Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

05 septembre 2009

Mauvaise nuit

J’ai passé une sale nuit encombrée de mauvais rêves et de réveils intempestifs. Je n’ai pas basculé dans une insomnie classique avec franc réveil et incapacité à me rendormir. Non là je m’éveillais à peine, envahi d’anxiété, puis me rendormais pour me réveiller un peu plus tard. J’ai eu le sentiment d’une nuit hachée, avec de longs moments dans les limbes aussi entre veille et sommeil. Ce n’est pas mieux que de la franche insomnie face à laquelle je peux tenter de réagir en prenant un bouquin ou en essayant d’écrire, qui se révèle parfois riche et constructive. En tout cas au réveil matinal l’impression de fatigue n’était pas moindre.

Parmi quantité d’images qui ont surgi et dont pour beaucoup je ne me souviens pas, il y avait un examen à passer pour le lendemain, j’avais des auteurs à lire mais ne parvenais pas à m’y mettre vraiment, c’était un examen scolaire (le bac ?) mais j’étais pourtant dans ma peau d’adulte. Je me disais que je connaissais déjà un peu tout ça et puis que j’avais acquis à force d’habitude une certaine capacité à écrire, que je devrais être capable de présenter sans peine quelquechose d’acceptable à ce niveau mais cela ne suffisait pas à balayer mon anxiété de ne pas parvenir à plonger mon nez dans les bouquins.

Et puis, à un autre moment, il y avait Constance qui me disait que ça y était, qu’elle avait pris une disponibilité à son boulot, et qu’elle allait partir incessamment se ressourcer dans la verdure quelques mois chez notre amie dans les Landes. J’étais très surpris, je lui disais que c’était un peu brutal, qu’il allait falloir absorber cette baisse de revenu, que ce n’était pas évident surtout avec les frais qu’on allait avoir avec les travaux dans la maison brûlée. Elle me disait « mais si, mais si, tu savais bien que j’avais ce projet », et je répondais « oui, bien sûr, mais normalement c’était pour plus tard », et j’oscillais dans mon ressenti entre satisfaction de la liberté que j’imaginais à me retrouver seul quelque temps et l’inquiétude face à la soudaineté de la décision et à l’insécurité brutale, matérielle et affective qui me tombait dessus.

Je n’épilogue pas ! Il y a trop de pistes d’interprétation à ces rêves, dans plusieurs directions d’ailleurs et d’une presque trop grande clarté !

Mais au-delà du contenu des rêves, ceux-là et ceux que j’ai oubliés, le désagréable de la nuit c’était les bouffées d’anxiété qui m’oppressaient à chacun de mes réveils, une espèce de panique à la perspective de la journée à venir, la peur de l’ennui ou du manque d’appétence à tout ce qui s’offre, alors même que je sors d’un tunnel de boulot impressionnant toute la semaine dernière qui ne m’a pas laissé les temps de respiration qui me sont nécessaires.

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16 juin 2009

L'horreur, le matin...

Hier matin je me suis réveillé sur un des plus terribles cauchemars qu’il me soit arrivé de faire…

Je ne me suis pas réveillé en sursaut sur une image horrible, facile à décrire, facile à délimiter et plus facile du coup à renvoyer dans les limbes de la nuit. Non, je suis resté longuement dans une phase de demi sommeil, j’ai émergé petit à petit, il n’y a pas eu de cassure nette entre rêve et non rêve. J’étais là, sur mon lit, oppressé, en sueur, regardant le velux au-dessus de moi avant de commencer à me dire : ah, mais c’était un rêve. Il ne m’est même pas sorti ce ouf de soulagement que l’on prononce d’habitude lorsqu’on réalise que ce qu’on croyait vivre n’était qu’un mauvais rêve de la nuit.

Les évènements du cauchemar, ses images me sont inatteignables, j’ai eu l’impression d’un très long déroulé dont je n’ai gardé que le final. J’ai essayé au réveil de prendre mon carnet à côté de mon lit, de noter des choses pour tenter de remonter vers des éléments précis du rêve mais sans y parvenir. Et je me demandais d’ailleurs s’il fallait le faire, ou bien s’ébrouer, se lever, aller boire un verre d’eau, s’efforcer donc de le chasser plutôt que de le retrouver malgré la curiosité que j’en avais.

En très gros, il me semble que j’avais fait quelquechose d’horrible, tuer un enfant ou laisser tuer un enfant. Était-ce l’un des miens, ça je ne parviens plus à le savoir, mais c’est bien possible. J’étais dans une maison, effondré, j’entendais des gens, toutes sortes de gens, des proches comme des inconnus, parler de moi, sans que je les vois, sans qu’ils me voient, ils découvraient ce que j’avais fait, j’entendais leur stupéfaction devant un acte qui me ressemblait si peu, totalement à l’opposé de l’image qu’ils avaient de moi, je n’étais pas celui qu’on croyait, c’était comme Docteur Jekyll et Mister Hyde, ils découvraient dans mes actes mais aussi dans mon journal intime dont ils lisaient des pages des signes du trouble de ma personnalité qui avaient échappé à tous, à eux comme à moi, et moi j’étais là, prostré, immobile, entendant leur discours et découvrant moi-même avec horreur et en même temps qu’eux que je n’étais pas celui que je croyais.

Parmi ces gens qui étaient là, innombrables, il y avait aussi mon père il me semble et une femme surtout et qui était tantôt ma mère, tantôt ma femme et moi j’étais tantôt moi enfant et tantôt moi adulte (à moins que ce ne fut en même temps ?). Était-ce sous le regard de ma mère pour le moi enfant et sous le regard de ma femme pour le moi adulte ? C’est l’impression que j’ai, mais c’est sans doute trop simple, ça ressemble trop à une rationalisation du réveil.

J’étais dans une sorte de catalepsie, incapable de bouger, de parler, je ne faisais que subir ces défilements de parole, en pensant à la fois : il n’y a plus rien à faire, il n’y a plus qu’à se laisser mourir, et en même temps : il faudrait qu’ils fassent quelquechose, qu’ils fassent irruption, qu’ils cassent ce cocon dans lequel je suis paralysé, qu’ils aillent chercher des flics, qu’ils me confient à un psy, mais qu’ils me sortent de là, qu’ils me sortent de là, que s’arrête cette litanie qui n’en finit pas, que s’arrête cette douleur de ne pas cesser de découvrir ma propre horreur.

Je n’ai pas écrit cette note sur le moment ou peu après mon lever. J’aime le faire d’habitude, j’y prends un certain plaisir même si ce sont des rêves cauchemardeux, parce que la satisfaction de la découverte surpasse le désagrément de ce que je remue. Là c’était trop oppressant. J’ai juste noté quelques phrases et j’ai ressenti très vite que je ne parviendrai pas à tirer les fils, que c’était trop douloureux et qu’il valait mieux que je me lève. Ce n’est qu’aujourd'hui, mardi soir, le lendemain soir, que je le tente de fixer quelquechose de ce rêve mais sans bien sûr pouvoir en faire vraiment récit, l’essentiel m’en a échappé.

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02 février 2009

Restaurants

Je suis dans une ville lointaine quelque part en France, dans le midi, peut-être à Bordeaux. Je cherche une maison à acheter. Je ne sais plus si ma recherche a été positive, toujours est-il que je me retrouve avec un nombre indéterminé de personnes, sans visage, sans individualité reconnaissable mais avec lesquelles je sais que je dois reprendre le train vers Paris dans la soirée.

Nous cherchons un restaurant. Nous sommes au centre ville. Aucun de ceux devant lesquels nous nous arrêtons ne convient. Pour l’un c’est l’aspect que nous trouvons sinistre, pour un autre c’est le prix, menu banal de simple brasserie : « 78 € le menu! vraiment non, qu’est ce que c’est que ça, c’est bien plus cher qu’à Paris, c’est incroyable ! »

Nous décidons de remonter vers la gare. Là nous trouvons une grande brasserie presque vide avec un étage qui fait restaurant plus cossu. Nous montons à l’étage : on nous dit qu’il y a trois heures d’attente. On s’étonne. On nous répond : « ah mais c’est qu’il y a beaucoup de réservations, les gens vont arriver ». Même chose en bas. Mais là on nous parle de six heures d’attente ! Les serveuses nous répondent en ayant l’air d’être désolées mais tout en affichant des sourire niais qui nous donnent l’impression qu’elles se moquent franchement de nous. Les personnes qui sont avec moi disent : « d’accord on attend » et s’installent à une table avec une placidité qui m’exaspère. Moi je ne veux pas, je m’énerve, je bouillonne. Je dis : « nous allons rester assis des heures dans le train tout à l’heure, je ne veux pas passer en plus des heures scotché ici, c’est insupportable ». Une serveuse un peu plus compatissante me dit : « mais non le train ça va vite, votre voyage ne va pas durer des heures ». Je dis : « si car notre train a plein d’arrêts ». Je cite des villes selon un parcours pour le moins fantaisiste : Angoulême, Saintes, Limoges, Poitiers, Vierzon... Je discute pied à pied avec la serveuse sur l’ordre des gares. Je me rends compte que je me trompe et je m’en veux de mes erreurs. La serveuse me tourne le dos en disant : « de toute façon il y avait beaucoup plus rapide, vous vous êtes fait avoir en prenant votre billet ».

Je suis de plus en plus en colère. Je sors du restaurant et abandonne ma troupe. Je traîne dans les rues de la ville. ma valise derrière moi. Ma colère ne décroît pas, bien au contraire j’ai l’impression qu’elle me submerge de plus en plus. A un moment je m’arrête et pour me défouler je donne des coups de pied dans ma valise jusqu’à la faire éclater. Son contenu se répand sur le trottoir.

Là dessus je m’éveille…

Je voudrais vite noter les images qui me restent de ce rêve. J’allume. Je réalise qu’il est 8 heures, nous ne nous sommes pas réveillés. Là je ne suis plus dans le cauchemar mais dans la réalité tangible du retard ! J’ai oublié hier, fin de week-end, de rebrancher mon réveil et Constance manifestement aussi. On se lève précipitamment. La rue est presque vide, tout est amorti, il a neigé assez abondamment pendant la nuit. Peut-être est-ce aussi pour ça qu’on ne s’est pas réveillé, il y a un silence inhabituel dans la rue, la lumière qui perce dans la maison est plus chiche que d’habitude à la même heure sous cette aube très grise.

Je pars très vite. Le temps est sinistre. La neige se transforme en pluie. Au sol c’est une détestable gadoue puis de véritables mares dans lesquelles on patauge. Crispé sous mon parapluie, je rejoins à pas pressés mon bureau. Il fait un temps vraiment épouvantable. C’est comme si la météo s’acharnait à prolonger le cauchemar.

La matinée s’est avancée. J’ai fait ce que j’avais à faire mais étrangement et contrairement à l’habitude le souvenir du rêve ne s’est pas dissout. Du coup à l’heure du déjeuner j’ai pris un moment pour l’écrire. Je me doute bien que je reconstruis, rationalise, réorganise sans doute plus que je ne l’aurais fait dans l’instant du réveil, pourtant j’éprouve le besoin quand même de poser ces mots avant que le rêve ne se soit totalement effacé.

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22 novembre 2008

Un rêve, encore!

Encore un rêve accroché ce matin ! Celui-ci qui n’avait rien de plaisant dans son contenu m’a cependant fait rire et je ne résiste pas du coup à l’envie de le transcrire : mais bon sang où va-t-on chercher ça ?

On est dans une vaste demeure avec une immense terrasse dominant une plage et la mer. Une grande table est dressée autour de laquelle nous étions en réunion. Tout le monde est parti. Il ne reste plus que moi et… Sarkozy ! Il manifeste sa mauvaise humeur d’attendre car il va être temps de passer à table pour le déjeuner. Sarkozy pousse avec effort et une coléreuse énergie un gigantesque chariot de service sur lequel il y a des mets et des vins mais aussi des lois, des prêts bancaires, des engagements de l’état, toutes choses perçues dans le rêve lui-même comme immatérielles mais qui en même temps pèsent terriblement sur le chariot. Celui-ci, sous la poussée de Sarko prend de la vitesse et va heurter violemment la rambarde de la terrasse. Juste en dessous il y a une quantité de gens qui papotent, ce sont les participants à la réunion qui n’ont pas l’air de réaliser qu’ils sont attendus, des ministres, des députés, des importants en tout genre. Le chariot oscille en moment puis finalement se rétablit et reste sur la terrasse. Moi je me suis allongé sur le ventre, je fais quelques mouvements de yoga. Sarko s’approche de moi et critique vertement ma façon de prendre les postures. Là dessus on entend le Cavaliere qui claironne : « ah, ah, ah, je viens de créer un bac Berlusconi ».

Là dessus je me suis réveillé...

Pour prendre la radio et tomber sur un mini cauchemar farcesque : les résultats des élections au PS. Je ne me sentais d’aucun camp, trouvant les uns comme les autres aussi grotesquement empêtrés dans leurs egos et leurs manœuvres. Mais je ne me réjouis pas de ce résultat quasi indécidable qui ne peut qu’affaiblir catastrophiquement ce parti qui reste quoiqu’on en pense un élément décisif pour toute alternative crédible, la poursuite du happening ne peut que décourager les militants et détourner encore un peu plus les gens de la politique. Il y en a qui doivent bien se marrer. Pas moi.

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18 novembre 2008

Rêve de blogueur

Je me suis réveillé sur un rêve étrange l’autre jour. Je me souviens peu de mes rêves et c’est dommage. Car j’aime ça, cette petite lucarne sur l’étrange, j’essaie autant que je peux d’en arrêter au réveil les images fuyantes.

Celui ci m’a laissé une impression un peu désagréable, un peu pénible, sans qu’il n’y ait eu pourtant rien en lui de proprement cauchemardesque.

Nous étions réunis dans un grand appartement pour une rencontre de blogueurs. C’était la fin de la rencontre, une fin de week-end, il y avait eu une rencontre festive la veille dont ce qui m’est resté du rêve prenait la suite mais sans que j’ai aucun souvenir de cet avant (autant qu’on puisse parler d’avant et d’après dans un rêve).

Nous étions six ou sept, des hommes et une seule femme, ce n’était pas des personnes de mon blogomonde réel, sauf la femme, identifié à une blogueuse bien connue, sans qu’elle ait toutefois le tonus, la gaieté, la pétulance qui caractérisent cette personne dans la réalité. Nous étions là comme en attente, nous parlions mais les discussions étaient laborieuses, étirées.

L’amant de la femme était là aussi mais ils se tenaient loin l’un de l’autre, ne semblaient pas avoir de connivence particulière.

La femme a dit : « Il est temps que je m’en aille prendre mon train ».

Je dis comme soulagé : « Oui , profitons-en pour sortir, allons déjeuner ensemble puis attendre tous nos trains respectifs, sortons de cet appartement sinistre ». Mais les autres ne voulaient pas : « on est là, on reste » et moi-même finalement je me suis décidé à rester avec eux.

La femme en partant fait le tour des présents, nous échangeons des bises, elle et moi nous effleurons nos lèvres, elle dit, comme s’excusant : « Oups, j’ai cru que c’était mon amant ».

Des discussions continuent, de plus en plus alanguies. On se sent enfermé dans l’attente. Un type dit : « Il y avait un enterrement hier. Je n’ai pas pu y aller. C’est dommage. J’aime beaucoup les enterrements ».

Un autre type est patron d’une petite entreprise industrielle. Il dit que les temps changent. Il se positionne très à gauche. Je lui demande comment ça se passe avec les syndicats ou comment ça se passait au temps où il y en avait encore. Il a l’air de trouver ma question cocasse, absurde. « Mais ça se passait très bien, il n’y avait jamais de problèmes. Pourquoi y en aurait-il eu ?».

On parle de nos liens de blogs. On les confronte. Quelqu’un évoque parmi ceux qui lui sont proches celui d’un blogueur qui est un scientifique anglais qui connaît mon fils, ça me semble étrange, gênant, qu’il y ait ce lien explicitement fait entre ma vie de blog et ma vie réelle.

Je me suis éveillé là-dessus avec une sensation de pesanteur, de malaise, avec l’impression d’être englué dans quelquechose dont je ne parvenais pas, dont je ne parviendrais pas à sortir.

Ce rêve en réalité date déjà d’il y a quelques jours. Je l’avais noté sur une feuille au réveil. En le relisant je n’en retrouve presque rien. Il n’y a plus vraiment présence du rêve à ma conscience, plus de présence des images, plus de présence de l’ambiance. La relecture du récit ne me ramène rien, aucun affect en tout cas. Je ne fais que lire un texte d’un oeil froid, un texte qui m’apparaît sans grand intérêt, même pour moi. Alors j’imagine pour autrui. C’est pourquoi la relecture des rêves, même des siens, est le plus souvent décevante, pour ne pas dire ennuyeuse. J’en ai souvent fait l’expérience en en relisant certains, consignés parfois depuis plusieurs années.

Tout de même je m’efforce de les attraper. L’idée que leur matière se perde complètement m’est pénible. C’est ce qui serait arrivé avec celui-ci si je n’étais pas retombé sur cette feuille volante où je l’avais noté au réveil et si je ne m’étais décidé à en figer la trace en en faisant la matière de ce billet.

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09 octobre 2008

Un spectre

Un rêve cette nuit, un rêve dont je me souviens, c’est si rare.

Pas franchement gai comme rêve…

Un rêve bref, coup de poing, un rêve comme une lame...

Je suis à la maison au salon, je discute avec quelqu’un, un homme il me semble, une discussion de choses et d’autres, sans enjeu, dans un climat paisible, qui ne laisse en rien présager de ce qui va suivre.

Soudain j’entends un cri violent, déchirant. Le cri de quelqu’un qui tombe, se fait mal, se blesse. Je crois reconnaître la voix de Constance. Je me précipite. J’entre dans un long couloir à la lumière blanche qui n’a plus rien à voir avec ma maison. Au loin je vois s’avancer vers moi, une personne qui semble inerte, elle n’avance que parce qu’elle est portée par deux hommes qui la tiennent, chacun sous une épaule, ses jambes à peine touchent terre. Constance ? Non, c’est ma mère, avec son visage des derniers temps, blafard, émacié, mais terriblement présent.

C’est un spectre surgi d’entre les morts…

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11 mai 2007

Enfui!

Confusion totale de mon esprit dans le trouble de l’éveil.

Des mots me viennent pour dire cette confusion et flottent en moi. Autant les écrire. J’allume, je prends mon carnet à côté de mon lit.

Déjà ça change. Vite, j’essaie de les retenir ces mots car déjà ils me fuient.

Il y a le fiston qui me dit : « Tu écris un journal intime » sans que je sache vraiment à son intonation si c’est une interrogation ou une affirmation. En tout cas je ne nie pas, je ne confirme pas. Je fais comme si je n’avais rien entendu. En même temps je réfléchis. Ou et quand a-t-il pu le lire ? Il n’est pas question d’internet mais plutôt de cahiers. Mais sur quelles pages a-t-il pu tomber ? Des pages récentes ? Celle où je parle de sa mère dans des termes pas forcément amènes ? Celle où j’évoque une certaine soirée qui doit avoir lieu bientôt ?

Mais, rien à faire, l’essentiel s’est effacé. Je sais maintenant que le fiston ne m’a pas dit : « Tu écris un journal intime ». Je ne suis plus dans cette situation où « je ne savais pas si j’étais un philosophe chinois rêvant qu’il est un papillon ou un papillon rêvant qu’il est un philosophe chinois », cette situation d’entre-deux qui m’avait semblé durer longtemps pourtant et où j’échafaudais. Il y avait une forêt de pensées. Mais à vouloir coucher les mots, je les ai perdus et j’ai perdu les pensées et j’ai perdu les images d’où je les échafaudais et qui pourtant étaient pléthore. Il ne me reste rien…

Décidément après un ricochet vide, un rêve et ses alentours qui s’en est allé…

Y a-t-il quelque chose que je cherche à me cacher à moi-même ?

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03 janvier 2007

Rêve doux

Je ne me souviens pas du rêve, pas des péripéties qui ont mené aux dernières images mais celles-ci par contre sont très prégnantes, pénétrantes comme disait le poète.

Il me semble que nous étions au sortir d’une situation historique difficile, après des moments tragiques, des gens se retrouvaient et c’était la paix mais une paix marquée encore de souvenirs d’horreur. (Hier soir nous avons regardé le dvd du Pianiste de Polanski, ceci explique peut-être cela). Nous étions nombreux autour d’une table. J’avais à côté de moi une jeune femme brune très belle. Elle avait son ami à côté d’elle. Elle lui tenait la main, la sentait, la caressait, l’embrassait. Mais elle tenait ma main aussi, la sentait, la caressait, l’embrassait. Elle disait en nous souriant à l’un et à l’autre : « Vous avez des odeurs douces ». J’avais le sentiment qu’elle était en train de devenir mon amie, qu’elle s’apprêtait, comme on dit, « à se donner à moi ». Toute la scène était baignée d’une extrême paix, d’une extrême douceur, d’une extrême tendresse. Il y avait un tel accueil dans son regard !

Le temps avançait et en même temps était suspendu. Nous allions « accomplir » mais rien ne pressait. Je me suis éveillé sur ce suspens, pas comme c’est le cas habituellement dans les rêves sexuels au pic de l’action, et c’était très doux.

J’ai encore dans l’oreille ces « odeurs douces » et dans la mémoire ce regard tendre.

Ce n’était qu’un rêve. Mais bienvenu après pas mal de moments un peu difficiles vécus ces derniers jours. Il faut chouchouter les rêves. Il m’a permis mine de rien de démarrer ma journée réelle dans un climat plus agréable, plus tonique…


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20 octobre 2006

Fin de nuit

Quand viennent des insomnies de demi-nuit, souvent le sommeil me rattrape peu de temps avant l’heure où je dois me lever, un sommeil parfois profond dont j’ai du mal à m’éveiller ensuite, parfois haché au contraire, successions d’assoupissements et de réveils, de moments étranges d’entre deux où l’on ne sait  trop si on est dans le rêve ou dans l’éveil.

Ainsi en a-t-il été ce matin. J’ai cherché à accrocher sur mon petit carnet les images qui m’ont visitées, étranges et, sur la fin, franchement cauchemardesques quoique elles n’aient pas suscité de terreur panique comme il arrive parfois, là c’était plutôt un sourd malaise, empreint d’une acceptation fataliste mais triste face à ce qui ne peut s’éviter.

D’abord une grande maison où se tient une sorte de séminaire en résidentiel. C’est le matin. Je croise une grande femme avec qui j’ai conversé la veille au moment où elle sort de la salle de bain. Elle est enveloppée d’un drap de bain rouge et dégouline encore d’humidité. Elle est vraiment très grande, très imposante, elle occupe tellement l’espace du corridor que nous ne pouvons nous croiser sans nous toucher, le drap de bain s’ouvre et glisse au sol, elle est nue à l’exception d’une culotte noire, je suis collé contre elle, mon visage arrive bien en dessous de ses seins, je la regarde par en-dessous, elle s’excuse pour son indécence avec un sourire, il n’y a rien d’aguicheur en elle, elle me paraît plutôt bienveillante, suis-je troublé, je ne sais, je me sens plutôt comme un tout petit garçon, à la fois admiratif, interrogateur et un peu effrayé…

Puis l’image change, les couleurs qui étaient claires, vives, s’assombrissent. Mais est-ce d’un coup ou y a-t-il eu une phase d’entre deux, de semi éveil pendant laquelle j’ai eu vaguement conscience que j’étais en train de rêver, je ne peux le dire avec certitude…

C’est le soir désormais. Un soir sans lune, une maison aussi à la sortie d’un village donnant sur la route, sur une campagne vaguement menaçante, Constance est sortie, je sors derrière elle, elle s’avance sur la route, il y a du brouillard qui s’accroche aux branches des arbres, en s’éloignant elle s’efface, disparait dans cette brume, je l’appelle avec de l’angoisse dans la voix et marche à mon tour sur la route, je l’aperçois à nouveau, elle s’est accroupie comme elle le fait souvent quand le soir elle sort fumer une cigarette dehors, elle est adossée à une haie dans laquelle on devine un passage ouvert vers un au-delà de la haie mystérieux, soudain apparaît dans l’air, se déployant en mouvements sinusoïdaux, une longue écharpe blanche, brillante, diffusant une lumière froide comme le ferait la lune, l’écharpe s’enroule autour du buste et du cou de Constance, d’abord avec douceur (et la vision alors est franchement belle) avant de brusquement la déséquilibrer, la soulever, l’entraîner en arrière. Je suis là juste à temps pour la voir emportée dans le vaste jardin qui s’ouvre derrière la haie, on devine à peine au fond une maison, au delà de buissons et d’arbres touffus entre lesquels elle disparaît. Je ne cherche pas à courir à sa suite, d’abord l’endroit me fait peur, et puis j’ai le sentiment qu’il y a là une fatalité, qu’on ne peut se révolter contre la force qui l’entraîne, qu’on ne peut qu’assister impuissant et désolé à cet enlèvement…

Et je m’éveille avec un sourd sentiment de malaise…

Je me garderai bien de toute interprétation, il s’en présente de trop faciles que leur évidence même rend suspectes. Non j’ai seulement envie de collecter les images, elles sont toujours fascinantes ces images des rêves par leur puissance, leur netteté et leur fragilité aussi, s’effaçant si vite. C’est pourquoi j’aime les noter. Et les retrouver après, être surpris en les relisant, presque incrédule à les retrouver.

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23 août 2006

Un rêve aux couleurs claires

Rêve lumineux cette nuit, un vrai voyage, convoquant tous les sens en une belle fête. Des rêves comme ça, ça vaut le coup de les attraper ! Je me suis éveillé encore tout baigné de lui et me suis précipité pour en griffonner tout de suite sur mon petit carnet le déroulement, pour ne pas laisser perdre comme un autre, récent, plein de rebondissements et qui me plaisait bien dont j’avais le sentiment de me souvenir avec beaucoup de force mais dont je n’ai pas absolument rien pu retrouver quelques heures après.

Au départ on était dans un très bon restaurant dans un beau et vaste parc, on m’y fêtait mais pour une raison que j’ignore. Après un repas excellent, j’avais laissé à la table ma famille, mes amis et me promenais seul dans le parc avec une amie chère qui m’y donnait la main puis une accorte jeune femme venait vers moi, me déshabillait à demi et me caressait délicieusement, sous le regard complaisant de mon amie, nous marchions encore, le parc devenait un auditorium, une salle immense de grande hauteur, il fallait grimper et grimper entre les rangs de sièges pour atteindre notre place, on nous indiquait qu’il s’agissait d’une « promenade musicale » et, de fait, les musiciens se mêlaient à nous, nous entraînaient, ils produisaient une étrange musique avec toute sorte d’objets de la vie quotidienne, à ma grande surprise cela donnait une musique très mélodieuse et très douce, la salle de concert s’est transformée en un grand bateau de croisière, nous passions de coursive en coursive à la suite des musiciens, une ville apparaissait avec de beaux monuments italiens, on me disait « c’est Florence », j’y reconnaissais le Duomo, mais il y avait le mer aussi, des palais au bord de l’eau, je disais «  il me semble que c’est Venise » et c’était très clairement les deux villes mises ensemble. Il y avait une incroyable circulation de bateaux, je me mettais à faire des photos, je ne savais plus où était mon amie mais n’en ressentait aucune angoisse, je cadrais des images magnifiques et chaque fois au moment de déclencher il se passait quelquechose, une tête qui s’interposait, un bateau qui coupait le cadre mais même cela je le vivais sans désagrément, je me disais « ce n’est pas grave, maintenant que je fais de la photo numérique je peux recommencer autant que je veux » et je photographiais, je photographiais et je me suis éveillé là-dessus bercé de tout cela, des caresses, des sons, des images…

(Ecrit le 13 Aout matin)

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