Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

27 août 2007

Incertitudes

C’est peu de le dire. C’est de l’understatement valclairien typique ça ! J’étais dans la panade morale la plus totale oui. Une forme de dépression, osons le dire. Des journées de vacances qui avaient tout pour que normalement je me sente heureux et pendant lesquels je n’ai fait que tenter de surnager dans l’océan de mes doutes, vrillé de surcroît par l’obsession du temps qui passe. Je suis avec mon père, vieux monsieur très tonique (qui ne s’embarrasse pas trop quant à lui de ces questionnements, heureux homme) et rejoue avec lui ce que je faisais avec mon grand père vingt ans plus tôt et le temps se collapse. La cousine est devenue une vieille cousine, la vieille cousine, une très vieille cousine que nous avons été voir à la maison de retraite où elle achève sa vie jusqu’au bout de son déclin, Papa jovial tente d’entrer en communication avec elle en évoquant quelques souvenirs communs, et moi je m’imagine face à lui si vivant, si présent aujourd'hui dans une même situation dans un souffle de temps plus tard. Serrault, Bergman, Antonioni, morts en rafale, vieux bien sûr, mais la vieillesse est si vite là… En plein milieu du chemin montant au lac une pie morte, toute fraîchement morte, plumes ébouriffées, je me demande pourquoi, comment elle est tombée précisément là, comme un signe, son image m’accompagne, et là-haut, tout le temps que nous nous baignons, dans la belle lumière du soir je ne puis être sans mélange dans l’instant, je suis aussi avec la pensée lancinante de l’oiseau mort. J’ai beau me gargariser de mots comme « sérénité », « acceptation », « carpe diem », ce n’est pas pour autant que je suis capable de la sagesse qu’ils portent en eux.

Arrivé ici je me suis senti dépris de toute énergie. Le but d’être là est aussi d’accompagner mon père pour qu’il ne passe pas les vacances seul et pour que nous fassions des choses avec lui. Il faut donc prévoir pour chaque jour des ballades, des sorties. Je l’ai fait plus ou moins laborieusement, sans le peps de l’entrain. Je ne suis pas de bonne humeur, cela se sent, je me crispe et m’énerve de façon disproportionnée sur de petits incidents matériels mineurs, du genre difficultés à installer les vélos sur la galerie de la voiture, c’est ma façon à moi de manifester ce qui ne va pas en m’en prenant aux choses inertes, mais je ne suis pas dupe et je m’en veux de mes dérapages. Constance ne les supporte pas et me les renvoie assez durement à la figure. Je lui demande un peu de compréhension. Il me semble que je la tire assez souvent lorsqu’elle est déprimée, là j’aimerais bien que ce soit elle qui tire un peu le charroi de l’organisation, de la prévision, des courses à faire et des ballades à organiser. Mais ce n’est pas son truc. Alors je tente de faire la moins mauvaise figure possible et de me montrer tonique, mais c’est une tonicité qui me coûte et qui met de l’électricité dans l’air.

J’ai toujours une certaine ambivalence à l’égard de la maison où nous séjournons ici et qui fut celle de mes grands parents. Le temps plus encore qu’ailleurs m’y semble réfracté. 1990, c’est la date de la mort de mon grand père et pourtant je le vois comme si c’était hier. Curieusement la mort de ma grand-mère intervenue six ans plutôt me paraît elle bien plus lointaine, moins inscrite dans les murs même de la maison et dans son environnement, mon grand père c’était la dernière présence permanente, la dernière vie en ce lieu. Lorsqu’il est mort nous avons un peu hésité à vendre ou à garder cette grande maison, mon père ayant déclaré que même s’il aurait plaisir à y venir de temps en temps, il ne souhaiterait en tout cas jamais quitter Paris. Moi au contraire j’ai toujours vaguement caressé l’idée de m’y installer définitivement un jour. J’aime bien cette maison qui est ancienne et qui a du caractère, un jardin plutôt grand pour une maison de ville, j’aime la région où elle est située, au cœur d’une petite ville d’où l’on est tout de suite à la campagne et avec Toulouse ville vivante que j’aime beaucoup à proximité. C’est une maison bien adaptée pour y vieillir. Mon grand père y est resté seul en parfaite autonomie, même déjà malade et affaibli, il profitait de son jardin, il lui suffisait de sortir sur la place pour trouver tout ce dont il avait besoin, son médecin à sa porte, les petits commerces sous les galeries, la terrasse du café, le superbe marché du samedi. Ce n’est que dans les tous derniers mois de sa maladie qu’il a fallu l’accompagner de façon permanente, ma sœur qui ne travaillait pas à l’époque a pu venir s’installer sur place et s’occuper de lui et il est mort dans son lit. Mais aujourd'hui pour moi à l’heure où les échéances concrètes se rapprochent, où il faudrait commencer à prendre des décisions, réfléchir à des travaux, où il ne s’agit plus de vagues fantasmes je ne sais plus où j’en suis. Est-ce une bonne idée de venir se mettre dans les pas de ceux qui nous ont précédés, leurs fantômes ne pèseront-ils pas d’un poids trop lourd, pourra-t-on vraiment faire sien un tel lieu ou restera-t-on quoiqu’on fasse dans la maison des grands-parents ? Et n’est ce pas terrifiant aussi de penser une maison à l’aune de ses avantages pour y vieillir, un signe en soi de vieillissement ?

J’ai voulu écrire. Dire toutes ces choses noires qui passaient. Mais quel sens à le faire ? Il y a l’aspect exutoire bien sûr. J’ai très souvent constaté que mettre en mots m’aidait à sortir de mauvais moments. Il y a l’aspect communication aussi si j’avais décidé de surcroît de mettre en ligne. La blogobulle me paraît très lointaine. Je n’ai pas même eu envie d’aller jusqu’au cybercafé ne serait-ce que pour y lire mes mails. Et puis communiquer là-dessus, bof... Rien de bien neuf là-dedans, des déplorations d’une affligeante banalité, rien qu’un grattage de nombril de plus. Quel intérêt pour soi et quel intérêt pour les autres ? En tout cas je n’ai même pas eu l’énergie d’écrire ces jours là. C’est que mes doutes s’inscrivaient dans une interrogation plus radicale sur le sens de toutes ces écritures de soi de façon générale et de la place qu’elles ont pris dans ma vie, directement ou indirectement. Ainsi je m’étais engagé avant ces vacances à réaliser diverses tâches pour l’Association pour l’Autobiographie, mais trop, c’est trop, je ne suis pas encore parvenu à m’y mettre, je vois cela comme un pensum et du coup je me dis : qu’est-ce qui se passe ? Si tout cela ne s’accompagne pas d’un minimum de plaisir quel sens cela a-t-il ? N’est-il pas temps de tout réévaluer ? Mais tout réévaluer c’est vertigineux !

Bref tout ça a fait beaucoup. Là dessus j’ai eu une bonne migraine pendant deux jours comme je n’en suis pas coutumier, assez paralysante, je me suis traîné, incapable même de lire plus de quelques lignes, pas question d’ouvrir l’ordinateur évidemment et de me confronter à l’écran si fatiguant pour l’œil. Ce n’était sûrement pas une migraine de hasard. Enfin, elle est passé et avec elle ces affres qui l’avaient précédée semblent s’éloigner.

Depuis hier ça va beaucoup mieux. Il me semble que je réintègre le présent. J’ai eu un certain plaisir ce matin à venir écrire ces mots (non que les doutes sur le sens de l’exercice en soit pour autant effacés !), j’ai fait un premier pas concret en contactant un architecte avec qui discuter de façon très, très exploratoire, des modifications de fond qu’on pourrait envisager dans la maison. Je ne dis pas qu’on les fera (se posent aussi derrière les rêveries potentielles les questions de financement qui n’ont rien d’évident) mais c’est un premier élément hors du pur fantasme. Je reprends pied.

(Ecrit le 04 Aout)

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24 juin 2007

Insomnie

Insomnie oui, et de la mauvaise ! Couché vers minuit, endormi assez vite mais réveillé à deux heures et demi. Bêtement je n’ai pas eu le réflexe d’ouvrir un livre et de prendre un cachet porteur de sommeil. Je me suis laissé aller à vaguer au fil de mon esprit. J’ai laissé les mauvaises pensées m’envahir. Bientôt il n’y a eu plus qu’elles: Ma mauvaise journée d’hier où rien ne s’est enclenché comme il aurait fallu… Des retours sur le passé, le sentiment d’avoir si peu fait de ma vie... Ma femme à mes côtés si lointaine, mes rêveries sans espérance... Ma fatigue comme tous les ans en fin d’année, mon boulot chaque année me fatigue un peu plus, la semaine très lourde encore qui s’annonce, avec en surplus les convivialités obligés de la période, Madame Truc partant à la retraite et Monsieur Machin appelé à d’autres fonctions, je ne supporte plus et en même temps je sais que je vais très bien supporter… Tout ça…

Plus passe le temps, plus je m’éveille. C’est électrique dans mon cerveau. Ça saute d’une pensée à l’autre. Mais pas une pour requinquer d’une autre. Le souffle régulier, paisible, de la dormeuse à côté de moi m’exaspère.

Je me lève. Je prends mon ordinateur et descends dans la chambre d’ami. J’essaie d’écrire sur l’une ou l’autre des entrées que j’ai en pensée. Rien ne vient. Je me mets à zapper. Même pas à lire mes blogamis en retard, non juste zapper pour zapper au fil des liens, quelques fenêtres ouvertes sur d’autres vies, sur  d’autres écritures, certaines qui m’arrêtent un moment et qui sûrement gagneraient d’être mieux connues mais je ne peux infiniment élargir ma blogosphère. Errance. Jusqu’à des sites pornos. Défilement mécanique d’images tristes qui ne font qu’en rajouter sur la misère sexuelle ambiante.

Je me recouche. Un peu tard pour prendre un cachet maintenant ! Je lis un peu le journal, des revues, vingt pages d’un bouquin, là aussi c’est du zapping, je n’accroche pas. Souvent à l’approche de l’aube le sommeil me tombe dessus. Parfois pour une ou deux heures seulement, mais qui sont très bienfaisantes, je m’y recharge. Mais là ça n’a pas l’air de vouloir venir. Premiers bruits de la rue, la lumière qui se glisse pas les interstices des velux. Les mauvaises pensées sont toujours là.

Je marronne qu’après un samedi mal embouché, ce sera un dimanche raté, rien n’est prévu pour le structurer et je sais bien qu’avec le manque de sommeil je serai vaseux, sans énergie, que je vais traîner et ce n’est pas ma femme qui sera facteur d’entraînement, elle n’est jamais facteur d’entraînement.

Quelqu'un me disait il y a peu. Tout de même on a l’essentiel, la santé, de beaux enfants, des conditions de vie décente, on n’est pas confrontés à des drames intimes et on est à l’abri des grandes douleurs du monde. Bien sûr. Alors pourquoi ? Pourquoi cette incapacité à être en profondeur bien avec soi-même, bien avec le monde ? D’où vient qu’il y ait des natures heureuses et d’autres qui ne le sont pas ? C’est comme une malédiction. Je sais qu’en moi des choses peuvent changer, mais ça, cette ligne de fond certainement pas, alors je dois faire avec, être toujours d’une certaine façon au combat et parfois, dans des nuits comme celles-là, le découragement m’assaille.

Je prends mon petit carnet. En me disant que c’est absurde, qu’il n’y a pas de sens à ratiociner encore là-dessus. Je le fais pourtant. Peut-être est-ce un peu de la complaisance, ou bien une sorte de jouissance masochiste à s’y attarder. Je repense à Nancy Huston et à ce qu’elle écrit sur les professeurs de désespoir. Mais c’est aussi un exutoire. Je sais d’expérience qu’écrire dans ces situations m’apaise, l’action même de chercher mes mots, de construire mes phrases m’éloigne de la désespérance la plus brute. Et j’ai au moins le sentiment de faire quelquechose. Mais publierais-je ça ? Ça n’apporterait rien à personne. Ça va écorner mon image. Et alors ! C’est que je suis cela aussi. Souvent je disserte savamment, mais parfois il n’y a que ça, ce désarroi nu. Peut-être est-il plus authentique. Que sont mes mots au-delà de tout, sinon d’abord une façon de m’illusionner moi-même.

Des images clignotantes passent devant mes yeux. Vais-je m’assoupir ? Mais il est près de huit heures, il faudrait que je me lève, que je déjeune, que je me prépare à aller au marché, j’ai la flemme, je vais traîner encore un peu, tenter de refermer les yeux.

De toute façon tout à l'heure il faudra faire avec tout ça, avec ces fantômes de la nuit, tenter de trouver l’énergie, essayer de faire mentir les sombres pensées et les sombres prédictions, tenter de mettre de la vitalité, de la joie dans ce dimanche. Qui sait, tout de même j’y parviendrais peut-être…

Je repose mon carnet.

Gribouillé vers 6/7 heures ce matin sur mon carnet, tapé sur word et mis en forme vers 10h, publié ce soir après une journée un peu molle mais moins pénible que ne le laissait craindre les affres de la nuit.

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27 avril 2007

Amitiés amoureuses

J’ai envie de le mettre au pluriel contrairement à mes deux autres entrées sur ce même sujet ici et .

Non pour dire que j’en ai beaucoup des amitiés amoureuses ! Mais plutôt pour insister sur le fait qu’il en est qui sont de nature bien différente et qui, l’une comme l’autre, sont des bonheurs.

Elles ont en commun d’être d’abord des amitiés, de s’appuyer sur l’échange intellectuel, sur la compréhension mutuelle et la confiance partagée, sans cela je crois que rien ne pourrait être. Elles se chargent de plus de cet aura de désir qui peut se nouer entre un homme et une femme.

Mais partant de là, il en est qui ont pu s’épanouir dans une maîtrise tranquille, moments d’échange dans le présent, sans questionnements difficiles et sans anxiété du devenir, moments parfaitement délimités, bornés par la distance, par le temps compté qui leur est réservé. Les affects y sont paisibles et la tendresse mutuelle peut s’y épanouir dans une relation sexuelle accomplie et réussie. Dirait-on dans ce cas de figure que c’est l’amitié qui domine ? L’aspect amoureux n’en serait-il que second ? Pourrait-on parler alors d’amitié sexuelle plutôt que d’amitié amoureuse ?

Il en est d’autres où ce qui compte d’abord c’est cette palpitation ténue dans le coeur dans l’attente de la rencontre, c’est la vibration permanente pendant le moment passé ensemble et c’est surtout, lorsque on se retrouve seul, que la personne s’est éloignée, ce petit pincement de l’absence qui est en même temps un plaisir (se sentir vivant) et une légère tristesse. Pourrait-on dire que c’est ici l’état amoureux qui domine même s’il reste dans l’inaccompli (ou, qui sait, parce qu’il reste dans l’inaccompli !)?

Ainsi en est-il de l’amitié amoureuse qui me lie à l’amie chère avec laquelle j’ai déjeuné ce midi. J’ai passé avec elle un moment ébloui, tout chargé de nos mots qui vont d’emblée avec acuité au cœur de ce que nous sommes, un moment chargé de l’éclat de nos sourires, de nos regards yeux dans les yeux, du tremblement de sa peau à peine effleurée, de toute la vivacité de sa réelle présence.

La quittant dans l’après midi chaud j’ai marché un long moment en bord de Seine, évoquant ces pensées, regardant les jolies filles et les amoureux qui se tiennent par la main, songeant…

Je suis revenu à la maison, j’écris ces mots qui n’étaient pas du tout ceux auxquels je pensais que j’allais me coltiner ce soir, j’écris ces mots dans le regret de ne pouvoir, semble-t-il, cueillir cette fleur mais dans l’alacrité et la joie tout de même, comme un prolongement doux du moment passé…

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21 avril 2007

En vrai

Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à écrire ?

Parce que tentant d’écrire de la façon dont je l’ai fait hier – réflexions, comptes-rendus, ricochets – je suis loin de moi ici et maintenant.

Je n’ai pas écrit faux mais je n’ai pas écrit en tout cas au vrai du vrai de moi même. Le vrai du vrai ce serait de dire mon malaise, un malaise certes sans grande intensité, je ne suis ni triste, ni angoissé, mais un malaise réel, persistant, sous-jacent à tout, je me sens flottant, atone, je suis mollement le mouvement, je n’initie rien. Le vrai c’est mon sentiment d’être clivé, de ne pas savoir où je suis vraiment. Le vrai c’est mon envie récurrente de sortir de la fausseté et mon impuissance à le faire. Le vrai c’est ce silence toujours entre Constance et moi, qu’il m’est toujours aussi indispensable de briser, toujours aussi impossible à briser. Le vrai c’est la perspective de mon petit voyage vers mon monde bloguesque à Toulouse mercredi, à la fois proche et vu d’ici tout à fait irréel, qu’est-ce donc que je vais y chercher…

Comme j’ai du mal à être simple. Il y a bien des gens qui ont des vies multiples et les concilient sans difficulté. Pourquoi est-ce que je ne parviens pas moi à tirer sans questionnements et malaises aussi bien les potentiels bonheurs tranquilles de ces jours ici que ceux éventuellement un peu plus aventureux de mes rencontres toulousaines ?

Démarrant cette entrée j’avais d’emblée imaginé qu’elle allait être « hors-ligne » en me disant pour me donner toute latitude que celle-ci je ne la publierais pas. Mais la relisant je me dis : il n’y a rien là dedans qui nécessite de rester caché, mes fragilités, mes névroses n’ont rien de honteux, rien de disqualifiant, rien qui ne soit susceptible d’entraîner le rejet (ou si ce devait être le cas ce serait de la part des personnes qui m’importeraient peu).

(Ecrit le dimanche 15 avril)

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05 février 2007

Intermittences

Oui, le temps superbe a continué hier.

Oui nous avons réussi à décoller dès le matin, nous avons enfourché nos vélos, pique-nique dans le sac, nous avons suivi la Seine puis la Marne puis nous avons pédalé en long et en large dans les allées et les chemins du bois de Vincennes puis sommes revenus par la Promenade Plantée et la Bastille, je me sentais en harmonie, je me sentais présent dans le moment et Constance était détendue, souriante, presque gaie…

Oui j’ai été tonique tout au long du week-end, j’ai enrichi mon blogomonde d’une sympathique rencontre en vrai, j’ai eu des démangeaisons d’écriture, j’ai mis le nez dans de vieilles paperasses avec un certain plaisir à la recherche de repères de dates pour en faire quelque chose pour les ricochets kozlikiens, j’ai été deux fois au cinéma et vu deux assez bons films, « L’Etoile imaginaire » et « Little children » sur lesquels j’aurais envie d’écrire une note, surtout sur le second…

Oui, c’était donc un bon week-end, même un très bon week-end  !

Pourquoi alors hier dimanche en fin d’après-midi ai-je ressenti cette bouffée d’amertume et de découragement ?

Pourquoi ce sentiment de lassitude à l’idée de la semaine de travail qui va commencer,  plus ça va, plus je me sens à côté de tout ça, foncièrement déconcerné, n’en voyant presque plus que les routines ?

Pourquoi cette envie d’écrire d’hier brusquement délitée, pourquoi alors que je la sentais d’abord comme devant être ludique et légère (tout en sachant qu’elle ne serait pas sans signification ni intérêt plus profond) l’ai-je perçue comme problématique au point de me dire « à quoi bon ? »

Pourquoi mon regard silencieux devant Constance, tendue, assombrie, préparant avec conscience mais dans le déplaisir les documents nécessaires à sa semaine de travail ? Pourquoi mon incapacité à porter ma main vers elle, lui dire un quelconque mot tendre ou d’encouragement ?

Pourquoi ce pincement en pensant à certain(e)s de mes blogami(e)s chez qui en ce moment ça bouge, ça vit avec intensité ?

Pourquoi toujours ma ligne grise ?

Pourquoi cette impression qui soudain me taraude qu’avec mes « distractions », qu’avec mes écritures, qu’avec tous mes petits bonheurs, (si précieux pourtant et que je crois savoir apprécier, goûter à leur juste valeur), je suis à côté de l’essentiel et j’en alimente même la machine de mon immobilisme ?

Pourquoi ce réveil intempestif bien avant l’aube, pourquoi ces pensées qui me reviennent, qui me font sortir mon petit carnet et qui m’y font tracer ces lignes ?


Vincennes_fevrier_2007_006

 


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28 janvier 2007

Rebond

Les envies qui se manifestent en moi, ce besoin de renouveau relationnel, affectif, sexuel que je ressens si fort, tout cela est sans doute d’une affreuse banalité. C’est un peu ce fameux « démon de midi », (quoiqu’il soit plutôt en l’occurrence celui de quatorze heures, je m’y prends tard !), ce moment où l’on veut retenir une jeunesse qui s’enfuit, où l’on se dit qu’on voudrait pouvoir vivre encore des choses intenses, que ces émotions là ne sont pas finies.

Les figures peuvent en être diverses. La plus classique peut mettre en jeu, le mari volage et la femme trompée et c’est ainsi qu’en parlait une blogamie dont je ne donnerais pas le lien car je crois qu’elle souhaite désormais bloguer discret mais beaucoup de ceux qui viennent ici la reconnaîtront. J’ai eu envie de rebondir sur son entrée.

Par moments je me dis : est-ce à cela que je tends ? Préserver mon couple tranquillement ouaté dans son silence, m’attribuer un petit supplément d’âme, le beurre et l’argent du beurre comme le disait la blogueuse en question et quelques crémières en prime pour le fun.

Si c’est ça évidemment ce n’est pas très glorieux et ça nous ramène aux figures les plus éculées de l’adultère bourgeois.

N’y a-t-il pas une autre figure possible. Celle où dans le couple, l’un comme l’autre assume avec clarté cette situation, ou elle est pensée comme possible pour l’un comme l’autre. Puisque la rencontre sensuelle ne se fait plus ou se fait mal dans le couple pourquoi ne pas reconnaître qu’elle puisse se produire ailleurs et l’accepter. Que Monsieur puisse avoir ses crémières et Madame ses crémiers. Que les relations se jouent dans la fluidité avec leur géométries variées, dans la tolérance et le respect. Un peu, je crois, ce que recouvre ce concept de polyamour que j’avais croisé il y a certain temps déjà dans des notes de Pierre l’Idéaliste. Á le dire, à poser les choses simplement en termes rationnels, cela m’apparaît comme une évidence absolue. Á le vivre, à l’assumer, c’est bien sûr une autre paire de manches.

Constance et moi avons chacun déjà fort heureusement nos activités séparées multiples à l’extérieur, des relations propres liées à ces activités, des gens que l’on rencontre, avec qui l’on dîne, avec qui on échange. Constance a ses week-end de yoga, et quand on sait tout ce que cette pratique induit de réflexions sur la conscience profonde, sur l’être au monde, sur les relations avec les autres, il est vraisemblable qu’elle développe avec les personnes qu’elle fréquente dans ce cadre des relations fortement affectivées. De même elle passe de longues heures avec une vieille copine-confidente avec qui j’imagine elle parle de tout, y compris de ces sujets qu’entre nous nous sommes incapables d’aborder. Moi de mon côté je m’investis dans mon écriture, dans mon activité associative, dans ma blogo-addiction et dans les relations à multiples niveaux que je crée dans ces mondes. L’écran m’est une maîtresse exigeante, bien plus pour l’instant que telle ou telle femme de chair. Nous avons donc déjà chacun nos jardins secrets, et c’est bien et c’est normal. Pourquoi ne pas se reconnaître d’emblée à l’un et à l’autre que le corps puisse s’en mêler. Quelle sacralisation extrême du corps on opère ainsi. Pourquoi y aurait-il soudain une telle différence, une telle frontière lorsque avec l’ami(e) confident(e) le corps deviendrait partie prenante ? Pourquoi alors glisserait-on obligatoirement vers la dissimulation active et les mensonges avérés ?

La parole que je souhaite n’est pas une parole qui viserait à une transparence absolue à laquelle je ne crois pas, qui ne me paraît même pas souhaitable, il ne s’agit sûrement pas de tout se dire, les jardins secrets sont nécessaires, il s’agirait seulement de reconnaître à chacun le droit mutuel à des jardins secrets dont les émotions affectives, les désirs, les corps seraient partie prenantes.

Je n’ai pas la naïveté de croire que c’est sans risque. Dans mon esprit il ne s’agit nullement d’être dans du pur libertinage, la simple partie de jambes en l’air, le corps détaché des affects. Et je sais très bien que l’affectif est imprévisible, que le cœur a des raisons que la raison n’entend pas, qu’il peut nous mener ailleurs que là où on pensait le cantonner. Bien sûr on peut s’y brûler douloureusement. Bien sûr il y a du risque. Mais le risque c’est la vie. Est-ce qu’on ne crève pas à petit feu de notre peur du risque ?

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16 janvier 2007

Dépression

De nouveau le doigt noir de la dépression est tombé sur Constance. A vrai dire depuis des années il ne s’est jamais vraiment tout à fait écarté. Il y a eu des hauts et des bas mais là de nouveau il pèse de tout son poids, avec toute sa hideur.

Cette dépression traîne depuis cinq/six ans. Cinq/six ou six/huit ans ? Il faudrait que j’aille voir dans mes carnets d’avant internet. Depuis longtemps en tout cas. Depuis très longtemps. Et encore je ne parle que du moment à partir duquel il y a eu des signes visibles : lorsqu’elle a dû, pour la première fois, accepter de se faire arrêter pendant quelques semaines, lorsqu’elle a dû commencer, d’abord à son corps défendant, à voir un psy avec lequel le travail a continué sans interruption et continue à ce jour. Mais avant sûrement il y avait d’autres choses nouées de longtemps, nouées de toujours dont on s’est accommodé, sur lesquelles notre couple a construit ses modes de fonctionnement et sans doute ce silence, ce fameux silence qui maintenant m’est assourdissant.

Le plus souvent la dépression est latente, ne l’empêchant pas d’accomplir ce qui lui paraît être ses devoirs à l’égard de ses enfants, de sa famille, ne l’empêchant pas d’aller travailler. Je pense d’ailleurs que son surinvestissement professionnel (ou plus exactement sa sur-attente professionnelle, la violence avec laquelle elle vit tout ce qui dysfonctionne) a quelquechose de pathologique. Elle se défonce dans son travail mais ensuite en sort épuisée et ne cesse de se plaindre de sa fatigue, n’a envie de rien faire sinon de se reposer. Elle est dans l’inappétence à tout ce qui pourrait être ses plaisirs (et nos plaisirs partagés), que ce soit le rapprochement des corps, les plaisirs de la table, les sorties ou les vacances. C’est là toujours, plus ou moins présent, cette dépression, cette ligne grise à laquelle s’adosse parfois si facilement ma propre ligne grise. Il me faudrait de l’énergie pour tenter de contrebalancer, pour entraîner, pour bousculer et parfois, souvent, elle me manque. Ces derniers temps les choses sont redevenues plus difficiles, ce n’est pas pour rien que l’on n’a pas réussi à partir en vacances à Noël. Et puis là, depuis hier, ça a pris un tour encore plus critique, rappelant les moments les plus douloureux d’il y a quelques années, ça a débordé sur son travail puisqu’elle s’est senti incapable de s’y rendre tout en en étant rongée de culpabilité. Non sans peine j’ai réussi en rentrant du bureau ce soir à l’envoyer voir son médecin…

Cette dépression latente on vit avec. On s’y est fait. Je m’y suis fait. J’y participe d’ailleurs. Quelquepart elle est un cocon rassurant. Je ne cesse de dire que je n’arrive pas à parler. Ça tient à moi comme ça tient à elle. C’est un système comme disent les psys, dans lequel chacun avec nos propres névroses, on a trouvé notre compte. Pour moi c’est si facile de prendre prétexte de sa fragilité pour ne pas parler, je pourrais même me donner le beau rôle, voyez comme je suis sensible et respectueux, je garde tout ça pour moi, je ne dis pas ces mots dont je sais qu’ils pourraient être douloureux parce qu’elle est fragile, que je ne veux pas faire mal. Foutaises. Je sais très bien que ce n’est pas la vraie raison, ce n’est qu’un prétexte que je me donne pour me défiler face à mes propres blocages.

Ce silence! Est-il cause, est-il conséquence, un peu les deux sans doute.

Mais tout ce qui reste dans le non-dit accumulé, le sien comme le mien, se sait au fond des tripes et doit peser et faire souffrir plus sans doute que s’il osait s’exprimer.

Il faudra bien y venir à cette parole, sous une forme ou sous une autre. Evidemment aujourd'hui pour le coup ce n’est pas le jour.

Elle est rentrée de chez le médecin. Elle n’a pas voulu qu’il l’arrête plus de trois jours. Elle a grignoté à peu près correctement au dîner. Elle m’a dit avoir sommeil. Elle s’est couchée rapidement et a pris le calmant léger que le médecin lui a prescrit. Elle dort.

J’écris…

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28 décembre 2006

Matin de Noël

Je me suis éveillé tôt. Tous dorment encore. Je me suis extrait silencieusement de la chambre pour ne pas déranger Constance, les garçons eux dorment au salon, je suis donc confiné à la cuisine, je me fais couler un café, je regarde par la fenêtre le jour qui se lève, il y a un épais brouillard, on ne voit pas le bout du parc qui domine la résidence qu’habite ma belle-mère et où nous sommes pour la nuit de Noël et la journée qui suit. Je feuillette les livres qu’on m’a offert et ne sais par lequel commencer : Erri de Luca, Nancy Huston… Mais j’ai sorti mon petit carnet qui toujours m’accompagne et je commence à tracer ces mots.

Je me suis éveillé tôt et pas sur de très bonnes pensées. Impression que tout est lourd et compliqué autour de moi. Impression que tout est lourd au dedans de moi. J’ai la bouche un peu pâteuse même si j’ai fait attention à ne pas trop boire, à ne pas trop manger hier, mais malgré tout ce devait être un peu trop, la preuve. Horizon bouché. Réflexions tournoyantes à propos de que faire des jours à venir. J’ai une pensée qui me donne le vertige pour mes matins de Noëls d’antan, hier j’avais exhumé ces pensées avec nostalgie mais avec plaisir et tendresse, ce matin elles viennent à moi dans la douleur, le sentiment d’irrémédiable est déchirant, pas seulement nostalgique.

Hier dans notre assemblée, il y avait le père de mon beau frère, un très vieux monsieur de quatre-vingt quinze ans que je vois une fois par an à l’occasion de Noël justement. Il a beaucoup baissé d’une année sur l’autre. Sa surdité est devenue complète, l’isolant de façon radicale. Difficile de savoir si la surdité explique seule qu’il paraisse si lointain ou s’il glisse aussi dans l’absence parce qu’il perd ses repères et ses moyens intellectuels. Est-ce que cela a grand sens de le traîner dans ce genre d’assemblée sous le prétexte qu’il ne faut pas laisser les vieux seuls un jour de Noël ? Est-ce que ce n’aurait pas été mieux pour lui de se reposer hier et puis que ses enfants et ses petites filles le reçoivent en petit comité aujourd'hui, qu’il puisse être un peu au centre de l’attention, qu’on prenne le temps de tenter de communiquer un peu avec lui. Dans cette grande assemblée il était au milieu de nous tous qui le voyions à peine, sa présence absence était un crève-cœur, ce sera pareil quand il va revenir tout à l’heure pour le déjeuner.

Oui décidément c’est lourd, trop lourd, ces Noëls de famille élargi. Vingt quatre personnes hier soir, quatorze pour déjeuner tout à l'heure. La plus grande partie des convives sont les mêmes, quelques uns sont différents. Ce matin on va finir de ranger les agapes d’hier et déjà il faut préparer la table pour celles d’aujourd'hui. Moi je vais me dispenser en partie de ces préparatifs, je vais aller accueillir mon père à la sortie du RER, nous ferons une promenade apéritive dans le parc du château et sur la terrasse qui domine la Seine puis je lui conduirai jusqu’ici par les petites rues piétonnes, cela va me faire du bien de sortir un peu d’ici.

Je suis dans l’incapacité à me décider sur quoi faire pendant mes deux semaines de vacances. Nous avions prévu Constance et moi d’aller nous aérer quelques jours en Bretagne, mais depuis quelques jours elle me dit qu’elle veut se reposer à Paris, qu’elle est trop fatiguée, qu’elle n’a pas envie de bouger... Ce fond constamment dépressif qu’elle affiche m’attriste et surtout m’exaspère de plus en plus. Confrontation pénible et tendue. Que faire moi alors ? Rester à Paris moi aussi ? J’ai beaucoup de choses à faire ici, c’est sûr, mais je sais aussi d’expérience combien souvent on « tontonne » quand on reste à Paris dans ces situations, je sais ce que seront mes dispersions, mes zappings internautiques, je sais que tout ça me laissera dans le malaise, et puis surtout j’ai une telle envie de campagne, d’espace, de nature. Y aller seul ? Ce n’est c’est pas très motivant de partir seul, d’aller ouvrir une maison vide, de gérer pour soi seul les matérialités du quotidien, et puis je crois que je n’ai pas envie de me retrouver trop seul face à moi-même en ce moment. M’inscrire à un voyage in extremis ? Je sais que ça se fait, on peut dégoter des places de dernière minute mais je ne me sens pas non plus dans l’énergie pour initier un voyage. Tenter d’organiser quelque chose avec un ami ou une amie ? Les gens sont déjà organisés le plus souvent et pas si facile de construire quelquechose à la dernière minute, tiens je pourrais essayer d’aller passer quatre/cinq jours chez ma vieille amie des Landes… Oui ça ce serait génial. Je vais lui téléphoner dès demain pour voir si elle peut m’accueillir, pas évident, c’est devenu un peu plus compliqué chez elle aussi…

( Ecrit le 25 décembre au matin )


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22 décembre 2006

Beau temps à crier

Soleil magnifique encore toute cette journée !

Il a fait insurpassablement beau, beau à crier quand on ne se sent pas en harmonie intérieure avec la beauté de ce ciel.

Mon envie ce serait de partir, loin, loin, d’être dans d’autres lieux, avec d’autres gens, dans une vaste et belle nature, baigné d’immensité. Je me sens terriblement décalé, plus fortement que jamais il me semble, dans ce moment d’avant-fête.

Pas de promenade ou de photos cet après-midi. L’aurais-je fait je ne sais pas si j’aurais su en jouir. Non je suis descendu dans les cavernes de la consommation pour aller moi aussi chercher mes cadeaux. Malaise récurrent. Chaque année c’est pareil...

Le malaise ne vient pas de la seule situation objective, de ce contraste violent entre la débauche consommatrice et tout ce que l’on sait du monde tel qu’il va, tel qu’il va mal, d’un monde qui n’est pas seulement à l’autre bout de la terre mais parfois juste à notre porte et qui se rappelle à nous, douloureusement. Non le malaise vient surtout des contradictions qui nous traversent au plus intime. Je rechigne à aller chercher des cadeaux tous azimuths pour les uns et les autres mais, en même temps qu’un sentiment d’étouffement, de trop plein qui frise l’indigestion, j’y ai un certain plaisir, j’y vois des choses qui m’attirent et dont j’ai une soudaine envie, à laquelle je cèderai ou pas, ça importe peu. Je trouve qu’on offre trop et en même temps je serais agacé si on m’oubliait. Le côté rituel du repas qui réunit inévitablement toute la famille m’agace mais je ne serais pas prêt à assumer la solitude ce jour là et je sais bien la tristesse de ceux qui sont condamnés à la solitude, qui ne la choisissent pas. Alors j’aurais scrupule à cracher dans la soupe et d’ailleurs je ne le fais pas. Le souvenir des bonheurs des Noëls d’enfant rajoute de surcroît une couche de nostalgie, oui, il y a eu magie de Noël à nos yeux d’enfants, mais la magie ça n’existe pas, on sait trop que jamais on ne retrouvera nos Noëls d’enfants.

 
Je m’aperçois à lire les blogs que ce malaise anté-fêtes est assez et de plus en plus partagé, quantité de gens, pour quantité de raisons qui ne sont pas les mêmes pour chacun, vivent assez mal cette période. C’est rassurant d’un côté. Mais d’un autre ça ne l’est pas vraiment, c’est signe aussi de combien nous sommes formatés puisqu’au final on se laisse faire.

Je me laisserai faire bien sûr. Je suis un garçon sage et gentil. Je suivrai le mouvement comme tout un chacun, d’ailleurs je ne vivrai pas mal le moment lui même, je le sais, je me connais, ce n’est pas la première fois, je me dirai seulement en prime : « Mon pauvre garçon, quel esprit tortueux tu as, à toujours t’interroger, à te regarder vivre, pourquoi ne peux-tu vivre ça dans l’immédiateté, dans la simplicité… »

Oui aujourd'hui il faisait beau à crier. Mais je ne crie pas, je ne crierai pas, crier ce n’est pas mon genre. Je garde tout ça pour moi (enfin pas tout à fait puisque je le mets en ligne !), je pose juste au coin de mon cœur une rêverie qui fait mal…

Partir loin… Marcher, respirer, partager avec quelqu'un qui me ferait vibrer, les émotions, l’éclat d’un matin neuf, le corps accordé au monde, un repas roboratif, la fatigue d’un jour accompli, ça ce serait une vraie fête...

Posté par Valclair à 19:12 - Sentiments et coetera... - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 décembre 2006

Anxiété

Une récente entrée de la Discrète m’a amené à repenser aux phénomènes d’anxiété face à la mise en jeu publique de soi, notamment à travers les prises de parole.

Et j’y ai d’autant plus repensé que le même jour je donnais moi-même une conférence dans un cadre qui ne m’est pas du tout familier, face à un public relativement nombreux et inconnu et que j’ai ressenti quelques uns des troubles que ce genre de situation m’occasionne, heureusement cette fois ci d’une façon qui n’a pas été trop violente.

Je me connais. Je sais que je maîtrise assez bien la parole en public, qu’en général mes interventions passent bien, qu’elles sont appréciées et qu’au final lorsque j’en sors je m’en sens plutôt satisfait et valorisé. Et pourtant je ne peux éviter avant ce type d’intervention de traverser des moments très désagréables, marqués même de manifestations somatiques : appétit coupé, mal de ventre, mal de crâne, et parfois jusqu’à des palpitations. Je suis porté par l’imagination de tout ce qui peut mal se passer, depuis la panne de métro qui me mettrait en retard, le matériel technique qui ne voudrait pas fonctionner, mon élocution qui s’embrouillerait, la panne des mots et l’angoisse de me retrouver soudain vide de tout ce que j’avais à dire. Les malaises psychosomatiques entretiennent eux même la panique puisque je me mets à imaginer en les ressentant qu’ils pourraient prendre plus d’ampleur, aller peut-être jusqu’à me plonger dans la paralysie complète ou me faire tourner de l’œil devant mon public. Au point qu’il m’est arrivé de me dire dans ces moments d’avant : « Plus jamais ça, ce n’est décidément pas pour moi, je ne ferais plus d’intervention de ce type ».

Ce que je trouve incroyable c’est que la raison n’a rien à voir à l’affaire. Je peux en même temps ressentir ces malaises, avoir ces imaginations délétères et me dire : « ça se passera bien comme d’habitude ». Il n’y a pas connexion entre les deux .

Comme si l’anxiété était beaucoup plus profonde, comme une ligne sous-jacente, rattachée à des peurs archaïques, à un manque d’assurance de soi, à une peur des autres, comme si elle était un retour du refoulé, de tout ce que je cache à l’extérieur en affichant une assez grande aisance sociale.

Car socialement en effet cela ne se voit pas. Je ne donne pas du tout l’impression d’être quelqu’un de coincé. Ceux qui me voient fonctionner, ceux qui côtoient mon personnage social dans la vie associative, dans la vie professionnelle ne peuvent imaginer que je puisse avoir parfois de telles terreurs sous-jacentes et à peine conscientes. Ce sont elles pourtant qui ont entraîné les difficultés que j’ai toujours eu pour aller vers les gens, je veux dire pour aller vers les gens au cœur et vers les femmes en particulier, au-delà des relations superficielles que peut entretenir le personnage social.

Mais le paradoxe c’est que j’ai l’impression que cette anxiété de fond a tout de même reculé à travers ce que j’ai pu apprendre de moi, à travers mes expériences de vie, à travers l’acquisition d’une forme de maturité et peut-être l’accession à un début de sérénité. Mais dans les manifestations extérieures, dans le ressenti de ces malaises qui précédent l’action, elles auraient au contraire tendance à s’accentuer à mesure que passent les années. Je n’avais aucun trouble psychosomatique (enfin bien moins) pour prendre la parole quand j’étais plus jeune alors que mon insécurité profonde était certainement plus grande. Est-ce que le vieillissement en lui-même mettrait en jeu d’autres paramètres ? Ou est-ce que cette capacité à gommer l’anxiété pour ce qui était de l’expression extérieure était une ruse habile pour masquer ou du moins tenir à distance l’anxiété profonde, plus radicale, dans les relations interpersonnelles, dans les relations intimes, dans les relations des cœurs et des corps ?

Il y a d’étranges découplages que je ne m’explique pas bien.

Tout ça ne doit pas être très clair parce que ça ne l’est pas dans ma tête...


Posté par Valclair à 19:19 - Sentiments et coetera... - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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