurs, passer de plate-forme en plate-forme. Ils ont le temps pour eux. Car sauf à faire tomber une chape de plomb absolue et à couper le pays de tout lien extérieur, ce que la Chine ne peut vouloir, internet joue à terme forcément en faveur de la démocratie. Les David blogueurs l’emporteront sur le Goliath bureaucratique. Même si celui-ci en attendant les oblige à des gymnastiques peu agréables.

Ce genre d’évènements, hélas courant dans tous les pays privés de démocratie, nous rappelle opportunément combien celle-ci est précieuse et mérite d’être défendue chaque fois que des petits coups de canif lui sont portés comme il y en a eu souvent ces derniers temps, y compris chez nous. On ne saurait être trop vigilant.

Neige a ouvert pour l’instant un blog de secours chez Canalblog, plate-forme qui a ce jour n’a pas été victime des mesures de blocage. Elle espère que sa présence là-bas sera temporaire et qu’elle pourra très vite revenir sur son ancien blog. Elle a tout notre soutien même si celui ci est évidemment de bien peu de poids, disons que c’est un soutien symbolique mais les symboles après tout ont leur importance.

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05 avril 2009

Visages

Je regarde très rarement les informations à la télévision, j’appréhende la vie du monde extérieur avant tout par la lecture quotidienne et assez addictive d’un célèbre quotidien du soir (oui, oui, plus addictive que les blogs !).

Vendredi soir cependant j’ai regardé le journal télévisé. J’y ai vu des images de la rencontre d’Obama et de Sarkozy et de la conférence de presse qui a suivi. J’ai été stupéfait par le contraste des visages. D’un côté il y avait le sourire rayonnant d’Obama, la décontraction, le calme qui semblait émaner de lui et de l’autre le sourire crispé, la tension intérieure, la surmobilité du visage à la limite des tics de notre président. Le type m’a toujours fait un peu peur. Ça ne s’améliore pas avec le stress voire le surmenage auquel conduit l’exercice du pouvoir, surtout avec la conception qu’il en a. On a l’impression qu’il réprime sans cesse une violence intérieure prête à déborder à tout moment (et qui déborde parfois d’ailleurs, voir le désormais célèbre « casse-toi, pov con »). Se dire que ce type là a toujours à trois pas de lui la mallette du feu nucléaire ça ne rassure pas vraiment !

Je sais bien que l’habit ne fait pas le moine, que le sourire, l’aspect avenant et le charisme naturel ne suffisent pas à faire une bonne politique de même qu’à contrario le volontarisme forcené peut à côté de beaucoup de rodomontades sans effet, donner lieu à certains résultats (voir la réactivité et le dynamisme de la présidence française de l’Europe).

N’empêche il me semble que ce deux visages disent tout de même quelquechose des personnalités profondes, au-delà des habiletés ou des maladresses de communication. Comme en son temps le sourire carnassier de Mitterrand disait aussi le sentiment qu’il avait de sa force, sa jouissance aux jeux du pouvoir et la distance qu’il savait y mettre.

Alors voir Obama, ça me fait du bien. L’orientation nouvelle qu’il semble donner à l’administration américaine avec toutes les conséquences en chaîne que cela peut avoir est à peu près la seule bonne nouvelle en ces temps de crise. Peut-on croire que la rencontre entre sa personnalité et les circonstances, que l’ampleur de la crise qui conduit tout de même à des prises de conscience, peuvent entraîner des remises en cause majeures et bénéfiques ? Du mal pourrait-il sortir un bien ?

Je n’en sais fichtre rien. Il y a tant de forces contraires, celles que génèrent les puissances installées et les situations acquises des maîtres du monde, mais au-delà aussi la force des habitudes en chacun de nous, la jouissance du court terme, une avidité, un désir prédateur peut-être anthropologiquement enracinés en l’homme.

Je ne me hasarderai plus quant à moi à m’avancer sur le terrain de ce qu’il faudrait faire. Il y a des choses qui me hérissent, dont je sais que je ne veux pas. Mais de là à avoir des idées sur les solutions ! Quand je lis des tribunes contradictoires d’économistes je suis bien incapable de me sentir en état de pencher plutôt pour l’un que pour l’autre. Ils se sont tous (ou presque, mon fils me bassine avec Stieglitz dont il est fan) tellement trompés et avec tellement d’assurance !

Donc ce petit billet je le reconnais n’est pas très politique. Simplement, tout en me retenant de tomber dans l’illusion de l’homme providentiel, je suis heureux de suivre des yeux dans ce ciel noir le vol de l’hirondelle Obama, et d’apaiser par son sourire les hérissements de poil que provoquent en moi les grimaces de l’autre.

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20 mars 2009

Grève et manifestation

Cette fois j’ai fait grève.

Non que j’ai été saisi d’un soudain enthousiasme militant mais j’avais tout simplement l’impression que je ne pouvais pas ne pas en être, que je me serais senti trop mal à l’aise à rester coincé toute la journée à mon bureau, à ne pas manifester ma solidarité avec ceux qui luttent et mon souhait d’une autre politique, même si je ne sais pas trop ce qu’elle pourrait être, c’est bien là où le bât blesse.

Toutes ces nouvelles qui tombent jour après jour, l’approfondissement de la crise, l’aggravation de la précarité, de la montée du chômage, cet argent que l’on donne si libéralement d’un côté et si difficilement d’un autre, ce refus toujours inébranlablement affirmé de toucher aux privilèges de quelques uns font qu’on ne peut que se sentir interpellé. Je suis particulièrement révolté par cette position de principe sur le bouclier fiscal défendue becs et ongles en affirmant que ce n’est pas ça qui coûte cher au budget de l’état. Peut-être mais que le Trésor Public puisse rembourser dans une telle période de crise à quelques uns des sommes qui représentent pour le précaire ou pour le travailleur pauvre une somme astronomique me paraît tout simplement indécent et mérite qu’on le crie.

Ce qu’il faudrait faire je n’en sais rien. J’ai soupé des yakas et les fauquons et c’est bien ce qui m’a conduit à rester le plus souvent à l’écart des précédentes mobilisations. Il n’y a pas de solution magique mais on pourrait faire sûrement moins mal. La crise est tellement profonde, multiforme, les vieilles recettes ne marchent pas, on n’en voit pas de nouvelles. C’est très difficile de changer de paradigme. Je suis tombé au cours de la manif sur un distributeur de tract d’un « Parti de la décroissance ». Il y avait là des réflexions intéressantes. Mais comment effectuer la transition entre notre modèle industriel et un nouveau modèle à inventer, sachant toutes les résistances qu’il y a à affronter, celles de ceux qui nous gouvernent, celles des profiteurs du système industriel et financier actuel à la recherche des plus grands profits immédiats par l’exploitation à tout crin des hommes et de la nature mais aussi celle de ceux qui vivent, oh combien douloureusement, la casse des outils industriels qui jusqu’à présent leur offrait du travail ?

Je suis toujours aussi dubitatif sur les résultats de ce type de mobilisation mais je ne souhaite pas pour autant les explosions radicales dont rêve le NPA qui ne règleraient rien et pourraient conduire au pire. Je ne vois aucune solution politique à court terme, entre un PS toujours aussi occupé de ses bisbilles, un front de gauche trop antieuropéen, un NPA dont la radicalité ne mène à rien.

Le matin je suis passé au bureau pour faire les déclarations de grève afin que nos absences se marquent dans les statistiques et pour que, comme il est normal, notre ayons à subir un retrait de salaire. Ensuite je suis rentré paisiblement chez moi en cours de matinée, jouissant du beau temps et heureux de me sentir plus en accord avec ma conscience qu’au mois de janvier. On a pu déjeuner sur notre terrasse pour la première fois cette année. A l’ombre il faisait encore frisquet mais avec un bon pull ça allait. Oui c’est le printemps… Et ce printemps météorologique compte aussi pour effacer en moi cette froidure à l’égard du monde qui en janvier m’avaient fait rester de côté.

L’après-midi donc j’ai été à la manif ce qui pour moi était le plus important.

J’ai d’abord commencé à y errer comme à mon habitude, plutôt en voyeur qu’en participant. Il y avait un étrange contraste entre les deux versants du Boulevard du Temple, un côté ombre où on caillait, et un côté soleil où il faisait presque trop chaud lorsqu’on se retrouvait immobile, coincé dans les paquets de foule.

J’étais content de coller sur mon blouson le « Casse toi, pov’con », distribué par le Parti de Gauche sans manifester pour autant un soutien particulier à cette organisation mais crier cela était aussi le sens de ma présence.

J’ai fini par rejoindre le petit cortège des représentants de ma corporation. Habituellement je n’aime pas trop défiler avec eux car je suis loin de partager toutes les positions du syndicat majoritaire, mais bon, j’ai préféré me glisser tout de même avec eux, marcher avec des collègues. On a chanté les chansons inventées pour l’occasion, forcément un peu démagogiques mais il y en avait de bien tournées, et ça fait du bien de se sentir tout de même dans la participation même si je me sens souvent décalé de mon monde professionnel, en difficulté d’appartenance. J’y ai revu des collègues que je n’avais pas vu depuis très longtemps et rien que ça c’était un plaisir à ne pas bouder.

Bref je suis revenu fatigué et un peu rompu par les heures de piétinement mais finalement, sur un plan purement personnel j’ai passé un bon moment, sans être perturbé par les doutes et les malaises identitaires qui ont souvent rendu mes participations à des manifestations pénibles et amères.

Manif_19_mars_006

Un peu de musique pour réchauffer les coeurs

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30 janvier 2009

Froidures

J’en ai marre de cette froidure qui ne nous lâche pas.

Aujourd'hui ça va un peu mieux, il fait froid mais sec, avec un ciel lumineux, c’est déjà ça.

Mais tous les jours précédents c’était, sous un ciel uniformément gris, un froid humide, venteux, pénétrant, trouvant à s’insinuer malgré les manteaux fermés.

Habituellement j’aime bien les vingt minutes de marche qui me mènent à mon bureau, je les effectue avec une part d’allégresse, même si c’est pour aller rejoindre un travail dans lequel les satisfactions sont devenues rares. J’apprécie cette sorte de sas ouvert à la rêverie par lequel je transite entre deux pans de ma vie. Mais tous ces jours derniers j’ai effectué ce parcours menton dans le col, corseté, tendu, trouvant la marche longue, interminable. Et je me traîne en plus un rhume dont je ne parviens pas à me défaire et qui racle dans mes bronches.

Alors, plus que d’habitude, cette froidure, cet hiver qui ne veut pas finir, me pèse et joue sur mon moral. Une froidure qui s’insinue dans le cœur aussi.

Hier, en plus, il y avait la grève que je n’ai pas faite et j’en étais mal à l’aise.

Je me sens à côté, ailleurs, conscient de la dureté des temps et en même temps, de moins en moins concerné. C’est une autre froidure : ma froidure à l’égard du monde !

Je me pose de plus en plus la question du sens de la grève dans un service public. Qu’est ce que ça aurait apporté de constructif que mon service soit fermé aux usagers ? Je ne suis pas le seul d’ailleurs : manifestement pas mal de gens notamment dans les transports ont hésité pour des raisons similaires (enfin, j’imagine aussi à cause de la perte de salaire) tout en étant solidaire du mouvement. On a vu aussi les agents d’EDF dans le sud-ouest continuer à remettre en fonctionnement les lignes tout en se manifestant grévistes.

En fait c’est plus mon absence de participation à la manifestation qui m’a pesé.

J’aurais voulu y être, moi qui suis un fonctionnaire protégé, par solidarité avec ceux qui sont directement touchés par la crise, qui se retrouvent au chômage ou dans des situations de plus en plus précaires. Et aussi pour affirmer mon opposition aux choix qui sont faits et notamment aux coupes sombres effectuées dans certains services publics.

Mais là encore pas d’évidence. Avec qui défiler ? Je me sens totalement décalé des revendications syndicales de ma petite corporation qui répète depuis des années les mêmes slogans et s’est montré incapable de tracer des voies de réformes indispensables. Je n’avais aucune envie de marcher avec eux. On se sent bien à manifester quand on est dans l’appartenance. Au moins dans une appartenance groupale à défaut d’une appartenance politique ou syndicale. Mais je ne me sens plus d’aucune appartenance. Alors marcher de ci de là en m’agrégeant à tel groupe ou à tel autre juste comme ça ? Ou pire me mettre sur le côté de la manif et regarder défiler comme le ferait un quelconque cacique du PS, écharpe tricolore en bandoulière ? Je ne supporte pas, rien ne me met plus mal à l’aise que ce comportement de voyeur.

Je me sens exilé par rapport à ma vie professionnelle. J’appartiens à des services qui sont très bousculés et qui me paraissent même condamnés dans la forme dans laquelle ils existent. Je ne les défends pas tels qu’ils sont, je vois trop ce qui dysfonctionne mais je n’ai pas l’énergie d’un engagement quelconque dans tout ce qui se trame pour leur transformation. Je laisse filer en me disant que la retraite n’est plus si loin. Ce comportement du type « après moi le déluge » m’est profondément antipathique, il me fait mal, mais je ne parviens pas à en avoir un autre et depuis pas mal de temps déjà.

Quand j’ai quitté le bureau, le soir déjà tombait, le soleil qui avait percé dans la journée, s’était éteint et de nouveau c’était cette froidure grise, et mon retour, après une journée vide, n’était pas plus gai que mon aller…

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01 décembre 2008

Kafkaïen!

J’ai dû relire deux fois l’article du Monde samedi à propos de l’interpellation musclée de Vittorio de Filipis. Cet ex-directeur de publication de Libé s’est fait cueillir chez lui à l’aube par la police, il s’est fait menotter et embarquer manu militari puis il a eu droit à deux fouilles successives au corps et à quelques insultes. Tout ça comme suite à des plaintes en diffamation déposées par le Pdg de Free, pour des articles ne lui ayant pas plu et - c’est encore plus extravagant – pour des commentaires déposés par un internaute sur le site de Libération à l’époque où Filipis en était directeur !

L’histoire m’a paru tellement invraisemblable que j’ai relu l’article deux fois en me disant : Mais c’est pas possible, je n’y crois pas .

Mais si apparemment il faut y croire !

Est-ce à ça que servent les moyens de la justice dont on dit assez la grande insuffisance ?

Est-ce à ça que servent les moyens de la police ?

Qu’est ce qui peut expliquer une intervention aussi délirante ?

Est-ce le résultat d’un excès de zèle d’une juge d’instruction ou des fonctionnaires de police qui ont pris le relais ?

Va-t-il y avoir des sanctions pour cet excès de zèle aussi rapidement qu’il y en a eu pour son pendant inversé, l’insuffisance de zèle supposée des forces de police lors de l’occupation de la villa corse de l’ami du président ?

Excès de zèle n’est même le terme qui convient : l’interpellation même si elle avait été effectuée d’une façon civilisée et respectueuse pour la personne en cause paraît totalement inadaptée, hors de propos, pour une affaire de ce type. La délicieuse Dati vient, à ce que je vois, de justifier l’interpellation par la non réponse du journaliste à de précédentes convocations qui lui auraient été notifiées. Il y a débat sur le sujet avec les avocats de Libération. Mais quoiqu’il en soit et indépendamment du « droit » éventuel que la juge aurait eu de délivrer ce mandat d’amener, on aurait pu supposer que le simple bon sens lui fasse rechercher d’autres moyens de contact.

Et si ça se passe comme ça pour un journaliste, ayant par définition les moyens de faire du tapage médiatique, on peut imaginer à quels excès peuvent se laisser aller certains fonctionnaires de police avec des sans-voix, au fin fond des quartiers et des cités.

Faudrait-il croire alors que ce soit un peu plus que des dérapages, une volonté de créer un certain climat ?

Ça me parait de tellement mauvaise politique que j’ai du mal à le croire.

Et pourtant, je crains qu’il ne faille se rendre à l’évidence.

On a manifestement de plus en plus une police et une justice instrumentalisés et, de surcroît, instrumentalisés n’importe comment.

C’est assez effrayant !

On me dira peut-être qu’il y a plus grave : les sans domicile qui claquent, la crise qui s’approfondit chez nous et encore plus hors de chez nous, les populations dramatiquement fragilisées tout autour du monde, la terre qui se porte mal.

On me dira, ce n’est qu’un éphiphénomène, ça va faire causer les bobos de gauche, d’ailleurs ça marche, la preuve ce que je suis en train d’écrire, et pendant ce temps on ne parle pas du reste.

On me dira que ce n’est pas bien intéressant de se fendre d’un billet sur un sujet comme celui-ci qui voit et verra se manifester une indignation largement partagée.

On me dira ce qu’on veut, je ne peux m’empêcher de pousser mon coup de gueule.

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07 novembre 2008

Barack, en moi...

Je suis ravi de la victoire d’Obama. Evidemment !

Elle était annoncée mais il y avait toujours la crainte de la mauvaise surprise de dernière minute. Celle-ci ne s’est pas produite, la victoire au contraire a été large et portée par un mouvement d’enthousiasme extraordinaire ce qui lui donne encore plus de force.

J’ai écouté le discours de Chicago. Obama m’a impressionné par ses qualités d’orateur mais aussi par sa hauteur de ton, par l’impression qu’il donnait de calme, de détermination, de haute conscience de ses responsabilités. Il se glisse manifestement avec facilité et par le haut dans ses habits de président. Au milieu des explosions de joie ce discours c’était comme un moment de recueillement, une sorte de suspens donnant la mesure de l’événement.

Il était spectaculaire de voir les différences de public entre celui de la réception chez les battus au profil tellement WASP (white anglo saxon protestant) et celui des rassemblements derrière Obama où se mêlait des gens de toutes origines, de tous styles, de toutes conditions. Obama c’est la véritable Amérique, celle du melting pot et de cette formidable énergie sous-jacente. Le melting pot c’est la force de l’Amérique, ce par quoi elle s’est construite, de frontière en frontière, en assimilant des vagues successives d’immigrants (mais non sans au passage anéantir les populations locales indiennes, ça c’est la face sombre, qu’il faut prendre garde à ne pas oublier, l’histoire n’est jamais simple). Le melting pot c’est ce pourquoi on aime bien, on aimait bien l’Amérique même si on avait désappris de l’aimer. En tout cas ces scènes de liesse populaire faisaient plaisir à voir et étaient communicatives même à distance et au travers du petit écran.

Je ne me fais pas d’illusion. Il n’y a pas d’homme providentiel. Mais il n’empêche cette élection ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Les hommes ont leur place à jouer dans l’histoire, les peuples certes mais les dirigeants aussi que les peuples se donnent. La qualité des hommes, leurs idées, leurs valeurs, ce n’est pas indifférent. Bref il reste, malgré tout, un espace pour le politique, au vrai sens du terme.

Obama décevra peut-être, il décevra sans doute. On sait dans quelle crise d’une ampleur sans précédent cette élection s’inscrit, une crise qui n’est pas seulement financière, ni même seulement économique, conséquence des effets pervers de la mondialisation. C’est une crise civilisationnelle et écologique beaucoup plus profonde, la crise d’une machine qui semble s’être emballée et que rien ni personne ne semble pouvoir véritablement arrêter. Il y a beaucoup d’éléments rationnels qui font penser que l’humanité a peu de chances de sortir indemne des impasses dans lesquelles elle s’est engagée. Mais à côté du pessimisme l’espérance a toujours une place. Des évènements comme celui-ci ne peuvent nous faire croire que tout va changer pour le mieux mais ils redonnent un peu plus d’éclat à cette étincelle d’espérance que nous avons tous au fond du cœur sans quoi plus rien de nos vies ne serait possible.

Les discours négatifs de l’ultra-gauche me hérissent. Prétendre que l’arrivée d’Obama c’est changer pour que rien ne change me paraît un sommet d’imbécillité. Aller jusqu’à réduire l’élection d’Obama a une sorte de manipulation à laquelle aurait procédé les vrais maîtres du monde c’est avoir une vision d’un manichéisme étroit éloigné de la complexité du monde. Je ne supporte plus et depuis un bon bout de temps ces discours de l’ultra-gauche mais là ils me deviennent carrément odieux. Les candidatures dites hors système comme celle de Ralph Nader ont contribué à l’élection de Bush en 2000 comme en 2004 (et d’ailleurs, pas le peine d’aller si loin, c’est ça aussi qui a propulsé Le Pen au second tour en 2002).

Et puis quoi, j’ai envie, simplement envie, de me laisser emporter un petit peu par l’émotion et par l’espérance. Il y a suffisamment peu de bonnes nouvelles dans la vie du monde pour qu’on ne boude pas notre plaisir lorsqu’elles surviennent. Ça fait du bien tout simplement.

En prenant connaissance des résultats, en voyant la joie de la foule, en écoutant le discours d’Obama j’ai été parcouru d’une onde puissante. Je n’ai pas, mais du tout la larme facile et pourtant là j’ai senti mon cœur se gonfler, j’ai senti un picotement sous mes paupières.

Des politicards pisse-froid peuvent tenter de me démontrer par toute les manières que je m’exalte pour pas grand chose. Outre que je pense qu’ils ont tort, je ne veux pas même les écouter parce que j’ai envie de jouir de mon émotion et de mon contentement.

Je sais bien, le vieux Trotsky disait, citant Spinoza « ne pas rire, ne pas pleurer, mais comprendre ». Comprendre oui mais rire et pleurer aussi. Je m’autorise la jouissance de l’émotion.

J’aurais voulu conserver intacte la trace qu’elle a fait en moi, ce sentiment d’alacrité, ce contentement, cette joie. J’aurais voulu me faire accompagner d’elle tandis que j’ai pris ensuite le fil de la journée, des obligations, des habitudes sous la petite pluie froide de l’automne. J’aurais voulu comme Samantdi, ne pas « désourire » de la journée.

Mais j’ai du mal pour ma part.

Mon contentement est précieux mais fragile, évanescent. Mon sourire à moi trop vite s’éteint.

Je me demande : d’où cela vient-il ? pourquoi cette réserve en moi ?

Ce ne sont pas des raisons rationnelles. J’ai dit que j’avais de l’espoir mais que je ne me faisais pas d’illusions excessives. Donc ce n’est pas crainte de déchanter. Quoique les souvenirs de nos joies de mai 1981 et de leur lent effilochement puisse jouer quand même.

Est-ce juste une tournure d’esprit ? Est-ce un signe de ce que j’appelle « ma ligne grise » ?

Ou bien est-ce un émoussement progressif de ma capacité d’enthousiasme ? Est-ce que, bien banalement, ce serait ça aussi, vieillir ?

De tout cela un peu, sans doute…

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