30 octobre 2009
Journées bretonnes
Il a fait plutôt beau tous ces jours-ci ! Quel bonheur que ce soleil, cette lumière bretonne ! Il fait frais le matin mais doux aux meilleures heures, on peut se débarrasser de la parka et du gros pull, ouvrir le col de chemise et offrir sa peau à la caresse du soleil. A l’aube de novembre ça fait plaisir !
Bon, beau presque tous les jours, n’exagérons pas tout de même ! Mercredi le brouillard ne s’est pas levé, la campagne est restée noyée de gris, tout se trouvait amorti, poussé à l’assoupissement, les humains aussi, mais tout de même la marche dans le bois dans l’après-midi parmi les odeurs d’automne était agréable et revigorante.
Aujourd'hui c’était mitigé, brouillard matinal, laborieusement levé en fin de matinée. Tout à l’heure j’étais sur le port où j’avais été, d’un coup de vélo, faire les courses à la supérette. Je me suis posé là un moment. J’ai eu un assez long coup de téléphone avec une amie lointaine et très chère et dont je n’avais pas de nouvelles depuis un moment. C’étaient des nouvelles heureuses et cela m’a infiniment réjoui. Et juste à ce moment là le ciel s’éclaircissait. C’était beau de voir ces teintes très douces s’avivant peu à peu, la découpe des ombres d’abord à peine devinée, puis plus nette, plus tranchée, les formes des maisons, des arbres, des bateaux qui en prenait plus de relief, le gris du ciel virant peu à peu à un bleu amorti. Ça n’a pas été plus loin cependant, la journée est resté dans l’entre deux, le soleil est resté timide même l’après-midi, mais cette lumière ouatée avait son charme. Comme mon cœur aussi était dans un entre deux à la fois plaisant et légèrement mélancolique.
Ce sont des vacances tout ce qu’il y a de plus cool. J’avais amené pas mal de choses à faire et Constance aussi auxquelles nous ne touchons guère. Mais sans culpabilité. Je flemmarde. Je ne manque pas de céder chaque jour au plaisir de la sieste pendant lesquelles inévitablement je m’endors. On se balade dans le secteur, pas de grandes randonnées (sauf hier où on a fait une grande marche de toute la journée autour de la Pointe de la Torche), ce sont plutôt des petits tours sur la plage, dans le bois, à portée de pied de la maison. Je bouquine. J’avale à longues goulées « Dans la main du diable » d’Anne-Marie Garat. C’est le genre de livre pour lequel il faut avoir du temps, une lecture trop hachée ne convient pas, il faut pouvoir s’y immerger suffisamment pour entrer dedans mais alors quel voyage…
Je me suis installé sur la terrasse pour écrire. C’est la nouveauté de l’année, cette terrasse, et on en profite le plus qu’on peut. Ça faisait des années qu’on la souhaitait, il a fallu beaucoup de discutailleries dans la copropriété pour qu’enfin tous soient d’accord mais nous y sommes et les terrasses ont pu être réalisées sur la façade côté mer de notre petit immeuble. La fenêtre est devenue porte fenêtre, notre pièce donne désormais sur l’extérieur, sur les toits des villas, sur les arbres du polder, sur l’arc que dessine la mer un peu plus loin et sur le ciel. J’écris mais lève aussi beaucoup la tête pour regarder. Je devine le grondement continu des vagues qui déferlent sur la plage. Mais cette rumeur est plaisante, elle ne casse pas le silence et la paix du lieu, elle la meuble au contraire, lui donnant ainsi paradoxalement une profondeur, une présence plus grande.
Ce petit appartement est un endroit où nous avons de beaux souvenirs et nos garçons, je crois, de merveilleux souvenirs. Il y a eu le temps du canapé jaune, celui du confort très sommaire et des chahuts d’enfants, nous entrons dans le temps de la terrasse…
Décidément, je l’adore ce pays là, aussi…
*
Bretagne des bois
Bretagne de la mer
27 septembre 2009
Journées du Patrimoine
Oui, je sais, c’était le week-end dernier !
Je vais me répéter mais bon sang, qu’est-ce que le temps file !
Je n’ai pas vu passer la semaine encore une fois. Beaucoup de travail au bureau toujours et en plus deux pleines journées de formation. Plutôt intéressantes au demeurant. Elles portaient sur le web 2 et les applications à développer dans mon canton professionnel. Il faut reconnaître que j’étais en avance sur la plupart des stagiaires mais n’empêche j’ai quand même appris pas mal de choses qui me serviront par ailleurs dans ma vie d’internaute.
Les soirées sont passées vite sans que je me mette à ma table d’écriture. J’avais commencé un billet lundi dernier sur mes promenades à l’occasion du week-end précédent que j’ai laissé honteusement de côté.
Et puis il y a cet été indien qui se poursuit et qui donne plutôt envie de se balader que de rester devant son ordinateur, grand bien nous fasse !
Alors je le reprends là où il en était, comme si de rien n’était, comme si nous étions encore en début de semaine…
Le week-end dernier donc avaient lieu les Journées du Patrimoine. Comme souvent à l’avance j’ai ressenti un léger flottement. Envie d’en profiter, de ne pas laisser passer l’occasion, avec en même temps une réserve face à ces grandes opérations programmées, un certain vertige devant des propositions tellement nombreuses, devant tant de sollicitations : on passe déjà une heure à zigzaguer sur le programme en se demandant où aller, à quoi renoncer, comment organiser un parcours entre des lieux géographiquement compatibles.
C’est un peu le même vertige que lorsque je me balade sur internet, devant toutes ces portes que de proche en proche je pourrais ouvrir, le même vertige face aux piles de livres dans les libraires ou aux offres culturelles surabondantes de la capitale. Il arrive que l’on reste paralysé par l’hésitation devant l’abondance de l’offre et qu’on finisse, tel l’âne de Buridan, à ne se décider pour rien.
Plus largement c’est le problème de l’abondance, de la pléthore, de la surconsommation quels qu’en soient les domaines : au fond est-ce qu’on besoin de tout ça, ne vaut-il pas mieux un rapport profond à moins de choses ? Mais bon, là je m’égare au fil de ma parenthèse...
Mais c’étaient les réserves d’avant promenade, celles que mon esprit trop tortueux ne peut manquer de faire surgir, histoire de me compliquer la vie et d’entraver la simple jouissance des choses.
Nos vélos nous ont finalement conduits jusqu’au quartier de l’Observatoire. Je me sentais alléché par la visite de la Maison du Fontainier.
Sur le chemin nous nous sommes trouvés amenés à longer la Techno Parade, une confrontation des plus pénibles, pour ne pas dite quasi physiquement insupportable. Les vibrations des basses provenant de certains chars, réverbérées par les immeubles alentours, non seulement me cassaient les oreilles mais me donnaient même l’impression d’agir sur mes rythmes profonds, cardiaque en particulier. J’avais l’impression tout ce qu’il y a de plus angoissante que mon cœur se calait sur le rythme de la musique et qu’il s’emballait. On a dépassé aussi vite qu’on a pu en se glissant entre les groupes. Je me demande vraiment comment les fans de ce genre de musique et d’ambiance supportent et restent des heures entières collés au plus près des chars en se trémoussant sur ces rythmes anxiogènes.
Arrivé au lieu de visite il a fallu se confronter à l’inévitable queue, autre ingrédient habituel de ce genre de Journées très médiatisées. J’ai horreur des queues. Pendant que je patiente me revient toujours l’inévitable antienne : « mais qu’est-ce que je fous donc là, mouton parmi les moutons… ».
Cependant il faisait bon, la Techno Parade s’était éloignée, l’ambiance dans la queue était détendue, Eau de Paris offrait des verres d’eau fraîche.
Et la visite elle-même était intéressante. On nous conduit dans les sous-sols de la maison, là où arrivait l’aqueduc souterrain construit au 17° qui menait l’eau du plateau de Rungis jusqu’à Paris et d’où partait le système de répartition des eaux vers les quartiers de Paris et vers les jardins du Luxembourg dont il alimentait les fontaines. On découvre ensuite le grand réservoir aujourd'hui désaffecté construit au milieu du 19° par Belgrand et qui a fonctionné jusqu’à ce que celui de Montsouris prenne le relais.
C’est le dynamisme et l’enthousiasme du guide qui nous accompagnait qui donnait tout son intérêt à la visite. Ce bâtiment qui se trouve dans l’enceinte d’un foyer d’accueil tenu par des religieuses est progressivement restauré par l’Association de Sauvegarde du Paris historique dont j’ai découvert l’action à cette occasion. Ce sont des bénévoles de cette association qui conduisaient la visite.
En sortant nous avons été à l’Observatoire. Nous l’avions déjà visité il y a quelques années à l’occasion de semblables Journées. Mais il y avait cette fois beaucoup plus d’animations dans les jardins et dans les salles faites par différents personnels de l’Observatoire, dont des chercheurs pointus manifestement ravis de se retrouver face à des publics variés et de pouvoir faire passer dans un climat chaleureux un peu de leur science. Le public d’ailleurs le leur rendait bien, attentif et questionneur, y compris de nombreux jeunes enfants.
Là donc aussi, comme à la maison du Fontainier, on sentait les gens passionnés par ce qu’ils faisaient et c’est ça qui est la plus forte valeur ajoutée, c’est cet engagement des acteurs eux-mêmes qui rend ces initiatives intéressantes, bien au-delà de ce que seraient de simples visites.
Il y avait beaucoup de monde mais là je n’en souffrais plus. J’étais content au contraire, je ressentais tout ça comme un joli partage, offert à moi même , offert aux autres, et je pouvais me dire : finalement c’est très bien quand même ces Journées du Patrimoine…
10 août 2009
Respiration
J’ai été m’installer dans une petite combe très plate, très douce, à une dizaine de minutes du chalet où nous logeons. Devant moi, au-delà d’une épaule herbue, la moraine glaciaire, des pentes rocheuses abruptes, puis le glacier et les sommets qui apparaissent et disparaissent en fonction des mouvements des nuages, nombreux aujourd'hui. D’autres montent depuis la vallée, le temps menace, il y a même eu quelques gouttes tout à l’heure…
Profitant de ce temps incertain, je ne suis pas parti en rando ce matin. C’est la première fois depuis notre arrivée ici et, en ce début d’après-midi, je me suis échappé seul, je suis venu m’asseoir dans ce petit coin à l’écart des sentiers et du passage et je jouis de ce moment de solitude.
J’ai terminé la lecture du Dieu des Petits Riens d’Arundathi Roy, puis j’ai sorti mon carnet et voici…
C’est la première fois depuis que je suis ici. Non que les envies ou les sujets m’auraient manqué mais m’a manqué l’envie de m’y mettre. Il faut dire que le contexte ne s’y prête pas : la vie la plupart du temps collective sans beaucoup de moments d’isolement possible, le temps très beau qui nous fait démarrer tôt le matin et rentrer assez vannés, la participation aux tâches collectives de courses, de ménage et de cuisine… Lorsque je monte me coucher je lis quelques pages, mes yeux clignotent et je n’ai nulle envie de me lancer dans les réflexions de tous ordres que m’inspire ce séjour.
Alors il y a plein de billets auxquels vous échappez, outre des récits de randos et des comptes-rendus de lectures : par exemple sur mon rapport au groupe et à la vie collective, sur ma difficulté à entrer en communication avec les gens sur des terrains profonds dans des groupes de ce type alors même que je parais parfaitement à l’aise et « bon et joyeux camarade » dans tout ce qui est la vie concrète du groupe, sur l’éloignement vertigineux auquel est renvoyée toute activité d’écriture par rapport à tous ces gens qui me paraissent plus que moi dans la « vraie » vie, à voir la façon dont ils semblent plus de plein pied dans leurs multiples engagements professionnels, familiaux, associatifs et dans le vécu de leur présent. Je sais que mon rapport au monde est ce qu’il est, qu’il n’est pas moins licite que d’autres et que je n’ai pas à m’en culpabiliser, n’empêche quand je suis dans des contextes comme celui-ci j’ai par moments du mal à me dire que je ne suis pas un peu à côté de la plaque.
14 juin 2009
Murs peints
Ce fut un dimanche paisible
après une semaine surbookée, elle-même suivie d’un samedi essentiellement
consacré à mes activités associatives. Ça m’a fait du bien de me poser un peu,
de fonctionner à rythme lent, En plus notre fils l’anglais faisait un bref
passage à Paris avant de rejoindre ses pénates après une semaine de colloque à
Strasbourg. C’est toujours un plaisir de le voir même si ce sont des passages
courants d’air.
J’ai flemmardé sans faire
grand chose mais sans le sentiment que j’ai parfois d’agacement parce que je
n’arrive à me mettre à rien. Là j’assumais ma flemme, je me l’autorisais, et ma
foi c’est bien agréable même si ça ne contribue pas à réduire la masse des
choses en projet, toujours remises. Tant pis !
Je n’ai donc guère bougé,
préférant le calme de ma terrasse à l’agitation de la ville. En fin de matinée
j’ai juste fait une petite promenade dans le quartier, appareil photo en
bandoulière. Je souhaitais attraper quelques unes des nouvelles peintures
murales apparues ces derniers temps.
Tous les ans l’association
Lézarts de la Bièvre confie à un artiste le soin de décorer quelques murs. Ce
n’est pas de l’art éphémère à proprement parler, mais c’est de l’art
provisoire, de l’art fragile, ce sont des peintures qui s’abîment très vite,
qui perdent leur éclat avec les poussières, les pollutions, l’éclat du soleil
ou les intempéries. A moins qu’elles ne soient brutalement taguées ou
recouvertes, comme c’est déjà arrivé. Alors il faut essayer de les attraper
pendant qu’il est temps.
Cette année il y est
beaucoup question de regards, de photographie, de fenêtres s’ouvrant sur la
ville et sur le paysage. Le photographe nous fixe le photographiant.
J’ai repéré un pan de mur
devant lequel je m’étais déjà promené et sur lequel je me souviens très bien
qu’il y avait un MissTic pendant toute une période. La ville est un palimpseste
mais dont les états antérieurs sont irrémédiablement perdus. D’où l’intérêt de
photographier. Et il m’amuse de penser que le jeune photographe souriant est
précisément sur la maison qui fut celle de Beck.
Il y a avait aussi ce week-end, organisé par la même association, les portes ouvertes dans les ateliers d’artistes du quartier. Je n’y ai pas mis les pieds. En fait j’avais zappé la date, je n’ai réalisé que ça se passait ce week-end que tout à l’heure en allant voir le site pour pouvoir mettre le lien dans mon billet. La preuve que j’étais quand même sacrément dans ma bulle aujourd'hui !
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(Les photos sont cliquables pour être vues plus grandes. Mais mystère de Canalblog, il refuse désormais de me les centrer, et en plus il les colle l'une à l'autre malgré les sauts de ligne que je laisse, suis obligé de mettre des séparateurs. M'agace de plus en plus ce Canalbog! )
03 mai 2009
En excursion dans le nord parisien
Hier nous avons été
découvrir « Le 104 ». Ce sont de vastes bâtiments des anciennes
Pompes Funèbres Municipales que la Mairie de Paris est en train de réhabiliter
pour en faire un lieu d’animation culturelle et un centre d’art contemporain
dans une partie de Paris qui reste particulièrement déshéritée.
Nous y allions pour
découvrir le lieu mais aussi pour y voir la villa Arpel, la maison qui est
quasiment en elle-même un personnage du film « Mon Oncle » de Tati.
Elle est ici reconstituée à l’échelle et c’était plaisant de guetter en soi les
réminiscences du film qu’elle a fait ressurgir. Les enfants nombreux qui
étaient là avaient l’air d’apprécier, indépendamment du background du film.
Nous avons l’intention quant à nous de prolonger ce retour à Tati par la visite
de l’exposition à la cinémathèque.
Quant au 104 lui-même il ne
m’a pas séduit. Il m’a paru, pour l’instant en tout cas, très froid, trop vaste
et pas véritablement investi. La librairie qui se veut aussi librairie de
quartier paraît bien artificielle. Les quelques autres propositions artistiques
que nous avons croisées sur place m’ont paru sans intérêt, juste objet de
curiosité. Et je repensais en déambulant parmi elles à tout ce qu’a aussi de
profondément superficiel une bonne part de la création culturelle et de la
consommation qu’elle induit, je repensais à mon envie de forêt, de nature, de
présence à la sensation directe du monde et de ses rythmes.
Il est heureux bien sûr qu’à
travers cette initiative de la Ville le patrimoine architectural puisse être
préservé. J’aime cette vision par exemple des tours du quartier dans l’axe des
voûtes et des angles du 104. Et je serais heureux que cet espace puisse
contribuer à la rénovation du quartier. Mais est-ce que la greffe va
prendre ? Pas évident. Surtout pourra-t-elle prendre en conservant la
population telle qu’elle est, sans que la rénovation induise la disparition des
habitants actuels rejetés vers de lointaines banlieues. C’est le dilemme de toutes
les rénovations urbaines.
Nous avons pris plaisir en
tout cas à notre déambulation dans le quartier : le long du bassin de la
Villette d’abord, autour du centre hôtelier qui occupe un des pavillons qui
ferment le bassin et que je n’avais pas encore vu terminé puis dans les zones
bien plus déshéritées de l’ouest de l’arrondissement entre le canal et les
lignes SNCF, là précisément où est implanté le 104. Nous avons traversé le
jardin d’Eole, un vaste espace reconquis sur les friches SNCF puis abouti à
travers des îlots insalubres qui vont prochainement disparaître sur le
Boulevard de la Chapelle. C’est cela qui est extraordinaire à Paris, cette
multiplicité des mondes qu’on peut y croiser : on est ici très loin de
notre 13° un peu boboïsé. Nous avons réellement le plaisir du voyage lorsque
nous allons, à une demi heure de métro de chez nous dans des quartiers que nous
connaissons mal et qui sont si différents du nôtre.
Après cela nous avons été au cinéma. Nous avons vu « Dans la brume électrique » de Tavernier. Un très bon film. Evidemment rien à voir avec « Coco avant Chanel », donc la comparaison n’a pas grand sens, n’empêche je ne peux m’empêcher de la faire. Dans ce film ci qui pourtant se voit d’abord comme un film policier bien fichu et bien rythmé, il y a autre chose aussi, une patte particulière, un style dans la réalisation qui tient au talent tout simplement de Tavernier, une capacité extraordinaire à saisir un lieu, son atmosphère, son histoire même, une façon enfin d’incarner le récit à travers des acteurs dont la présence est intense. J’aurais envie de dire que c’est une présence en épaisseur, alors que dans le film sur Coco Chanel j’avais l’impression de voir juste des images, une présence de surface. C’est un peu injuste de dire ça comme ça, je ne vois pas trop moi-même ce que je veux dire exactement, néanmoins je ressens quelquechose de cet ordre là même si ce n’est pas évident à exprimer.
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PS: J'avais rédigé ce billet ce matin avant d'apprendre la nouvelle du décès de la personne que j'évoquais hier. Il me semble que le mieux désormais la concernant c'est notre silence et nos pensées...
22 avril 2009
Récit de voyage
Comment parler d’un
voyage ?
On peut être dans le récit
au jour le jour, les lieux traversés, les endroits visités, tel jour telle
promenade, tel château, tel musée mais je me dis qu’on risque à procéder ainsi
à être fort ennuyeux pour le lecteur, autant que pouvaient l’être les
interminables projections de diapos retour de voyage.
Portant ces mémentos ont
pour soi de l’intérêt, comme le légendage des photos pour aider la mémoire à
s’y retrouver (ou donner à la mémoire l’illusion de s’y retrouver ?) pour
garder les noms en tout cas, quand les images, du fait même de la succession
rapide des lieux visités, commencent à se mélanger, à s’interpénétrer.
Alors je donne ces mémentos
en essayant de les faire assez brefs et pas trop pesants, recopiant juste les
notes lapidaires que j’ai jetées au soir le soir sur mon carnet.
Mardi 14 : après
l’Eurostar, journée à Londres, balade dans le quartier de Bloomsburry, visite
rapide au British Museum, promenade et sandwiches dans Regent’s Park puis le
train de nouveau jusqu’à Cambridge. Installation au B and B puis retrouvailles
avec le fils au bord de la Cam, nous allons découvrir la maison où il vit en
colocation puis allons dîner au pub juste à côté de chez lui.
Mercredi 15 : Temps
mitigé. Promenade dans Cambridge et visite de certains colleges que nous
n’avions pas vu la dernière fois, Trinity puis Jesus. L’après midi visite d’une
expo sur l’histoire de Cambridge dans la bibliothèque (un affreux bâtiment,
oui, il y en quand même quelques uns !) puis nous traçons à pied notre
route le long d’une piste cyclable vers West Cambridge pour aller récupérer
notre physicien à son labo après sa journée de travail : nous y visitons
un petit musée d’instruments scientifiques anciens qui évoque aussi quelques
uns des savants qui sont passés ici, puis allons voir les espaces concrets où
il travaille, son bureau, ses matériels, certaines salles d’expériences, et
nous nous efforçons d’imaginer ses conditions de vie et de travail qui me
paraissent je dois dire assez merveilleuses et qui me font rêver.
Jeudi 16 : Le temps
s’est gâté. Nous allons chercher notre voiture de location à la gare. Constance
est à la conduite, moi au copilotage. Légère anxiété pour le basculement dans
la conduite à gauche, d’autant que nous empruntons des routes moyennes mais au
trafic très dense, que nous suivons un itinéraire assez compliqué et que le
ciel nous gratifie d’une pluie de plus en plus soutenue. Vagues pensées :
qu’est ce que je fous là ? Arrêt à Woburn Abbey, qui n’a rien d’une
abbaye, sinon son origine. C’est un immense château de la grande aristocratie
anglaise au milieu d’un vaste domaine où vivent de nombreux troupeaux de cerfs.
La bâtisse à l’architecture plutôt lourde n’est pas très belle mais les
collections accumulées par les ducs de Bedford depuis le 16° siècle sont
impressionnantes.
Vendredi 17 : Nous
visitons Oxford. La zone centrale autour de la Bodleian Library, le
Christchurch College puis Madgalen College. Il y a de très belles choses bien
sûr mais j’ai le sentiment d’un ensemble moins harmonieux qu’à Cambridge, d’une
ville un peu moins agréable à vivre. L’architecture ici me paraît plus
pompeuse, plus austère, plus fermée, tous les collèges sont entourés de hauts
murs et pas comme souvent à Cambridge de grilles laissant passer le regards. On
a l’impression à Cambridge d’une symbiose plus grande entre la ville, les
collèges, les parcs. Ici on a plutôt l’impression de trois secteurs, les
collèges et bâtiments universitaires au centre, donnant d’un côté sur la ville
et ses grandes rues animées, de l’autre sur les parcs et les bords de la
Tamise. Mais bon, il faut reconnaître aussi que les conditions de notre visite
sous la grisaille voire sous la pluie nous donnent forcément une impression
moins riante que de Cambridge vu sous le soleil.
Samedi 18 : Château de
Blenheim : c’est une autre demeure de l’aristocratie anglaise, le château
est encore plus demesuré que celui de Woburn. Construit au début du 18° siècle,
il se voulait en concurrence directe avec Versailles (John Churchill, fondateur
de la famille, a reçu son titre de duc de Malborough, la terre et les fonds
pour construire la château à la suite d’une victoire décisive remporté contre
Louis XIV vieillissant en 1704, un moment de basculement qui signe pour les Anglais
la fin de la suprématie du Roi Soleil). La encore cette lourde architecture de
baroque anglais n’a rien de bien élégant et les collections ici sont moins
importantes qu’à Woburn (famille plus récente, moindre temps d’accumulation de
richesses !) mais le parc est extraordinaire, un parc qui est recréation
de la nature et du paysage (vaste lac, cascade, ponts, bouquets de grands arbre
savamment disposés). Nous avons fait une longue promenade dans ce magnifique
espace, sous un temps redevenu beau, découvrant ainsi de loin des perspectives
sur le château telles qu’on finit par le trouver beau lui-même.
Dimanche 19 : Nous
profitons du dimanche pour emmener fiston avec nous dans une grande excursion
au nord de Cambridge. Nous traversons la région des Fens, zone très basse
d’anciens marais devenu terre agricole par d’importants travaux de drainage,
nous nous arrêtons à King’s Lynn, un ancien port un peu l’abandon mais où
persiste une ambiance maritime, nous allons ensuite nous perdre sur de toutes
petites routes de campagne pour voir quelques églises de campagne réputées,
Walpole Saint Peter notamment où nous nous arrêtons un long moment pour nous
imprégner de cette ambiance de campagne anglaise . Nous visitons pour finir la
magnifique cathédrale d’Ely.
Lundi 20 : Nous avons
rendu la voiture et retrouvé notre légèreté de piétons. Le temps est toujours
splendide et devient même chaud. Nous visitons le jardin botanique, faisons de
longues stations sur les greens et au bord de la Cam, montons au clocher de
sainte Mary et visitons deux collèges qui manquaient à notre collection Queen’s
et Emmanuel. Le soir nous allons dîner chez le fiston, occasion de boire
ensemble la bonne bouteille que nous avions emmenée de France.
Mardi 21 : Pour notre
dernière journée nous retournons à Saint John, à coup sûr l’un des plus beaux
ensemble de Cambridge puis visitons Pembroke college. Dans le train du retour
je dévore « La proie pour l’ombre » un petit polar de P.D. James,
délicieusement british, et que j’avais embarqué surtout parce qu’il se passe
précisément à Cambridge, ce qui m’a permis de me resservir une bonne resucée du
lieu et de ses ambiances tandis que je m’en éloignais.
Voilà ça c’était le mémento.
Il faudrait y rajouter des notes plus subjectives, plus « intimes »,
des petits moments attrapés au vol, des moments suspendus de conscience, un
voici parmi d’autres sur lesquels j’avais pensé écrire :
Ainsi Oxford, le soir, pub
au bord de la Tamise, nous sommes bien placés, face au comptoir, je me plais à
observer les gens qui viennent commander, les tablées autour de nous, ce jeune
couple tout à coup dans lequel je ne sais quoi accroche mon regard, si je sais,
une certaine volubilité joyeuse du garçon, un éclat très vif du regard de la
fille au demeurant fort jolie, je sens qu’ils sont en train de se séduire, on
entendrait presque les phéromones voler (enfin ça ne fait pas grand bruit quand
ça vole ces petites choses !), ils ne se touchent pas, ont l’air de mener
une conversation très sérieuse mais je devine le sous-texte comme si j’étais
entre eux, petite souris discrète ou homme invisible captant leurs pensées.
J’ai envie de dire : allez-y bon sang, prenez-vous la main, tombez dans
les bras l’un de l’autre, vous en mourrez d’envie. Mais peut-être ont-ils aussi
l’un et l’autre le souhait de faire durer ce moment, le plus délicieux, celui
de l’attente, lorsqu’on pressent qu’elle va être satisfaite. A moins aussi que
tout simplement, porté par ma rêverie, je ne me raconte une histoire qui n’est
que dans mon imagination, mais ça ne fait rien, j’adore me raconter ce genre
d’histoire !
Ensuite en sortant, malgré la pluie, nous avons décidé de marcher un peu le long de la Tamise, dans la nuit presque entièrement tombée. Derrière nous les lumières du pub que nous venons de quitter, les formes fantomatiques des clubs d’aviron sur l’autre rive, les pelouses de Christchurch qui basculent dans la nuit, le très grand calme, l’animation qu’apporte seulement les mouvements de quelques oiseaux, le sentiment d’une très grande présence au monde, à l’instant présent puis soudain le vol d’un cygne, un vol à ras de l’eau, les ailes battant même la surface. Puis alors, un flash, la remémoration d’autres cygnes, paisibles ceux-là, glissant sur l’eau, les cygnes de Lisbonne, c’était il y a trente ans, quelqu’un qui en a lu l’évocation que j’en faisais m’en a parlé récemment, alors les voici eux aussi qui reviennent, étranges cheminements des rêveries, j’aime ces moments de conscience…
Pas mal le cadre, pour étudier!
Pas mal le cadre, pour étudier! bis
L'heure de la pose picnic
Saint John
Floraison printanière
Église de campagne
Les photos sont cliquables, mais diable, pourquoi ne veulent-elles pas se centrer aujourd'hui, ce sont les mystères de canalblog!
14 avril 2009
Dans l'eurostar
Quand je suis sorti dans la
cour ce matin, à six heures et demi il faisait nuit encore, un merle solitaire
chantait, il faisait doux et Paris même sentait bon, une bonne odeur de
floraison, une odeur de printemps. J’attendais pour fermer la maison que
Constance en soit sortie et ce fut un bref mais un joli moment d’avant départ…
Nous partons en voyage et
comme toujours maintenant je ressens une certaine ambivalence. Ce n’est plus
comme autrefois l’enthousiasme des départs. Il y a toujours une pointe
d’inquiétude. Qu’est-ce qu’on a oublié ? Comment va se passer ce
séjour ? On va voir le fils certes mais au-delà qu’est-ce qu’on va
chercher dans l’ailleurs, dans l’accumulation des visites touristiques ?
Et puis il y a tout ce que je laisse en plan, des quantités de choses que je
voulais faire et que je n’ai pas eu le temps de terminer avant de partir sans
parler même de ce que me coûte la mise à distance de mon cyber monde, de mes
relations, de mes affections.
Maintenant il est huit heures
et l’eurostar file à travers la campagne et j’ai l’impression d’être entré,
comme chaque fois dès que le départ est effectué, sans réserve dans le plaisir
du voyage, laissant de côté mes inquiétudes. Le disque tout rond du soleil
perce à travers la brume, je pense qu’une belle journée s’annonce.
Hier soir après avoir posté
mon billet j’ai eu la curiosité d’aller relire ce que j’écrivais sur Villa
Amalia. Je gardais le souvenir d’un livre qui m’avait beaucoup plu, ma note me
montre que mon impression première était beaucoup plus mitigée. Du coup j’ai
rajouté précipitamment ce bouquin dans mon sac pour le relire et c’est ce que
je vais commencer à faire là dans le train. Je me sens bien plus motivé que par
le Pascal Mercier qui est là aussi à côté de moi…
23 février 2009
Là-bas
Cette semaine c’était la vie
hors connexion et même hors écriture, hors souci de l’écriture, du rapport à
l’écriture, de toutes ces questions qui me tarabustent depuis un long moment et
de façon accentuée, envahissante, ces dernières semaines dans la perspective de
la prise de parole publique à laquelle je vais procéder dans quelque temps.
J’ai séjourné deux jours à
Toulouse et outre le plaisir d’y passer d’agréables moments avec les cousins de
Constance qui nous y ont reçus, j’ai découvert en touriste quelques aspects de
la ville que je ne connaissais pas, que ce soit le site du Bazacle qui permet
de mieux comprendre le système garonnaire autour duquel Toulouse s’est
développé au Moyen âge, ou l’hôtel d’Assézat avec la fondation Bamberg, très
intéressant musée, spécialement dans sa partie ancienne qui contient des pièces
exceptionnelles présentées au surplus dans le contexte des époques qui les ont
vu naître (meubles, objets d’arts décoratifs, livres). Le second étage
présentant des toiles du 19° et du 20° dans un espace nu et sans charme est
bien moins séduisant.
Ensuite nous sommes allés
dans la petite ville de notre maison brûlée. On a travaillé là-bas pendant 3
jours de 9h du matin à 7h du soir, alternant les rencontres indispensables avec
architecte, banquier, assureurs, et travail très matériel dans la maison où
nous nous sommes occupés à procéder à des tris, mises au rebut ou tentatives de
sauvetage de divers objets. Les meubles et leur contenu ont été transférés au
garde meuble peu de temps après l’incendie mais il restait cependant beaucoup
de choses ici et là dans des cagibis ou dans des cartons qui ont séjourné deux
mois déjà dans les gravats et dans l’ambiance ultra humide de la maison fermée.
Evidemment c’est aux choses qui parlent que je me suis le plus attaché. Ainsi
ai-je retrouvé le train électrique Hornby de mon enfance, personne peut-être ne
s’en servira plus jamais et pourtant j’ai tenu à essayer de le récupérer du
mieux que j’ai pu. Et j’ai dépoussiéré le chapeau haut-de-forme de mon arrière
grand-père et enlevé les moisissures qui avaient envahi le magnifique carton
galbé dans lequel il était rangé.
La maison reste glacée par
l’humidité qui tombe des murs. Mais au moins il faisait beau et sec dehors.
C’était bonheur de voir ce soleil se déverser à l’intérieur de la maison figée
dans le froid. A plusieurs reprises nous sommes descendus dans le jardin pour
de courts breaks, oiseaux chanteurs, fleurettes légères pointant dans la
pelouse, douceur du soleil tiède plus chaud d’emblée que le soleil parisien,
cela donnait envie et consistance à cette idée que nous avons d’essayer de
faire quelquechose de cette maison, à tenter de tirer un bien de ce mal.
En rentrant après le
« turbin », chez la cousine qui nous a hébergé je n’avais que l’envie
de me poser et de me détendre. J’étais loin de mes questionnements habituels et
loin de la tentation de les mettre par écrit. C’est la revanche heureuse, ça,
du travail concret qui laisse abruti de fatigue! Parmi mes bouquins c’est Parrot
et l’Enigme des Blancs Manteaux qui m’a semblé le plus adapté à mes besoins.
Plaisir de l’évasion, plaisir de la plongée dans le temps, plaisir de se
laisser balader au gré des mouvements de l’intrigue, plaisir de la lecture
divertissement, sans me soucier de noter des phrases et de penser à ce que
j’aurais envie d’en dire. Très agréable moments, mais assez brefs toutefois,
car très vite chaque soir je suis tombé dans les bras de Morphée.
24 juillet 2008
Vacances, début...
Ce ne fut pas sans mal mais
j’ai trouvé une connexion internet locale.
J’utilise la borne wifi de
la capitainerie qui permet aux plaisanciers de venir se connecter. Je me suis
inscrit sur Netabord, j’ai acheté deux heures de connexion et me voici en
ligne…
Ce n’est pas très pratique
cependant. Et ça passe vite. Je ne viendrai pas souvent. En plus je garde cette
idée de la nécessaire déconnexion, du nécessaire sevrage. Allez, disons du demi
sevrage ! L’essentiel est que je sais où aller me connecter si j’en
éprouve le besoin. J’ai été content de faire en quelques clics des incursions
brèves sur les blogamis les plus proches, de mettre en ligne mes dernières
élucubrations, de lire mes mails surtout, d’en envoyer quelques uns, de pouvoir
faire partir quelques correspondances en souffrance. En souffrance, oui,
c’était bien le mot !
A plus tard…
Voici donc quelques lignes
et photos sur mes débuts de vacances :
Ecrit le 20
juillet :
Voilà, nous sommes arrivés
ici, depuis plusieurs jours maintenant, dans ce coin de Bretagne qui nous est
cher…
Le voyage pour venir s’est
effectué sous un ciel continûment très nuageux voire menaçant mais le temps
s’est levé à l’approche de la mer et nous avons bénéficié d’une de ces belles
éclaircies du soir dont ce pays à la secret. Heureux présage.
Nous sommes descendus sur la
plage à peine arrivés. C’est le plus beau moment pour y aller. La lumière
déclinante y est superbe, bien plus qu’en milieu de journée et la mer étale
attirante. Je m’y suis plongé bien sûr. L’eau est fraîche, cette année, très,
très fraîche. J’ai eu grand plaisir cependant à ce premier bain, C’est comme un
sas, un passage initiatique, le signe qu’on y est vraiment. Je n’ai pu rester
longtemps, je n’ai fait que quelques brasses mais m’en suis tout de même senti
épuré, nettoyé, revigoré.
Le temps, quoique frais, est
tout à fait correct et permet de longues promenades à la journée. Nous partons
le matin avec le pique-nique et rentrons en fin d’après-midi, voire à la nuit
tombée, c’est à dire tard, sur cette pointe occidentale où le décalage horaire
est perceptible avec Paris. J’écris et je lis moins que je ne voudrais mais je
ne vais pas m’en plaindre.
Nous avons fait une jolie
balade autour de Fouesnant. La baignade sur le chemin, dans une des petites
criques de cette côte, au pied du pavillon chinois, moins tournée vers le large
que chez nous, donc plus chaude d’au moins deux degrés, était délicieuse.
Nous sommes allés à
Douarnenez aux fêtes maritimes, où se retrouvent, après Brest, l’essentiel des
voiliers qui ont participé aux démonstrations de Brest 2008. Je connais peu ce
monde de la mer et des marins, je suis un terrien et un montagnard plutôt, je
n’ai découvert la mer (la vraie, l’océan) que sur le tard. Je n’ai jamais fait
de voile mais ce monde me fascine. Encore une chose qui pourrait occuper une
prochaine vie ! Et esthétiquement certains bateaux sont des vraies
merveilles, les bateaux géants comme le Kruzenshtern, somptueux quatre mats
russe, (oui, pas très russe le nom, mais c’était un bateau allemand, construit
dans les années 1920, récupéré par les russes, sans doute à la fin de la guerre
et devenu navire école des cadets de la Baltique), mais aussi de bien plus
petits, aux formes et voilures variées, que l’on voit manœuvrer avec élégance
sur le plan d’eau depuis la digue.
Et nous n’avons pas manqué
déjà d’aller contempler sur la baie d’Audierne, orientée plein ouest, le
coucher de soleil, là où l’océan s’échoue sur la terre en long rouleaux
paisibles venus tout droit d’Amérique (enfin, paisibles aujourd'hui, par temps
calme et non venteux).
Mais je suis dans une
disposition d’esprit étrange. Je ne suis pas rentré tout à fait dans cette
coupure que sont habituellement les vacances. J’ai souci de mon blogomonde et
de ce qui s’y joue. Le sevrage cette année ne se révèle pas facile et je sais
bien pourquoi. Hier je suis allé en vélo à l’endroit où l’office du tourisme
m’avait indiqué la possibilité d’une connexion internet. Las, le cyber point en
question ne fonctionne plus. Il me faudra donc aller à la ville proche, ce qui
implique de prendre la voiture, de mobiliser plus de temps et d’énergie, de
caser ça dans les « programmes » d’activités et de balades,
organisées avec Constance et belle maman.
Sentiment étrange. Je suis
là et je n’y suis pas tout à fait. Mon esprit très souvent s’évade et file
ailleurs. Je participe sans déplaisir à ce que nous faisons ici et parfois,
souvent même c’est moi qui initie le mouvement et l’organise. Et pourtant je ne
suis pas tout à fait dedans. Pas très conforme à l’esprit du yoga ça, qui
enseigne à être profondément, totalement dans ce que l’on fait et dans le
moment présent. Mais ces pensées qui me mènent ailleurs, bien que me créant une
forme de malaise à me sentir ainsi séparé, me sont très douces aussi. Alors, je
ne souhaite pas les bannir. Et le voudrais-je d’ailleurs, il n’est pas sûr que
je le pourrai…
Aujourd'hui j’ai téléphoné à mon père, pour lui fêter son quatre vingt troisième anniversaire. Non sans une petite pointe d’anxiété. Il est Paris pour le moment mais s’envole demain pour la Bolivie, avec au programme, moult randonnées le long du lac Titicaca, sur le salar de Uyuni, au pied des sommets andins. Certes ce sont des randonnées assez courtes dans l’ensemble. Mais tout de même sur de hauts plateaux entre 3500 et 4000 m d’altitude, avec un jour une ascension du pied d’un volcan qui le mènera à peu de chose près à la hauteur du Mont Blanc. Il part apparemment sans inquiétude après, tout de même, avoir consulté, un cardiologue. Je suis assez admiratif de cette décontraction et de cette vitalité. De toute façon, je sais quand il me sort ses catalogues de voyagistes, en me disant avec son accent chantant et ses r qui roulent : « oh ça, ça me tente bien, ce voyage là, si je veux le faire, il ne faut pas que je traîne, c’est que je vieillis, je vieillis… » qu’une semaine après il me dira : « tiens, au fait, tu sais, je me suis inscrit ». Je me sens parfois, avec mes presque 30 ans de moins que lui, bien plus effarouché. En tout cas il donne la pêche, ce vieux monsieur, et me fais dire pour moi-même que même s’il est tard, il n’est pas trop tard…
Ecrit le 22 Juillet :
Le temps est devenu
magnifique, la température monte peu à peu, l’ambiance devient plus franchement
estivale, l’eau se réchauffe, rendant le bain plus agréable (mais c’est aussi
sans doute que je m’accoutume à la fraîcheur).
Nous avons fait hier une
longue promenade dans les bois au bord de l’estuaire. Le slogan qu’arbore la
plaquette de présentation touristique du coin n’est pas usurpé : « Le
pays de la mer dans les bois ». Ensuite nous avons accompagné la maman de
Constance au train à Quimper. Nous nous retrouvons seuls quelques jours ce qui,
je l’espère, devrait être bénéfique. Puis débarqueront ma belle sœur et son
fiston et nos deux garçons un peu plus tard.
Papa à l’heure qu’il est,
après avoir survolé l’Atlantique, doit être au-dessus des Andes, entre Caracas
et La Paz. Le fiston a reçu son classement de concours, il n’a pas de certitude
mais est suffisamment bien classé pour espérer l’agro Paris, sinon celle de
Montpellier, en tout cas le spectre de repiquer une année de prépa est
définitivement écarté.
Avec tout ça, je me sens entré dans mes vacances finalement, bien plus que les jours précédents. Non que mes pensées parasites m’aient abandonnées. Heureusement non, j’y tiens à mes chères pensées parasites ! Mais elles ont trouvé leur place plus harmonieusement au milieu du reste, elles se coulent plus paisiblement dans le quotidien des jours, enfin dans le quotidien d’aujourd'hui …
09 juin 2008
Lézarder...enfin rien qu'un peu...
Je suis dans un sacré tunnel
de boulot en ce moment. J’entre dans une semaine très chargée au bureau et
comme par un fait exprès c’est aussi cette semaine qu’interviennent diverses
échéances prenantes liées à mes activités associatives.
Ce week-end je suis revenu à
la maison avec des dossiers de travail du bureau, ce qui, je dois l’avouer, est
plutôt rare. Week-end très studieux donc. Au point même de rester à l’écart de
ma blogosphère : je ne me suis pas connecté à internet pendant plus d’une
journée, un week-end en étant à Paris, travaillant sur mon ordinateur, donc à
portée de clic, c’est vraiment un record ! Ni tournée de mes blogamis, ni
coup d’œil à mon propre blog pour voir si des commentaires y avaient été déposés,
ni même vérification de mes mails arrivés ! Ce n’est pas plus mal. Ça fait
du bien de temps en temps de laisser internet à l’écart, de le faire de sa
propre volonté et pas seulement parce qu’on a un méchant bug ou parce qu’on est
au loin, à distance de toute connexion. L’addiction me menace souvent, alors je
suis content parfois de ne pas lui céder.
Donc hier, après plusieurs
heures occupées à bosser et comme le temps s’y prêtait, qu’après la grisaille
matinale le soleil enfin semblait vouloir percer, plutôt que de me connecter je
suis parti pieds et jambes par les rues de Paris…
Il y avait dans mon quartier
l’opération « Lézards de la Bièvre ». Il s’agit d’une journée portes
ouvertes d’artistes travaillant ou habitant dans le quartier. Il sont très
nombreux finalement avec quantité de styles et de pratiques très différentes,
de bonnes choses et de beaucoup moins bonnes mais c’est chouette en tout cas de
voir cette créativité. Cette initiative est promue notamment par l’association
qui souhaite que soit remis à ciel ouvert dans certains endroits de Paris et
de banlieue la Bièvre, cette petite rivière actuellement couverte, venue des
coteaux du sud ouest parisiens et qui serpente jusqu’à la Seine en traversant
le 13° et le 5°arrondissement. C’est autour d’elle que s’étaient développées
nombre d’activités artisanales du vieux Paris et notamment les activités de
teinture et de tannerie autour des Gobelins. Inutile de dire que son cours
avait fini en cloaque et que sa couverture était apparue comme mesure de
salubrité et d’hygiène publique.
Outre la rencontre avec des
œuvres et des artistes, il y a un vrai plaisir à découvrir des aspects du
quartier que l’on ne connaît pas : accès à des cours habituellement
fermées, traversées de jardins insoupçonnés, montées dans les étages parfois
élevés et coups d’œil inhabituels sur les toits de Paris, découvertes
d’appartements à peine bouleversés par l’installation des œuvres, présence
devinée de la vie quotidienne. C’est ce petit plus qui individualise et fait se
sentir plus proche des artistes, c’est tout ce que n’offrent pas les lieux
classiques d’exposition ou les galeries.
Au fond j’ai trouvé à cette
déambulation quelque chose du zapping sur internet : avec son charme et
aussi ses limites, celle de la multiplication des sollicitations et de
l’impossibilité d’aller au fond des choses, d’être une fois encore dans la
dispersion : petite lucarne ouverte sur un bout de vie, croisement d’un
talent peut-être, qu’on aperçoit sans approfondir, échange bref de quelques
mots avec l’hôte et passage au suivant…
Je me suis promené en
solitaire. J’aime bien en général les promenades en solitaire, surtout dans des
situations comme celles-ci où prédomine sur tout itinéraire préprogramé, le
musardage de hasard, la marche à l’impulsion. Seul, je me sens libre de régler
ma direction et mon pas exactement au rythme que je le souhaite. Mais là ce
n’était pas le cas pourtant. J’aurais eu besoin d’échanger il me semble sur ce
que je voyais, si varié, de sortir des quelques mots formels échangés avec
l’artiste, des mots que je me suis efforcés de faire toujours assez
appréciatifs même si au fond de moi j’étais beaucoup plus réservé. Mais
peut-être y avait-il d’autres raisons à ce sentiment : l’envie simple
d’être deux, un goût d’une présence de l’autre, que des amitiés nouvelles, ici
et là, réactivent…
Ce soir en sortant du bureau
il faisait beau et chaud. Enfin. Une vraie bonne chaleur qui sent l’été, sans
être en rien étouffante, et qui autorise ce plaisir de rentrer avec la chemise
ouverte et la veste sur le bras puis celui en arrivant à la maison de
s’installer sur la terrasse pour lire le journal, au pied de mon petit buisson
de jasmin en pleine floraison, ses fleurs entremêlées à celles finissantes du
chèvrefeuille…
Ouf, dernière ligne droite de boulot intense, et au-delà ça sent un peu la fin de l’année, l’approche des vacances. Bon je sais c’est un peu triste de penser son année dans la perspective des vacances, ça dit des choses pas très gaies du rapport que l’on a à son métier. J’en suis là, c’est dommage mais bon c’est ainsi. Mes vacances sont dans un mois, il n’empêche je les sens venir malgré le coup de chauffe du moment et ça m’a fait du bien cette impression, ça m’a fait me sentir guilleret, tout à l’heure en sortant du bureau…























