15 décembre 2007
Ricochet 1991: Juste un matin...
Je ne tiens pas mon projet de donner un ricochet par semaine comme je voulais faire, mais tant pis, ils viennent quand ils peuvent et voici en tout cas ma contribution 1991 aux « Petits cailloux et ricochets » des blogueurs :
J’ai du mal à trouver sur
quoi ricocher pour 1991. J’ai le sentiment d’être au milieu du gué, au milieu
des années plates. Rien ne surgit spontanément dans ma tête comme événement qui
aurait marqué mon chemin de vie, aurait induit un changement, initié une autre
étape. Bien sûr on peut dire « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». C’est
vrai d’une certaine façon. La vie suit son cours. Tranquillement. Doucettement.
Pour tenter de m’inspirer je
feuillette l’album photo de cette année là. Qu’est ce qui domine, du plaisir du
souvenir ou de la nostalgie de ce qui n’est plus ? Voici des anniversaires
d’enfants avec nos petits gars si mignons, les copains, les copines, les jeunes
parents que nous sommes encore, voici des fêtes de famille, les soixante ans de
ma belle-mère par exemple, y étaient beaucoup de personnes qui ne sont plus,
voici des photos de vacances surtout, beaucoup, c’est cela surtout qu’on
photographie, pas de grand voyage ces années là, c’est le temps des vacances
familiales, on fait des quasi tour de France qui nous mènent aux différents
lieux d’ancrages familiaux, un petit tour dans les Alpes, un petit tour dans le
midi toulousain, un peu de Bretagne et aussi ce passage juste quelques jours
dans cet autre lieu de villégiature balnéaire où, oui, surgit un souvenir
particulier.
Nous étions dans une maison
appartenant à la famille paternelle de Constance, une imposante maison
bourgeoise dans le centre du bourg, une maison chargée d’histoire et, pour ma
femme, chargée de souvenirs d’enfance, elle y venait chaque été et y retrouvait
des multitudes de cousins. C’était une maison en sursis depuis pas mal d’années
déjà. Elle appartenait à une indivision nombreuse, elle avait été conservée
autant que possible et notamment jusqu’au décès de la grand mère de Constance
intervenue deux ans plus tôt juste après que le vieille dame eut fêté ses cent
ans. Mais petit à petit la maison avait été vidée de la plupart de ses meubles,
des tableaux et des photos qui décoraient ses murs, des vieux livres qui remplissaient
ses bibliothèques. Elle devait être mise en vente à l’automne, on savait que
cette fois c’est vraiment la fin, ce qui contribuait à faire peser sur le
séjour un inévitable parfum de nostalgie.
Je ne me sens moralement pas
très en forme en cette fin de vacances. J’aborde la rentrée qui approche sans
enthousiasme c’est le moins que je puisse dire, me demandant si je ne me suis
pas mis professionnellement dans une impasse, dans une fonction qui décidément
ne me convient pas (j’y suis toujours !). Je dors mal depuis plusieurs nuits,
encombré que je suis de mes interrogations existentielles.
Me voici éveillé dans ce lit
étroit au sommier défoncé où nous dormons. J’ai mal au dos. Je cherche
désespérément une position confortable. Impossible de bouger sans déranger
l’autre. Je ronge mon frein et sens que l’exaspération me gagne tandis que le
sommeil lui s’éloigne.
Finalement n’y tenant plus
je me lève. J’ai besoin de bouger. Je m’habille silencieusement. Trop tôt pour
aller déjeuner. Je sors dans la cour et prends un vélo. La rue est désormais
parfaitement calme après, tout à l’heure, le bruit de fêtards sortant d’une
boîte de nuit qui m’ont réveillé. Il fait frais, au ciel les étoiles se sont
éteintes, à l’est commence à monter la lueur du matin, une belle journée
s’annonce. Je commence à pédaler…
Tout de suite je me suis
senti mieux. J’ai filé le long de la jetée qui va vers la mer au delà de la
place du château. A ma droite le canal, à ma gauche le marais, où à cette heure
s’ébattent une multitude d’oiseaux. Le soleil est apparu, presque en face de
moi, me faisant cligner des yeux, ravivant d’un seul coup les couleurs,
disloquant les lambeaux de brume encore présents en contrebas sur le marais. Je
me suis arrêté un moment, saisi de beauté, puis j’ai repris mon vélo, pédalant
avec une extrême lenteur, avançant à la limite de l’équilibre, tout entier dans
ma contemplation de ce paysage changeant de minute en minute, envahi d’une
allégresse à laquelle je ne m’attendais pas.
Arrivé au bout de la jetée,
là où le canal rejoint la mer, j’ai pris une petite route qui va vers les
campings et les plages à travers un bois de pins et de chênes. Un lapin a surgi
d’un bosquet, il a zigzagué sur la route devant moi. Il n’était pas seul.
D’autres sont apparus à sa suite, bondissant entre les fourrés, s’arrêtant
soudain, têtes et oreilles dressées, puis redémarrant tout aussi brusquement
d’un bond. C’était l’heure où ils venaient humer le matin, ils ne se souciaient
pas de moi…
Sur la plage je me suis
arrêté un long moment de nouveau. J’ai regardé monter la lumière, les couleurs
sont devenue plus vives, étincelantes, la mer était très bleue, le ciel, sans
aucun nuage, pur, si pur. Je n’avais ni maillot, ni serviette, et pendant un
moment j’ai eu la tentation de me mettre nu, de me jeter dans l’eau pour
éprouver encore plus intensément, de tout mon corps, la splendeur du matin.
Mais un premier jogger matinal est apparu au bout de la plage, je l’ai vu
s’approcher d’une foulée tranquille, il est passé silencieusement devant moi,
dans mon dos une voiture puis une autre se sont faites entendre sur la route et
je suis sorti de ma rêverie…
J’ai repris mon vélo, je
suis revenu vers le bourg, je me sentais décrassé, apaisé, défatigué pour un
moment du moins, de ma mauvaise nuit, régénéré moi aussi par ce miracle
quotidien, cette promesse, chaque jour renouvelée, d’un matin qui se lève…
Je me souviens de chacun des
moments de ce matin là, de chacune de mes émotions, comme si c’était hier. J’ai
un peu triché, c’est un peu le ricochet sur le ricochet car j’avais déjà écrit
un peu différemment sur ce souvenir il y a quelques années. Mais c’est ça aussi
le bonheur de l’écriture, pouvoir entretenir puis réactiver une perle lumineuse
de passé inscrite en soi.
30 novembre 2007
Ricochet 1992: Procuration!
Donc je reprends mes « Petits cailloux et ricochets » . Disons que je vais essayer de reprendre ma publication régulière, un ricochet par jeudi, en m’enfonçant vers les limbes du temps de ma naissance. Je ne sais pas si je vais y parvenir. On verra bien. Je suis déjà en retard d’un jour pour celui-ci. Il était prêt pourtant. Mais il m’a paru si difficile à mettre en ligne, bien plus intime et dérangeant pour moi que telle ou telle considération de cœur. Difficile mais au fond si salutaire !
Ce soir là, je vais dîner
chez mes parents.
Nous tardons à nous mettre à
table car mon père attend un coup de téléphone. On doit l’informer
officiellement de sa nomination à un poste éminent dans lequel il doit terminer
sa carrière. Les choses sont faites, il le sait. Le coup de téléphone ne sera
qu’une confirmation et l’occasion pour lui de premières félicitations.
Le téléphone sonne.
« Ah… ah oui… ah bon…
ah mais pourquoi ? oui, vous pensez ?
Le ton de voix enjoué et
mondain que mon père avait adopté en décrochant a changé du tout au tout. Il
s’est fait, concentré, soucieux, interrogatif. Manifestement il y a un
changement. La discussion se prolonge. Nous poursuivons languissamment nos
propres conversations autour de l’apéritif tout en laissant traîner nos
oreilles du côté du téléphone, nous écoutons sans écouter...
« Mais non, cher
collègue, mais non, ce n’est pas grave, oui, à très bientôt, au plaisir… »
Il a raccroché. Le voici qui
vient vers nous avec un sourire contraint.
« Ah et bien non, ça ne
se fait pas finalement, c’est X qui l’a eu, je vais terminer là où je
suis… »
Nous questionnons. Comment
se fait-il ? Qui a glissé une peau de banane ? Des histoire de
réseaux, de coteries ? « J’avais fait les « visites »
pourtant, on m’avait assuré… mais X est très introduit politiquement, moi je
suis toujours resté à la marge, peut-être est-ce ça … c’est mon âge, à
soixante-six ans je dois prendre impérativement ma retraite à la fin de
l’année, c’est la raison invoquée, je ne pouvais pas rester assez longtemps sur
le poste… »
Nous questionnons. Enfin
surtout je questionne. Je manifeste ma déception. J’ai le sentiment d’une
injustice. Je me sens floué.
Je !
Je plus que lui !
Comme si c’était moi qui
était concerné !
Nous dînons. La conversation
file sur bien d’autres chemins. J’y participe comme les autres. On parle de
choses et d’autres, des enfants, des prochaine vacances. La soirée se termine.
Nous rentrons chez nous. Sur le chemin du retour persiste en moi un vague et étrange
malaise…
Pourquoi avais-je réagi
ainsi ? Qu’est ce que cela disait de moi de me sentir investi à ce point
dans les succès paternels ou dans ses déceptions ?
J’abordais déjà aux rives de
la quarantaine, j’avais travail, maison, femme, enfants, j’étais censé être
adulte et voilà que je réagissais comme un petit garçon admiratif, qui
n’existerait que par son père !
J’ai apprécié et j’apprécie
encore certains aspects de mon activité professionnelle. Mais je ne m’y suis
jamais senti en pleine adéquation avec moi-même. Il m’y manquait quelque chose.
J’ai eu des velléités de faire autre chose. J’ai commencé d’emprunter même
quelques pistes, je n’ai jamais été au bout.
Pourquoi n’ai-je pas pu
faire ces pas ? Pourquoi ai-je été incapable de trouver les ressorts pour
construire les chemins d’affirmation et de réalisation qui me soient
propres ?
Avoir une vie
professionnelle intellectuellement et socialement brillante n’est pas un but en
soi et n’est pas condition obligée du bonheur. Je me suis dit cela lorsqu’il
m’arrivait d’avoir un sentiment de déclassement, du moins dans l’ordre du
prestige et de la reconnaissance intellectuelle. Déclassé, ou plus simplement
pas à la hauteur d’un père admiré ?
Toujours gentil et
compréhensif cette bonne pâte d’homme ne m’a jamais bousculé, se contentant de
trouver parfois « dommage » que j’ai renoncé à certaines voies plus
prometteuses ou que je n’ai jamais cherché à faire carrière. Mais je suis
convaincu, aussi peu interventionniste qu’il ait été, qu’au fond de lui il espérait
mieux de moi. Il ne me l’a pas dit. Je l’ai senti. Et c’est resté, caché au
fond de moi, comme un poids, comme une barrière sur mon chemin.
C’était cela qui m’éclatait
au visage au travers de cet étrange dépit par procuration.
22 novembre 2007
Ricochets, vous avez dit ricochets?
J’ai participé pendant
quelques temps aux « Petits
cailloux et ricochets » des blogueurs puis j’ai décroché. Kozlika vient
de nous suggérer de faire le point sur où nous en étions, les uns et les autres,
de cette aventure. Je l’ai fait et le faisant je me suis donné envie, je crois,
d’y revenir.
Voici ma contribution du jour et nous sommes jeudi justement, jour que j’avais choisi pour publier chaque semaine un ricochet. Est-ce le début de la relance ? A voir jeudi prochain. Peut-être…
Ohé des ricocheurs, ohé, il
y a quelqu’un… ?
C’est Dame Kozlika qui nous
interpelle et vient soudain secouer la douce hibernation ricochesque dans
laquelle je m’étais installé.
Tiens, oui, les
ricochets !
Oh je ne les ai pas oubliés
tout à fait. Ils sont là. Ils ont même droit à un raccourci spécial sur un coin
du bureau de mon ordinateur, pas un, deux raccourcis, un pour aller lire, un
autre pour aller publier. Souvent lorsque mon regard passe dessus je me dis :
« Ah oui, les ricochets, il faudrait m’y remettre pourquoi pas… ».
Mais ça fait un moment cela dit que je n’ai plus cliqué par là.
Alors aujourd'hui j’ai couru
y faire un petit tour. C’est qu’ils sont bien vivants ces ricochets. Il y a
même des petits nouveaux comme Johann ou de grands anciens qui s’y mettent,
n’est-ce pas Gilda. Il y a des fidèles comme Thomas qui vient de boucler son
parcours, Samantdi qui progresse avec régularité, Cassymary à la belle énergie.
Et bien d’autres. Et chez tous il y a beaucoup d’émotion et quelques bien beaux
textes…
Quant à moi ? Il date
de quand mon dernier ricochet ? Je ne sais même plus. Je vais faire un
tour dans les archives. 21 juin ! Déjà ! Tant de temps passé !
Dernier texte le 5 juillet, un texte dans la marge qui s’appelle
« Ricochets en déshérence ». Il est là pour dire je suspends sans
fermer, je reviendrai peut-être.
Ça n’a pas été le cas
jusqu’à aujourd'hui.
Pourquoi est-ce que je me
suis coincé là ? Ce n’est pas par hasard sûrement. Je sais très bien ce dont
j’avais l’intention de parler pour 1992. Ce n’est pas spécialement difficile ni
douloureux. Mais ce malaise que je voulais évoquer, survenu lors d’un événement
assez dérisoire ne me concernant pas directement, dit assez par sa force et son
étrangeté qu’était touché un élément important pour moi, un nœud sûrement.
Je crois avoir su très vite,
dès lors que ce petit événement s’est produit et parce qu’il est resté toujours
présent à ma mémoire de quoi il retournait. J’ai eu l’impression, sans doute
fallacieuse d’ailleurs, d’avoir épuisé la question. Et comme il y a malaise à
l’évoquer sans gain prévisible de compréhension ou de redécouverte, je n’ai pas
eu envie d’y revenir.
Plus globalement avec ces
années, j’étais dans des années plates, enfin me semblant plates. A écrire
dessus j’avais tout simplement le sentiment que j’allais m’ennuyer.
Je me suis posé aussi la
question du sens choisi. Tout à coup je me disais, c’est absurde ce sens à
rebours, j’aurais bien mieux dû suivre la flèche du temps. L’après ne prend son
sens qu’éclairé par l’avant. Certes, mais ça c’est une considération valable
dans la restitution, au moment où j’aurais voulu lire le texte entier de son
alpha vers son oméga. Elle ne l’est pas au moment de l’élaboration, la plongée
vers le début, du plus proche vers le plus reculé, peut au contraire faire de
ricochet en ricochet surgir de belles surprises. Donc tout ça, c’est du
prétexte !
J’aurais pu aussi, et j’y ai
pensé, m’affranchir de toute consigne, jouer le temps dans l’anarchie, passant
d’un souvenir proche à un souvenir lointain et vice-versa. Mais j’aurais alors
sans trop de peine écrit les « années intéressantes » et puis il
serait resté de vastes plages de temps inabordées et condamnées pour le coup à
le rester.
Il y a autre chose aussi,
peut-être plus insidieusement démotivant. Mon premier ricochet 2006 c’était
« l’homme immobile » qui était une sorte d’injonction à ne plus
l’être. Les ricochets, travail du passé dans le présent n’étaient-ils pas là
aussi pour débloquer des vieilleries au creux de soi ? Or qu’écrirais-je
si je devais faire un ricochet 2007 car « l’homme immobile pas si immobile
que ça » fondamentalement l’est toujours ? Est-ce que vraiment on
peut changer ou bien est-ce que les récurrences, les répétitions sont toujours
les plus fortes, toujours triomphantes?
Ah là, là, c’est bien du
Valclair tout ça ! Toujours avec ses éternelles et tortueuses
questions ! Et si tout bêtement, tout simplement, je repensais au plaisir
que j’ai eu aussi à produire mes ricochets au delà de l’aspect laborieux qu’ils
ont parfois pris.
Alors ? Revient ?
Revient pas ? Je ne sais pas encore. Je crois plutôt oui. Ce ricochet 1992
au moins il faudrait que le fasse maintenant que j’ai alléché. Et après, c’est
à dire avant ? Nous verrons.
Merci Koz de m’avoir ainsi,
peut-être, donné l’envie de relancer la machine.
05 juillet 2007
Ricochets en déshérence
Encore une fois j’ai laissé
passer ma journée Ricochets. Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Beaucoup de
ceux qui s’étaient engagés dans cette entreprise, notamment parmi ceux, celles,
que je suivais avec le plus d’intérêt semblent en pause. Peut-être est-ce
simplement fatigue de fin d’année, besoin de s’aérer la tête à l’approche des
périodes de vacances, besoin d’un ailleurs dans les mots aussi, peut-être
est-ce au contraire une lassitude plus durable ou l’épuisement même de l’envie
du retour sur le passé.
Pour ma part je vais
suspendre mes ricochets pour un temps indéterminé. Je n’aime pas trop démarrer
quelquechose sans aller au bout, donnant ainsi de moi l’image de quelqu'un qui
ne fait pas ce qu’il a annoncé. Mais c’est idiot, c’est une forme d’orgueil qui
me conduit parfois, y compris dans des situations triviales de la vie courante
à un acharnement source de mal-être et contre-productif. Je cherche à m’en
défaire. Ce n’est pas pour le maintenir ici. Donc là aussi je vais m’en
défaire. Je ne vais pas m’obliger.
Non que je ne trouve des
caractères positifs à cette pratique du ricochet et à la contrainte que je
m’étais imposée d’en suivre à peu près le consignes : un ricochet par
semaine, un ricochet pour chaque année, ne pas déroger au sens de progression
que j’avais choisi, en allant de mon âge canonique actuel (je puis me permettre
ce terme depuis que je sais grâce à Traou que c’est un âge encore assez tendre
à nos yeux de modernes !) jusqu’à mon premier vagissement, jusqu’à mon
retour dans le giron maternel. Passé la difficulté à m’y mettre j’y ai trouvé
des satisfactions en faisant ressurgir de beaux moments enfuis ou bien en me
coltinant, parfois difficilement mais justement richement parce que
difficilement, à certaines étapes passées de ma vie. Et je ne suis pas
mécontent de certains des textes produits dans ce cadre.
Mais ces textes par
définition étaient rétrospectifs/introspectifs, or en ce moment je crois je
suis vraiment fatigué des rétrospections et des introspections. Dans mon
écriture au jour le jour j’ai plus envie d’évoquer le miroitement du présent,
d’être provocateur d’avenir plutôt que recenseur de passé. J’ai envie d’être
plus ouvert à ce qui est mis en mouvement, à l’accueil de ce qui peut advenir, je
pourrais presque dire que j’ai envie d’une écriture constructive/prospective.
Et puis j’ai aussi une idée de récit fictionnel, enfin du fictionnel qui dirait
beaucoup de moi mais autrement, c’est un texte qui mûrit depuis un sacré moment
et auquel j’ai bien envie de commencer à m’atteler vraiment en profitant des
vacances qui commencent.
Ce n’est qu’un temps
peut-être. Je n’exclus pas de revenir aux ricochets. D’ailleurs j’en ai un,
d’une année de petit garçon, 1961, écrit au moment où je ne savais pas encore
dans quel sens partir, je le garde en réserve, il viendra s’insérer à sa place,
si je reprends. Mais je ne m’engage à rien. Je verrai. Voilà. Bonne chance aux
Petits Cailloux et Ricochets. Et que d’autres prennent le relais, ne laissez
pas cette jolie idée en léthargie, qu’elle reste vivante et que je puisse moi
et d’autres y revenir quand j’en aurai de nouveau le désir.
21 juin 2007
Ricochet 1993: Impressions marocaines
Voici ma
contribution 1993 aux « Petits
cailloux et ricochets » des blogueurs :
Je triche un peu sur les
dates. A la fois parce que rien ne s’impose de l’année 1993 et parce que
j’avais envie de parler de ce voyage effectué en réalité pendant l’été 1994 qui
est un souvenir lumineux mais qui l’est aussi peut-être parce qu’au même moment
s’écrivaient les «Traces ». Il constitue donc une sorte de contrepoint à
mon précédent ricochet, il est une autre façon de parler des années 1993-1994.
C’était un de ses voyages
avec Terre d’Aventures ou d’autres voyagistes du même style dont nous sommes
relativement coutumiers dans lequel la découverte d’un lieu s’effectue
essentiellement au travers des randonnées à pied d’un caractère plus ou moins
sportif selon les cas. Le terme « d’aventures » est naturellement
très excessif, ce sont des voyages très encadrés et sécurisés, nous restons
dans notre bulle d’occidentaux même si nous allons dans des villages retirés et
même s’il y a quelques contacts avec la population locale. Cela reste du
tourisme mais c’en est une des formes les plus acceptables.
Il s’agissait cette fois
d’une traversée nord-sud de l’Atlas marocain. Celui-ci est constitué de
plusieurs chaînons est-ouest que l’on franchit successivement, passant des
crêtes pour redescendre dans des vallées encaissées avant de réattaquer la
montée vers de nouvelles crêtes, certaines culminant à plus de 3000. Il y a une
spectaculaire modification des paysages à mesure que l’on progresse vers le
sud, aux zones très vertes, largement couvertes de forêts du nord, succèdent
des paysages de plus en plus arides, de plus en plus minéraux, ce voyage c’est
aussi une lente et progressive approche du désert, auquel on pourrait presque
trouver quelque chose d’initiatique.
J’ai des souvenirs de ce
voyage bien plus forts que de bien d’autres. C’est que je l’ai vécu souvent
dans l’exaltation, des moments très précis, des images m’en restent avec une
étonnante présence, bien au-delà de ce qu’on fait ressortir habituellement de
voyages passés en feuilletant nos albums photos. Cela tient sans doute à ce que
ces moments intenses je les ai mis en mots. Ce n’est pas une relation continue
de voyage, ce sont plutôt des images accrochées, sous forme de brefs poèmes,
des sortes de haïkus dans l’esprit en tout cas même s’ils n’en respectent pas
la forme. Ce sont des mots surgis sur le motif, roulés dans ma tête en
marchant, gribouillés sur un petit carnet à la halte méridienne ou le soir au
bivouac. Ils ont contribué à imprimer durablement en moi les images, je n’ai
pas besoin d’aller les relire pour ressentir de tous mes sens quelques uns de
ces moments vécus, des images mais aussi des sons, des odeurs, des goûts, des
sensations corporelles. Ainsi la fraîcheur et la sensation astringente à la
bouche de fruits offerts par des gamins sur le chemin. Ou cette âcre et vive
odeur d’armoise exaltée par le lever du jour, lorsque nous grimpions en fin de
nuit vers un sommet que nous voulions atteindre à l’aube. Ou bien encore
lorsque nous marchions au fond d’un oued entre de hautes parois, le vacarme de
l’eau bondissante réverbérée par les roches, la morsure de l’eau froide sur les
mollets, la tête tournant de tout ce bruit et tout ce mouvement...
Si j’ai écrit sur ce
registre, si j’ai approfondi et fait s’inscrire dans la durée ces beaux moments
c’est aussi parce que dans le même année j’avais trouvé le sens et le goût
d’écrire à travers mon expérience bien plus difficile, bien plus sombre de
l’écriture de « Traces », c’est en quelque sorte « le côté
lumineux de la force » et c’est justice de le dire pour marquer ce que m’a
apporté de positif cette réexpérimentation de l’écriture.
Je n’ai pas besoin de relire
disais-je. Mais j’ai relu aussi à l’occasion de ce ricochet. Et j’y ai repris
plaisir. Et j’y ai réactivé encore plus le souvenir. Alors ces mots qui
pourtant valent surtout pour moi, par l’association avec les sensations même
ramenées à ma conscience, j’ai eu envie de les mettre en ligne, me disant que
certains peut-être prendraient plaisir à les lire. Vous pouvez les trouver ici
, sur mon autre site où je mets de temps à autres quelques écritures divers
diverse, nouvelles ou fragments.
Une façon de les faire
ricocher dans le présent.
07 juin 2007
Ricochet 1994: "Traces"
Voici ma contribution 1994 aux « Petits cailloux et ricochets » des blogueurs :
« Traces » c’est,
à ce jour, mon texte le plus accompli. Il a été commencé en 1993, terminé et
mis en forme en 1995 mais l’essentiel de sa rédaction, le choix de ce qu’il
serait en définitive date bien de 1994.
C’est un retour à l’écriture
après un temps très long où j’avais totalement mis sous le boisseau l’idée même
d’écrire. Ecrire, dès lors que je n’étais pas écrivain, que je n’envisageais
pas de le devenir m’apparaissait comme quasi illicite.
C’est un besoin simple
d’expression qui m’a fait reprendre la plume. Je me sentais mal ces années là,
j’étouffais, j’ai ressenti l’absolu besoin de faire le point avec des mots sur
moi-même, mon histoire, mes impasses. J’accordais donc très clairement à cette
écriture quand je l’ai reprise une fonction thérapeutique bien plus que
littéraire.
Je suis parti des malaises
du présent, je les ai confronté à mon histoire récente. Puis j’ai senti le
besoin d’aller plus loin dans le passé, à la recherche d’éclats de souvenirs.
Je n’ai pas cherché à construire une continuité chronologique, à raconter mon
histoire. J’ai donc écrit des fragments au fur et à mesure qu’ils se
présentaient à moi. C’est en avançant que j’ai trouvé du sens à les organiser
et du coup à les compléter pour qu’au final cela tout de même fasse histoire.
Mais j’ai aussi pris un
grand plaisir à écrire ces fragments, ou plus exactement à les voir terminés, à
voir que du magma confus et au prix parfois d’une douloureuse maïeutique
sortait un texte ciselé, agréable à lire, authentique, exprimant avec justesse
une certaine vérité de moi ou de mon passé.
Il y a dans cet ensemble des
pages vraiment douloureuses, des cris, que je ne relis pas sans trembler non
d’ailleurs tant dans les fragments eux-mêmes évocateurs du passé que dans ce
qui les environne, des textes d’ambiance sur le moment, des
« postscrits » remettant en cause le sens de ce travail au regard des
douleurs vécues dans le présent.
Il y a eu des moments
d’ailleurs où j’ai eu la pulsion de tout détruire. Tout en sachant parfaitement
que je ne le ferais pas. Parce qu’au fond je ne suis pas destructeur mais
conservateur à l’extrême (de même que je ne suis pas suicidaire mais plutôt, à
l’excès, terrifié par la mort). Et puis parce que je ne pouvais m’empêcher de
trouver beau certains de ces textes. Et ça c’était la victoire comme l’était
aussi le plaisir que j’avais pris à l’écriture et qui en vérité suffisait à lui
donner sens.
J’ai réorganisé cet ensemble
il y a deux ou trois ans, j’ai conservé l’ensemble des fragments sans modifier
une ligne mais mis de côté certains postscrits, je l’ai doté d’une préface, je
l’ai relié, ça fait un ensemble de 120 pages en petits caractères, j’ai le
projet de le déposer dans quelque grenier autobiographique. C’est même une des
raisons qui m’a fait adhérer à l’Association pour l’Autobiographie il y a
quelques années mais pour l’instant je me dis que rien ne presse, mes
« Traces » attendent tranquillement dans mes tiroirs…
Lorsque je remets le nez
dans ces textes ce qui me donne le vertige c’est d’y trouver des phrases comme
celles-ci : « Mais toi, mais nous… L’étincelle que j’y vis ne brille
plus dans tes yeux. Nos corps se plombent et nos cœurs se racornissent. Les
étreintes se font rares et presque honteuses. Les rires s’éteignent. Le silence
s’installe, ce silence gris de tant de couples vieillissants… »
Vertige à voir que tout
était déjà là, que le silence était déjà là et que la volonté de le rompre
était déjà là, et vertige à voir que douze ans après, tout est encore là,
immobile…
Alors me vient la lancinante
interrogation : qu’était-ce donc ces pages et ces pages noircies, sinon un
substitut de thérapie, une ruse habile de l’inconscient pour m’empêcher d’y
avoir recours, une façon d’éviter par peur panique du changement d’affronter vraiment
les problèmes et de pouvoir ensuite peut-être grandir, seul ou ensemble ?
Quoiqu’il en soit tel a été
mon chemin. C’est ainsi que ce fut. Il n’y a rien à y redire. Les regrets sont
inutiles et dépourvus de sens. Il y a seulement, et même s’il est tard désormais,
à éviter de reproduire encore et encore, à l’identique …
24 mai 2007
Jeudi, c'est ricochet!
Ceci est ma non contribution de ce jour aux "petits cailloux et ricochets" des blogueurs
Enfin en principe. Car nous
sommes jeudi justement. Et mon ricochet 1994 n’est pas prêt. Il était pourtant
sur le feu dans ma bouilloire intérieure depuis quelque temps mais aucun mot
n’en a été écrit...
C’est qu’il n’est pas
facile. Il n’est pas spécialement douloureux mais il fait étrangement écho à
des ricochets d’une autre nature qui se nouent ces jours ci dans mon présent.
Et ce sont ceux-ci d’ailleurs qui ont absorbé une bonne part de mon énergie
mentale de ces derniers jours, m’empêchant de me tourner vers ces temps plus
anciens ou plutôt peut-être de trouver la bonne distance pour en parler. Alors
je préfère laisser mijoter.
Donc je saute l’échéance. Je
passe le tour. Tant pis pour mon contrat du jeudi qui après tout n’est un
contrat qu’avec moi-même ! Et puis tiens, ça ne me déplait pas de laisser
un peu plus longtemps comme ricochet dernier en date, ce ricochet 1995, si
heureux et lumineux.
Evidemment si je m’amuse à
sauter comme ça les échéances, je n’ai pas fini de dérouler le film ! Moi
qui doit déjà ricocher sur plus d’années que bien d’autres, si en plus je saute
mon tour quand donc arriverais-je au bout ? Il y en a qui vont avoir le
temps de faire trois fois le tour avant que je n’atteigne le doux temps où je
pourrai réintégrer le cocon primordial, la quiétude du giron maternel
(hum ?!)
17 mai 2007
Ricochet 1995: Trois générations
Voici ma
contribution 1995 aux « Petits
cailloux et ricochets » des blogueurs :
Nous avions retrouvé le
groupe en gare de Tarbes sous une pluie battante. Le minibus a embarqué toute
la troupe, nous avons franchi les Pyrénées dans la foulée, roulé encore deux
bonnes heures sous un ciel espagnol déjà plus clément avant d’arriver à notre
base, une ancienne bergerie à la sortie du village de Rodellar dans la sierra
de Guara d’où nous allons pendant une semaine pratiquer un stage d’initiation
au canyoning.
Dans ce groupe il y a moi,
il y a mon fils de 12 ans qui est, mais d’assez peu, le plus jeune des
participants et puis il y a mon père qui est lui et de loin le doyen du groupe.
J’avais eu envie de cette
activité pour changer de nos traditionnelles randonnées estivales. Ce projet
avait séduit mon fils bien plus qu’une simple marche mais il ne disait rien par
contre à Constance. Mon père, lui, toujours avide de découvertes et d’occasions
de pratiquer des activités un peu physiques qu’il n’avait aucune chance
d’effectuer avec ma mère pas sportive pour un sou, avait proposé de se joindre
à nous.
Et c’est ainsi que nous nous
étions inscrits, attelage un peu atypique pour ce genre d’activités, trois
hommes, un fils, un père et un grand père.
Le premier après-midi c’est
l’apprentissage technique, nous faisons de premières trempettes dans des eaux
tranquilles pour apprendre à évoluer engoncé dans les combinaisons serrées puis
on nous montre quelques techniques simples d’évolution sur des falaises. Ainsi
mon fils, mais mon père aussi, font une descente en rappel pour la première
fois de leur vie. Il faut le voir, le grand-père, un peu tendu au moment de se
laisser partir en arrière depuis la falaise puis une fois en bas, rayonnant,
joyeux comme un gosse, avide de recommencer !
On se sent gamins les uns autant
que les autres.
Quel bonheur d’être gamins
ensemble !
On profite à plein du
caractère ludique du canyoning : Le plaisir de se laisser glisser au fil
de l’eau ou de nager dans de vastes piscines naturelles puis de se faire
secouer dans des passages plus mouvementés. celui des douches sous les cascades
et celui des sauts de plus ou moins hauts dans des piscines profondes entre les
rochers, le délicieux pincement d’anxiété au moment de s’enfoncer dans un
goulet étroit pour passer un siphon, le contraste entre la fraîcheur des
« oscuros », les fonds de canyon où le soleil n’atteint jamais et la
chaleur lorsqu’on sort des zones étroites, la douceur des haltes sur les berges
dans des zones plus ouvertes pour des piques-niques bucoliques loin de tout…
Un soir nous fêtons les
soixante-dix ans de mon père dans une ferme où était organisé pour ceux qui le
souhaitaient un repas local traditionnel. Je lui offre un cadeau modeste, une
paire de jolis couverts à salade en buis acheté dans le village. Il les a encore
et me dit que chaque fois qu’il les utilise lui revient souvenir de cette belle
semaine.
L’avant dernier jour mon
père dont la souplesse de jambe tout de même n’est plus à toute épreuve s’est
fait mal en glissant sur un rocher humide. Il ne participe pas à la dernière
randonnée mais il vient avec nous cependant jusqu’à notre point de départ,
légèrement claudiquant et s’installe sur un rocher à l’ombre un peu au-dessus
du rio. On aperçoit des aigles qui tournoient dans le ciel. Nous nous
éloignons, il est convenu qu’on le retrouve ici en fin d’après-midi. Il passe
la journée là, à lire et rêver, il me dira ensuite avoir gardé de cette journée
solitaire et malgré sa blessure un souvenir particulièrement merveilleux.
C’est peu de dire qu’il aura
été heureux de partager cette semaine avec son fils et son petit fils. Mon
garçon aussi est tout fier d’avoir ainsi participé pour la première fois à une
activité de « grands », et spécialement de l’avoir fait avec son
grand père qu’il admire beaucoup. Quant à moi, comment ne serais-je pas ravi
d’être ce point d’union, ce maillon entre générations, de me sentir au cours de
ces journées, du matin au soir et du soir au matin, à ma place dans le grand
flux de la vie.
10 mai 2007
Ricochet 1996: Rien
Voici ma
contribution 1996, guère inspirée, aux « Petits cailloux et
ricochets » des blogueurs :
Comme Louis XVI le jour de
la prise de la Bastille marquerais-je d’un « rien » mon année
1996 ?
Franchement je ne trouve
rien à dire. C’est ennuyeux de ne pas avoir le journal, prothèse de la mémoire,
qui permettrait de faire ressurgir un petit événement, une simple anecdote dont
on pourrait tirer une certaine signification. Je regarde mes photos de l’année.
Rien non plus. Les visages, les mêmes visages, un tout petit peu plus jeunes,
les enfants plus enfantins, les vacances ici et là dans le cadre familial, un
voyage à l’étranger comme (presque) chaque année. Cette année là c’était la
Toscane. Pendant les vacances de Pâques nous avions loué un gîte dans les
collines à une demi heure de route de Florence, c’est un bon souvenir, la campagne,
la nature et puis quelques journées plus intensives dans les villes et les
musées, c’était un bon équilibre qui a convenu aux enfants comme à nous.
Je cherche, je cherche, non,
rien à remémorer …
Rien ? Non pas rien
naturellement, mais la vie qui s’écoule, simplement, en suivant son fil sans
à-coups, installée dans ses régularités et ses routines, avec ses moments
plutôt joyeux et ses moments tristes, avec ses moments toniques et ses moments
éteints…
Un long fleuve tranquille,
vous disais-je !
04 mai 2007
Ricochet 1997: Hong-Kong
Hé, avec tout ça j'en oublierai mes ricochets! Voici celui que j'ai déposé hier sur le site Petits cailloux et ricochets pour évoquer mon année 1997
En novembre 1996 une
personne que j’ai connu comme chef d’établissement à Paris me contacte depuis
Hong-Kong et me propose de venir faire des prestations au lycée français de
cette ville dont il est devenu proviseur. Inutile de dire que je n’hésite pas
longtemps même si cela doit se substituer à mes vacances de printemps.
Il y a l’attrait du voyage
bien sûr. Mais au-delà ce qui me fait plaisir c’est la reconnaissance
professionnelle dont atteste cette proposition. Je me sens investi d’une
certaine importance. Me voir confier une mission à l’étranger ! Se dire
que quelqu'un, qui n’était nullement un ami a apprécié ma façon de travailler
et considéré qu’il valait la peine de me payer voyage et séjour et de me rémunérer !
ça me fait plaisir et j’en ai même une certaine fierté. Ça peu paraître un peu
enfantin cette réaction, signe d’immaturité, d’une image de soi professionnel
insuffisamment affirmée, n’empêche c’est ce que j’ai ressenti. Pour moi
fonctionnaire qui n’ai de feed-back que dans les mots ou par les appréciations
de notes administratives langue de bois, il y a une signification symbolique à
être payé pour moi-même, pour un acte professionnel précis que l’on a choisi de
me confier à moi et non à un autre.
J’irai trois ans de suite à
Hong-Kong associant travail à haute dose et découverte d’un monde qui m’était
inconnu. La troisième année j’y suis allé avec Constance et nous avons prolongé
par une semaine de voyage en Chine du Sud.
Des images me remontent et
je choisis d’en épingler quelques unes parmi beaucoup d’autres :
Me voici le premier jour
encore tout azimuté de décalage horaire je plonge mon regard des fenêtres
élevées de mon hôtel sur la circulation intense du port et sur le
« convention center » en construction où dans quelques mois doivent
avoir lieu les cérémonies de la rétrocession à la Chine.
Je me vois un matin, très
tôt, en allant rejoindre le bus qui me monte au lycée, je traverse un parc, au
milieu de vieille personnes pratiquant, comme hors du temps, leur tai-chi
matinal.
Me promenant dans les
quartiers modernes je lève les yeux et m’enthousiasme pour les lignes et les
formes que dessinent au-dessus de moi de superbes immeubles de verre et
d’acier. Je glisse avec la foule le long des successions de passerelles
piétonnes et d’escaliers mécaniques qui me mènent sur les pentes du piton
rocheux qui domine l’île.
Me voici dans un vieux
quartier très animé, m’asseyant un long moment au fond d’un petit temple planté
dans une ruelle, observant les allées et venues de visiteurs de tous âges et de
toutes conditions, respirant les odeurs lourdes des encens qu’ils viennent
brûler.
Je fais la queue pour
prendre les vieux star-ferry qui font la noria entre Hong-Kong et Kowloon,
observant les flux pressés qui se croisent, m’étonnant du nombre de personnes
que je vois accrochées à leur téléphones portables à une époque où ils
commençaient à peine à apparaître en France.
Dans l’île de Lantau, après
avoir visité le temple je m’engage seul sur le chemin de randonnée pédestre qui
monte vers le pic, le ciel est chargé, des bancs de nuages s’accrochent au
sommet, la végétation et la nature tropicale ont repris tous leurs droits, je
me sens exalté mais vaguement inquiet tout de même et par peur de m’égarer je
rebrousse chemin assez vite.
Le lendemain, dernier jour
avant mon départ, me voici faisant le tour d’une petite île proche où se trouve
un vaste cimetière sur fond de mer de Chine, il y a foule, c’est un jour de
célébration des morts. Je me promène au milieu des familles venues partager
leurs agapes avec leurs ancêtres et qui piquent-niquent joyeusement auprès des
tombes et je trouve cela beau.
Hong-Kong c’est déjà la
Chine quoiqu’on dise souvent. La part de culture anglo-saxonne et de
mondialisation capitaliste est très voyante, c’est celle des élites, de ceux
qui régissent le développement économique mais elle reste superficielle. Des
spécialistes de feng-sui sont consultés par les architectes au moment de la
construction des immeubles, les pharmacopées traditionnelles sont utilisés par
tous, les seuils des maisons et le fond de chaque boutique, 90% de la
population ne parle pas anglais, y compris parmi les chauffeurs de bus ou de
taxi. Et dès que l’on sort de la ville, qu’on va sur les autres îles ou dans
les nouveaux territoires c’est encore plus net.
Je me sens vraiment loin de
chez moi, éloigné de mes repères et pour autant je me sens très bien. Je me dis
que décidément j’aime les voyages.
A la cantine du lycée j’ai
l’occasion de parler longuement avec les personnels qui sont en poste ici, qui
évoquent leur vie d’expatriés, ces rapports un peu étrange aux sociétés dans
lesquels ils sont, à la fois dedans-dehors, l’ouverture sur le monde que cela
leur offre, leurs rencontres, leurs voyages. Il me font rêver en me parlant de
leur regroupement de formation continue qui chaque année se font aux frais de
la princesse aux quatre coins de l’Asie (enfin qui se faisaient, j’imagine
qu’avec le développement d’internet et le resserrement des crédits ce genre de
stages doivent être moins fréquents !)
Ça me fait gamberger. Je m’y
verrais bien. Et rétrospectivement je ricoche bien plus loin dans le passé. A
la fin de ma formation, il m’a fallu déposer des vœux sur les postes vacants.
J’avais le choix entre deux possibilités : la Réunion et un poste en
proche banlieue parisienne. J’étais libre pourtant à l’époque sans attache
familiale, sans attache sentimentale sérieuse. Il fallait rendre le document
pour cinq heures. A cinq heures moins cinq, j’étais le dernier à ne pas avoir
déposé mon dossier, incapable de me décider, ma main hésitait, passant d’une
case à l’autre. Finalement j’avais coché juste à l’heure fatidique : la
proche banlieue !
Je ne me suis pas éloigné de
la maison des pères !