Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

03 mai 2008

Mauvaise insomnie

Je dors mal ces jours-ci. Mes insomnies sont pesantes, mon esprit encombré d’interrogations délétères, par moments passent des vagues d’angoisse…

Impression de me noyer dans ce que j’ai à faire, dans ce que je me donne à faire, à lire, à écrire, à penser, indépendamment même de mes contraintes professionnelles (qui ces derniers temps n’étaient pas lourdes, en semi vacances je n’ai été au bureau qu’en pointillé). Comme Sisyphe avec son rocher. J’avance et toujours de nouvelles tâches s’imposent. Et surtout, cause majeure de mon malaise, sans que je parvienne à aborder ce qui serait l’essentiel...

Entendu Ernaux hier soir à la télévision. A la question : « qu’est ce qui motive votre parcours et votre écriture ? » elle a répondu à peu près : « une blessure, je ne sais pas laquelle, je ne cherche pas à savoir laquelle mais une blessure à coup sûr, tout écrivain ne le devient que pour combler une blessure ».

Typique cette nuit de l’indétermination, mon zapping entre trois lectures, trois envies, me tenant éveillé par cette concurrence même, par l’agitation de mon esprit auquel elle m’entraînait :

Mon recueil « Traces » que je crois être bien décidé cette fois à déposer à l’Association pour l’Autobiographie. Je le survole pour la ixième fois mais cette fois en pensant à la réaction de ceux qui liront ce texte. Il y a des pages exutoires, des pages écrites sous le coup de la douleur, des pages « indécentes » que j’ai du mal à donner. Mais purger mon texte de celles-ci serait lui faire perdre son authenticité, sa cohérence, donc je m’y refuse absolument.

« Sexus » de Miller, lecture que j’ai entreprise dans la perspective d’une prochaine rencontre littéraire au Café des Marcheurs, lecture qui se voudrait elle plus décentrée de moi, lecture plaisir, lecture voyage. Mais l’érotisme solaire qui se dégage de ce livre lui aussi me ramène à moi même, à ce qui me manque, de façon si sensible, douloureuse même en ces temps de disette.

« L’établi » de Robert Linhart, une relecture dans la foulée de ma lecture récente du livre de sa fille. Remuer 68 et ses suites ne me fait pas beaucoup de bien non plus. Il y a chez moi non pas de la nostalgie mais cette douleur toujours un peu présente de ne pas avoir été conforme dans la suite de ma vie aux idéaux qui avaient été les miens mais bien plus à ma pente atavique frileuse et petite bourgeoise. Qu’ai-je fait de mes promesses ?

J’essaie dans la foulée d’écrire quelques lignes aussi d’un billet sur le livre de Virginie Linhart, un billet qui est dans le sas de ma pensée depuis plus jours. Je n’y parviens pas. Il se gonfle dans mille directions, mon esprit cliquetant de tout ce que je remue.

Comment se rendormir avec tout ça !

L’endormissement viendra d’un coup sur le matin pour deux brèves heures.

Première chose que je fais à mon réveil: écrire ces mots. Est-ce bien nécessaire ? Je repense à la phrase d’Ernaux entendue hier soir. Il fait beau ce matin, plutôt que de lire, plutôt que d’écrire, bouger, sortir…

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28 février 2008

Pulsion noire et joli dimanche

Samedi je me suis laissé emporter par une pulsion délétère…

Je suis réticent à écrire là-dessus parce que je ne veux pas ressasser. J’ai vécu le moment problématique, il a réactivé tout ce qui est là, trop présent au quotidien, ce que j’appelle ma ligne grise, cette sorte de fond un peu pessimiste, un peu masochiste dans lequel je me complais trop souvent en pensant à ma personnalité, à mes peurs, à mon immobilisme, ce sentiment d’être un peu à côté de la vie.

Et je suis réticent à publier en plus, à supposer que je finisse par l’écrire, parce que ce n’est pas génial pour l’image que ça peut donner de moi. On a beau dire, on veut être transparent, on veut être dans l’authenticité mais il y a des choses difficiles à dire. Parfois j’ai l’impression que mes gentilles historiettes, mes considérations posées de lecteur ou de cinéphile, ma volonté de mettre en lumière et en exergue les jolis moments de la vie et de m’en nourrir, finissent par donner de moi une image plus lisse que ce que je suis réellement. Je sais bien que la transparence absolue n’est pas possible et d’ailleurs même pas souhaitable mais tout de même je tiens à essayer d’en être au plus près, sinon toute cette écriture perdrait sens à mes yeux.

Bref ! Allons-y, assumons…

Samedi fin d’après-midi. Je suis chez un boucher, pas mon boucher habituel qui est en vacances pour la semaine. Je suis un peu à cran parce que plusieurs choses prévues dans la journée ont patiné et ne se sont pas faites. Je me sens fatigué, énervé. Il y a la queue. J’attends patiemment, enfin à peu près patiemment. Le boucher n’est pas pressé, il n’accélère en rien le rythme malgré la queue. Il papote comme souvent papote un boucher. Il fait du lien le monsieur, je devrais être content, mais non, je bouillonne de plus en plus intérieurement. Pourtant je n’ai pas un train à prendre. Je ne suis pas même spécialement pressé. C’est presque à mon tour. La dame devant moi prend une chose, c’est une bonne cliente du boucher, papotage à propos de la petite nièce qui accompagne la dame, « oh qu’elle vous ressemble », la dame prend un seconde produit, repapotage puis : « alors ce sera tout Madame Michu ? », « Voyons, voyons, ah je prendrai bien aussi trois côtes d’agneau », « Ah je n’en ai pas de faites, il faut que je vous les découpe, je vous fais ça tout de suite Madame Michu !). Je ne bouillonne plus, j’explose. C’est à dire que je tourne brusquement les talons, je sors sans demander mon reste…

Je me retrouve dans le rue, atterré ! Je fais un tour du quartier à grands pas en essayant de me défouler mais surtout en ressassant mon imbécillité. Le fait lui-même, tellement immensément dérisoire, passe vite à la trappe. Pas le comportement.

Suis-je parti parce que après avoir fait la queue dix minutes, j’allais devoir attendre deux-trois minutes de plus ? Sans doute pas. Ne serais-je pas parti justement parce que j’approchais du moment où j’allais être servi, où j’allais obtenir ce pour quoi j’étais là ? N’ai-je pas sauté sur une simple prétexte qui s’offrait à moi pour pouvoir continuer à me repaître masochistement de cette colère intérieure, peu à peu installée dans ma journée ? Hélas je crains bien que ce ne soit en effet le schéma : Plaisir à me faire mal. Me revient l’heautontimoroumenos de Baudelaire : « « Je suis la plaie et le couteau ! » et la suite…

Vieille affaire, toujours sous-jacente, vis à vis de laquelle le raison n’a que faire. Certains me disent : « tu es scorpion, ascendant scorpion; c’est typique ». Je n’y crois pas du tout. Mais je crois par contre à ce qui me vient de ma mère, elle que j’ai toujours vu fonctionner ainsi, et sous des formes plus exacerbées, plus douloureuses que chez moi.

C’est la mélancolie. Pas la mélancolie douce, sentiment finalement pas désagréable de tristesse douce et tiède qui nous étreint lorsqu’on se tourne vers un passé qui ne reviendra pas, non une mélancolie dure et profonde, celle que portait dans l’ancienne médecine une « humeur » délétère, l’excès de bile noire.

J’entends souvent de bonnes paroles dans mon cours de yoga. Nous y parlons du détachement nécessaire à l’égard des affects perturbants, du recours que peut apporter en cas de stress ou de pensée mauvaise une bonne respiration concentrée et une centration sur soi, de l’art de faire avec ce qui nous est donné et d’atteindre au « contentement »… C’est bel et bon. Intégré intellectuellement cinq sur cinq. Parfois utilisé dans des moments moins critiques. Mais d’aucun secours quand ça dérape vraiment. Au point de me dire : à quoi me sert-il ce foutu yoga, s’il n’est même pas capable de me préserver de comportement aussi débiles ?

Pulsion irrationnelle. Véritable « folie ». Qui reste assez « sage » cependant socialement parlant. Et qui ne me fera pas juger comme fou. Tout ça reste intérieur, bien calfeutré en moi, se traduisant juste par un air sombre, une gueule renfrognée, sûrement pas agréable pour l’entourage au moment où ça se produit mais sans plus. Je ne manifeste pas de colère violente à l’égard des autres. Je ne crie pas. Je ne frappe pas. Mais je ne me maîtrise pas. Absolument pas. Je suis dans l’absolu de la pulsion. Donc sur le fond est-ce que ce n’est pas aussi « fou » que des pulsions qui conduisent des hommes qui aiment leur femme à les frapper où à être incapables de réprimer des pulsions sexuelles mortifères.

Je dis que je ressasse. Oui. J’ai été jeter un œil au début de ce journal en ligne. Ça date, bon sang ! Tiens un exemple. Voici « l’art de rater ses dimanches », juillet 2003. Et il y en aurait d’autres, beaucoup d’autres et plus sans doute que ce que je raconte.

Je ressasse. Donc passons à autre chose. Mais il fallait que ce soit dit.

Changement de décor, changement d’humeur intérieure le lendemain dimanche.

Il fait beau. Nous avons chaussé nos grosses chaussures. Ce n’est pas que le lieu où nous allons les nécessitent. Au contraire elles font un peu ridicules. Mais ce sont des chaussures neuves et nous les testons, nous les faisons à nos pieds avant notre expédition dans les montagnes balkaniques. Les préparatifs c’est déjà un peu le voyage. Nous n’allons même pas jusqu’à Fontainebleau et ses escarpements, nous nous promenons avec nos gros godillots dans un parc policé aux vastes allées confortables, celui de Sceaux, à quelques stations de RER de la maison et très loin de la nature…

Il y a dans les jardins une exposition de photos sur le thème des arbres. C’est amusant ces arbres parmi les arbres, cette réplication du vivant sur l’à plat d’un panneau. A priori on se dit que l’un ne vaut pas l’autre, que le vivant écrase de sa présence réelle et vibrante la photo qui n’est que signe, que trace morte. Un peu de la même façon que le virtuel ne peut valoir le réel, que l’échange des mots derrière l’écran de l’ordinateur ne peut valoir les paroles vivantes et l’échange des regards. Mais la photo c’est aussi l’art qui approfondit la réalité, la transmute. Et il est bon alors que l’un dialogue avec l’autre, qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Nous pique-niquons dans la lumière douce et presque printanière, devant le miroitement de l’eau dans les bassins.

Je me sens léger, autant que la veille j’étais plombé.

Je n’écris pas cette évocation pour faire joli et consensuel, pour faire en sorte que mes lecteurs ne restent pas sur les impressions sombres, sur cette image sinistre que j’ai donné de moi. Je l’écris simplement parce que c’est vrai. Je suis cette alternance de moments où me submerge la mélancolie destructrice et d’autres, vécus dans la fraîcheur et la légèreté du présent sans (trop) me poser de questions existentielles. Autant il aurait été faux de faire l’impasse sur la pulsion mauvaise, autant il le serait de la faire sur la journée ensoleillée.


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Photos cliquables bien sûr. Promenade argentée en forêt avec Cartier-Bresson, nuit sous la ramure au bord de l'océan californien...

De quoi rêver sous les arbres du Parc de Sceaux...

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19 décembre 2007

Où est l'infidélité?

Il y a quelque temps j’ai commis un acte tout à fait anodin (enfin failli commettre) qui m’interroge mine de rien sur la notion de fidélité dans le couple d’une façon décalée par rapport à ce qu’on met habituellement derrière cette notion.

C’était un week-end qui avait été très chargé pour moi entre visite de mon fils aîné et activités associatives. J’y avais préservé comme moment de latence, comme moment à moi, le dimanche après-midi. Il se trouve que j’ai eu la possibilité d’y rencontrer une amie chère à mon cœur. Nous avons programmé un cinéma ensemble et je me suis réjoui des moments de discussion et d’échanges tendres qui iraient avec. Une fois terminée la conversation par messagerie qui avait abouti à cette décision je me suis senti envahi de sentiments contradictoires, tout heureux de cette perspective agréable et en même temps troublé, mal à l’aise.

Car Constance de son côté était « libre » aussi. Nous n’avions pas eu de moments potentiellement à nous au cours du week-end, elle sortait d’une méchante crève et ça lui aurait certainement fait plaisir et fait du bien de se laisser entraîner au cinéma. Je n’ai pu m’empêcher de me dire que j’aurais pu lui proposer ce moment partagé. Les petites toiles et les conversations qui vont avec constituent l’un des plaisirs certains que nous aimons encore à partager. Je peux certes me dédouaner en évoquant les fois nombreuses où nous devions sortir, où elle m’a dit finalement qu’elle ne préférait pas, qu’elle était fatiguée ou qu’elle avait trop de choses à faire.

N’empêche. Par mon choix je signifiais très clairement, je me signifiais à moi-même, vers qui allait mon cœur, vers qui allait mon envie. J’ai senti avec force la mise en concurrence des deux relations.

Mon choix d’aller vers l’une plutôt que vers l’autre, aussi anodin que soit l’événement en lui-même, m’a paru constituer un accroc, une « trahison » finalement plus importante dans l’intention à l’éthique d’une vie de couple et aux solidarités que nous nous devons, que d’autres relations qui ont pu survenir, allant éventuellement plus loin, mais inscrites dans des moments où elle-même était occupée ou bien géographiquement à distance, bref où la concurrence ne se posait pas dans des termes explicites et immédiats.

En clair je veux dire par là qu’il a pu m’arriver d’avoir des passages à l’acte sexuel qui m’ont paru moins problématiques, moins signifiants sur la gravité de la détérioration de mon couple que ce simple et chaste choix de compagne de cinématographe.

La suite de l’histoire est très « morale » si je puis dire. Notre rendez-vous a finalement capoté. Je me suis vu, en ne me sentant pas bien fier de moi, proposer à Constance d’aller voir ce film que j’aurais dû voir avec une autre. Et en effet il se trouve qu’elle n’a pas voulu venir. Peut-être que c’était aussi bien. Je ne me serais pas forcément senti à l’aise, accompagné mais version plan bis. Bien fait, tu n’as que ce que tu mérites dirait un petit dieu de la paix des ménages (figure mythologique hautement improbable !). J’ai été au cinéma tout seul, j’ai pris du plaisir au film que j’ai vu (c’était « my bluberry nights », si vous voulez savoir), mais je n’ai pas manqué de l’accompagner de quelques réflexions et rêveries sur le sens de ces mini-évènements, qui continuent à planer en moi puisque les voici écrites...

Et mises en ligne ! Non sans être restées quelques jours dans le sas du « publierais-je ?, ne publierais-je pas ? »…

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25 novembre 2007

"J'attirais, c'est tout"

Non ce n’est pas moi qui le dit, les guillemets s’imposent ! C’est Julien Green (Pléiade, V, p 924) qui a cette formule après avoir évoqué une anecdote de sa jeunesse.

Il le dit comme pour s’excuser de la facilité avec laquelle il aurait pu faire des conquêtes.

Il le voit comme une caractéristique inscrite en lui sans qu’il n’en ait aucune part, sans qu’il en sache la raison, presque, au sens propre, à son corps défendant.

La formule fait écho en moi. Je pourrais la retourner en la chargeant d’interrogations jusqu’à la douleur.

Je n’attirais pas. Pourquoi ?

Rien de physique à priori, je n’étais pas spécialement « bel homme » mais il n’y avait rien non plus de repoussant dans ma figure, j’avais des idées, de la conversation, de la culture, de la gaîté…

Et pourtant combien de fois dans mon adolescence et dans ma vie de jeune adulte ai-je été celui à qui on disait « je t’aime beaucoup » ou « soyons bons camarades » alors que j’aurais voulu entendre « je t’aime » ou tout simplement « viens ! » .

Cela m’a troublé. La multiplication des situations de ce type a fait que cette période a été difficile, me faisant perdre une part de ma confiance en moi, entraînant une dévalorisation de mon image à mes propres yeux. Il y a eu des exceptions bien sûr mais bien plus d’échecs que de succès et avec la multiplication des échecs, le questionnement récurrent : pourquoi ? pourquoi ?

C’est là que je perçois le paradoxe. Chez Green, tout dans l’éducation, l’idéologie, les valeurs aurait du créer des barrières, laissant la sexualité à l’écart (et c’est au fond ce qu’il aurait souhaité, il parle assez du « cauchemar de la sexualité »). Au contraire mes références idéologiques et morales (on était dans l’après mai 68 et mes parents avaient sur ces questions un discours libéral, tolérant d’intellos de gauche) auraient du faire en sorte que je sois à l’aise sur ce terrain, que j’accueille le désir en moi (ce qui ne manquait pas) mais aussi que je sois susceptible d’en susciter (c’est là que le bât blessait).

Je me souviens de discussions interminables là-dessus avec une amie très chère de ma jeunesse, appartenant à une vieille famille de la grande bourgeoisie catholique bordelaise, élevée en pension au Sacré Cœur et qui, très jeune encore, lorsqu’elle séjournait l’été chez ses parents, était capable de faire le mur la nuit l’esprit et le corps léger pour retrouver des amants, c'était une de celle qui m’aimait bien et que moi j’aurais voulu aimer.

Comme quoi ce qui compte n’est pas ce qui se joue à la surface des mots du discours familial, ou pas seulement en tout cas, il y a d’autres nœuds ailleurs dans des processus, souterrains, mystérieux.

Je disais avoir envie d’aller vers les femmes mais quelles barrières inconscientes dressais-je pour les tenir à l’écart, empêcher qu’il y ait une attirance mutuelle ?

D’où venaient-elles ces barrières, de quels nœuds en moi ou de quelles névroses secrètes de mes parents, derrière leur ouverture apparente ?

A moins qu’il ne se soit agi d’un processus purement biologique, se jouant dans l’alchimie secrète des cellules, d’une quelconque phéromone manquante ou déficiente ?

Ce mystère là je ne l’ai pas éclairci. Il est toujours à l’œuvre en moi. Pendant beaucoup d’années il a été sous le boisseau, la question ne se posant pas, mon couple suffisant à me satisfaire à tous points de vue. Mais passé le temps où il en a été ainsi, la fidélité (presque) sans accroc qui a été la nôtre au long d'un peu plus de vingt cinq ans de vie commune, n’a pas reposé sur un choix, une construction mais plutôt sur l’absence d’occasion, sur le fait que « ça ne s’est pas présenté » (version objective, neutre), que je n’ai pas su susciter des attirances qui auraient pu rencontrer mes aspirations (version subjective, plus cruelle). Ce n’est pas très glorieux à dire. Une fidélité par défaut en quelque sorte.

Et je ne peux que constater, alors même que désormais je me sens en volonté explicite de m’en délier, combien ces vieilles réalités restent prégnantes et font remonter vers moi ces questionnements douloureux de mon temps de jeune adulte.

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10 novembre 2007

Auprès de ma brune, auprès de ma blonde

A peine étais-je rentré de Bretagne que, coup sur coup, dans le temps bref d’un jour et de son lendemain, j’ai repris de vive voix et de visu au cours d’un dîner et d’un déjeuner en tête à tête les plus chères de mes « correspondances » en cours que mon départ m’avait fait laisser de côté.

Evidemment après ce moment de vacances, si paisible, si étal, beau par certains côtés mais tellement éteint sur le plan des sentiments c’était remettre mon cœur en mouvement, l’ouvrir à nouveau aux émotions.

Bien sûr ce n’est pas « ma » brune pas plus que ce n’est « ma » blonde et d’ailleurs que viendrait faire là ce « ma » méchamment possessif. Non elles sont tout simplement adorables toutes les deux, non pas adorables comme ça, en général, elles sont adorables pour moi, je veux dire que je les adore. L’une comme l’autre me font battre le cœur, sur des tempos certes forcément différents, chargés d’envies, d’espérances, de rêveries différentes. Et j’aime à sentir entre elles un lien invisible et puissant qui, il me semble, charge en surplus à mes yeux chacune d’une part de l’aura de l’autre.

J’avais en son temps parlé d’amitié amoureuse ici et puis j’avais préféré mettre le terme au pluriel. Oui le pluriel s’impose pour ce concept pour dire les formes tellement diverses que ces amitiés amoureuses peuvent prendre, les trajectoires différentes dans lesquelles elles s’inscrivent.

Tout ça c’est de la vie, tout simplement et c’est pour ça que c’est si beau.

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07 novembre 2007

Ambivalence

Avant hier, dans la voiture, roulant vers la Bretagne, je me sentais ambivalent, partagé à propos de notre départ et je me faisais ces réflexions contradictoires :

« Je suis content de partir, j’ai envie, besoin de quitter la ville, de marcher dans les bois ou le long de plage, de m’emplir les poumons d’air marin, d’abîmer mon regard dans le mouvement de la vague et dans les lointains de la mer et du ciel. »

« Mais je ressens ce départ aussi comme un arrachement, dommageable à la réalisation de mille choses que j’ai envie de faire à Paris et dont je ne trouve pas le temps quand je travaille. Et aussi comme un arrachement à internet et à mon blogomonde et notamment à des conversations en cours, un arrachement à ce qui, tout virtuel que cela reste pour l’essentiel, est devenu une part importante de ma vie, sa part la plus vivante. Et cela au point de me dire : est-ce que j’avais vraiment envie de partir ? »

« Car ce qui pourrait donner sens à un break comme celui-ci, au-delà de mon plaisir personnel d’être au bord de la mer, ce serait la possibilité de me retrouver avec Constance, d’être l’un avec l’autre, disponible, hors justement de ce qui nous happe loin l’un de l’autre dans notre vie parisienne. Or je me dis : mais ai-je vraiment envie de la retrouver, ai-je vraiment envie de me retrouver dans le face à face ? Je m’en rends compte avec un sentiment de vertige : la réponse est non, clairement non, non d’une façon plus claire, plus tranchante, qu’elle n’a jamais été. »

Voilà tout cela passait en boucle dans ma tête, dans le silence des kilomètres qui défilaient.

C’est comme si je me disais : ma vraie vie n’est pas là.

Et pourtant, si, elle est là, aussi et même elle est là d’abord.

Je n’ai pas de solution, juste cette contradiction.

Cette contradiction immobile, vieillie, enkystée en moi.

Il me faut essayer, au delà de cette contradiction, d’être dans les plaisirs simples qu’offre la vie de tous les jours, spécialement lorsque j’ai ce bonheur d’être ici, dans ce lieu qui me fait du bien.

Très vite les bons moments n’ont pas manqués qui ne me font pas regretter d’être ici.

Et pour commencer il y a eu cette arrivée avec un temps magnifique, la première promenade, la mer si calme, la remontée au port le long de l’estuaire, tout est paisible contrastant avec l’agitation de l’été mais pas mort pour autant, quelques promeneurs, un voilier solitaire qui remonte l’estuaire, les cris des mouettes, le crépitement d’un feu de broussailles dans un jardin et son odeur…

Depuis ça continue sur le même tempo, avec alternance de temps gris mais pas désagréable et de moments superbes, grand ciel bleu, soleil tiède. On se promène. On se gorge d’air, de mer et de paysages. A chacun d’entre nous, individuellement, ça fait du bien. Donc on se sent plutôt mieux l’un et l’autre, donc plutôt mieux l’un à côté de l’autre.

Mais l’un à côté de l’autre. Pas vraiment l’un avec l’autre. Cela manque d’être avec, de se sentir avec…

Nous sommes ensemble et pas vraiment ensemble. Cela vaut mieux que la solitude. Peut-être et peut-être pas. Je ne sais pas.

Questions vertigineuses. Questions récurrentes. Vieilles questions enfouies en moi depuis longtemps mais qui, il me semble, me claquent désormais au visage avec plus d’intensité, plus d’urgence…

(Ecrit le 1° Novembre)

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27 août 2007

Il n'y a personne!

Voilà, les bagages sont prêts, notre petit appartement est rangé, nous partons demain dès l’aube, enfin tout à l'heure j’écris ici au cours d’un réveil intempestif à trois heures du matin. Nous rentrons, peut-être qu’il est temps en fait, que j’ai besoin de retrouver mes points de repères parisiens et même si la perspective de reprendre mon travail lundi n’offre rien qui me réjouisse bien au contraire. J’ai des courbatures et un sérieux mal de gorge, chopé avant hier au cours d’une balade où je ne m’étais pas assez couvert, ça semblait se lever un peu, il y avait un vent de nord ouest plus que frais, arrivé sur la plage j’ai voulu profiter de quelques rayons de soleil vespéral après plusieurs jours de temps continûment froid et gris pour nager un peu, l’eau était sérieusement refroidie par les intempéries de ces derniers jours, il paraît qu’en Grèce les canicules se succèdent, déclenchent des incendies et font des morts, foutu été décidément !

Il y a eu plus d’un moment de mélancolie pendant ces vacances. Où est-ce que je suis ? Qui est là près de moi ? Je n’ai pas d’entrain, je n’ai pas d’énergie. Le mauvais temps aurait dû me permettre de faire mille choses du côté de mes projets d’écriture ou d’engagements que j’avais pris. Je n’ai rien fait. Je laisse couler le temps, je me fonds mécaniquement sans accroc et sans crise dans le déroulé paresseux des journées, mais il n’y a pas de véritable joie, il n’y a pas de vibration de coeur. Il n’y a personne ici ! Personne dans ma grande proximité, dans mon lien d’habitude, dans mon lien de toujours, on peut marcher dans les bois ou le long de la plage, on peut s’arrêter, prendre un pot dans un mignon café sur le port, on peut parfois même dans la nuit oser de furtifs rapprochements, il n’y a personne et cela me fait mal à dire, et j’en suis honteux de le penser et je m’en trouve monstrueux d’injustice.

Et il n’y a personne dans le lointain de ma blogobulle. Un mois et demi de sevrage m’en ont terriblement éloigné. Elle m’apparaît comme un mirage. Je suis passé une fois au cybercafé pendant le mois, j’ai relevé mon courrier, écrit quelques mails pratiques mais je n’ai même pas eu envie d’aller voir ce que devenait ma blogobulle, je l’ai moi-même tenue à distance.

Je ne suis pas dans le rationnel là, je suis dans les affres de la nuit. Mais voilà c’est ce que je ressens. Bien sûr qu’il a quelqu'un ici et j’imagine que ceux qui vivent de vraies solitudes ne me comprennent pas et que je dois leur paraître odieux à ne pas savourer ce qui m’est donné. Bien sûr qu’en rentrant je renouerai avec ma blogobulle, que j’y retrouverais des amitiés et des mouvements de coeur, ce qui fait se sentir vivant. Mais là, oui, je me sens dans le désert.

Tout ça ne peut plus durer comme ça. Il y faut du changement. Et pourtant cela dure, comme ça justement, depuis si longtemps. Il n’y a pas de changement de degré. Juste un enlisement un peu plus profond. Mes pas se font plus lourds, la boue colle plus fortement à mes jambes rendant le mouvement de plus en plus difficile, de plus en plus improbable. Car les années passent et ça ce n’est pas rien ! Nous avions posé fortement Constance et moi l’idée qu’il faudrait nous faire aider, mais ce qui paraissait proche, indispensable au printemps n’a plus été évoqué et de nouveau s’est éloigné. Je n’ai pas l’énergie de prendre le taureau pas les cornes, je laisse filer comme à mon habitude. Ou est-ce que je n’ai pas la motivation parce que je n’ai pas, je n’ai plus l’amour nécessaire ?

Encore une fois il y a eu apaisement à écrire. Ecrire c’est comme un cachet de valium. Ça traite le symptôme immédiat mais quel jolie fuite aussi. Tout à l'heure avec le jour tout ceci sera là encore mais adouci, éloigné, comme une simple trace mélancolique en moi et l’action, la présence au monde reprendra ses droits.

Je n’ai pas réfléchi. En ligne, hors ligne cette entrée ? Pour le coup elle est venue comme ça, sans vraiment penser. Mais je la mettrai en ligne sans doute, plus ça va plus il me semble que je me débarrasse de mes frayeurs et de mes pudeurs, de la dictature de l’image à donner de soi et quels que puissent être les lecteurs. Une parole n’a de sens qu’ouverte sur autrui.

(Ecrit le 24 Aout)

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Sérénité

Depuis une semaine nous sommes seuls mon père et moi dans la grande maison, Constance est rentrée à Paris pour un stage. Nous avons pris ensemble notre rythme de vieux célibataires ! Nos petites courses et les tâches matérielles le matin, le repas léger ou le pique-nique à midi, les promenades à pied ou à vélo préparées sur le guide de randonnée, la montée au lac pour la baignade en fin d’après-midi, le repas un peu plus élaboré le soir avec un petit coup de bon vin.

Tout à l'heure j’ai fait tourner une machine à linge. Après le dîner j’ai été étendre la lessive sous l’auvent. Le jour baissait. Le linge sentait le frais. Il y avait un grand concert d’oiseaux tout autour de moi. Un dernier chant avant la nuit. J’ai suspendu mes gestes pour les écouter. Je me suis senti envahi d’un profond bien-être, d’une profonde paix intérieure…

A quoi cela tient-il ? L’autre jour ces affres, aujourd'hui la paix. Est-ce parce qu’intérieurement j’ai pris (ou cru prendre) certaines décisions ? Est-ce parce qu’il fallait tout simplement un temps de latence, le temps de me faire à ce lieu, de le réapprivoiser en dépassant ce qu’il porte en lui de pesant ? Est-ce une simple question d’humeur, de dosages subtils et qui nous échappent totalement des neuro-transmetteurs dans les tréfonds du cerveau ?

Alors tandis que papa montait regarder la télévision, je suis resté au jardin, j’ai descendu mon ordinateur et avant que la nuit ne tombe tout à fait j’ai eu envie d’essayer de retenir un peu de ce moment qui passe.

Pourtant aujourd'hui aussi la mort d’une certaine façon était présente. J’ai conduit mon père dans le petit bourg à une cinquantaine de kilomètres d’ici dont était originaire ma grand-mère, où mes grands-parents sont enterrés. Nous avons fait la visite au cimetière, mis un peu d’eau sur les quelques plantes en pot installés dans un bac devant la pierre tombale puis nous nous sommes promenés un moment dans le bourg, mon père évoquant des souvenirs d’enfance lorsqu’il venait ici au milieu des années 30 en « pension d’été » chez ses propres grands parents.

J’ai failli poser une question. Mais je n’ai pas osé. Et lui ? Voudrait-il être ici près de ses parents et de ses grands-parents ? Voudrait-il être près de sa femme dans le beau cimetière en Haute Savoie sous les montagnes ? Voudrait-il que ses cendres soient dispersées au vent ? Il n’en parle jamais. J’imagine qu’il en parlera quand il en ressentira le besoin. Inutile de le solliciter.

Il n’y avait rien de triste, rien de pesant dans cette expédition. Ce fut plutôt un bon moment de partage, même s’il fut essentiellement silencieux. Peut-être que mon écoute émerveillée des oiseaux tout à l'heure n’était qu’un prolongement naturel, qu’une continuité harmonieuse de ce bon moment. De la même façon que parfois tout s’enchaîne en noir, parfois au contraire tout s’enchaîne en bleu ou en rose, mais ces enchaînements là parfois on oublie tout simplement de les voir.

(Ecrit le 10 Aout)

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Incertitudes

C’est peu de le dire. C’est de l’understatement valclairien typique ça ! J’étais dans la panade morale la plus totale oui. Une forme de dépression, osons le dire. Des journées de vacances qui avaient tout pour que normalement je me sente heureux et pendant lesquels je n’ai fait que tenter de surnager dans l’océan de mes doutes, vrillé de surcroît par l’obsession du temps qui passe. Je suis avec mon père, vieux monsieur très tonique (qui ne s’embarrasse pas trop quant à lui de ces questionnements, heureux homme) et rejoue avec lui ce que je faisais avec mon grand père vingt ans plus tôt et le temps se collapse. La cousine est devenue une vieille cousine, la vieille cousine, une très vieille cousine que nous avons été voir à la maison de retraite où elle achève sa vie jusqu’au bout de son déclin, Papa jovial tente d’entrer en communication avec elle en évoquant quelques souvenirs communs, et moi je m’imagine face à lui si vivant, si présent aujourd'hui dans une même situation dans un souffle de temps plus tard. Serrault, Bergman, Antonioni, morts en rafale, vieux bien sûr, mais la vieillesse est si vite là… En plein milieu du chemin montant au lac une pie morte, toute fraîchement morte, plumes ébouriffées, je me demande pourquoi, comment elle est tombée précisément là, comme un signe, son image m’accompagne, et là-haut, tout le temps que nous nous baignons, dans la belle lumière du soir je ne puis être sans mélange dans l’instant, je suis aussi avec la pensée lancinante de l’oiseau mort. J’ai beau me gargariser de mots comme « sérénité », « acceptation », « carpe diem », ce n’est pas pour autant que je suis capable de la sagesse qu’ils portent en eux.

Arrivé ici je me suis senti dépris de toute énergie. Le but d’être là est aussi d’accompagner mon père pour qu’il ne passe pas les vacances seul et pour que nous fassions des choses avec lui. Il faut donc prévoir pour chaque jour des ballades, des sorties. Je l’ai fait plus ou moins laborieusement, sans le peps de l’entrain. Je ne suis pas de bonne humeur, cela se sent, je me crispe et m’énerve de façon disproportionnée sur de petits incidents matériels mineurs, du genre difficultés à installer les vélos sur la galerie de la voiture, c’est ma façon à moi de manifester ce qui ne va pas en m’en prenant aux choses inertes, mais je ne suis pas dupe et je m’en veux de mes dérapages. Constance ne les supporte pas et me les renvoie assez durement à la figure. Je lui demande un peu de compréhension. Il me semble que je la tire assez souvent lorsqu’elle est déprimée, là j’aimerais bien que ce soit elle qui tire un peu le charroi de l’organisation, de la prévision, des courses à faire et des ballades à organiser. Mais ce n’est pas son truc. Alors je tente de faire la moins mauvaise figure possible et de me montrer tonique, mais c’est une tonicité qui me coûte et qui met de l’électricité dans l’air.

J’ai toujours une certaine ambivalence à l’égard de la maison où nous séjournons ici et qui fut celle de mes grands parents. Le temps plus encore qu’ailleurs m’y semble réfracté. 1990, c’est la date de la mort de mon grand père et pourtant je le vois comme si c’était hier. Curieusement la mort de ma grand-mère intervenue six ans plutôt me paraît elle bien plus lointaine, moins inscrite dans les murs même de la maison et dans son environnement, mon grand père c’était la dernière présence permanente, la dernière vie en ce lieu. Lorsqu’il est mort nous avons un peu hésité à vendre ou à garder cette grande maison, mon père ayant déclaré que même s’il aurait plaisir à y venir de temps en temps, il ne souhaiterait en tout cas jamais quitter Paris. Moi au contraire j’ai toujours vaguement caressé l’idée de m’y installer définitivement un jour. J’aime bien cette maison qui est ancienne et qui a du caractère, un jardin plutôt grand pour une maison de ville, j’aime la région où elle est située, au cœur d’une petite ville d’où l’on est tout de suite à la campagne et avec Toulouse ville vivante que j’aime beaucoup à proximité. C’est une maison bien adaptée pour y vieillir. Mon grand père y est resté seul en parfaite autonomie, même déjà malade et affaibli, il profitait de son jardin, il lui suffisait de sortir sur la place pour trouver tout ce dont il avait besoin, son médecin à sa porte, les petits commerces sous les galeries, la terrasse du café, le superbe marché du samedi. Ce n’est que dans les tous derniers mois de sa maladie qu’il a fallu l’accompagner de façon permanente, ma sœur qui ne travaillait pas à l’époque a pu venir s’installer sur place et s’occuper de lui et il est mort dans son lit. Mais aujourd'hui pour moi à l’heure où les échéances concrètes se rapprochent, où il faudrait commencer à prendre des décisions, réfléchir à des travaux, où il ne s’agit plus de vagues fantasmes je ne sais plus où j’en suis. Est-ce une bonne idée de venir se mettre dans les pas de ceux qui nous ont précédés, leurs fantômes ne pèseront-ils pas d’un poids trop lourd, pourra-t-on vraiment faire sien un tel lieu ou restera-t-on quoiqu’on fasse dans la maison des grands-parents ? Et n’est ce pas terrifiant aussi de penser une maison à l’aune de ses avantages pour y vieillir, un signe en soi de vieillissement ?

J’ai voulu écrire. Dire toutes ces choses noires qui passaient. Mais quel sens à le faire ? Il y a l’aspect exutoire bien sûr. J’ai très souvent constaté que mettre en mots m’aidait à sortir de mauvais moments. Il y a l’aspect communication aussi si j’avais décidé de surcroît de mettre en ligne. La blogobulle me paraît très lointaine. Je n’ai pas même eu envie d’aller jusqu’au cybercafé ne serait-ce que pour y lire mes mails. Et puis communiquer là-dessus, bof... Rien de bien neuf là-dedans, des déplorations d’une affligeante banalité, rien qu’un grattage de nombril de plus. Quel intérêt pour soi et quel intérêt pour les autres ? En tout cas je n’ai même pas eu l’énergie d’écrire ces jours là. C’est que mes doutes s’inscrivaient dans une interrogation plus radicale sur le sens de toutes ces écritures de soi de façon générale et de la place qu’elles ont pris dans ma vie, directement ou indirectement. Ainsi je m’étais engagé avant ces vacances à réaliser diverses tâches pour l’Association pour l’Autobiographie, mais trop, c’est trop, je ne suis pas encore parvenu à m’y mettre, je vois cela comme un pensum et du coup je me dis : qu’est-ce qui se passe ? Si tout cela ne s’accompagne pas d’un minimum de plaisir quel sens cela a-t-il ? N’est-il pas temps de tout réévaluer ? Mais tout réévaluer c’est vertigineux !

Bref tout ça a fait beaucoup. Là dessus j’ai eu une bonne migraine pendant deux jours comme je n’en suis pas coutumier, assez paralysante, je me suis traîné, incapable même de lire plus de quelques lignes, pas question d’ouvrir l’ordinateur évidemment et de me confronter à l’écran si fatiguant pour l’œil. Ce n’était sûrement pas une migraine de hasard. Enfin, elle est passé et avec elle ces affres qui l’avaient précédée semblent s’éloigner.

Depuis hier ça va beaucoup mieux. Il me semble que je réintègre le présent. J’ai eu un certain plaisir ce matin à venir écrire ces mots (non que les doutes sur le sens de l’exercice en soit pour autant effacés !), j’ai fait un premier pas concret en contactant un architecte avec qui discuter de façon très, très exploratoire, des modifications de fond qu’on pourrait envisager dans la maison. Je ne dis pas qu’on les fera (se posent aussi derrière les rêveries potentielles les questions de financement qui n’ont rien d’évident) mais c’est un premier élément hors du pur fantasme. Je reprends pied.

(Ecrit le 04 Aout)

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24 juin 2007

Insomnie

Insomnie oui, et de la mauvaise ! Couché vers minuit, endormi assez vite mais réveillé à deux heures et demi. Bêtement je n’ai pas eu le réflexe d’ouvrir un livre et de prendre un cachet porteur de sommeil. Je me suis laissé aller à vaguer au fil de mon esprit. J’ai laissé les mauvaises pensées m’envahir. Bientôt il n’y a eu plus qu’elles: Ma mauvaise journée d’hier où rien ne s’est enclenché comme il aurait fallu… Des retours sur le passé, le sentiment d’avoir si peu fait de ma vie... Ma femme à mes côtés si lointaine, mes rêveries sans espérance... Ma fatigue comme tous les ans en fin d’année, mon boulot chaque année me fatigue un peu plus, la semaine très lourde encore qui s’annonce, avec en surplus les convivialités obligés de la période, Madame Truc partant à la retraite et Monsieur Machin appelé à d’autres fonctions, je ne supporte plus et en même temps je sais que je vais très bien supporter… Tout ça…

Plus passe le temps, plus je m’éveille. C’est électrique dans mon cerveau. Ça saute d’une pensée à l’autre. Mais pas une pour requinquer d’une autre. Le souffle régulier, paisible, de la dormeuse à côté de moi m’exaspère.

Je me lève. Je prends mon ordinateur et descends dans la chambre d’ami. J’essaie d’écrire sur l’une ou l’autre des entrées que j’ai en pensée. Rien ne vient. Je me mets à zapper. Même pas à lire mes blogamis en retard, non juste zapper pour zapper au fil des liens, quelques fenêtres ouvertes sur d’autres vies, sur  d’autres écritures, certaines qui m’arrêtent un moment et qui sûrement gagneraient d’être mieux connues mais je ne peux infiniment élargir ma blogosphère. Errance. Jusqu’à des sites pornos. Défilement mécanique d’images tristes qui ne font qu’en rajouter sur la misère sexuelle ambiante.

Je me recouche. Un peu tard pour prendre un cachet maintenant ! Je lis un peu le journal, des revues, vingt pages d’un bouquin, là aussi c’est du zapping, je n’accroche pas. Souvent à l’approche de l’aube le sommeil me tombe dessus. Parfois pour une ou deux heures seulement, mais qui sont très bienfaisantes, je m’y recharge. Mais là ça n’a pas l’air de vouloir venir. Premiers bruits de la rue, la lumière qui se glisse pas les interstices des velux. Les mauvaises pensées sont toujours là.

Je marronne qu’après un samedi mal embouché, ce sera un dimanche raté, rien n’est prévu pour le structurer et je sais bien qu’avec le manque de sommeil je serai vaseux, sans énergie, que je vais traîner et ce n’est pas ma femme qui sera facteur d’entraînement, elle n’est jamais facteur d’entraînement.

Quelqu'un me disait il y a peu. Tout de même on a l’essentiel, la santé, de beaux enfants, des conditions de vie décente, on n’est pas confrontés à des drames intimes et on est à l’abri des grandes douleurs du monde. Bien sûr. Alors pourquoi ? Pourquoi cette incapacité à être en profondeur bien avec soi-même, bien avec le monde ? D’où vient qu’il y ait des natures heureuses et d’autres qui ne le sont pas ? C’est comme une malédiction. Je sais qu’en moi des choses peuvent changer, mais ça, cette ligne de fond certainement pas, alors je dois faire avec, être toujours d’une certaine façon au combat et parfois, dans des nuits comme celles-là, le découragement m’assaille.

Je prends mon petit carnet. En me disant que c’est absurde, qu’il n’y a pas de sens à ratiociner encore là-dessus. Je le fais pourtant. Peut-être est-ce un peu de la complaisance, ou bien une sorte de jouissance masochiste à s’y attarder. Je repense à Nancy Huston et à ce qu’elle écrit sur les professeurs de désespoir. Mais c’est aussi un exutoire. Je sais d’expérience qu’écrire dans ces situations m’apaise, l’action même de chercher mes mots, de construire mes phrases m’éloigne de la désespérance la plus brute. Et j’ai au moins le sentiment de faire quelquechose. Mais publierais-je ça ? Ça n’apporterait rien à personne. Ça va écorner mon image. Et alors ! C’est que je suis cela aussi. Souvent je disserte savamment, mais parfois il n’y a que ça, ce désarroi nu. Peut-être est-il plus authentique. Que sont mes mots au-delà de tout, sinon d’abord une façon de m’illusionner moi-même.

Des images clignotantes passent devant mes yeux. Vais-je m’assoupir ? Mais il est près de huit heures, il faudrait que je me lève, que je déjeune, que je me prépare à aller au marché, j’ai la flemme, je vais traîner encore un peu, tenter de refermer les yeux.

De toute façon tout à l'heure il faudra faire avec tout ça, avec ces fantômes de la nuit, tenter de trouver l’énergie, essayer de faire mentir les sombres pensées et les sombres prédictions, tenter de mettre de la vitalité, de la joie dans ce dimanche. Qui sait, tout de même j’y parviendrais peut-être…

Je repose mon carnet.

Gribouillé vers 6/7 heures ce matin sur mon carnet, tapé sur word et mis en forme vers 10h, publié ce soir après une journée un peu molle mais moins pénible que ne le laissait craindre les affres de la nuit.

Posté par Valclair à 22:12 - Sentiments et coetera... - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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