01 octobre 2006
Les communards
Hier après-midi, tout près
de chez moi, il y avait une petite fête en souvenir de la Commune de Paris.
J’avais raconté l’an passé les sentiments mitigés que suscitaient en moi ce
genre de manifestation et son public. Je n’y reviens pas. Mes impressions ont
été à peu près similaires, avec un peu moins de malaise peut-être, un peu plus
de tendresse distante.
J’y suis resté un peu plus
longtemps. Il faut dire que cette année il y avait des chanteurs en vrai, ce
qui est tout de même plus accrocheur qu’une sono retransmettant Ogeret. On a eu
droit à tout le répertoire du genre par Riton la Manivelle (le nom et le look
du monsieur déjà c’est tout un programme !), les chants révolutionnaires
du 19° siècle français, les Canuts, le Temps des Cerises naturellement, et puis
aussi plus récents, le Chant des Partisans et Hasta la Victoria siempre,
commandante, commandante Che Guevara…
Parmi les distributeurs de
tracts il y avait des dames d’âge respectable distribuant une feuille de la
Libre Pensée s’insurgeant contre l’attribution du nom de Jean-Paul II au parvis
de Notre-Dame et voyant dans l’inauguration conjointe à laquelle ont procédé le
maire et l’évêque de Paris une insupportable atteinte à la laïcité. Tout ça
paraît bien ringard. Et pourtant, pourtant, quand on voit le retour du
religieux ou plus exactement du clérical, on se dit qu’il y a peut-être sens à
renouer avec une laïcité de combat. Sauf que l’enjeu principal n’est sûrement
pas dans ce que dénonce la Libre Pensée. Le combat urgent est sûrement avant tout dans la défense intransigeante et sans concession de la liberté d'expression contre toute les pressions (voir l'odieuse fatwa lancée contre Robert Redeker, insupportable même si on ne partage pas, loin de là, toutes ses opinions) Et l'enjeu il est plutôt dans le fait que les
déséquilibres du monde alimentent désormais les courants religieux les plus
réactionnaires, les islamistes auquel on pense tout de suite mais aussi les
courants fondamentalistes chrétiens aux USA, les sectes en tous genres, le
religio-populisme en pointe dans les ex pays de l’est. A la déraison
idéologique ce n’est pas la raison d’un réformisme réel et efficace qui a
succédé mais la déraison religieuse. Qui, mais qui, au temps où nous croyions
encore que l’avenir était rouge, au temps où nous bercions nos réunions
militantes de ces chants écoutés hier, croyant nous inscrire dans leur
continuité, qui aurait pu imaginer un tel retour ? Qui aurait pu imaginer
qu’après l’effondrement des idéologies marxisantes ou tiers-mondistes, ce serait
les courants religieux les plus rétrogrades qui récupéreraient la colère des
damnés de la terre ?
Tout ça n’est pas très gai et autorise un peu de tendresse mélancolique et sans illusion pour ce passé là et justifie mon envie de partager avec vous par quelques photos un peu de l’ambiance de cette petite fête, toute ringarde qu’elle fut.
02 juin 2006
Le poids des mots
Comme je le disais dans une
précédente entrée, je m’interroge sur l’idée de soutenir Ségolène Royal. Ses
récentes interventions me refroidissent sérieusement.
Je sais que dans nos
quartiers protégés, avec nos gamins dans des lycées de centre ville on n’est
pas confronté aux mêmes tensions que ceux qui vivent dans les quartiers
difficiles, qu’on perçoit ça de loin et qu’on est plus à l’aise pour tenir des
discours bien balancés sur ces questions. Je n’ai pas une vision seulement préventive
autour de la sécurité. Je sais que la répression et la fermeté s’imposent. Je
comprends l’exaspération qui peut saisir ceux qui sont directement confrontés à
des situations très difficiles et je comprends même que cela puisse les
conduire à des dérapages.
Les responsables politiques
au moins devraient se garder de ces dérapages. Qui en l’occurrence n’en sont
pas, mais de la tactique pour ratisser large. Attention à ce qu’à trop vouloir
ratisser d’un côté on ne perde de l’autre.
Il y a la façon de dire. Il
y a les mots qu’on emploie. Les mots ont une symbolique aussi. Les termes
« d’encadrement militaire », « de remise au carré » me
paraissent très, très mal venus. Certes il ne faut pas de langue de bois, il
faut appeler un chat un chat, la fermeté nécessaire doit être dite mais il n’y
a pas besoin d’en rajouter dans le choix des mots, pas besoin d’en utiliser
certains dont les connotations vont bien au-delà du souhaitable. Là on rentre
dans autre chose, dans une volonté de concurrencer Sarkozy sur son propre
terrain y compris en utilisant les ressorts les plus contestables et
démagogiques.
Un mauvais point, madame
Royal !
Mais trêve de ces
considérations. Pour le moment je boucle ma valise et m’apprête à partir quelques jours. J’ai souvent des journées charrette
mais c’est vrai que c’est aussi la contrepartie de cette liberté de m’organiser
dans mon travail qui me permet de prendre des jours à peu près quand je veux et
ça bon sang que c’est précieux. Cette année j’en profite largement…
Et en plus, ce matin,
quoiqu’il fasse encore très frais, il y a du soleil, ça sent le printemps.
Cool !
26 mai 2006
De Ségolène en Ségolène
Maintenant que notre chère
Ségolène a déserté (on l’espère temporairement) la blogosphère, voilà que je me
suis tourné vers l’autre Ségolène…
J’ai été ce soir pour la
première fois faire un tour un peu approfondi sur son site.
Deviendrais-je
ségolénien ? Jusque là dans le troupeau des éléphants je dirais que je me
sentais plutôt strauss-kahnien (les paillettes et la démagogie de l’inoxydable
Jack non merci, celui-là m’exaspère depuis très longtemps, Fabius je lui en
veux de son opportunisme qui l’a porté vers un non au référendum dont on voit
bien qu’il n’a créé aucune dynamique, quant à Jospin si je lui garde un certain
respect pour une forme de droiture et d’honnêteté qui lui a beaucoup coûté, je
ne le vois pas remettre ça, fini avait-il dit, donc fini cela doit être, il y a
d’autres choses à faire dans la vie, sachez passer la main, Messieurs.
Alors Ségolène pourquoi
pas ?
Il n’y a pas de doute
qu’elle renouvelle. Sa démarche à partir du site et des forums peut être jugée
démagogique. N’empêche, elle est profondément en adéquation avec ce mouvement
de la société qui fait que nos blogs, dans leur immense diversité et au-delà de
leurs aspects parfois narcissiques témoignent aussi d’une prise de parole qui
renvoie à la société globale, on est là dans une amorce de formes nouvelles de
la démocratie. Je ne suis pas naïf et je ne crois pas qu’il y a là une panacée
qui peut remplacer tout ce qui s’éteint des anciennes structures, des
fraternités militantes mais il y a sûrement quelquechose qui s’invente.
Ségolène est celle qui s’avance avec le plus de détermination sur ce terrain
là.
Je ne partage pas tout ce
qu’elle dit. Mais ça ne me déplait pas, d’accord ou pas d’accord sur tel ou tel
point, qu’elle ose sortir de certaines langues de bois convenues y compris en
disant que sans être blairiste tout n’est peut-être pas à rejeter dans ce qu’a
fait Blair, parangon dans nos milieux du social traître, ou qu’il y a peut-être
à réfléchir sur comment aider les familles à tenir leur rôle éducatif.
Je vois dans son attitude
une façon d’aborder la politique de façon pragmatique, ne s’encombrant pas
d’idéologies, de toutes les idéologies, les marxisantes ou les libertaires. Le
programme est un peu court. Est-ce qu’on élit sur un programme ? De moins en
moins. Certains diront que c’est justement cela qui est catastrophique, que
c’est la mort de la politique, c’est le règne des personnes, c’est la
peopolisation (oups, l’affreux néologisme !). Peut-être qu’il y a un
équilibre médian à trouver. Car les programmes trop ficelés, les « demain
on rase gratis » on a déjà donné... Peut-être qu’on élit à la fois sur une
personne ou plus exactement sur l’idée que l’on se fait de la façon dont cette
personne va pouvoir faire face, sur une approche et une attitude, sur quelques
propositions et engagements concrets et limités pour démarrer…
Et puis j’aime bien sûr que
ce soit une femme. Certes pas de sexisme à l’envers. Thatcher aussi était une
femme (enfin, je crois…). Le sexe n’est pas en soi une garantie mais l’élection
d’une femme à la Présidence ça ferait plus pour faire avancer la parité que
mille discours et mesurettes.
Alors je ne sais pas encore,
il me faut lire et regarder ça de plus près mais disons que Ségolène pourquoi
pas, ça fait son chemin en moi…
Et puis, pour redescendre de
Désirs d’avenirs à ma blogosphère, je dois dire que j’ai trouvé dans ma
promenade une petite chose drôle et piquante. Parmi les liens des divers blogs
de soutien inscrits sur le site je suis tombé sur un des tout premiers qui ait été
créé dès 2004, je vois qu’y poste toujours une certaine Miniquiche, d’aucuns
parmi nous l’apprécient de longue date comme une blogueuse essentielle quoique
devenue très discrète. Et je crois même savoir que c’est à partir de ce blog
que Ségolène (l’autre, vous me suivez) a commencé ses propres promenades et sa
propre vie bloguesque. La boucle est bouclée. De Ségolène en Ségolène. Le monde
est petit finalement, très petit.
Après tout ça j’ai été jeter
un coup d’œil à nouveau sur Ségolène, l’autre, celle dont je croyais qu’elle
avait arrêté. Mais, c’est qu’elle est revenue notre Ségolène! Re-bienvenue
alors, Ségo ! Décidément tout va vite sur le net. Sa cure de silence a été
de bien courte durée. Ah, décidément, il est bien vrai que femme varie !
03 avril 2006
Lamentable!
Ce Chirac est vraiment lamentable !
Bon ce n’est sûrement pas un scoop que j’énonce là,
c’est une impression partagée très largement et dans tout l’échiquier
politique.
Promulguer une loi en disant qu’elle ne doit pas
s’appliquer ! Dans une même phrase dire donc une chose et son
contraire ! Oh la belle leçon d’instruction civique : les lois, c’est
bien connu, sont faites pour ne pas être appliquées !
Imagine-t-on un De Gaulle ou un Mitterrand, accepter de
se ridiculiser en passant sous les fourches caudines d’un premier ministre,
uniquement pour empêcher celui-ci de démissionner ! Non sans tout aussitôt
le dessaisir officieusement du dossier, au profit de l’autre, du fils haï, du
méchant dont il faut se servir parce qu’on ne peut faire autrement.
Mais quelles couleuvres ! Comment peut-il les
avaler ? Comment se sent-il le soir quand il se regarde dans la glace ou
quand il discute au coin du feu avec Bernadette ? Peut-il ne pas avoir au
fond de lui-même, dans son intime, le sentiment d’un échec sur tous les
tableaux ? Sauf sur un seul, survivre au pouvoir le plus longtemps
possible.
J’ai souvent en moi-même brocardé l’orgueil de De
Gaulle ou de Mitterrand avec leurs idées de grandeur, leur conception quasi régalienne
du pouvoir, leur volonté de laisser une trace pour l’histoire. Mais peut-être
que cet orgueil leur permettait finalement une certaine hauteur de vue, un
certain respect d’eux-mêmes et de la fonction qu’ils incarnaient qui les ont
empêché, quelles qu’aient été leurs ombres, de tomber à un tel niveau de
dégradation du politique.
Quelle irresponsabilité. L’image du pays est atteinte.
L’image de la politique, qui bon sang n’a vraiment pas besoin qu’on en rajoute,
est atteinte une fois de plus. Il y a de vrais risques pour la démocratie à
laisser la situation pourrir même si je pense qu’elle ne pourrira pas très
longtemps, Sarko va pouvoir reprendre la main, la fatigue va jouer, la
mobilisation n’ira pas en s’amplifiant à l’infini, l’agacement de la population
face à d’inévitables mouvements de radicalisation et à des débordements tout
aussi inévitables peut même entraîner de sérieux retours de bâton.
Chirac aurait eu l’occasion pourtant de s’élever à une
dimension historique. J’ai vaguement rêvé qu’il le ferait, qu’il saisirait
cette occasion qui lui était donnée après les élections totalement atypiques de
2002, qu’il serait capable de se dégager des étroitesses de son camp, de
rebattre radicalement les cartes, de restructurer le champs politique. Je n’ai
pas vraiment cru qu’il le ferait à vrai dire car il y avait déjà l’expérience
de 1995, vous vous rappelez la fracture sociale de la campagne de 1995 et ce
que ça a donné immédiatement après, dès l’élection acquise, sans la moindre
honte, sans la moindre gêne apparente, aller strictement à l’opposé des
promesses. Depuis ça n’a fait qu’empirer. A chaque coup il a joué la petite
politicaillerie, il a joué sa seule survie, à chaque coup il a joué perdant. Ah
ça oui, il survit, mais à quel prix. Et ce n’est pas bon un pays avec un
pouvoir qui survit.
On pourrait rigoler de cette farce. Mais je n’ai pas
envie de rire. Je me sentais déjà bien éloigné du politique et bien blasé mais
franchement là, ça me plombe. Je ne crois pas à une alternative qui se
construirait dans l’affrontement camp à camp, je ne crois plus à cela, je crois
en l’élaboration de compromis et de consensus et cette politique fait tout pour
rendre ces compromis, ces consensus de plus en plus difficiles à atteindre.
Et pourtant aujourd'hui ça sentait sérieusement le
printemps, ça bourgeonne de partout, les oiseaux chantent, est-ce qu’il n’y a
plus que ça, regarder le ciel et les saisons…
28 mars 2006
En grève
Je
reviens du bureau. J’ai été y faire l’état des présents, j’ai transmis mes
états de grévistes et puis je me suis moi-même déclaré gréviste et je suis
rentré à la maison avec une certaine légèreté à me sentir ainsi dégagé de cette
journée de travail, à m’octroyer ce temps au prix d’une retenue de salaire,
affirmation de ma liberté.
Je
fais grève mais c’est ma grève. Je me sens très éloigné des invectives trop
faciles sur la dérive libérale généralisée, sur ces méchants qui nous
gouvernent et qui ne font que rajouter de la précarité pour le seul profit des
employeurs forcément uniquement assoiffés de profits, je me sens très éloigné
des solutions simplistes, des « ya ka » et des « faut qu’on »
qui constituent la majorité des réponses. Je suis convaincu qu’il faut aller
vers des aménagements qui donnent plus de souplesse à la société en général et
plus d’adaptabilité au marché du travail et spécialement dans les secteurs les
plus protégés comme ceux de la fonction publique qui naturellement précisément
parce qu’elle est bien protégée par son statut sera encore une fois la plus
mobilisée. Je ne sais pas bien ce qu’il faut faire, je ne me sens pas les
compétences de donner des réponses, je ne sais pas si des solutions inspirées
du modèle danois de flex-sécurité sont applicables ou partiellement applicables
en France. J’ai en tout cas la conviction que c’est compliqué, que ce n’est pas
simplement une affaire de gentils contre méchants. Au fond j’ai l’impression
que je fais surtout grève contre une forme de mépris, contre l’arrogance
technocratique, contre la mal-gouvernance. Finalement je fais une grève très
politique.
Pourtant
je ne vois guère non plus se profiler des issues favorables sur ce terrain. Une
crise ça montre que ça bouge, oui, mais ce n’est pas en soi la garantie qu’il
en sortira du meilleur (ça c’est une réponse à Alain qui dans un commentaire laissé sur une de mes dernières
entrées me semblait avoir une vision bien optimiste de la vertu des crises :
il y en a peut-être qui permettent aux forces nouvelles de s’affirmer, de
bouleverser la donne, de faire avancer la société (mai 68 d’une certaine façon,
dans certains domaines) mais les crises dans des climats régressifs où domine
le désespoir social peuvent mener au pire (l’Allemagne d’avant le nazisme).
Notre situation n’a rien à voir avec ce dernier exemple naturellement, c’est
juste pour dire que la crise n’est pas en soi gage de positivité.) Quand on
pense que le Sarko se débrouille pour apparaître en l’occurrence comme plus
ouvert que Villepin, faut le faire ! L’état profondément divisé de la
gauche ne laisse en tout cas guère entrevoir d’alternative crédible.
Je
me suis mis en grève aussi parce que j’ai envie d’aller manifester. Là encore
je ne sais pas bien avec qui je me mettrais. Certainement pas avec les
« chers collègues » avec les syndicats dominants de la boutique qui
sont toujours dans un corporatisme lamentable, sur une défense des acquis qui
conduit par principe à s’opposer à toute remise en cause des statuts et des
modèles d’organisation du travail. Peut-être avec la confédération CFDT qui me
semble être l’organisation la plus capable d’une ouverture intelligente. Je
sais bien que de toute façon je ne serais pas particulièrement à l’aise, je
n’arrive plus à me sentir en phase dans le collectif.
Mon
envie de manifester est surtout principielle, je veux réaffirmer que l’on peut
descendre dans la rue, que le droit de manifester est intangible, qu’il est
hors de question de se laisser impressionner ou apeurer par les lumpen qui
peut-être, qui sans doute viendront y faire de la casse. J’emploie ce mot de
lumpen même s’il fait référence à une analyse marxiste des classes sociales qui
n’est plus trop d’actualité c’est le moins qu’on puisse dire, parce qu’au moins
il souligne que ces gosses perdus mais redoutablement dangereux pour l’avenir
de la démocratie sont le produit de l’exclusion sociale que notre société a
construite, ce ne sont pas les gosses des cités ou les bruns-blacks en général comme
d’autre dénominations peuvent conduire à l’induire.
Aller
je déjeune, puis j’enfile mes baskets et mon blouson et en route…
20 mars 2006
Contradictions à tous les étages
Je
me rends compte que j’ai maintenant une quasi aversion à l’égard des
manifestations de masse. Hier, sortant d’une réunion de mon association
préférée, j’ai croisé au carrefour des Gobelins, un bout de l’immense cortège
de protestation contre le CPE. Il faisait beau, l’ambiance était à la fois
combative et bon enfant (au moment où j’ai croisé la manif c’était des
bataillons syndicaux de la CGT qui passaient), j’ai eu envie de marcher un peu
avec le cortège, d’être là moi aussi, de me sentir partie prenante du mouvement
collectif. Et pourtant je ne l’ai pas fait, parce que je sais que depuis
longtemps désormais je ne parviens pas à me sentir vraiment bien dans une
quelconque manif, pas vraiment à ma place, je me sens toujours à distance, à la
fois un peu dedans et beaucoup dehors (à une exception toutefois, la manif anti
Le Pen, entre les deux tours en 2002, à celle-ci je me suis senti parfaitement
à ma place, il m’aurait été inconcevable de ne pas y être, j’étais heureux en
plus d’y être avec mes deux garçons, c’était leur première manif).
Pourquoi
ce malaise ? Ce n’est pas en raison du sujet qui mérite en effet amplement
que l’on se mobilise. Je ne suis pas contre certains aménagements du code du
travail qui introduiraient plus de flexibilité, (plus ça va plus je suis contre
les statuts bétonnés, mon expérience de fonctionnaire en charge d’équipes n’y
est pas pour rien) mais je suis profondément outré de la façon dont les choses
sont faites, d’une part avec cette stigmatisation particulière de la jeunesse,
d’autre part et surtout avec cette disposition scandaleuse du licenciement sans
motif, permettant tous les excès et révélant un mépris des personnes vraiment
abyssal, profondément choquant. Parler de salarié jetable, ou de salarié
kleenex alors est absolument fondé. Il y a là du symbolique très, très fort et
tant que ces gouvernants imbéciles ne comprendront pas cela comment veulent-ils
espérer réformer éventuellement quelquechose .
Mais
pour autant je ne me sens plus en état de manifester. Les slogans quels qu’ils
soient me paraissent trop simples, l’idée même de me voir crier « d’une
seule voix » avec d’autre me devient insupportable. Suis-je devenu
affreusement individualiste ? Je ne crois pas pourtant. Mais j’ai
l’impression d’avoir plutôt besoin de me tourner d’abord vers moi, avec cette
conviction désormais que c’est en moi et en chacun d’entre nous que se joue
l’essentiel sur lequel on peut agir vraiment, en tentant de se mettre dans des
postures justes, que le social, l’extérieur n’est finalement que le cadre dans
lequel on est tombé, un cadre dans lequel il faut se glisser tant bien que mal
en tentant au moins d’être honnête vis à vis de soi même et des autres mais sur
lequel on a peu ou pas de prise surtout si on se refuse à entrer dans les jeux
des pouvoirs et des ambitions.
Ce
n’est pas exactement une position, c’est plutôt un ressenti, l’expression d’une
lassitude, la raison, elle, me dirait plutôt qu’il faut tenter de trouver les
voies justes pour se battre, et se battre malgré tout… Ces ressentis je ne les
fais pas miens sans un certain malaise. J’éprouve de la nostalgie de ce temps
où les choses paraissaient si simples, d’où mon envie de me mêler aux
marcheurs. C’était si satisfaisant, si rassurant de se sentir portés par les
engagements collectifs, par les luttes, par la conviction d’œuvrer pour le
progrès, pour un monde forcément meilleur au bout du chemin.
Mais
à cette cause de malaise s’en mêle une autre qui a trait plutôt à la
culpabilité, au sentiment d’avoir trahi mes idéaux de jeunesse. Ou, et c’est
encore plus amer de le dire ainsi, il y a l’idée que je n’ai même pas vraiment
trahis ces idéaux, qu’ils n’ont été qu’une brève et superficielle illusion,
portée par l’air du temps. Je n’ai fait que m’écarter à peine de mes tropismes
naturels et familiaux de petits bourgeois sans prendre de vrais risques même si
mon engagement a été considérable pendant quelques années. Je me souviens de ma
grand-mère qui disait dans les temps les plus exaltés de mon militantisme,
alors que d’autres membres de ma famille s’inquiétaient trouvant malgré leur
propre libéralisme de bon ton que vraiment ça allait trop loin (sacrifier ses
études pour ça !!!), ma grand-mère donc disait et je l’entends encore
prononcer ces mots déjà un peu surannés que je ne connaissais pas et qui
m’avait alors fortement frappés, preuve sans doute qu’elle touchait par là au
fond de moi un doute secret : « oh, laissez le, ça va passer, il lui
faut jeter sa gourme ».
Me
suis-je boboïsé ?
Pas
vraiment quand je vois les quelques vrais bobos de mes relations, l’argent
coule d’une toute autre façon chez eux que chez moi, disons que je suis un demi
bobo, un bobo au petit pied, un bobo de modeste capital et pas un bobo de
revenus et de consommations. Mais il n’empêche je ne suis pas du tout dans la
position de ceux que la précarité menace, qui peuvent basculer dans la pauvreté
si les actionnaires des multinationales qui les emploient décident qu’un petit
plan social serait bienvenu pour donner des couleurs aux dividendes et qui
s’angoissent face aux difficultés d’insertion de leurs enfants. Dans l’ordre
matériel je n’ai pour ma part jamais manqué de rien d’important et rien jamais
ne me manquera (dès lors évidemment que je ne cède pas à la frénésie des
consommations superfétatoires), je sais que je pourrai me permettre de partir
en retraite quand je le voudrais dès soixante ans même si depuis la réforme je
n’aurais pas les annuités nécessaires à une pleine retraite. Je m’en sortirais
malgré une retraite tronquée parce que j’ai quelques petits « biens » (comme on dit), parce que je
suis propriétaire de mon appartement en plein Paris, parce que mes garçons sont
engagés sans mérite particulier mais là aussi en partie grâce à des tropismes
sociaux facilitateurs dans des types d’études qui à priori devrait les mener à
des carrières où, même si de mauvaises surprises peuvent exister, la précarité
n’est en tout cas pas et de loin l’élément dominant.
D’ailleurs
ces jeunes gens ne bougent guère en ce moment qui sur son campus d’école et qui
sur les bancs de son lycée fameux sur la Montagne !
Ce
lycée a été le mien aussi. J’y étais, jeune lycéen en 1968, il était en ce
temps à la pointe de la contestation, un drapeau du FLN vietnamien avait été
peu avant les évènements fiché au sommet de la tour qui le domine, les comités
Vietnam puis les comités d’action lycéens y avaient été très actifs, on l’avait
occupé jour et nuit pendant les évènements et on avait failli se faire
sérieusement casser la gueule par les cyrards réactionnaires le jour où on
avait voulu envahir le bureau du proviseur, on n’avait pas demandé notre reste,
on avait filé comme des lapins grands révolutionnaires que nous
étions !
J’y
reviens régulièrement dans ce lycée dans le cadre de mes fonctions actuelles
pour des réunions diverses. J’y étais venu notamment il y a quelques années, à
l’occasion des festivités de son deuxième centenaire. J’étais tombé alors avec
assez d’émotion sur un de mes anciens profs (je l’avais eu en troisième,
c’était un jeune normalien, il avait fait toute sa carrière dans ce même lieu
mais était prof de khâgne désormais et il s’apprêtait à partir à la retraite).
J’avais un peu discuté avec lui. Il ne se souvenait pas de moi naturellement,
il m’a demandé ce que je faisais professionnellement, ma réponse avait suscité
de sa part un vague hochement de tête un peu compatissant qui devait signifier
quelquechose comme « ah, mon pauvre ami, que voilà une bien modeste
carrière pour quelqu’un qui sort d’ici ».
Ce
lycée a bougé assez sérieusement au moment des projets de réforme Allègre et
les profs avaient même été relativement nombreux à faire grève contre le
« lycée light », ce qui leur apparaissait avant tout comme la remise
en cause de leur pratique plutôt traditionnelle et tranquille de lycée
élitiste. Mais ça ne bouge pas le moins du monde pour le CPE, c’est embêtant
cette loi mais quoi on prépare le bac et nos dossiers de prépas, ce sont des
choses sérieuses, ça. Mon fiston réagit comme ça, il a pourtant un certain
intérêt pour la marche du monde, il lit Courrier International, il est plutôt à
gauche (mais tendance Strauss Kahn, maximum !). Je ne le blâme pas
naturellement, c’est même plutôt confortable pour des parents mais tout de même
parfois je me dis, un petit peu plus de hargne, un petit plus de colère, un
petit plus de révolte, quand même ça serait pas mal…
Oups,
me voici loin et avec une bien longue entrée, moi qui était parti de la manif
croisée hier en rentrant. Je me suis envolé vers de très vieux souvenirs. Je
regarde ces contradictions sociales dans lesquelles je suis pris, je me regarde
avec mes déterminants sociaux, avec mes parts de liberté, avec mon histoire,
avec mon présent. Je regarde. Je ne me sens pas en état de faire. Qu’au moins
je puisse être à peu près honnête à propos de ce que je suis !
04 février 2006
A bas la calotte
Toutes
les calottes ! Ras le bol ! L’ampleur que prennent les réactions
autour de ces malheureuses caricatures fait remonter en moi des réactions de
vieux laïcard troisième république…
Depuis
quelques années j’avais tendance à devenir très tolérant à l’égard des
religions, très compréhensif, j’avais y compris tendance à me dire qu’elles
portaient en elles des dimensions qui peut-être m’avaient manquées à moi qui
fut élevé dans un climat areligieux et même pour partie, du côté de ma mère,
franchement anticlérical. Mais là vraiment ça me gave de voir toutes ses
réactions convergentes des imams, des rabbins, des évêques... Recherche de
sens, approfondissement intérieur, réflexion sur les valeurs, recherche d’un
chemin de conscience, sans doute et même sûrement mais les dogmes et les
églises non…
On
me dira que c’est une réaction peu politique, que les choses étant ce qu’elles
sont dans le contexte actuel, il faut éviter les provocations, éviter de faire
monter la mayonnaise, que provocation contre provocation on risque de favoriser
les plus extrémistes, on me dira ce qu’on veut, mais là j’ai une réaction
épidermique. Personnellement je peux préférer en général les attitudes qui
évitent de blesser l’autre dans ce qu’il est et dans ses croyances
fussent-elles débiles à mes yeux mais je tiens aussi comme à la prunelle de mes
yeux au droit au non politiquement correct, au droit à l’irrespect, au droit au
blasphème.
03 février 2006
Lectures déprimantes
Il
y a des jours où la lecture de la presse, pour moi principalement le Monde (et
Courrier International pour élargir un peu la lucarne), fiche sacrément le
bourbon. A vrai dire c’est souvent, je n’en parle pas trop ici parce que
justement c’est bien suffisant de le lire, que rajouterais-je, en quoi
pourrais-je changer les choses à venir ici en faire la litanie ?
Il
faut faire avec, sans fermer les yeux tenter toutefois de retourner à nos
petits bonheurs, ceux-là essayez de les entretenir, de les faire fructifier et,
en les entretenant, d’en créer autour de soi, de générer un peu de paix, de
compréhension, d’écoute, avoir des actions minuscules ne serait-ce qu’en
adoptant pour soi des comportements pas trop irresponsables… Mais on ne peut
pas grand chose, autrefois on a cru qu’on pouvait, maintenant on n‘y croit plus
ou bien est-ce seulement qu’on n’a plus le ressort de l’action ?
Souvent
je pense à mes enfants. Quel monde va-t-on leur laisser ? Et quel monde
plus loin à leurs enfants futurs ? Mes fistons n’ont pas l’air trop
flippés, même s’ils voient bien ces risques qui s’accumulent. Au fond c’est
l’essentiel, ils ont l’ait de marcher vers le futur sans trop d’angoisse. Par
moments je me demande si ce n’est pas simplement ma réaction à moi, est-ce que
je ne commence pas à avoir un comportement de vieux con qui a peur du futur,
qui radote en disant que tout était mieux avant simplement parce que c’était le
temps de sa jeunesse.
En
fait je ne dis pas ça. Je n’idéalise pas le passé, pas du tout. Mais je vois
les nuages s’accumuler. Chaque jour. Chaque jour. Les évolutions positives il y
en a mais elle paraissent bien pâles, de petites gouttes d’espoir localisées
dans des océans de menace mondialisées.
Par
exemple il semble qu’il y ait une dynamique positive en Amérique du sud, le
continent bouge plutôt dans le bon sens, cela dit rien de stabilisé, les
populismes de gauche qui se développent peuvent aussi tourner mal, Chavez est
un caudillo, Morales a des côtés un peu inquiétants, il n’y a guère que
l’élection chilienne qui m’a totalement réjouie, dans une société démocratiquement
mûre et offrant la victoire à une personnalité qui semble moralement
incontestable (la morale en politique c’est important !). Le Chili en plus
pour moi c’est un peu spécial, j’en ai des souvenirs très particuliers, des
émotions très fortes me remontent d’il y a plus de trente ans…
Mais
à côté de ça, il y a les tensions accrues au Moyen Orient, cette victoire
rétrograde du Hamas, l’Iran encore plus muselé qu’il ne l’était et de plus en
voie de nucléarisation, cette montée générale des intégrismes, de l’islamisme
ne particulier mais il n’y a pas que lui, au point que caricaturer devient un
problème, que les dessinateurs en viennent à s’autocensurer, Gotlib pourrait-il
dessiner aujourd'hui sa joyeuse, sainement et oeucuméniquement irrévérencieuse
assemblée des dieux occupés à picoler ?
Il
y a ces fractures sociales menaçantes, jusque dans nos pays mais qui dans nos
pays pour graves qu’elles soient, ne sont qu’un pâle reflet de fractures
autrement redoutables, celles entre pays riches et pauvres, celles qui
sévissent au sein des pays émergents, ces fractures produites par le mode de
développement insensé que génère un capitalisme non régulé, les images du
Cauchemar de Darwin me reviennent souvent…
Comment
ne pas voir que ces déséquilibres forcément créent de l’instabilité, créent du
fanatisme, créent de l’intégrisme, que les armes et moyens de destruction qui
s’accumulent et se diffusent ont de plus en plus de chance d’être amenées à
servir comme le montre l’enquête du Monde d’avant-hier sur les armes de
destruction massive.
Comment
ne pas s’alarmer des atteintes de plus en plus grave, de plus en plus
généralisé à l’environnement, là on à l’impression vraiment d’une course
poursuite mal engagée, trois mesurettes ici ou là, et des pans de banquise qui
s’abîment dans l’océan, des pans de forêt qui partent en fumée, grands comme
des pays…
Il
faut tenter de se dire que le pire n’est pas certain, c’est vrai d’ailleurs, il
n’est pas certain…
Allez
je jette à nouveau un coup d’œil au dessin de Gotlib et je me marre ! un
peu jaune hélas. J’aurais voulu le mettre ici mais je ne le trouve pas en
ligne...
13 décembre 2005
Exécuté
Ils
l’ont donc exécuté !
Évidemment
il y a bien d’autres scandales de par le monde, bien d’autres assassinats,
parfois des assassinats de masse, par la répression sauvage ou la misère, bien
d’autres raisons de s’indigner, alors on pourrait se demander pourquoi je
m’arrête justement sur celle-là alors que je suis plutôt silencieux en général
sur la vie du monde, que je parle surtout de mes petits états d’âme et de mes
petits plaisirs de lecteur ou de spectateur.
C’est
que je suis profondément outré, la peine de mort appliquée au nom de la
civilisation, par un acte, froid, délibéré, me paraît l’anti-civilisation même.
S’il y a bien une chose qui pour moi restera à l’honneur de Mitterrand c’est
d’avoir aboli cette peine de mort et surtout d’avoir eu ce courage de
l’annoncer à l’avance, d’en avoir pris le risque électoral.
Là,
dans le cas d’espèce en Californie, au-delà de l’horreur même de la peine
capitale, il y a encore plus scandaleux. Le condamné cumulait en lui les
raisons qui aurait pu permettre de prendre une mesure de clémence à son égard,
y compris par un partisan de principe de la peine de mort : un doute
persistant sur la culpabilité, une attitude exemplaire tout au long des années
passées en prison. Mais non, ces gens là ne connaissent pas le doute, ces gens
là ne connaissent pas le pardon, ces gens n’imaginent pas le rachat possible.
Et ils ne cessent d’avoir la Bible et le Christ à la bouche... Odieux !
08 novembre 2005
ça flambe!
C’est
incroyable de voir à quel point de délitement social on en est arrivé... Il y a
de quoi flipper ! Le plus souvent on prend soin au contraire d’éviter de
voir ce qui se passe, dans nos boulots finalement préservés, dans nos quartiers
paisibles, avec nos gosses dans les lycées bien sélectifs, on sait bien que ça
brûle ailleurs, je ne dis pas dans les banlieues mais dans le monde en général,
où s’accumulent les contradictions et les déséquilibres, les glaciers qui
fondent et les forêts qui se rétractent, les riches qui s’enrichissent et les
pauvres qui viennent se faire tirer sur les clôtures dressées aux portes de
l’Europe. C’est tellement plus facile, tellement plus reposant de ne pas voir…
Mais
là, évidemment, ça brûle tout près, même si d’ailleurs ça brûle plutôt là-bas,
chez eux, et pas à Neuilly pas plus qu’à Paris…
Il
faut oser regarder. La radicalité de la cassure est terrifiante. Ce n’est pas
seulement la fracture sociale entre la France qui avance et celle qui est en
perte de vitesse, qui perd ses emplois à cause de la mondialisation, entre la
France qui s’enrichit et celle qui s’appauvrit et peut se retrouver aux limites
de la précarité. C’est une fracture dans la fracture. Ce sont des jeunes qui se
retrouvent hors de tout cadre et de toute référence commune, dans la révolte
pure, dans la désespérance pure, « no future ». Au point de casser et
brûler leurs propres quartiers, les voitures de leurs propres voisins,
« la misère brûle la misère ». Rappelez vous, pendant les
manifestations lycéennes du printemps dernier, il y avait eu ça déjà, ces
groupes erratiques venus casser du lycéen, pas les lycéens des beaux quartiers,
non les lycéens des banlieues qui tentaient de se bagarrer pour obtenir un peu plus
de moyens dans leurs établissements difficiles. Tout ça c’est dur
particulièrement pour ceux, et ils sont nombreux, qui depuis des années,
tentent par des actions de fourmis, d’avancer, de réconcilier, d’entretenir le
lien social. Je vous conseille un très bon mais très triste article là-dessus
que j’ai trouvé par l’intermédiaire de Samantdi et de Janu, « la rançon du
mépris » de François Bon qui justement fait partie de ces gens qui
s’investissent, qui travaillent à tenter de raviver le lien social notamment à
travers des ateliers d’écriture.
Je
ne vais pas en rajouter sur le caractère suicidaire des bagarres dérisoires
dans la classe politique entre ceux qui gouvernent et ceux qui aspirent à
gouverner. A droite (le karcher et la racaille, minables « habiletés »
politiques pour tenter d’aller chasser sur les terres du Front national, ce
n’est certes pas la cause de l’incendie mais ça a bien attisé les braises quand
même, tout ça risque de lui revenir dans le nez à Sarko, comme un boomerang)
mais à gauche aussi (les nonistes par ambition, à la Fabius, ont contribué à ne
laisser qu’un champ de ruine sur lesquels fleurissent en veux-tu en voilà les
candidats à la présidentielle).
Et
que propose le gouvernement ? L’état d’urgence côté cour, quelques vagues
crédits pour relancer les associations (enfin le rétablissement de certains
crédits dans lesquels ils ont sabré allègrement). Et l’apprentissage à quatorze
ans ! On croit rêver. Je n’ai rien à priori contre l’apprentissage, les
études en alternance peuvent en effet être bien plus adaptées pour certains
jeunes rétifs à l’école. Sauf que les employeurs choisissent. Et que
précisément ils ne choisissent pas ce type de jeunes trop en rupture avec les
codes sociaux (et aussi souvent, il faut le dire, parce que la consonance de
leur nom ou la couleur de leur peau ne leur plait pas !) Et c’est vrai y
compris pour les secteurs qui ne cessent de clamer qu’ils ont besoin de main
d’œuvre et qui critiquent vertement l’éducation nationale qui ne valoriseraient
pas assez précocement les « métiers ». Si l’école ou, plus
généralement, la société renonce, laissant ces enfants à la dérive ce sera
pareil, que ce soit à quatorze ou à seize ans. L’ascenseur social est en panne.
Ou même, dans certaines couches moyennes notamment, il est à la descente. Il y
a bien quelques exceptions et quelques tentatives méritoires, la convention
zep/sciences-po par exemple c’est très positif, mais c’est une goutte dans
l’océan et c’est pour ceux qui déjà ont réussi à émerger un minimum, pas pour le
noyau le plus radicalement éloigné de toute forme d’espérance en l’avenir.
Le
« modèle social français » il a un drôle de look par les temps qui
courent !
C’est
pas gai, pas gai du tout, personne n’a la solution, je ne vois même pas de
perspective. Il y a ceux qui s’acharnent malgré tout à tenter de faire ce
qu’ils peuvent là où il peuvent. Pour sortir ne serait-ce qu’un gosse...
Honneur à eux. Moi je n’en ai pas l’énergie, je me contente de regarder, à la
rigueur de commenter, et de me dire que le pire n’est pas toujours sûr…


