28 novembre 2006
Contrastes
Ce fut un dimanche de
contrastes…
D’abord j’ai eu la joie de
rencontrer pour la première fois quelques diaristes en ligne de la vieille
époque, du temps d’avant les blogs. Lou, l’ex insomniaque, ex québécoise en
cours d’installation en France, auteure des « Carnets du petit
jour », Eva talentueuse rédactrice des « Regards solitaires » et
aussi, surprise inattendue, venue avec Lou, Camille, une (déjà) ancienne
connaissance que j’ai retrouvé avec plaisir. (Et oui la blogosphère est un vaste
monde aux limites toujours repoussées de liens en liens mais c’est aussi
beaucoup de petits mondes!). La douceur du temps, incroyable pour cette fin
novembre, nous a même permis de siroter nos grands jus de fruit sur une
terrasse paisible, en retrait de l’avenue, ça c’est le petit bon côté du
réchauffement climatique, jouissons-en autant qu’on peut...
Eva et Lou pour moi
c’étaient un peu des mythes, des personnes que je connais par leurs mots depuis
longtemps, depuis bien avant la majorité des autres blogueurs que j‘ai
physiquement rencontrés. Je les lisais avant de me lancer moi-même, dès mes
toutes premières explorations des journaux en ligne vers 2001. Je peux dire
qu’elles ont été des modèles pour moi en ce sens que j’ai trouvé dans leur
forme d’écriture et dans leur matière des similitudes avec ce qu’il me semblait
possible de faire moi même et que je me suis donc dit : pourquoi pas
moi ? Sympa de passer du mythe aux personnes ! C’était une prise de
contact. Une fois de plus je me confirme dans l’idée que ce sont bien les
échanges duels qui permettent d’aller le plus loin, le plus au fond des choses,
je l’ai ressenti notamment vis à vis d’Eva, je me demande si elle n’a pas été
un peu soûlée par nos échanges sur la vie du blogomonde, elle qui s’en tient
volontairement à distance.
Et puis, après cela, je suis
rentré dare-dare chez moi pour une réunion familiale du style de celles que je
n’aime pas trop. Il s’agissait de fêter les anniversaires d’octobre/novembre,
contingent dont je fais partie de surcroît. Je n’aime pas trop ces grands
raouts, cette façon un peu rituelle de fêter les anniversaires, comme si
c’était une obligation à laquelle on ne pouvait échapper avec les cadeaux
distribués plus ou moins souhaités, avec les bougies à souffler les uns après
les autres. Quitte à célébrer (mais faut-il célébrer ?) je préfère
infiniment les rencontres en petit comité avec des personnes choisies par moi
et qui savent vraiment pourquoi elles viennent.
Basculement brutal d’un de
mes mondes dans un autre.
Honnêtement je dois reconnaître que cette fois ci ça s’est fait sans peine, je me suis senti à l’aise dans l’un et l’autre lieu. Peut-être parce que la soirée famille est restée assez légère, on avait opté pour le buffet salade, fromage, gâteaux plutôt que pour la grande bouffe, il n’y a pas eu de ces déploiements de cadeaux exagérés qui me mettent mal à l’aise. La soirée ne s’est pas trop prolongée, on n’a pas atteint le moment où je commence à m’ennuyer ferme entre papotages devenus indigestes et gens qui baillent et commencent à s’endormir. A moins aussi que je ne me sois simplement senti plus en humeur de tolérance, plus capable de vivre le moment dans sa simplicité sans trop en attendre.
C’est ce genre de
basculement qui est parfois pour moi source de malaise à cause de cette
impression de ne pas savoir vraiment où je suis, où est mon unité profonde
derrière les diverses facettes sous lesquelles je m’incarne. Certaines
personnes ont une grande capacité à vivre plusieurs vies ou plusieurs
personnages dans l’harmonie. Moi ça me pose assez souvent problème et notamment
avec la part professionnelle de ma vie. Il m’arrive rarement quand je suis au
bureau d’écrire pour moi ou d’aller lire des blogs. Quand je le fais c’est
toujours avec un violent sentiment de malaise. En partie sans doute par
culpabilité à utiliser du temps à autre chose que pourquoi je suis payé, car
bien sûr même si j’ai fait la part obligée, je sais bien qu’il y aurait
toujours d’autres choses à faire, d’autres initiatives à prendre. Mais ce n’est
pas seulement par culpabilité. C’est aussi parce que j’ai, plus profondément,
le sentiment que mes divers « êtres au monde » ne communiquent pas ou
mal, parce que je vois mal ce qui les relie à une source profonde. C’est de là
que peut venir parfois un certain sentiment de schizophrénie. J’évoque cela en
pensant à Sammy qui a laissé quelquepart un commentaire disant qu’il ne voyait
pas vraiment à quoi cela pouvait faire référence chez moi. Et bien à ce genre
de sentiment justement; le terme est un peu fort peut-être, parler de
dysharmonie conviendrait mieux car ce n’est pas violent, je ne perds pas les
pédales, c’est juste une espèce d’impression d’étrangeté à moi-même et qui ne
dure pas mais dans le fond c’est bien de cela qu’il s’agit quand même quand il
m’arrive de me regarder en disant : mais qui c’est ce petit bonhomme qui
s’agite et qui babille, qui c’est celui-là et que fait-il ? Ce n’est pas
moi tout de même ? Moi, je suis ailleurs n’est-ce pas ? Mais je suis
où, en vrai ?
21 octobre 2006
Humeur noire
Est-ce que c’est la peine
d’écrire là-dessus ? Est-ce qu’écrire est une façon de la combattre cette
humeur noire ou de s’y complaire au contraire ? Puisque je suis dans
l’insomnie à nouveau ce matin ne ferais-je pas mieux de prendre un livre, j’en
ai assez qui m’attendent ? Peut-être que ce serait mieux oui, mais il y a
cette impulsion d’écrire…
Hier ma journée avait plutôt
bien commencé. Travail efficace au bureau le matin, puis ce plaisir du vendredi
midi, la perspective de l’après-midi qui n’est qu’à moi, plaisir d’un moment de
sieste, de balade parmi les blogamis puis d’une écriture ludique à laquelle
j’ai pris beaucoup de plaisir sur la dernière consigne de Paroles plurielles.
Tout allait bien…
Ensuite le fiston est
rentré. Très en colère. Il s’est fait volé son vélo et le casque qui va avec
devant le lycée. Par sa faute semble-t-il. Il était en retard et l’avait mal
cadenassé. On s’est décarcassé ces dernières semaines pour ce vélo qui avait
connu quelques problèmes après le vacances, on l’a fait réviser, freins
changés, installation d’un système d’éclairage, bref de l’argent et du temps…
Là enfin il était à nouveau parfaitement opérationnel, il était comme neuf. Et
voilà, envolé ! J’ai essayé de le prendre bien surtout vis à vis de Bilbo,
« Allez, c’est pas grave, ce n’est que du matériel, ne t’en fais
pas… » mais au fond de moi je n’en pensais pas moins. Il y a toujours dans
un vol un traumatisme qui va au-delà du préjudice matériel, on a l’impression
d’un arrachement à nous- mêmes, un sentiment presque physique d’agression… Déjà
un petit bémol sur l’humeur…
Là-dessus j’ai voulu aller
prendre sur internet des billets d’eurostar pour Londres, on a une semaine de
vacances pour la Toussaint et on a décidé d’aller passer quelques jours à
Londres puis d’aller voir Taupin à Cambridge. Cher l’Eurostar hors promo !
Je prends les billets. Bizarrerie. Message d’erreur. La banque apparemment ne
reconnaît pas ma carte bleue. J’essaie, je réessaie. Je m’agace, je m’émerve,
on s’engueule avec Constance et de façon assez violente, à la nouvelle
tentative les billets disponibles sont encore plus chers, bon allez c’est
parti, l’un dans l’autre j’y ai passé deux heures, allez juste un dernier petit
clic pour regarder le courrier avant de me coucher : il y a deux mails de
la SNCF ! L’achat a été validé deux fois ! j’ai deux fois deux
réservations ! Glups ! Là mon humeur devient vraiment noire. J’essaie
d’annuler une des commandes, rien à faire, « annuler cette réservation »
me renvoie un message « une difficulté technique empêche
l’annulation ». Je m’en veux, je me dis que forcément c’est moi qui ai
fait une connerie à un moment ou à un autre, je me rappelle en particulier que
j’ai fait des allers et retours pour faire intégrer un bonus de maximiles avec
ma commande, j’avais hésité à le faire parce que ça m’agace ce genre de trucs
où il faut s’inscrire pour bénéficier soi-disant d’avantages qui sont surtout
une façon de faire de la promotion, puis je m’étais dit « quand même sur
une commande importante comme celle-ci tu es bête de ne pas le faire »,
c’est là sans doute que j’ai perdu le fil…
Bien sûr tout ça est idiot.
Pourquoi rajouter la mauvaise humeur à l’incident qui n’est que ce qu’il est
c’est à dire pas grand chose ? Pourquoi avoir le sentiment que brusquement
à partir de ces deux faits le week-end tout entier pourtant bien démarré va en
être plombé ? Pourquoi me réveiller à quatre heures du matin avec ces
incidents qui me reviennent comme un boomerang dès le retour à la
conscience ? Pourquoi me torturer la tête avec ça, avec tout ce qu’il y a
derrière naturellement bien sûr, bien au-delà du fait lui même ?
Ça va passer bien sûr. Je me
connais assez, tout ça n’est pas neuf, c’est même très vieux, c’est bien ce qui
m’exaspère, que ça revienne ainsi chaque fois que je suis confronté à des
petites contrariétés de la vie, que je ne puisse empêcher d’être embarqué dans
cette humeur noire, que, quoique je veuille, l’humour, la mise à distance, la
sagesse, le raisonnement rationnel me soit alors inaccessible.
Et voilà, maintenant j’ai
sommeil, j’ai les yeux qui clignotent mais il est sept heures passées, je ne
vais quand même pas me recoucher, je donne quelques tickets de métro à Bilbo
qui part au lycée, je vais prendre mon café et aller me faire un petit
déjeuner, je vais essayer de rentrer malgré tout dans la journée de bon pied et
les prendre mes pieds d’ailleurs pour, dès que ce sera ouvert, aller au bureau
SNCF et voir ce que je peux faire.
Ben si, je me suis allongé
une minute et rendormi dans l’instant pour deux heures ! Finalement c’est
aussi bien. Je suis parti en campagne au bureau SNCF proche de chez moi. Pas si
simple ! Eux ne pourront rien faire même quand j’aurai reçu les billets.
Quoique ce billet ne soit pas une franche promotion, il est néanmoins non
remboursable, seulement échangeable avec frais et uniquement pour un trajet sur
Eurostar ! J’ai fait part de mon étonnement. Le gentil gars qui me
recevait m’a dit « Vous savez Eurostar c’est une compagnie indépendante,
voilà c’est ça les ravages du libéralisme sauvage ». Bon, ben voilà,
j’aurais appris quelquechose. Il m’a dit que la seule solution était de faire
une réclamation directement sur le site qui avait de bonnes chances d’aboutir.
Ça oui, il y a intérêt. Voilà ma réclamation est faite. Un bon paquet d’heures
cramées avec ça ! Maintenant il n’y a plus qu’à attendre et à passer à
autre chose. Vite. Allez, dehors cet après-midi, il y a de belles couleurs
d’automne, un ciel de nuages et de soleil…
29 septembre 2006
Départ
Il fait bon. Je me suis
installé à une terrasse de café à proximité du forum des halles où je suis allé
faire quelques achats, je regarde passer le monde, je profite en sirotant mon
café de ce bonheur des terrasses, tant qu’il en est encore temps, avant qu’on
ne bascule dans la pluie et le froid de l’automne.
A l’heure où j’écris, 15h,
Taupin doit être occupé à traîner ses énormes sacs dans les couloirs du métro
de Londres pour rejoindre, après l’eurostar, le train qui le conduira à Cambridge
où il va passer une année universitaire.
J’ai eu un petit pincement
de cœur ce matin au moment de partir au bureau, et sa mère aussi, on s’est dit
qu’on aurait dû s’organiser avec nos boulots respectifs pour que l’un d’entre
nous au moins l’accompagne à la gare, pour marquer le moment, pour lui
« faire une conduite » comme on disait autrefois chez les Compagnons
du Tour de France. Il ne va bien loin, on pourra aller le voir et lui viendra
sans doute une ou deux fois en France, il n’empêche, on ne le verra quand même
quasiment pas de toute l’année, c’est une nouvelle étape dans l’envol de
l’oisillon. Une étape normale, une étape positive, il est ravi de cette
opportunité d’une année à l’étranger (et nous aussi d’ailleurs), mais il
n’empêche, ça nous fait un petit quelquechose, ne serait-ce qu’en soulignant
pour nous la marche inexorable du temps.
Mon petit pincement
d’ailleurs, c’était aussi un pincement d’envie. Il est dans ce temps, le
fiston, où tout encore est ouvert, chaque nouvelle année est une nouvelle
aventure, une nouvelle perspective, riche de possibles qu’il saisira ou ne
saisira pas. J’aimerais être encore dans ce temps des croisements de chemins,
j’aimerais pouvoir faire des choix qui ne sont pas ceux que j’ai fait, sachant
maintenant ce que je sais, de la vie, du monde et de moi-même surtout, sûrement
je prendrais d’autres voies, je ne laisserais pas passer certaines chances.
Bien sûr ce que je dis est absurde et je le sais très bien. Regretter ou
reconstruire en esprit est parfaitement vain mais, bon, ça peut expliquer le
petit pincement. C’est un vieux poncif « si jeunesse savait, si vieillesse
pouvait » mais qui, comme tout poncif, s’enracine dans une vérité.
Il m’arrive aussi d’avoir un petit pincement du même ordre quand je vois telle belle jeune femme rayonnante dont le corps délié ou le regard m’émeut, tel couple de jeunes amoureux qui s’embrassent avec un allant, un enthousiasme, une fraîcheur, une « naïveté », au sens de ce qui est naissant, de ce qui est neuf, et que je me dis : cela ce n’est plus pour moi, sous cette forme là en tout cas, avec cette fraîcheur là….
Il est temps de savoir tout
cela, de le savoir vraiment c’est à dire autrement qu’intellectuellement, de
l’admettre en profondeur, de l’assumer avec sérénité et détachement,
précisément pour être en mesure de vivre au mieux ce qui reste encore ouvert et
qui peut, à condition de savoir l’accueillir, ne pas être mince.
08 septembre 2006
Plaisir de famille
Ouf, quel plaisir de
démarrer le week-end à la fin de ces semaines hyper-chargées de la rentrée.
J’ai bien un peu de boulot que j’ai apporté à la maison à faire d’ici lundi
matin, ce sera pour dimanche soir sans doute, mais là pour l’instant je suis revenu
tranquillement chez moi après ma réunion de ce matin, j’ai déjeuné sur ma
terrasse pour profiter de ce beau retour d’été, j’ai bouquiné un moment et me
suis même brièvement endormi, ah la sieste, quintessence de la liberté. Et là,
reposé, transition faite avec l’univers du boulot, j’ai allumé mon ordinateur,
j’ai ouvert mes fichiers, je rentre dans cet autre versant de ma vie, mes mots,
les mots des autres…
Mercredi nous avons
accueilli Taupin de retour de son stage au Pays-Bas. Il y était parti depuis
fin juin, cela faisait donc un peu plus de deux mois que nous ne l’avions pas
vu. Il va passer trois semaines ici avant de repartir pour une année
universitaire à Cambridge.
C’était un plaisir simple de
se retrouver en famille. Je crois que je peux dire, ma famille je t’aime, la
famille, en tout cas dans son acception resserrée, les très proches (la famille
élargie c’est nettement plus compliqué). C’est le cadre et le lieu qui rassure,
c’est paisible, c’est tranquille, c’est doux. Il n’y a pas de conflit important,
nous nous entendons bien avec les deux garçons, ils ont entre eux une
complicité très grande malgré une différence d’âge assez importante, (cinq
ans), ils sont gentils et affectueux avec nous, leur adolescence n’a pas donné
lieu à des conflits violents, à des oppositions frontales ou à des rejets
brutaux, à des conduites de mises en danger, ils suivent leurs études sans
difficulté et en y trouvant de l’intérêt, bref ça baigne plutôt de ce point de
vue (par moment il m’arrive même de me dire : ne sont-ils pas un peu trop
sages, n’y a-t-il pas quelquechose de louche là-dessous? Mais pourquoi donc, ce
n’est pas parce qu’il y a autour de nous beaucoup de familles pleines de
tensions douloureuses et de transitions déchirantes que cela doit être
forcément ainsi).
On s’est donc offert un
petit repas festif tout simple, tous les quatre, avec nos deux gars. Un rosbeef
bien saignant, plat de consensus familial s’il en est, une bonne bouteille de
Bordeaux (les jeunes gens commencent à apprécier). Taupin a beaucoup raconté,
beaucoup échangé avec nous et avec son frère, on avait tous beaucoup à dire,
l’ambiance était agréable et les langues déliées…
J’apprécie cela à sa juste
valeur. Loin de moi l’idée de le dévaloriser un tant soit peu. Il y aurait
indécence à le faire si l’on pense à ceux qui sont dans des solitudes
douloureuses ou dans des situations de déchirements et de crises à répétition.
Mais ce n’est pas le dévaloriser que se dire que c’est parfois un peu court.
Que passé de tels moments de retrouvailles c’est plutôt le silence qui prévaut,
(ou la parole vide, la parole seulement utilitaire, ce qui revient à peu près
au même). Qu’il y manque d’autres choses dont on ne voudrait pas qu’elles
soient définitivement épuisées, de l’ouverture, des rencontres, des désirs neufs.
Est-ce trop demander de penser que le havre tranquille et que les chemins de
traverse puissent être assumées et compatibles sans douleur pour quiconque.
Quel dommage en tout cas que ce qui devrait pouvoir être simple soit si
compliqué et si difficilement dicible.
27 août 2006
Adultère
Décidément je n’ai guère
accroché à la série d’articles d’Aldo Naouri à propos de l’adultère, bonnes
feuilles qu’a publié Le Monde ces jours ci, issues de son dernier ouvrage. Á
vrai dire je ne me serais pas arrêté à ces textes, n’eut été l’analyse et les
commentaires fouillés qu’en a donné Samantdi.
Je peux en comprendre le
point de départ. Réflexion construite à partir de ses entretiens de pédiatre
avec les parents des enfants qu’il suit, polarisée par les dysfonctionnements
et les dégâts occasionnés chez ceux-ci par les difficultés et troubles des
parents, elle se centre uniquement sur les aspects négatifs que peuvent
comporter les relations sexuelles adultères, présentées à la fois comme quasi
inévitables, signe d’infantilisme et d’une insuffisante maturité affective.
Tout cela est posé comme une donnée ce qui me paraît bien tristement
déterministe. « Les anciens enfants sont contraints d’en passer par là en
se donnant l’illusion d’être autonomes ». C’est un discours médical, au
mauvais sens, un discours réducteur, un discours d’expert qui sait, qui regarde
de haut ces pauvres grands enfants que nous sommes, occupés à nous débattre
dans nos contradictions. Le sexe a sa place naturellement et éminente mais quid
de tout le reste, de l’infinie variété des personnes, des histoires
individuelles, des sentiments et des émotions, de l’imprévisible dans
l’alchimie des rencontres. Samantdi nous rappelle à juste titre que la
littérature nous parle aussi de tout ça et infiniment mieux que les médecins et
les psys (du moins lorsqu’ils restent étroitement cantonnés à leur spécialité).
L’emploi du mot
« adultère » lui-même avec toute la charge négative qu’il porte est
déjà significatif du regard réducteur d’Aldo Naouri. Il aurait pu sans pour
autant masquer l’existence des difficultés et des souffrances traiter par
exemple « des libertés sexuelles dans le couple », ce qui aurait
donné un tout autre éclairage, moins négatif à priori. Car il y a bien d’autre
manières d’être malheureux dans un couple que l’adultère. Et il y a à l’opposé
des couples qui vont bien parce qu’ils parviennent à renégocier le contrat et
grâce aux libertés que ses protagonistes peuvent accepter de se donner dans
tous les domaines, y compris dans celui des relations sexuelles. Et puis un
couple doit aussi pouvoir accepter l’idée qu’il peut finir et que pour autant
ce ne sera pas inévitablement dans le drame, qu’il peut y avoir moyen d’en
sortir par le haut, en continuant à avoir (ou en retrouvant après une phase
plus difficile) des relations amicales, en continuant en tout cas à se porter
de la considération et à respecter l’histoire commune qui a été vécue.
Bien sûr loin de moi l’idée
d’idéaliser tout cela, de laisser croire un tant soit peu, que cela puisse être
facile, harmonieux, sans conflit et sans douleur. Ne serait-ce que parce que
les membres d’un couple n’avancent pas au même pas, que ce qui pourra paraître
simple et facile pour l’un des protagonistes paraîtra inaccessible et
terriblement douloureux pour l’autre. Ne serait-ce que parce que chacun se
dépatouille par ailleurs avec ses propres névroses personnelles, ses douleurs
souterraines et qu’elle s’invitent inévitablement dans la relation pour la
complexifier, éventuellement la pervertir et parce que l’instinct de possessivité
est puissant en chacun. Ne serait-ce que parce que les relations humaines
tiennent de l’imprévisible et que ce qui au départ pouvait n’être qu’une
relation annexe, de simples plaisirs partagés, une amitié amoureuse, une
inoffensive passade peut se révéler comme une remise en cause profonde qui
bouleverse les équilibres (heureusement d’ailleurs, c’est la vie tout
simplement, tout n’est pas calculable et maîtrisable).
Les modèles de la famille et
du couple que nous connaissons n’ont rien d’éternels. Ils ont évolué aux cours
des temps et selon les lieux, en fonction des conditions matérielle, sociales,
idéologiques et religieuses des sociétés. Regardez, c’est un exemple parmi
d’autre et plutôt radical dans sa différence, le fonctionnement de la société Moso
que Samantdi encore nous invite à méditer à partir d’une récente émission sur
Arte. Il n’y a aucune raison que ces modèles ne continuent pas à changer. Il me
semble en tout cas plus profitable de réfléchir à cette relativité, de tenter
de construire, à partir de là où chacun d’entre nous en est, dans le maquis de
nos contradictions et de nos difficultés, sans révolutionnarisme excessif, sans
illusions destructrices (l’amour libre des communautés post soixante-huitardes
ça n’a pas marché) des relations entre les gens et au sein des couples qui
aillent vers plus de tolérance, plus d’ouverture, moins de possessivité. La clé
pour que ça marche (à peu près) c’est que chaque adulte se construise pour
lui-même, par lui-même, que le couple ne soit pas béquille pour individus
souffrants mais partages et apports mutuels entre adultes responsables et
autonomes.
Je répète : je n’ai pas
dit que c’était facile ni même à tout coup réalisable. Disons que peut-être
c’est un objectif vers lequel tendre, un horizon vers lequel se diriger…
26 août 2006
Sérénité
Hier et ce matin encore
moments continus paisibles et de bien-être. Presque à ma surprise !
Hier pourtant j’ai bien dû
constater en allant au marché sans prendre ma béquille que ça tirait encore
sérieusement, le retour à la normale se fait attendre, j’ai l’impression que ça
stagne en ce moment, ça aurait dû m’agacer. Ensuite en allant préparer des
choses au bureau j’ai vu, comme je l’avais craint et contrairement à ce qu’on
m’avait assuré sans laisser planer l’ombre d’un doute, que les travaux
n’étaient pas terminés, nous allons donc reprendre dans de mauvaises conditions
et effectuer notre propre réaménagement à moitié dans le chantier. Là aussi ça
ne m’a fait quasiment ni chaud, ni froid. Je n’y suis pour rien, c’est comme
ça, c’est tout, on fera comme on pourra, basta.
Ensuite nous allions dîner
chez mon père pour fêter le retour de mon neveu revenu aujourd'hui des USA où
il a passé tout l’été chez une amie de ma sœur. Nous avons été à la piscine qui
est sur le toit de son immeuble. Il faisait beau et doux. Après le bain tandis
que les autres redescendaient à l’appartement je suis sorti sur la terrasse,
j’y suis resté seul un bon moment à regarder Paris et le ciel et le lumière du
couchant, j’ai vu ce paysage des dizaines de fois mais je ne sais pourquoi
cette fois ci je me suis senti plus particulièrement en harmonie, adhérant
parfaitement à l’instant, cette lumière, les toits éclaboussés de soleil, la
vague rumeur montant de la ville, les cloches d’une église qui se sont mises à
retentir (c’est rare les cloches qui sonnent à Paris désormais, je ne sais pour
quelles raisons celles-ci sonnaient, c’est rare à moins qu’on ne les entendent
plus), voilà j’étais là, je me suis attardé…
Ce matin c’est la pluie
battant le velux au-dessus de ma tête qui m’a réveillé. Je me suis levé tôt.
J’ai été m’occuper à remplir des albums photos. Je fais ça toujours de façon
assez décalée. Là j’en suis à coller des photos de l’hiver dernier puis de
notre voyage en Tunisie à Pâques. Habituellement je suis assez dans
l’ambivalence lorsque je fais ça, à la fois j’ai envie de le faire, je m’en
sens comme une espèce d’obligation pour que ces clichés ne se perdent pas, ne
s’oublient pas dans des boîtes et dans le fouillis des années, mais je le fais
non sans un certain malaise dont je perçois vaguement les raisons. Mais pas
cette fois ci. Je fais ça avec plaisir, dans le plaisir de l’instant, dans le
plaisir de la composition de pages harmonieuses. Je le fais dans le plaisir de
l’acte lui-même. L’acte pour l’acte, dissocié de l’attente de son résultat. Ça
me rappelle des trucs discutés au cours de yoga ça.
Là dessus le temps a l’air
de vouloir se relever, il ne pleut plus et passent par moments au-dessus de moi
de vives tâches de soleil.
Á quoi cela tient-il cet
état de sérénité tranquille si rare chez moi ? Va savoir ! Je ne me fais nulle
illusion sur sa capacité à perdurer mais tel quel c’est bon à prendre.
23 août 2006
Vertige
Je ne me sens pas bien.
Malgré le petit cachet pris tout à l'heure pour dormir parce que je sentais
qu’arrivaient les idées noires et que je m’éveillais à leur sinistre cortège,
je ne parviens absolument pas à me rendormir. J’ai très mal au dos. Ça
n’arrange rien. Je ne parviens pas à trouver la position adaptée et me tourne
et me retourne dans le lit. Ai-je encore trop forcé aujourd'hui ? Je n’ai
guère marché que trois heures cet après-midi, il y a eu une belle éclaircie que
je n’ai pas voulu laisser passer, le parcours sur lequel on s’est engagé s’est
révélé plus chaotique et difficile que prévu et je déguste maintenant.
Dans mes pensées noires il y
a le boulot qui reprend dans dix jours, je n’ai vraiment pas envie de retrouver
toutes mes obligations habituelles et rituelles d’année en année, j’ai trop peu
évolué au cours de ma « carrière », ça a été mon choix, je m’en veux
maintenant que cette répétitivité me pèse chaque année un peu plus.
Et me déprime l’idée que je vais
retrouver une façon de marcher à peu près normale juste au moment de reprendre
le boulot, juste pour reprendre le boulot, j’ai le sentiment de ne pas avoir eu
de vacances quoique j’aie été tout à fait en vacances.
Je repense à ce taximan qui
m’a heurté avec de la hargne, je me joue et me rejoue absurdement le film de
cette journée. Pourquoi ai-je pris le vélo ce jour là, j’avais hésité, je suis
passé devant les mk2 j’ai hésité à aller voir un film, pourquoi ne l’ai-je pas
fait ? Considérations idiotes évidemment. C’est comme ça, c’est tout,
c’est le hasard, c’est la vie. J’aurais pu tout aussi bien me faire renverser
par un camion, heurter le sol avec la tête (moi qui ne porte jamais de casque
en vélo, peut-être qu’il serait temps d’y songer !), être brisé en
morceaux, paraplégique ou mort… Donc ce n’est pas grave. Il s’agit tout au plus
de vacances perturbées.
Gâchées ? Peut-être.
Mais là, c’est moi qui suis en cause et je m’en veux de ça et c’est cela plus
que tout le reste qui cause mon malaise : comment se fait-il que je sois
incapable d’assumer correctement un aussi petit désagrément, que valent mes
belles paroles sur le « carpe diem », sur la sérénité, que valent mes
discours sur les livres amis qui aident à vivre ? Que vaut le peu d’expérience
du yoga que j’ai pu avoir au cours de l’année passée et les réflexions avec le
groupe et le professeur sur le sens profond de cette pratique, je comprends
tout ça intellectuellement, je peux même en parler et pas trop mal même mais
tout ça ce n’est rien, rien que des mots, s’il n’y a pas l’expérience réelle,
vécue, éprouvée. Je me dis que dans mon être profond je suis aux antipodes de
ce à quoi devrait conduire le yoga, je me dis que je suis dans la fausseté là
comme dans les personnages que je déploie dans mon être social : le
professionnel à l’aise, efficace et reconnu, l’animateur associatif et amical
dynamique, le type aimable et jovial, le blogueur aux considérations
culturelles gentillettes et aux réflexions posées, le plus souvent sereines et
précautionneusement écrites - ValClair – je suis dans la fausseté quand ValNoir
est là, je me dis alors que tout est faux, que je ferais mieux de tout arrêter
pour ne plus être dans cette fausseté, mes activités associatives, mes
écritures sociales, donc mon blog en premier lieu, mes blogorencontres, arrêter
tout cela pour être plus près de ma vérité, tout sauf le boulot car il faut
bien croûter, m’assoupir dans ma petite vie quotidienne mais alors, alors, quel
vertige, que resterait-il de vif, de tonique, d’ouvert ?
J’ai écrit tout cela à
grande vitesse sur mon petit carnet, sans tergiverser, comme les mots venaient,
comme un cautère sur la douleur et déjà j’ai moins mal, moins mal au dos parce
que j’ai pensé à autre chose en écrivant, moins mal à « l’âme »
( ?! ) parce qu’écrire éloigne la douleur des idées noires qui
tournent, tournent à vide dans la tête. A mesure que j’écris s’éloigne l’envie
de tout arrêter, le blog, mes écritures, tout ce que cela a permis de nouveau
dans ma vie. Mais demain, tout à l'heure, quand je vais reprendre ces mots pour
les retranscrire sur l’ordinateur vais-je oser ne pas les édulcorer sous
prétexte de mise en forme, et ensuite, de retour à Paris oserais-je les mettre
sur le blog ou préférerais-je les calfeutrer dans mes entrées hors ligne.
Oserais-je dire le ValNoir et pas seulement le ValClair ? C’est à ce prix
seulement que la démarche a sens, sinon, si j’élimine tout ce qui gêne, à quoi
bon ?
Ça va mieux qu’il y a une heure, c’est sûr, quand dans l’obscurité de la chambre, dans le silence de la respiration paisible de Constance endormie à côté de moi et si loin, je tournais et retournais les plus noires de ces idées. Si j’écris, même cela, c’est que je me bats, c’est que je ne veux pas renoncer, comme je l’avais un moment envisagé au plus fort du tourbillon dépressionnaire, je ne veux pas renoncer à tout ce qui avance, malgré tout, à tout ce qui est neuf en moi et ouvert, à tout ce qui m’a enrichi ces derniers temps et même si c’est si peu de choses par rapport au fond inchangé de ce que je suis.
(Ecrit le 14 Aout)
25 juillet 2006
Ici et là-bas
C’est très noir et blanc en
ce moment mes humeurs, plein de va et vient. J’essaie de faire bonne figure,
d’utiliser en positif ce qui m’est advenu mais j’ai de pénibles sautes d’humeur
et je m’en veux. Je manque de patience. Par moments je m’agace pour des bricoles.
Par moments je m’enferre et me complais dans ces agacements. J’ai déjà parlé de
ça, de cette tendance, c’est la pente maternelle en plein. Pas la peine d’y
revenir. Et pourtant si je veux être juste dans ce que je dis de moi il faut
bien, il ne faut pas passer ça sous silence sinon j’aurais en plus le sentiment
de m’éloigner de cette authenticité à laquelle je tiens.
J’ai été au vert ces
derniers jours. Plus ou moins au vert. On a été passer un week-end prolongé
chez ma belle mère en grande banlieue parisienne, à l’ouest, là-bas où il y a
de belles forêts. L’idée était d’aller faire quelques pas à l’ombre
bienfaisante des hautes futaies, d’aller y chercher un peu de fraîcheur, de
faire des pique-niques, de me sortir un peu de chez moi en allant dormir
ailleurs. Bien, il y a eu de bons moments, il y en a eu de moins bons, je
n’insiste pas.
Je n’avance pas tellement
dans ce que je voudrais faire. Et malgré ça, il m’arrive de ne pas savoir quoi
faire de moi ! C’est ça qui m’exaspère. Alors ce sont lectures éclatées,
zapping internautique, tentatives d’écriture sans force. Je lis la presse aussi
beaucoup. La presse en ce moment ça me démonte. Cette nouvelle guerre au
Liban ! Oh, ce n’est qu’une guerre de plus, depuis le temps dans ces
coins-là ils sont habitués, on croit voir des sorties de crise, des amorces de
règlements et, paf, six mois après on revient en arrière, et ce sont les
populations civiles qui trinquent, une fois de plus. Et les crises s’articulent
aux crises, s’entretiennent et se dynamisent mutuellement, quelle est la
mayonnaise qui se prépare dans un pareil chaudron, Palestine, Iran, Irak,
Afghanistan, chaque situation est différente et chacune pourtant concourt à
aggraver les autres.
Et je ne fais rien vis à vis
de tout ça. Que pourrais-je faire ? Je ne me sens même plus révolté par
ces situations, ma capacité d’indignation s’est réduite, et de cela je m’en
veux. Je ne me sens pas tellement concerné sauf négativement, passivement, par
toutes ces nouvelles qui nous claquent à la gueule, tout cela est devenu tellement
la routine, une crise, un drame remplace l’autre. Il y a des gens qui
s’engagent malgré tout, (je ne parle même plus d’engagement militant, où
pourrait-on militer et pour quoi ?) ils s’engagent au moins pour tenter
d’aider, au moins pour marquer de la solidarité active même si c’est goutte
d’eau dans l’océan des indifférences. Moi pendant ce temps, je suis dans mon
coin, loin de tout ça mais tout ça est présent quand même comme toile de fond,
et je me dis qu’il y a de l’indécence dans mes gratouillis d’égos, de
l’indécence à me sentir mal parce que j’ai la patte qui traîne, parce que je
marine à Paris au lieu d’être en vacances, parce que je suis qui je suis, et
cette conscience de mon absence au monde, à ses douleurs et ses combats,
rajoute une couche de mauvaise conscience à mon intime malaise.
Je dis ça et pourtant là, ce
mardi matin, à l’heure même ou j’écris, je me sens mieux, je me sens bien,
justement parce que j’ai écrit ça, parce que j’ai mis en mots tout ça qui me
traînait au fond du crâne, allant et venant, et qui n’est pas neuf pourtant,
paradoxe et pouvoir de la mise en mots…
12 juillet 2006
Coup de blues
Pourquoi cette lourde
insomnie cette nuit ? Je ne m’endors pas, les pensées tourbillonnent
méchamment, les heures passent...
Au point que je choisis de
prendre mon petit carnet et d’y jeter des mots que je retranscrirais demain,
peut-être, sur l’ordinateur, que j’enverrais, peut-être, demain sur l’océan de
la toile. C’est une de mes techniques pour combattre l’insomnie. En général
dans un premier temps ça conforte l’état d’éveil, l’excitation mentale étant
plutôt stimulée par l’effort de mise en mots mais ensuite comme si s’était
effectuée une catharsis par ce qui a été jeté sur le papier, je m’endors d’un
coup. Je préfère cela au recours au petit cachet.
Je suis en vacances
officiellement depuis hier soir. Je me suis fait porter en auto au bureau pour
régler plus facilement que par mail ou téléphone différentes choses avec mes
collaborateurs avant fermeture. J’ai béquillé là-bas pendant deux heures, ça a
suffi à m’épuiser, je suis quand même encore bien fatigué et cela pèse à coup
sûr sur mon moral.
Dans deux jours nous aurions
dû nous envoler pour aller marcher sous d’autres cieux. Il n’en sera rien, nous
ne savons pas encore exactement ce que nous ferons à la place et quand, cela
dépend de ma remise sur pied. Il faudra décider de quelquechose. Ensuite il y
aura en août des moments de séjour avec mon père d’une part, avec la mère de
Constance d’autre part, moments agréables sans doute, j’ai plaisir à être
auprès d’eux et je juge cela normal d’apporter un peu de notre présence, mais
ce n’est pas la part propre de mes vacances, celle qui m’appartient vraiment,
celle-ci pour cette année est perdue.
Hier Bilbo est parti à son
tour avec sa bande de copains pour l’Italie, c’est pour lui l’excitation de
premières vacances en autonomie, auto-organisées, ça me fiche la nostalgie des
départs de ce type, dans des voyages plein d’attente, quand on est avide de
découvertes, de rencontres, d’imprévus (encore que ces jeunes gens soient moins
routards que nous à leur âge, départ en train couchette, auberges de jeunesse
réservés à l’avance et même pour une semaine un petit appart sur la côte
amalfitaine, on ne se refuse rien !). Les parents se retrouvent tout seuls
en face à face, avec leur propre projet de voyage passé à la trappe.
Il y a quantité de choses à
faire ici naturellement. Il faudrait s’auto entraîner mutuellement. Ce n’est
pas ce qui se passe. Chacun est dans ses trucs de son côté. Sans énergie
vraiment positive. Sans volonté forte et claire. Sentiment d’avoir été soutenu,
accompagné pendant ces jours de dépendance, je n’ai à me plaindre de rien et
pourtant sentiment de vide, de solitude...
J’ai dormi en bas dans la
chambre du fils tous ces jours ci puisqu’il m’était difficile de monter
l‘escalier vers notre chambre. Il fait bon dans cette pièce, plus frais, elle
ouvre directement sur la verdure de la terrasse, j’y suis tranquille, la
mini-chaîne est à côté du lit, je peux m’endormir en écoutant un disque choisi,
en écoutant comme on peut écouter, dans la solitude et dans le silence de la
nuit. Je vais réintégrer le lit conjugal maintenant que je me déplace mieux
mais je ne me presse pas, conjugal, il s’y passe si peu de choses, il y a ce
silence…
***
Plus tard dans la journée…
Publier ou pas ?
Eternelle question, entre discrétion sur l’intime notamment lorsqu’il évoque
autrui, et volonté de dire, de faire partager, de tracer une image fidèle de
soi qui est aussi composée de moments comme ceux-ci.
Pas envie d’éliminer tout ce
qui écorne une certaine image, pas envie de multiplier les entrées hors ligne.
Je suis cela aussi. Ça va mieux d’ailleurs ce matin, dans la clarté du jour. Je
me sens plus en énergie, je sais que je dois faire avec tout cela, avec toutes
ces contradictions, avec les moments clairs, avec les moments noirs, comme
chacun d’entre nous.
Pas envie par ailleurs
d’être dans la plainte, d’avoir l’air de susciter la compassion. C’est un
risque accentué avec le blog et avec le jeu des commentaires qu’il entraîne.
Mais pas envie non plus d’affadir par trop ce journal, de le vider de toute
substance intime parce qu’on me lit et parce que de plus en plus de lecteurs me
connaissent « en vrai » ou parce qu’on me commente.
J’ai envie de rester sur ma ligne de crête, entre intime et extime, c’est celle-ci qui me plait, position difficile, en tension, source de tensions peut-être dans la « vraie » vie, mais source de vie donc…
Donc je publie. Voilà !
16 mai 2006
La parole, un peu...
Ce week-end il y a eu sur
l’oreiller quelque chose comme le début d’une parole pour briser ce silence
véritablement solidifié, enkysté entre nous au cours des années. Tout n’est pas
dit. Tout ne peut pas l’être. Tout ne doit pas l’être. Les jardins secrets
doivent être préservés. Mais qu’au moins on sache consciemment qu’ils existent
et que leur existence de part et d’autre soit reconnue. Bref que le droit au
« non dit » soit dit et accepté comme tel.
Gratter autour de ce kyste
ça fait mal. A elle surtout, plus qu’à moi. Et c’est cette douleur même,
profonde, ancrée, que je vois dans ses yeux et qui n’a rien à voir avec les
circonstances qui me fait mal à moi. Car moi ça m’a plutôt soulagé, c’est une
attente que j’avais depuis longtemps, de plus en plus pressante. Je me suis
senti allégé après ce très partiel coming out. Inquiet aussi naturellement.
Comment gérer ça, comment continuer, comment ne pas refermer subrepticement la
lucarne entrebâillée ? A priori on pourrait se dire qu’il est impossible
que la parole s’éteigne à nouveau vu les mots qui ont été dits et qui en
appellent d’autres. Mais je sais combien les peurs sont puissantes et combien
il est facile de laisser passer les jours, de remonter les œillères
rassurantes, de faire comme si rien n’avait été dit.
Je suis dans
l’indétermination. Je ne sais pas vraiment où je suis moi-même. Je ne veux pas
trop m’interroger sur le moment, c’est trop facile (et trompeur !) de
s’analyser jusqu'à plus soif seul dans son coin. Je ne vais pas plus écrire ici
qu’aller noircir des pages sur mon journal hors-ligne. Non je ne veux pas trop
réfléchir, je veux juste laisser aller, me laisser vivre ce qu’il y a à vivre,
même si c’est dans la contradiction. Seulement je ne veux pas refermer la porte
à la parole amorcée, je ne veux pas laisser la discussion en jachère.
Pas envie d’en dire plus ici
et dans ce moment. Je sème juste ce caillou, ce repère. L’essentiel aujourd'hui
est ailleurs : que dirons-nous, entre nous, ce soir ou demain?