Récit de voyage
Comment parler d’un
voyage ?
On peut être dans le récit
au jour le jour, les lieux traversés, les endroits visités, tel jour telle
promenade, tel château, tel musée mais je me dis qu’on risque à procéder ainsi
à être fort ennuyeux pour le lecteur, autant que pouvaient l’être les
interminables projections de diapos retour de voyage.
Portant ces mémentos ont
pour soi de l’intérêt, comme le légendage des photos pour aider la mémoire à
s’y retrouver (ou donner à la mémoire l’illusion de s’y retrouver ?) pour
garder les noms en tout cas, quand les images, du fait même de la succession
rapide des lieux visités, commencent à se mélanger, à s’interpénétrer.
Alors je donne ces mémentos
en essayant de les faire assez brefs et pas trop pesants, recopiant juste les
notes lapidaires que j’ai jetées au soir le soir sur mon carnet.
Mardi 14 : après
l’Eurostar, journée à Londres, balade dans le quartier de Bloomsburry, visite
rapide au British Museum, promenade et sandwiches dans Regent’s Park puis le
train de nouveau jusqu’à Cambridge. Installation au B and B puis retrouvailles
avec le fils au bord de la Cam, nous allons découvrir la maison où il vit en
colocation puis allons dîner au pub juste à côté de chez lui.
Mercredi 15 : Temps
mitigé. Promenade dans Cambridge et visite de certains colleges que nous
n’avions pas vu la dernière fois, Trinity puis Jesus. L’après midi visite d’une
expo sur l’histoire de Cambridge dans la bibliothèque (un affreux bâtiment,
oui, il y en quand même quelques uns !) puis nous traçons à pied notre
route le long d’une piste cyclable vers West Cambridge pour aller récupérer
notre physicien à son labo après sa journée de travail : nous y visitons
un petit musée d’instruments scientifiques anciens qui évoque aussi quelques
uns des savants qui sont passés ici, puis allons voir les espaces concrets où
il travaille, son bureau, ses matériels, certaines salles d’expériences, et
nous nous efforçons d’imaginer ses conditions de vie et de travail qui me
paraissent je dois dire assez merveilleuses et qui me font rêver.
Jeudi 16 : Le temps
s’est gâté. Nous allons chercher notre voiture de location à la gare. Constance
est à la conduite, moi au copilotage. Légère anxiété pour le basculement dans
la conduite à gauche, d’autant que nous empruntons des routes moyennes mais au
trafic très dense, que nous suivons un itinéraire assez compliqué et que le
ciel nous gratifie d’une pluie de plus en plus soutenue. Vagues pensées :
qu’est ce que je fous là ? Arrêt à Woburn Abbey, qui n’a rien d’une
abbaye, sinon son origine. C’est un immense château de la grande aristocratie
anglaise au milieu d’un vaste domaine où vivent de nombreux troupeaux de cerfs.
La bâtisse à l’architecture plutôt lourde n’est pas très belle mais les
collections accumulées par les ducs de Bedford depuis le 16° siècle sont
impressionnantes.
Vendredi 17 : Nous
visitons Oxford. La zone centrale autour de la Bodleian Library, le
Christchurch College puis Madgalen College. Il y a de très belles choses bien
sûr mais j’ai le sentiment d’un ensemble moins harmonieux qu’à Cambridge, d’une
ville un peu moins agréable à vivre. L’architecture ici me paraît plus
pompeuse, plus austère, plus fermée, tous les collèges sont entourés de hauts
murs et pas comme souvent à Cambridge de grilles laissant passer le regards. On
a l’impression à Cambridge d’une symbiose plus grande entre la ville, les
collèges, les parcs. Ici on a plutôt l’impression de trois secteurs, les
collèges et bâtiments universitaires au centre, donnant d’un côté sur la ville
et ses grandes rues animées, de l’autre sur les parcs et les bords de la
Tamise. Mais bon, il faut reconnaître aussi que les conditions de notre visite
sous la grisaille voire sous la pluie nous donnent forcément une impression
moins riante que de Cambridge vu sous le soleil.
Samedi 18 : Château de
Blenheim : c’est une autre demeure de l’aristocratie anglaise, le château
est encore plus demesuré que celui de Woburn. Construit au début du 18° siècle,
il se voulait en concurrence directe avec Versailles (John Churchill, fondateur
de la famille, a reçu son titre de duc de Malborough, la terre et les fonds
pour construire la château à la suite d’une victoire décisive remporté contre
Louis XIV vieillissant en 1704, un moment de basculement qui signe pour les Anglais
la fin de la suprématie du Roi Soleil). La encore cette lourde architecture de
baroque anglais n’a rien de bien élégant et les collections ici sont moins
importantes qu’à Woburn (famille plus récente, moindre temps d’accumulation de
richesses !) mais le parc est extraordinaire, un parc qui est recréation
de la nature et du paysage (vaste lac, cascade, ponts, bouquets de grands arbre
savamment disposés). Nous avons fait une longue promenade dans ce magnifique
espace, sous un temps redevenu beau, découvrant ainsi de loin des perspectives
sur le château telles qu’on finit par le trouver beau lui-même.
Dimanche 19 : Nous
profitons du dimanche pour emmener fiston avec nous dans une grande excursion
au nord de Cambridge. Nous traversons la région des Fens, zone très basse
d’anciens marais devenu terre agricole par d’importants travaux de drainage,
nous nous arrêtons à King’s Lynn, un ancien port un peu l’abandon mais où
persiste une ambiance maritime, nous allons ensuite nous perdre sur de toutes
petites routes de campagne pour voir quelques églises de campagne réputées,
Walpole Saint Peter notamment où nous nous arrêtons un long moment pour nous
imprégner de cette ambiance de campagne anglaise . Nous visitons pour finir la
magnifique cathédrale d’Ely.
Lundi 20 : Nous avons
rendu la voiture et retrouvé notre légèreté de piétons. Le temps est toujours
splendide et devient même chaud. Nous visitons le jardin botanique, faisons de
longues stations sur les greens et au bord de la Cam, montons au clocher de
sainte Mary et visitons deux collèges qui manquaient à notre collection Queen’s
et Emmanuel. Le soir nous allons dîner chez le fiston, occasion de boire
ensemble la bonne bouteille que nous avions emmenée de France.
Mardi 21 : Pour notre
dernière journée nous retournons à Saint John, à coup sûr l’un des plus beaux
ensemble de Cambridge puis visitons Pembroke college. Dans le train du retour
je dévore « La proie pour l’ombre » un petit polar de P.D. James,
délicieusement british, et que j’avais embarqué surtout parce qu’il se passe
précisément à Cambridge, ce qui m’a permis de me resservir une bonne resucée du
lieu et de ses ambiances tandis que je m’en éloignais.
Voilà ça c’était le mémento.
Il faudrait y rajouter des notes plus subjectives, plus « intimes »,
des petits moments attrapés au vol, des moments suspendus de conscience, un
voici parmi d’autres sur lesquels j’avais pensé écrire :
Ainsi Oxford, le soir, pub
au bord de la Tamise, nous sommes bien placés, face au comptoir, je me plais à
observer les gens qui viennent commander, les tablées autour de nous, ce jeune
couple tout à coup dans lequel je ne sais quoi accroche mon regard, si je sais,
une certaine volubilité joyeuse du garçon, un éclat très vif du regard de la
fille au demeurant fort jolie, je sens qu’ils sont en train de se séduire, on
entendrait presque les phéromones voler (enfin ça ne fait pas grand bruit quand
ça vole ces petites choses !), ils ne se touchent pas, ont l’air de mener
une conversation très sérieuse mais je devine le sous-texte comme si j’étais
entre eux, petite souris discrète ou homme invisible captant leurs pensées.
J’ai envie de dire : allez-y bon sang, prenez-vous la main, tombez dans
les bras l’un de l’autre, vous en mourrez d’envie. Mais peut-être ont-ils aussi
l’un et l’autre le souhait de faire durer ce moment, le plus délicieux, celui
de l’attente, lorsqu’on pressent qu’elle va être satisfaite. A moins aussi que
tout simplement, porté par ma rêverie, je ne me raconte une histoire qui n’est
que dans mon imagination, mais ça ne fait rien, j’adore me raconter ce genre
d’histoire !
Ensuite en sortant, malgré la pluie, nous avons décidé de marcher un peu le long de la Tamise, dans la nuit presque entièrement tombée. Derrière nous les lumières du pub que nous venons de quitter, les formes fantomatiques des clubs d’aviron sur l’autre rive, les pelouses de Christchurch qui basculent dans la nuit, le très grand calme, l’animation qu’apporte seulement les mouvements de quelques oiseaux, le sentiment d’une très grande présence au monde, à l’instant présent puis soudain le vol d’un cygne, un vol à ras de l’eau, les ailes battant même la surface. Puis alors, un flash, la remémoration d’autres cygnes, paisibles ceux-là, glissant sur l’eau, les cygnes de Lisbonne, c’était il y a trente ans, quelqu’un qui en a lu l’évocation que j’en faisais m’en a parlé récemment, alors les voici eux aussi qui reviennent, étranges cheminements des rêveries, j’aime ces moments de conscience…
Pas mal le cadre, pour étudier!
Pas mal le cadre, pour étudier! bis
L'heure de la pose picnic
Saint John
Floraison printanière
Église de campagne
Les photos sont cliquables, mais diable, pourquoi ne veulent-elles pas se centrer aujourd'hui, ce sont les mystères de canalblog!
Dans l'eurostar
Quand je suis sorti dans la
cour ce matin, à six heures et demi il faisait nuit encore, un merle solitaire
chantait, il faisait doux et Paris même sentait bon, une bonne odeur de
floraison, une odeur de printemps. J’attendais pour fermer la maison que
Constance en soit sortie et ce fut un bref mais un joli moment d’avant départ…
Nous partons en voyage et
comme toujours maintenant je ressens une certaine ambivalence. Ce n’est plus
comme autrefois l’enthousiasme des départs. Il y a toujours une pointe
d’inquiétude. Qu’est-ce qu’on a oublié ? Comment va se passer ce
séjour ? On va voir le fils certes mais au-delà qu’est-ce qu’on va
chercher dans l’ailleurs, dans l’accumulation des visites touristiques ?
Et puis il y a tout ce que je laisse en plan, des quantités de choses que je
voulais faire et que je n’ai pas eu le temps de terminer avant de partir sans
parler même de ce que me coûte la mise à distance de mon cyber monde, de mes
relations, de mes affections.
Maintenant il est huit heures
et l’eurostar file à travers la campagne et j’ai l’impression d’être entré,
comme chaque fois dès que le départ est effectué, sans réserve dans le plaisir
du voyage, laissant de côté mes inquiétudes. Le disque tout rond du soleil
perce à travers la brume, je pense qu’une belle journée s’annonce.
Hier soir après avoir posté
mon billet j’ai eu la curiosité d’aller relire ce que j’écrivais sur Villa
Amalia. Je gardais le souvenir d’un livre qui m’avait beaucoup plu, ma note me
montre que mon impression première était beaucoup plus mitigée. Du coup j’ai
rajouté précipitamment ce bouquin dans mon sac pour le relire et c’est ce que
je vais commencer à faire là dans le train. Je me sens bien plus motivé que par
le Pascal Mercier qui est là aussi à côté de moi…
Là-bas
Cette semaine c’était la vie
hors connexion et même hors écriture, hors souci de l’écriture, du rapport à
l’écriture, de toutes ces questions qui me tarabustent depuis un long moment et
de façon accentuée, envahissante, ces dernières semaines dans la perspective de
la prise de parole publique à laquelle je vais procéder dans quelque temps.
J’ai séjourné deux jours à
Toulouse et outre le plaisir d’y passer d’agréables moments avec les cousins de
Constance qui nous y ont reçus, j’ai découvert en touriste quelques aspects de
la ville que je ne connaissais pas, que ce soit le site du Bazacle qui permet
de mieux comprendre le système garonnaire autour duquel Toulouse s’est
développé au Moyen âge, ou l’hôtel d’Assézat avec la fondation Bamberg, très
intéressant musée, spécialement dans sa partie ancienne qui contient des pièces
exceptionnelles présentées au surplus dans le contexte des époques qui les ont
vu naître (meubles, objets d’arts décoratifs, livres). Le second étage
présentant des toiles du 19° et du 20° dans un espace nu et sans charme est
bien moins séduisant.
Ensuite nous sommes allés
dans la petite ville de notre maison brûlée. On a travaillé là-bas pendant 3
jours de 9h du matin à 7h du soir, alternant les rencontres indispensables avec
architecte, banquier, assureurs, et travail très matériel dans la maison où
nous nous sommes occupés à procéder à des tris, mises au rebut ou tentatives de
sauvetage de divers objets. Les meubles et leur contenu ont été transférés au
garde meuble peu de temps après l’incendie mais il restait cependant beaucoup
de choses ici et là dans des cagibis ou dans des cartons qui ont séjourné deux
mois déjà dans les gravats et dans l’ambiance ultra humide de la maison fermée.
Evidemment c’est aux choses qui parlent que je me suis le plus attaché. Ainsi
ai-je retrouvé le train électrique Hornby de mon enfance, personne peut-être ne
s’en servira plus jamais et pourtant j’ai tenu à essayer de le récupérer du
mieux que j’ai pu. Et j’ai dépoussiéré le chapeau haut-de-forme de mon arrière
grand-père et enlevé les moisissures qui avaient envahi le magnifique carton
galbé dans lequel il était rangé.
La maison reste glacée par
l’humidité qui tombe des murs. Mais au moins il faisait beau et sec dehors.
C’était bonheur de voir ce soleil se déverser à l’intérieur de la maison figée
dans le froid. A plusieurs reprises nous sommes descendus dans le jardin pour
de courts breaks, oiseaux chanteurs, fleurettes légères pointant dans la
pelouse, douceur du soleil tiède plus chaud d’emblée que le soleil parisien,
cela donnait envie et consistance à cette idée que nous avons d’essayer de
faire quelquechose de cette maison, à tenter de tirer un bien de ce mal.
En rentrant après le
« turbin », chez la cousine qui nous a hébergé je n’avais que l’envie
de me poser et de me détendre. J’étais loin de mes questionnements habituels et
loin de la tentation de les mettre par écrit. C’est la revanche heureuse, ça,
du travail concret qui laisse abruti de fatigue! Parmi mes bouquins c’est Parrot
et l’Enigme des Blancs Manteaux qui m’a semblé le plus adapté à mes besoins.
Plaisir de l’évasion, plaisir de la plongée dans le temps, plaisir de se
laisser balader au gré des mouvements de l’intrigue, plaisir de la lecture
divertissement, sans me soucier de noter des phrases et de penser à ce que
j’aurais envie d’en dire. Très agréable moments, mais assez brefs toutefois,
car très vite chaque soir je suis tombé dans les bras de Morphée.
Vacances, début...
Ce ne fut pas sans mal mais
j’ai trouvé une connexion internet locale.
J’utilise la borne wifi de
la capitainerie qui permet aux plaisanciers de venir se connecter. Je me suis
inscrit sur Netabord, j’ai acheté deux heures de connexion et me voici en
ligne…
Ce n’est pas très pratique
cependant. Et ça passe vite. Je ne viendrai pas souvent. En plus je garde cette
idée de la nécessaire déconnexion, du nécessaire sevrage. Allez, disons du demi
sevrage ! L’essentiel est que je sais où aller me connecter si j’en
éprouve le besoin. J’ai été content de faire en quelques clics des incursions
brèves sur les blogamis les plus proches, de mettre en ligne mes dernières
élucubrations, de lire mes mails surtout, d’en envoyer quelques uns, de pouvoir
faire partir quelques correspondances en souffrance. En souffrance, oui,
c’était bien le mot !
A plus tard…
Voici donc quelques lignes
et photos sur mes débuts de vacances :
Ecrit le 20
juillet :
Voilà, nous sommes arrivés
ici, depuis plusieurs jours maintenant, dans ce coin de Bretagne qui nous est
cher…
Le voyage pour venir s’est
effectué sous un ciel continûment très nuageux voire menaçant mais le temps
s’est levé à l’approche de la mer et nous avons bénéficié d’une de ces belles
éclaircies du soir dont ce pays à la secret. Heureux présage.
Nous sommes descendus sur la
plage à peine arrivés. C’est le plus beau moment pour y aller. La lumière
déclinante y est superbe, bien plus qu’en milieu de journée et la mer étale
attirante. Je m’y suis plongé bien sûr. L’eau est fraîche, cette année, très,
très fraîche. J’ai eu grand plaisir cependant à ce premier bain, C’est comme un
sas, un passage initiatique, le signe qu’on y est vraiment. Je n’ai pu rester
longtemps, je n’ai fait que quelques brasses mais m’en suis tout de même senti
épuré, nettoyé, revigoré.
Le temps, quoique frais, est
tout à fait correct et permet de longues promenades à la journée. Nous partons
le matin avec le pique-nique et rentrons en fin d’après-midi, voire à la nuit
tombée, c’est à dire tard, sur cette pointe occidentale où le décalage horaire
est perceptible avec Paris. J’écris et je lis moins que je ne voudrais mais je
ne vais pas m’en plaindre.
Nous avons fait une jolie
balade autour de Fouesnant. La baignade sur le chemin, dans une des petites
criques de cette côte, au pied du pavillon chinois, moins tournée vers le large
que chez nous, donc plus chaude d’au moins deux degrés, était délicieuse.
Nous sommes allés à
Douarnenez aux fêtes maritimes, où se retrouvent, après Brest, l’essentiel des
voiliers qui ont participé aux démonstrations de Brest 2008. Je connais peu ce
monde de la mer et des marins, je suis un terrien et un montagnard plutôt, je
n’ai découvert la mer (la vraie, l’océan) que sur le tard. Je n’ai jamais fait
de voile mais ce monde me fascine. Encore une chose qui pourrait occuper une
prochaine vie ! Et esthétiquement certains bateaux sont des vraies
merveilles, les bateaux géants comme le Kruzenshtern, somptueux quatre mats
russe, (oui, pas très russe le nom, mais c’était un bateau allemand, construit
dans les années 1920, récupéré par les russes, sans doute à la fin de la guerre
et devenu navire école des cadets de la Baltique), mais aussi de bien plus
petits, aux formes et voilures variées, que l’on voit manœuvrer avec élégance
sur le plan d’eau depuis la digue.
Et nous n’avons pas manqué
déjà d’aller contempler sur la baie d’Audierne, orientée plein ouest, le
coucher de soleil, là où l’océan s’échoue sur la terre en long rouleaux
paisibles venus tout droit d’Amérique (enfin, paisibles aujourd'hui, par temps
calme et non venteux).
Mais je suis dans une
disposition d’esprit étrange. Je ne suis pas rentré tout à fait dans cette
coupure que sont habituellement les vacances. J’ai souci de mon blogomonde et
de ce qui s’y joue. Le sevrage cette année ne se révèle pas facile et je sais
bien pourquoi. Hier je suis allé en vélo à l’endroit où l’office du tourisme
m’avait indiqué la possibilité d’une connexion internet. Las, le cyber point en
question ne fonctionne plus. Il me faudra donc aller à la ville proche, ce qui
implique de prendre la voiture, de mobiliser plus de temps et d’énergie, de
caser ça dans les « programmes » d’activités et de balades,
organisées avec Constance et belle maman.
Sentiment étrange. Je suis
là et je n’y suis pas tout à fait. Mon esprit très souvent s’évade et file
ailleurs. Je participe sans déplaisir à ce que nous faisons ici et parfois,
souvent même c’est moi qui initie le mouvement et l’organise. Et pourtant je ne
suis pas tout à fait dedans. Pas très conforme à l’esprit du yoga ça, qui
enseigne à être profondément, totalement dans ce que l’on fait et dans le
moment présent. Mais ces pensées qui me mènent ailleurs, bien que me créant une
forme de malaise à me sentir ainsi séparé, me sont très douces aussi. Alors, je
ne souhaite pas les bannir. Et le voudrais-je d’ailleurs, il n’est pas sûr que
je le pourrai…
Aujourd'hui j’ai téléphoné à mon père, pour lui fêter son quatre vingt troisième anniversaire. Non sans une petite pointe d’anxiété. Il est Paris pour le moment mais s’envole demain pour la Bolivie, avec au programme, moult randonnées le long du lac Titicaca, sur le salar de Uyuni, au pied des sommets andins. Certes ce sont des randonnées assez courtes dans l’ensemble. Mais tout de même sur de hauts plateaux entre 3500 et 4000 m d’altitude, avec un jour une ascension du pied d’un volcan qui le mènera à peu de chose près à la hauteur du Mont Blanc. Il part apparemment sans inquiétude après, tout de même, avoir consulté, un cardiologue. Je suis assez admiratif de cette décontraction et de cette vitalité. De toute façon, je sais quand il me sort ses catalogues de voyagistes, en me disant avec son accent chantant et ses r qui roulent : « oh ça, ça me tente bien, ce voyage là, si je veux le faire, il ne faut pas que je traîne, c’est que je vieillis, je vieillis… » qu’une semaine après il me dira : « tiens, au fait, tu sais, je me suis inscrit ». Je me sens parfois, avec mes presque 30 ans de moins que lui, bien plus effarouché. En tout cas il donne la pêche, ce vieux monsieur, et me fais dire pour moi-même que même s’il est tard, il n’est pas trop tard…
Ecrit le 22 Juillet :
Le temps est devenu
magnifique, la température monte peu à peu, l’ambiance devient plus franchement
estivale, l’eau se réchauffe, rendant le bain plus agréable (mais c’est aussi
sans doute que je m’accoutume à la fraîcheur).
Nous avons fait hier une
longue promenade dans les bois au bord de l’estuaire. Le slogan qu’arbore la
plaquette de présentation touristique du coin n’est pas usurpé : « Le
pays de la mer dans les bois ». Ensuite nous avons accompagné la maman de
Constance au train à Quimper. Nous nous retrouvons seuls quelques jours ce qui,
je l’espère, devrait être bénéfique. Puis débarqueront ma belle sœur et son
fiston et nos deux garçons un peu plus tard.
Papa à l’heure qu’il est,
après avoir survolé l’Atlantique, doit être au-dessus des Andes, entre Caracas
et La Paz. Le fiston a reçu son classement de concours, il n’a pas de certitude
mais est suffisamment bien classé pour espérer l’agro Paris, sinon celle de
Montpellier, en tout cas le spectre de repiquer une année de prépa est
définitivement écarté.
Avec tout ça, je me sens entré dans mes vacances finalement, bien plus que les jours précédents. Non que mes pensées parasites m’aient abandonnées. Heureusement non, j’y tiens à mes chères pensées parasites ! Mais elles ont trouvé leur place plus harmonieusement au milieu du reste, elles se coulent plus paisiblement dans le quotidien des jours, enfin dans le quotidien d’aujourd'hui …
Lézarder...enfin rien qu'un peu...
Je suis dans un sacré tunnel
de boulot en ce moment. J’entre dans une semaine très chargée au bureau et
comme par un fait exprès c’est aussi cette semaine qu’interviennent diverses
échéances prenantes liées à mes activités associatives.
Ce week-end je suis revenu à
la maison avec des dossiers de travail du bureau, ce qui, je dois l’avouer, est
plutôt rare. Week-end très studieux donc. Au point même de rester à l’écart de
ma blogosphère : je ne me suis pas connecté à internet pendant plus d’une
journée, un week-end en étant à Paris, travaillant sur mon ordinateur, donc à
portée de clic, c’est vraiment un record ! Ni tournée de mes blogamis, ni
coup d’œil à mon propre blog pour voir si des commentaires y avaient été déposés,
ni même vérification de mes mails arrivés ! Ce n’est pas plus mal. Ça fait
du bien de temps en temps de laisser internet à l’écart, de le faire de sa
propre volonté et pas seulement parce qu’on a un méchant bug ou parce qu’on est
au loin, à distance de toute connexion. L’addiction me menace souvent, alors je
suis content parfois de ne pas lui céder.
Donc hier, après plusieurs
heures occupées à bosser et comme le temps s’y prêtait, qu’après la grisaille
matinale le soleil enfin semblait vouloir percer, plutôt que de me connecter je
suis parti pieds et jambes par les rues de Paris…
Il y avait dans mon quartier
l’opération « Lézards de la Bièvre ». Il s’agit d’une journée portes
ouvertes d’artistes travaillant ou habitant dans le quartier. Il sont très
nombreux finalement avec quantité de styles et de pratiques très différentes,
de bonnes choses et de beaucoup moins bonnes mais c’est chouette en tout cas de
voir cette créativité. Cette initiative est promue notamment par l’association
qui souhaite que soit remis à ciel ouvert dans certains endroits de Paris et
de banlieue la Bièvre, cette petite rivière actuellement couverte, venue des
coteaux du sud ouest parisiens et qui serpente jusqu’à la Seine en traversant
le 13° et le 5°arrondissement. C’est autour d’elle que s’étaient développées
nombre d’activités artisanales du vieux Paris et notamment les activités de
teinture et de tannerie autour des Gobelins. Inutile de dire que son cours
avait fini en cloaque et que sa couverture était apparue comme mesure de
salubrité et d’hygiène publique.
Outre la rencontre avec des
œuvres et des artistes, il y a un vrai plaisir à découvrir des aspects du
quartier que l’on ne connaît pas : accès à des cours habituellement
fermées, traversées de jardins insoupçonnés, montées dans les étages parfois
élevés et coups d’œil inhabituels sur les toits de Paris, découvertes
d’appartements à peine bouleversés par l’installation des œuvres, présence
devinée de la vie quotidienne. C’est ce petit plus qui individualise et fait se
sentir plus proche des artistes, c’est tout ce que n’offrent pas les lieux
classiques d’exposition ou les galeries.
Au fond j’ai trouvé à cette
déambulation quelque chose du zapping sur internet : avec son charme et
aussi ses limites, celle de la multiplication des sollicitations et de
l’impossibilité d’aller au fond des choses, d’être une fois encore dans la
dispersion : petite lucarne ouverte sur un bout de vie, croisement d’un
talent peut-être, qu’on aperçoit sans approfondir, échange bref de quelques
mots avec l’hôte et passage au suivant…
Je me suis promené en
solitaire. J’aime bien en général les promenades en solitaire, surtout dans des
situations comme celles-ci où prédomine sur tout itinéraire préprogramé, le
musardage de hasard, la marche à l’impulsion. Seul, je me sens libre de régler
ma direction et mon pas exactement au rythme que je le souhaite. Mais là ce
n’était pas le cas pourtant. J’aurais eu besoin d’échanger il me semble sur ce
que je voyais, si varié, de sortir des quelques mots formels échangés avec
l’artiste, des mots que je me suis efforcés de faire toujours assez
appréciatifs même si au fond de moi j’étais beaucoup plus réservé. Mais
peut-être y avait-il d’autres raisons à ce sentiment : l’envie simple
d’être deux, un goût d’une présence de l’autre, que des amitiés nouvelles, ici
et là, réactivent…
Ce soir en sortant du bureau
il faisait beau et chaud. Enfin. Une vraie bonne chaleur qui sent l’été, sans
être en rien étouffante, et qui autorise ce plaisir de rentrer avec la chemise
ouverte et la veste sur le bras puis celui en arrivant à la maison de
s’installer sur la terrasse pour lire le journal, au pied de mon petit buisson
de jasmin en pleine floraison, ses fleurs entremêlées à celles finissantes du
chèvrefeuille…
Ouf, dernière ligne droite de boulot intense, et au-delà ça sent un peu la fin de l’année, l’approche des vacances. Bon je sais c’est un peu triste de penser son année dans la perspective des vacances, ça dit des choses pas très gaies du rapport que l’on a à son métier. J’en suis là, c’est dommage mais bon c’est ainsi. Mes vacances sont dans un mois, il n’empêche je les sens venir malgré le coup de chauffe du moment et ça m’a fait du bien cette impression, ça m’a fait me sentir guilleret, tout à l’heure en sortant du bureau…
En Mai, fais ce qu'il te plaît
Je ne bouge pas de Paris ce
week-end malgré mes envies de verdure, de grande marche dans la nature. De
toute façon je travaille demain matin et puis Bilbo planche toute la journée,
la grosse épreuve des ENS, six heures d’affilée, bon courage, p’tit gars.
Mais je ne peux pas me
plaindre. Je me suis installé sur ma terrasse, je bouquine dans le soir qui
tombe et j’ai sorti mon ordinateur aussi. Il fait bon. Il fait calme. Tous nos
voisins dans notre petite copropriété sont partis. Quelques chants d’oiseau, deux
chants très différents, l’un qui est plutôt pépiements, l’autre roulades, mais
je suis incapable de savoir à quelles espèces ils appartiennent.
J’ai interrompu ma lecture
et me suis mis à écrire parce que j’avais envie de retenir l’instant.
Enfin le retenir ! Je
sais bien que c’est vain. Disons le conscientiser un peu plus.
L’heure tourne d’ailleurs.
Un soupçon de vent s’est levé. La nuit commence à tomber. Je mets un pull over
léger. Deux trompettistes passent dans la rue et jouent l’aubade sur la place…
Je voulais évoquer cet après
midi aussi…
Longue promenade à vélo dans
le sud de Paris et en bord de Seine. Puis déambulation à pied et photos dans le
parc André Citroën où je n’étais pas revenu depuis assez longtemps. J’aime bien
ce parc. Un peu comme celui de Bercy, il est caractérisé, outre par sa grande
pelouse au milieu de laquelle trône l’aérostat qui permet de s’élever au-dessus
de Paris, par quantité de micros jardins aux styles et aux aspects totalement
différents permettant de changer d’ambiance en quelques pas, permettant de
choisir le lieu où se poser, pique-niquer, bouquiner ou se câliner…
Depuis une petite terrasse
d’où je photographie des fleurs et des perspectives, j’aperçois en contrebas un
couple allongé sur un banc. La fille qui porte un seyant maillot de bain noir
est allongée sur le dos, sur son compagnon. Les bras de l’homme reposent sur le
buste de la jeune femme, il lui caresse doucement les flancs et les seins. Elle
est immobile, enfin presque, elle remue le bassin très légèrement et on devine
bien à quel ferme et agréable contact son postérieur s’échauffe. Il n’y a nulle
provocation, nulle vulgarité, nul exhibitionnisme. Le mouvement est à peine
perceptible, sans doute faut-il un œil musard, aiguisé et quelque peu voyeur comme
le mien pour le repérer. Un instant j’ai la tentation de faire une photo. La
fille m’a repéré il me semble et me suit des yeux. Je n’ose pas tourner mon
objectif vers elle et m’éloigne. Qui sait, peut-être en aurais-je accru son
plaisir !
Sur l’esplanade il y a les jets d’eau qui se déclenchent par intermittence. Il y a beaucoup de monde tout autour, dans une ambiance bord de plage. Ça chahute ferme, les gamins vont s’asperger sous les jets et pas que les gamins d’ailleurs. J’aurais eu un maillot je crois bien que j’y serais allé aussi. Il y a ce panneau aussi qui m’amuse tant il n’est pas respecté. Il a manifestement non la fonction d’interdire vraiment mais celle de dédouaner la municipalité en cas d’accident. La foule nargue le panneau. Tout fout le camp ma bonne dame ! Ah mais n’oublions pas, c’est le joli mois de mai, interdit d’interdire, en mai fait ce qu’il te plait…
...et dimanche, promeneurs des villes
Après le promeneur des champs
voici le promeneur des villes.
Et même le promeneur de
proximité, je me suis contenté hier d’une longue promenade musarde à portée de
pied de chez moi.
On croit tout connaître d’un
quartier mais on y fait encore des découvertes...
Je me suis retrouvé derrière les Gobelins, dans cette petite ruelle courbe sur laquelle donne le château de la Dame Blanche qui a été luxueusement rénové ces dernières années après être resté longtemps en semi abandon et transformé en appartements haut de gamme. En face il reste un terrain vague. Oui, un terrain vague en plein Paris. Je ne sais de qui ou de quoi il dépend et ce qui explique cet immobilisme. Il y a une palissade et à l’intérieur des arbres fous, des buissons enchevêtrés. C’est plutôt rare désormais à Paris un espace comme celui-ci alors que quand j’étais petit garçon il y en avait encore des quantités surtout dans des quartiers périphériques comme le 20° où j’habitais avec mes parents. J’en ai quelques vagues images mentales. Mais aucune photo bien sûr. Á l’époque on photographiait moins et surtout il ne serait pas venu à l’idée de photographier des espaces de ce type, perçus comme des verrues inesthétiques, des survivances à éliminer. Alors, parce que je me dis que cet espace n’en a peut-être pour plus très longtemps (quoiqu’il n’y ait aucune trace, aucun signe avant-coureur d’un changement) je l’ai photographié, un peu difficilement malheureusement à cause de la palissade, il faudrait monter dans les étages de l’immeuble en face pour le voir vraiment. C’est un de mes fantasmes de voir les lieux tels qu’ils ont pu être à diverses époques (ah le voyage de Mortimer dans la machine à remonter le temps !). J’avais particulièrement apprécié pour ça le beau récit de Bober, Berg et Beck qui évoque une rue où je passe très souvent, dont je connais chaque maison.
Il y avait aussi un joli MissTic récent sur un mur par là, pas encore attaqué par des taggeurs hostiles comme ça arrive maintenant trop souvent.
Ensuite je me suis dirigé
vers la rue d’Alésia et suis passé sur mon chemin devant l’Hôpital Saint Anne.
Je me suis arrêté rue Cabanis devant le plancher de Jeannot. Jeannot était un
jeune paysan qui avait sculpté au couteau sur le plancher de sa ferme pendant
des années les textes que lui dictaient son délire de persécution. Cette trace
spectaculaire et émouvante a été récupérée par une fondation et installée ici
comme un témoignage sur la grande souffrance psychique et hommage à celui qui
l’a subie.
Et j’ai réalisé que je n’avais jamais traversé cet hôpital alors que je crois tout connaître de mon triangle d’or parisien que j’ai arpenté quasiment toute ma vie, entre 5°,13° et 14°. J’ai donc traversé. Ça vaut la peine. L’intérieur du centre hospitalier est comme une petite ville, avec des pavillons de différents styles plus ou moins fermés et avec de beaux jardins, très fleuris. Les rues, les places, les jardins portent les noms de créateurs qui n’ont pas été pas été choisis au hasard, certains peut-être ont été pensionnaires ici, en tout cas ils font partie de ces voyants qui ont eu tous peu ou prou des difficultés avec la raison commune, de Nerval à Camille Claudel, d’Antonin Artaud à Edgar Poe. Je me suis arrêté près de cette statue, cette femme immobilisée dans son mouvement d’envol, comme jaillissant d’un superbe parterre de fleurs.
Puis j’ai été faire quelques photos du géant Isauré à l’école de la rue de la Tombe Issoire. Les enfants de cette école maternelle ont travaillé pendant deux ans sur un projet pédagogique autour de ce personnage de conte. Puis une sculptrice est intervenue et avec l’appui et le financement de la mairie de l’arrondissement a construit et installé ce géant au doux sourire qui domine désormais pour quelques mois le carrefour.
Je suis passé dans les
ruelles de ce petit quartier étrange, surélevé, coincé contre le réservoir de
Montsouris et dont les rues en impasse d’un côté se terminent par des escaliers
qui donnent sur l’avenue René Coty. Passage Seurat une gigantesque glycine, à
l’odeur forte et sucrée, embaumait.
Je suis arrivé au parc
Montsouris. J’ai cru de loin, tant les pelouses étaient noires de monde, qu’il
y avait un meeting !
Il y avait la queue au
stand, sous l’espèce d’une voiture ancienne, de la ferme de la métairie, on y
vend des glaces bio et aussi de l’eau de source, 2€ la mini-bouteille, j’ai
beau avoir une sensibilité écolo, ça me fait un peu rigoler ce genre de
snobisme.
Promenade encore dans le
parc, tandis que changeait le temps, ciel soudain assombri, orage menaçant mais
qui finalement n’est pas venu.
Printemps partout : les
gens qui bouquinent adossés aux arbres ; la concentration des portables
autour de la zone wifi ; les poussettes en goguette ; les jeunes
femmes en robe légère et bras nus qui sont belles ; les amoureux qui se
sourient et s’embrassent...
Mais aussi, une vieille femme
seule sur son banc, au regard plongé dans le vide et incommensurablement
triste...
Et puis encore : ce jeune couple poussant une voiture d’infirme avec une petite fille au corps immobile, aux membres contorsionnés, elle bouge la tête seulement, elle a de beaux grands yeux noirs très mobiles. Ça serre le cœur très fort soudain et ça fait relativiser tout le reste...
Photos cliquables pour les agrandir
Samedi, promeneur des champs...
Hier nous avons profité du
beau temps pour aller à Fontainebleau. Typique du parisien ça, la course vers
le brin d’herbe dès que reviennent les beaux jours !
Le massif de Fontainebleau est très différent des autres forêts d’Île de France. C’est un ensemble très varié, plein de surprises, avec ses terrains changeants, ses monts et ses plaines, avec ses platières couvertes de bruyère, avec ses blocs de grès où se pratique l’escalade, avec ses étendues sableuses. Se croirait-on ici à cinquante kilomètres de Paris ?
Nous avons pas mal crapahuté
dans le secteur, empruntant une (petite) partie du circuit des 25 bosses,
histoire de se mettre un peu de dénivelée dans les jambes. Nous avons
pique-niqué sur le rebord d’une haute platière. La végétation n’est pas encore
très avancée mais le soleil vaillant, permettant un bref moment de sieste après
le pique-nique sur une dalle bien exposée, nous emmenait loin, dans une
ambiance déjà estivale...
Dans l’après-midi nous avons
été visiter le parc et le château de Courances. C’est un ensemble très imposant
pour une propriété privée. Le lieu est encore habité de façon permanente par la
famille propriétaire des lieux et il n’est ouvert que très parcimonieusement au
public, certaines après-midi. Le parc est immense, plutôt sobre, mais avec de
très belles perspectives, des beaux arbres, de vastes pelouses, de nombreux
bassins. Il est superbe surtout en cette saison où éclatent et se mêlent les
différentes nuances des verts printaniers. Une des particularités de ce parc en
effet est qu’il comporte peu d’allées de terre ou de gravier, ce qui renforce
encore la prévalence du vert, on marche directement sur les pelouses qu’animent
seulement les tâches blanches des pâquerettes, parler de tapis vert ici n’est
pas usurpé. Comme aussi de miroir d'eau, car les bassins très lisses et à l'eau très claire reflètent avec bonheur les arbres qui les dominent ou le passant qui s'approche.
Le contraste est total entre
cette végétation canalisée, ces hautes allées de platanes, ces alignements de
buis, ces perspectives tirées au cordeau et celle, pleine de liberté, dans
laquelle nous étions le matin. Je n’en place pas une au-dessus de l’autre.
C’est proprement incomparable, on n’est pas dans le même registre. Mais il est
plaisant de baigner dans le temps bref d’un seul jour, à la fois dans la
végétation ordonnée et sublimée par l’homme créateur de jardins et dans le désordre
et la liberté de la nature laissée à elle-même (enfin, très partiellement, la
forêt est entretenue et aménagée !).
La visite du château est
limitée à quelques pièces mais même celles-ci sont investies de la présence des
gens qui habitent ici : voici une chaîne stéréo par exemple dans la salle
de billard, des photos de famille récentes à côté des tableaux d’époque. Il n’y
a pas de doute que ça confère un petit charme supplémentaire de sentir cette
présence d’habitants et de savoir qu’une fois la visite achevée le châtelain
viendra peut-être faire sa partie de billard. Ça fait vaguement rêver à des
modes de vie qui ne sont pas les nôtres, même si on les juge archaïques et
inadaptés.
Nous avons passé une longue et bonne journée. Moments précieux ! Etais-je tout à fait et tout le temps présent au moment vécu comme j’aurais dû l’être ? Je crains que non, requis par d’autres pensées. Marchions nous ensemble ? Je ne sais pas. Nous marchions côte à côte en tout cas et c’était déjà ça…
Images cliquables pour les agrandir, as usual...
Sur les pentes bulgares
Donc voici mes notes bulgares regroupées et remises en forme
Noté le dimanche 02
mars :
Hier donc voyage sans
histoire jusqu’à Sofia. Sans histoire pour nous. D’autres membres du groupe
venant de province et transitant par l’Allemagne ont été considérablement
retardés par une tempête très violente empêchant leur décollage de Munich. Du
coup nous ne rejoignons pas la montagne tout de suite comme prévu et allons
faire un tour à Sofia. Le ciel est gris ce qui contribue à donner un aspect
assez triste à un centre ville vieillot, avec ses grosses bâtisses souvent mal
entretenues, ses grands parcs peu jardinés, sa faible circulation automobile.
Ça sent encore l’autre Europe, l’Europe de l’est d’avant. Nous visitons la
cathédrale Alexandre Nevski, une pâtisserie début 20° siècle, que couronne des
coupoles dorées. L’intérieur est sombre, les fresques qui recouvrent la
totalité des murs sont peu visibles, la visite cependant, sous la conduite de
notre guide, n’est pas inintéressante, elle est l’occasion d’un petit cours
d’histoire bulgare qui nous permet de mieux nous situer.
Après avoir récupéré nos
troupes manquantes nous rejoignons à la nuit tombante le village de Govedartsi
au pied du massif du Rila. Il fait anormalement doux pour la saison, c’est la
fonte des neiges, ruelles boueuses, maisons tristes et sans cachet, temps
menaçant, hum, ce n’est pas vraiment engageant. Mais le petit hôtel qui nous
accueille est chaleureux et le repas qui nous attend très agréable, crudités,
soupe savoureuse, porc lentement mitonné avec ses légumes dans une cassole de
céramique, cuisine simple et de bon aloi.
C’est le 1° mars. Nous nous
faisons offrir des martinitsa, ces petits bracelets de coton que l’on échange
en Bulgarie à l’occasion de cette fête, qui s’inscrit dans une vieille
tradition païenne qui marque le fin de la période la plus froide et l’attente
des prémices.
Le lendemain matin beau
soleil. Le village a tout de suite un air plus sympathique. Nous partons à pied
de l’hôtel et marchons jusqu’aux premières pentes où nous chaussons nos
raquettes. Nous démarrons la montée dans la forêt. Ça va un peu vite. La
majorité des gens du groupe, quoique pas très jeunes, sont manifestement assez
sportifs et ont un sacré entraînement. Je rame un peu. Je médite en montant sur
ce fait que désormais j’aime mieux la ballade que la randonnée, j’ai besoin
d’une part contemplative, une contemplation que je ne conçois pas seulement au
sommet vers les paysages à mes pieds, mais à tout moment où l’envie m’en prend,
pour choisir le cadrage d’une photo ou pour m’arrêter à l’écoute attentive d’un
chant d’oiseau. Constance a encore plus de difficultés. Elle avait mal au dos
depuis hier et a pris un calmant qui manifestement lui coupe les jambes. Elle
arrive au refuge épuisée et y restera s’y reposer tandis que nous poursuivons
notre marche jusqu’à une première crête d’où nous avons vue sur les sommets de
la chaîne du Rila et plus loin vers le Mont Vitosha qui domine Sofia ou, de
l’autre côté, sur la chaîne du Balkan. Nous pique-niquons au soleil devant le
refuge puis entamons la descente pleine pente en suivant une piste de ski où
n’évoluent que de très rares skieurs quoiqu’on soit dimanche. La descente en
raquette de 700m de dénivelée ce n’est pas évident, la glisse sur des skis
ç’aurait été quand même plus agréable mais bon…
J’ai eu globalement grand
plaisir à la journée même si c’était un peu violent pour nos corps citadins et
insuffisamment entraînés. Et c’était de toute façon sérieusement nettoyant du
corps et de la tête ce qui est bien l’un des objectifs de ce genre de voyage.
Constance s’est sentie mieux en fin de journée. Après un bref repos nous allons même faire un petit tour au village, profitant des derniers rayons du soleil. Nous avons mis des chaussures plus légères, rien que ça c’est un repos après les grosses chaussures de montagne portées toute la journée. Le village est pauvre, mélange de quelques vieilles maisons traditionnelles en torchis souvent menaçant ruine, de maisons de briques non revêtues et de blocs de ciments inesthétiques. Le paysage souffre aussi sûrement de la saison, après la fonte des neiges, avant que rien encore n’aie reverdi. Il y a pas mal de treilles autour des maisons qui j’imagine doivent améliorer l’aspect de l’endroit lorsqu’elles sont en feuilles. Beaucoup de vieilles personnes par les chemins, vieilles femmes courbées dans leurs robes de laine avec leur fichu sur la tête, conformes à l’idée que l’on peut avoir de la babouchka slave. Elles nous adressent des sourires et nous échangeons beaucoup de « dobre dien ». Cette petite promenade lente qui nous mène jusqu’au centre du bourg, son église perchée sur une butte un peu à l’écart, sa place assez spacieuse au carrefour des routes où s’arrête le bus, ses quelques petites boutiques genre bazar et café, son bâtiment de style néo-soviétique avec la salle municipale et le « kino », c’est un vrai et reposant plaisir.
Au loin le Mont Vitosha
Dernière neige au village
Noté le mercredi 5 mars au
matin :
Nous nous apprêtons à
quitter le petit hôtel où nous avons été hébergés ces quelques jours pour aller
dormir la nuit prochaine en refuge. Le ciel que j’aperçois par la fenêtre
tandis que j’écris profitant d’un réveil très matinal semble couvert comme
annoncé, le temps est en train de changer après deux journées splendides, sans
nuages et exceptionnellement chaudes pour la saison.
Le premier jour nous sommes
montés vers le Mont Malovitsa. Nous suivons d’abord un très agréable vallon au
sommet duquel se tient le refuge. Constance est toujours très fatiguée et suis
laborieusement. Moi-même je ne suis pas très flambard. Une centaine de mètres
au-dessus du refuge et avant d’attaquer les pentes raides, Constance n’en peut
plus et renonce et je reste avec elle, à la fois pour ne pas la laisser seule
et parce que je me sens moi-même limite pour l’ascension. Nous profitons un bon
moment du replat au fond du cirque d’où le paysage déjà est très beau,
regardons notre troupe grimper et disparaître derrière les barres rocheuses
puis nous redescendons tranquillement vers le refuge où il est convenu que nous
les attendions. Nous profitons du soleil, du repos. La groupe a atteint le
sommet en effet d’où la vue paraît-il était superbe, plongeant en particulier
directement sur le monastère de Rila, 1600 m plus bas. Vague petit regret de ma
part de n’y avoir pas été aussi.
Le lendemain, hier donc, le
minibus nous mène à la station de Borovets, où nous prenons un télécabine
jusqu’en haut de la station. De là nous allons au Mont Moussala, le point
culminant du massif et de la Bulgarie, à un peu plus de 2900m. Nous commençons
par redescendre d’une bonne centaine de mètres le long des pistes de la station
puis obliquons pour grimper un long vallon vers le sommet. Là encore nous
peinons. Mais j’arrive à trouver le rythme qui me convient et finalement je me
sens plus à l’aise dans les parties très raides où chacun ne peut avancer qu’un
pied devant l’autre. Nous atteignons la cabane qui est au pied de l’arête
terminale. Je me sens cette fois bien plus à l’aise et regonflé. Une bonne
partie du groupe reste là mais je me lance avec quelques uns et sous la
conduite du guide dans la dernière partie plus aérienne et technique. L’arête
est d’abord rocheuse puis neigeuse, très pentue et assez vertigineuse mais avec
de bonnes marches taillées dans la neige et une main courante qui va jusqu’au
sommet. J’apprécie cette ambiance très montagne que je n’avais pas connue
depuis longtemps, dont même je n’étais pas certain que je la retrouverai
jamais. La montée se fait un peu en tension avec quelques regards plongeants
sur le vide. Nous sommes heureux de déboucher au sommet, une large et
confortable esplanade d’où nous dominons, point culminant oblige, l’ensemble
des montagnes avoisinantes et d’où nous apercevons les autres massifs bulgares.
La redescente,qui m’inquiétait quelque peu,se fait sans problème, le guide nous
encorde et nous assure sur la main courante. Mais le pique-nique lorsque nous
retrouvons le reste de la troupe à la cabane est sacrément bienvenu. La
redescente est longue puisqu’au retour nous redescendons à pied jusqu'à
Borovets, 1600m de dénivelée ça fait beaucoup, j’en ai plein les jambes et
Constance aussi mais nous ne sommes pas les seuls, à la différence des jours
précédents.
Le soir, après le dîner, nous avions convenu de faire venir à notre hôtel un petit groupe de musiciens d’un village voisin. Ils sont cinq, ce sont des messieurs d’un âge respectable, vêtus de leurs habits traditionnels, ils chantent et dansent dans les fêtes locales et pour les mariages, pour le coup ce n’est vraiment pas du folklore pour touristes. L’un d’eux a une belle voix puissante, les musiques elles-mêmes sont assez répétitives, de même que les pas de danse qu’ils tentent avec un succès modéré de nous apprendre. Mais ils ont la pêche ces braves papis, ils rayonnent à jouer et danser ensemble et à nous faire partager leur art.
Au pied du Malovitsa
Au pied du Moussala
A l'auberge, le soir, les papis chanteurs
Noté le jeudi 6 mars :
Le temps durant ces deux
journées a été plus médiocre mais sans bloquer néanmoins notre promenade. Hier
le bus nous a déposé au début d’une route forestière encore enneigée. Nous
l’avons suivie un long moment à pied dans la forêt jusqu’au refuge de Vada puis
avons continué à monter par des pentes plus raides mais toujours dans la forêt.
Le plafond s’est abaissé progressivement prenant peu à peu les sommets qui
disparaissent à notre vue mais sans que jamais nous ne soyons plongés dans le
brouillard. Nous pique-niquons au débouché de la forêt. La neige arrive sur
nous, une petite neige fine et légère. Il nous reste une heure de marche pour
rejoindre le refuge que nous apercevons sur une crête de l’autre côté d’une
combe. C’est une vaste bâtisse dans laquelle nous sommes quasi seuls. Il y a de
vastes espaces collectifs, des chambres individuelles, cela fait plus hôtel
d’altitude que refuge proprement dit mais hôtel passablement délabré. Sièges et
literies sont un peu défoncées, des fils électriques pendouillent, notre
chambre dispose d’une douche aux grosses tuyauteries rongées de rouille et qui
fuit abondamment lorsqu’on l’utilise. L’accueil est plutôt porte de prison. Ce
lieu aussi porte avec lui de forts relents de l’Europe de l’est d’avant, ramenant
à moi des réminiscences de voyages effectués lorsque j’étais adolescent.
Il a neigeoté un peu toute
la nuit, couvrant le paysage d’une très fine couche de poudreuse. Mais le
plafond s’est élevé à nouveau, nous décidons donc de faire la grande boucle prévue
dans ce secteur des sept lacs de Rila, nous nous enfonçons à partir du refuge
vers le fond du vallon, passant successivement devant des lacs dont nous
devinons seulement la forme, masqués qu’ils sont sous la glace et la neige.
Nous nous élevons sur une large croupe avant de piquer de nouveau vers le bas,
passant devant la cascade gelée de Shakavitsa puis devant le refuge du même nom
avant de rejoindre la route où nous retrouvons notre bus qui nous attendait.
Nous descendons dans la vallée, nous nous arrêtons un moment dans un village,
achetons à la boutique du coin quelques pâtisseries et yaourts. Nous nous
asseyons sur un petit muret au soleil doux de l’après-midi, nous avalons nos
yaourts comme nous pouvons en nous en mettant un peu partout car nous n’avons
pas de cuillère sous la main. C’est la fin de la part sportive du voyage, c’est
un moment chargé de tout le plaisir de l’effort accompli, du bonheur du repos
mérité et aussi déjà de la pointe de mélancolie qui s’attache à tout ce qui est
clos. On porte ensuite en soi longtemps ce genre de moments, comme des
récompenses…
Le bus repart. Nous contournons la montagne puis nous enfonçons à nouveau dans une vallée étroite, nous grimpons le long du torrent du Rila jusqu’à notre hôtel quelques kilomètres avant le monastère que nous visiterons demain…
En forêt vers les 7 lacs de Rila
Sous le nuage
Noté le samedi 8 mars :
J’écris dans l’avion qui
nous ramène de Sofia. Le temps est nuageux mais nous avons eu droit tout à
l’heure à un spectacle superbe, des hautes montagnes alpines à droite de
l’avion émergeant de la mer de nuages, je crois bien avoir reconnu le Cervin…
Hier nous avons donc été
visiter le monastère de Rila. C’est un lieu magnifique par son site isolé en
fond de vallée forestière où dominent les hêtraies et au pied des hautes
montagnes. Magnifique aussi par son architecture qui mêle harmonieusement la
pierre et le bois, par son ambiance très paisible surtout au début de notre
visite matinale où nous étions quasi seuls sur le site, par les décors et les
peintures murales superbes qui ornent l’église tant à l’extérieur qu’à
l’intérieur. Il n’y a pas un centimètre carré qui ne soit décoré jusqu’au
sommet de la coupole et certaines des nombreuses icônes du sanctuaire sont très
belles. C’est aussi un lieu d’une grande importance pour la spiritualité et
l’histoire bulgare. Le monastère héberge dans une des ses ailes un musée pas
très grand mais bien présenté et riche de pièces très intéressantes,
essentiellement religieuses mais aussi profanes évoquant les activités des
moines à travers le temps, notamment les activités d’éducation et de
préservation du patrimoine linguistique et culturel bulgare.
Après notre visite nous
montons jusqu’à l’ermitage du saint fondateur du monastère, lieu que l’on
atteint par une courte marche dans la forêt. Une petite chapelle a été
construite postérieurement à proximité de la grotte où vivait le saint. On
grimpe un peu au-dessus jusqu’à la fontaine qui l’abreuvait. A proximité
quantité de petits papiers portant les vœux des pèlerins sont glissés entre les
pierres. La forêt est encore assoupie, on sent qu’elle n’a perdu que depuis peu
son revêtement de neige, les hêtres sont nus encore mais au sol de petites
pousses se manifestent, on aperçoit quelques toutes premières fleurs minuscules
entre les feuilles roussies qui tapissent le sol, on entend les oiseaux
chanter, ce n’est pas le renouveau printanier mais il n’est pas loin, la fête
de la martinsta n’est pas passée pour rien.
Nous rejoignons Sofia en
deux heures de bus. Le trajet nous permet là encore de voir de nombreuses
friches industrielles, beaucoup de signes de pauvreté : le trajet est long
avant que d’autres activités aient vraiment pris le relais des anciennes usines
du temps soviétique même si l’on aperçoit aussi des signes manifestes de
renouveau. Autre point qui me frappe : il y a au bord des routes, même à
proximité des maisons et jusque dans les cours quantité de sacs plastiques, de
canettes, de bouteilles laissées à l’abandon. C’est un détail mais qui
contribue à l’impression générale. Dans le cœur des villes, propres au
contraire, apparaissent même des bacs de tri des déchets, mais dans l’ensemble
du pays il y a des progrès à faire sur ce terrain. Nous entrons dans Sofia en
traversant de longues banlieues le long d’une route mal entretenue et qui
devient manifestement sous calibrée par rapport à une circulation automobile
qui se densifie. Il y avait de l’embouteillage surtout dans le sens de la
sortie en ce début de week-end. Notre hôtel est une tour banale et sans charme
mais pas trop loin du centre. Son avantage est qu’on a une vue plongeante sur
la ville du 13° étage où nous sommes. Nous faisons un tour à la tombée de la
nuit passant dans les divers quartiers du centre, apercevant les principaux
monuments de Sofia, églises dont la typique église russe, bâtiments
administratifs souvent pompeux, ancien siège du parti communiste, grande avenue
Vitosha avec ses multiples commerces, parfois luxueux. Encore une bonne balade
finalement, nous en avons plein les pattes d’autant que le temps s’est
franchement gâté il y a un vent froid et il se met à pleuvoir. Nous sommes
heureux de rejoindre le restaurant où nous terminons la soirée, un vaste
établissement sur plusieurs étages, très rempli en ce vendredi soir, ambiance
assez typique, la cuisine se fait beaucoup au gril sur des cheminées au centre
des salles et bien sûr il y a des musiciens tziganes qui s’arrêtent à chaque
table et font chanter et même danser les gens.
Ce matin nous avions encore un peu de temps avant d’embarquer. Nous sommes partis faire un tour tous seuls Constance et moi, nous avons rejoints à nouveau le centre mais par des petites rues, prenant une vision plus quotidienne de la ville. Nous sommes entrés dans une église banale. Les églises sont assez fréquentées ici et par des gens de tous âges, des hommes autant que des femmes. Les gens entrent pour un bref moment, brûlent un cierge devant une icône ou un reliquaire, dans un recoin un pope lit un texte mezzo-voce qu’écoutent quelques ouailles groupées autour de lui, l’air est saturé des fumées des cierges et des encens, caractéristiques des églises d’orient. Moi qui ne suis pas un homme de foi je ne peux cependant manquer d’être frappé et apaisé par l’ambiance de ferveur qui règne ici où nous nous plaisons à rester un petit moment. Nous poursuivons tandis que le temps se lève de plus en plus. Il y a beaucoup de boutiques et d’étals de fleuristes un peu partout, très fréquentés, les hommes achètent des fleurs à l’occasion de la journée des femmes. Nous passons devant un marché aux livres d’occasion. Il y a du monde et de l’animation dans les rues, les gens ont l’air détendus, cette promenade nous donne ainsi une impression bien plus sympathique de la ville, nous sommes heureux de terminer notre voyage sur cette impression positive et attachante de la Bulgarie.
Monastère de Rila
(Toutes les photos sont cliquables)
Les deux faces de mon dimanche
Hier persistait sur Paris ce
beau temps froid et sec qui s’est installé dans la durée. Bon, je sais, il ne
pleut pas assez, on commence à parler de déficit pluviométrique et de nappes
phréatiques qui se renouvellent insuffisamment, mais ne boudons pas ce qui par
contre peut mener à notre plaisir de promeneur…
Et j’en ai bien profité hier
en effet.
Nous avons été marcher à
Fontainebleau. Cette forêt est un magnifique terrain de jeu, par sa variété,
les zones de grandes futaies, les bassins sableux, les platières surélevées,
les buttes dont certaines sont assez raides, les fameux rochers enfin, où, dans
un autre temps, nous nous entraînions à la varappe. On s’est contenté de
marcher cette fois-ci mais c’était une vraie marche de toute la journée, de
celles dont on rentre en sentant ses muscles. On est recru de bonne fatigue, on
sent que la machine a bien tourné, qu’elle s’est décrassée, mise en condition
aussi pour la semaine de raquettes qui nous attend début mars dans les neiges
balkaniques.
Il m’en faudrait plus des
journées comme celle-ci ! Elles me font le plus grand bien. Mais il faut
assumer ce qui va avec. S’obliger à se bousculer le dimanche matin, alors
qu’avoir une matinée pour prendre son temps c’est aussi très précieux, assumer
le temps de bagnole pour aller sur place et surtout le temps de retour
inévitablement marqué par des embouteillages, ce sas obligé qui nous fait
sentir à quel point, dans notre quotidien urbain, on est loin de la campagne et
de la nature.
Nos promenades virtuelles,
quels que soient leurs charmes, n’atteignent pas au bonheur du corps qui
simplement se meut dans l’harmonie.
Pourtant en rentrant je me
suis replongé dans les plaisirs des promenades internautiques. J’ai passé un
très agréable moment à faire défiler les signatures musicales posées par les
uns et les autres et qu’Ondine a organisé dans un véritable concert sur sa
terrasse musicale. Je m’y suis promené, basculant d’une ambiance à une autre,
retrouvant des morceaux très connus mais en découvrant d’autres aussi, devinant
derrière les musiques un petit peu de celles et ceux qui les ont déposés. J’ai
complété mon écoute à allant voir des blogs que pour beaucoup je ne connaissais
pas. Et j’ai aussi pas mal navigué en glissant de cercles en cercles à partir
de l’onde de tags qu’a également relayé Ondine. Certains de ces sites m’ont
accroché, d’autres moins, ce qui est normal. Certains me donneraient l’envie
d’aller y voir de plus près. Et je sais que je pourrai difficilement le faire.
C’est là la limite du plaisir et c’est là qu’il peut se muer en
frustration : on est devant des potentialités infinies mais le temps
manque. On ne fera qu’entrouvrir beaucoup de ces lucarnes, on les refermera
très vite non sans une pointe de regret.
Ondine est dans une phase
très active de mises en liens internautiques. C’est très sympathique et je me
réjouis de tout ce qu’elle fait, de tout ce qu’elle crée, de ces liens
merveilleux que l’on pourrait saisir, actualiser, faire sien. Mais il faut
savoir baliser le temps. Ondine l’a bien senti d’ailleurs, en évoquant au
travers d’une lumineuse promenade, cette sorte de « post-partum » à
laquelle elle s’est trouvée confrontée après son intense plongeon en
sociabilité internautique.
J’ai pu associer dans mon dimanche le plaisir tranquille de mon pas dans la forêt et le plaisir du voyage et des mises en lien par écran interposé sans qu’ils soient en concurrence, sans qu’ils n’entrent en collapsus temporel. L’un a su équilibrer l’autre et c’était bien.
(Les photos sont cliquables)



































