Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

16 mai 2008

Mes parents, mai 68 et moi

Pour prolonger ma réflexion sur le livre de Virginie Linhart je me suis interrogé sur mon propre positionnement générationnel vis à vis de Mai 68. Evidemment je suis entre les deux, pas de la génération des parents comme son père Robert, mon premier fils ne naîtra que 15 ans plus tard alors que beaucoup d’eau sera passé sous beaucoup de ponts personnels et politiques, je ne suis pas de la génération des enfants, mes propres parents n’ayant rien de fougueux soixante huitards…

Encore que…

Mon père était un juriste distingué, assez haut fonctionnaire déjà dans un ministère, ma mère ne travaillait pas. Ils étaient d’origine petite bourgeoise, un peu plus possédante du côte de mon père, fils d’un petit industriel, un peu plus « méritocratie républicaine » du côté de ma mère, fille d’ingénieur, petite fille surtout d’une institutrice à la forte personnalité, hussarde de la république, qui racontait encore dans son vieil âge comment elle avait été accueillie par des volées de pierres par les paroissiens, remontés par le curé, dans le village de la Savoie profonde où elle avait commencé sa carrière. Ils avaient les sympathies de gauche des milieux intellectuels parisiens, anti gaullistes, anti cléricaux, mendésistes, nourris de la lecture du Monde et de France Observateur, favorables à une modernisation d’une société qu’ils ressentaient comme vieillotte et autoritaire mais ils n’appartenaient à aucun parti, n’étaient nullement militants. Ils ont accueilli mai 68 avec sympathie. Mes engagements bénéficiaient de leur part d’une neutralité plutôt bienveillante. Mes parents baignaient dans le climat, dans l’air du temps qui leur interdisait d’interdire.

Je me souviens bien de l’anxiété de ma mère, elle était morte d’inquiétude mais osait à peine me le dire. Je la trouvais en rentrant des manifs, accrochée à son poste de radio, m’attendant dans la nuit sans dormir.

Plus tard, lorsque j’ai renoncé à la khâgne et à Sciences-Po qui étaient les deux idées d’études que j’avais eues avant que la tourmente ne me fasse considérer que tout ça n’était pas l’important, j’ai bien ressenti la déception de mon père. Il a essayé de discuter, un peu : « tu ne crois pas que c’est une bêtise ? » mais il n’a pas insisté devant ma détermination.

Lorsque, une fois le bac en poche, je suis parti en province pour y construire « l’orga », avec un statut de demi permanent (je serais étudiant en histoire, ce qui laissait beaucoup, beaucoup de temps pour faire autre chose, je ne serai pas rétribué mais les frais de transport et de loyer seraient pris en charge par l’organisation), là encore ils ont tiré grise mine mais sans plus. Moi je me sentais tout fier de ce que cette prise en charge marquait de reconnaissance. J’avais l’impression, outre de m’inscrire dans la révolution à venir, d’acquérir mon autonomie, d’entrer dans la vie adulte. Alors qu’adulte je l’étais si peu, je n’étais qu’un gamin !

Qu’aurais je fait s’ils s’étaient opposés ? Ou s’ils avaient tenté de le faire avec un peu plus d’énergie ? S’ils m’avaient tout simplement coupé les vivres car le loyer de l’appartement et les transports payés, ce n’était pas tout ? Peut-être serais-je passé outre. Peut-être aussi après quelques tensions et affrontements aurais-je réfléchi et me serais-je rendu à leurs raisons. A priori je ne le pense pas, vu le climat de l’époque. Mais je me dis que peut-être, il m’a manqué d’être, à un moment au moins, dans le conflit avec eux, ouvert, explicite, assumé. C’est un peu dur de dire ça, de leur faire presque reproche de leur attitude ouverte, compréhensive, il y en a tant qui ont dû subir des parents fouettards. Peut-être aurait-il fallu une voie moyenne.

Oui, en ce sens, sur le terrain des rapports parents-enfants, sur le terrain de l’autorité, mes parents ont bien été soixante huitards.

A moins que cette façon d’épouser l’air du temps n’ait eu en réalité à voir avec d’autres éléments bien plus graves, comme un déficit en eux, au moins sur certains terrains, de leur propre affirmation d’eux-mêmes. Comme si, derrière leur présence attentive et aimante, il y avait une béance, une absence.

De phrase en phrase ma réflexion m’entraîne très loin. Brusquement, je repense à ma sœur cadette, aux problèmes douloureux, dramatiques même, qui ont été les siens pendant de longues années et dont elle n’est sortie que cahin-caha. Il y a des abîmes là dessous, je le sais, bien loin de mai 68.

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10 mai 2008

C'était un vendredi...

Ce jour là, il y a quarante an, c’était un vendredi…

Il y a quarante ans, à l’heure où je mets en ligne, notre troupe de lycéens se dirigeait vers la place Denfert Rochereau. Nous avions déjà beaucoup marché, allant et venant à travers Paris. Nous étions les premiers sur place, l’atmosphère était joyeuse, festive, nous nous sommes assis sur la chaussée, il faisait bon comme aujourd’hui. Je revois très bien le Lion qu’avait escaladé nos copains dirigeants des Comités d’Action Lycéens. Nous écoutions leurs harangues en attendant les cortèges étudiants qui nous ont progressivement rejoints.

Nous nous sommes remis en marche, passant devant la prison de la Santé où étaient enfermés les étudiants arrêtés les jours précédents…

Le soir tombe…

La nuit des barricades commence…

Comme promis, voici à la date anniversaire la suite de ma relation des journées de Mai.

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30 avril 2008

Avant mai

J’avais dit que je donnerai quelques textes écrits il y a longtemps déjà pour évoquer le mai 68 d’un tout jeune lycéen. Ce sera mon propre petit caillou mémoriel dans la frénésie commémorative en cours…

Pour éviter une trop longue tartine d’un seul coup, je mettrai ces textes en ligne au fur et à mesure au plus près de la date anniversaire pour chaque épisode.

Mais avant mai, il y a eu les mois précédents où, portés par la vague, nous découvrions militantisme et première manifestations. Si je veux publier avant mai il faut donc que je me dépêche, on ne va pas tarder à basculer…

Donc les voici.

Non sans un petit serrement de cœur.

Bon sang, si loin déjà, si vite…

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17 avril 2008

Commémorations

Les commémorations à priori ça m’agace plutôt. L’excès des commémorations comme c’est le cas en ce moment autour de 68, encore plus. C’est bien les commémorations, ça fait vendre ! Et puis 40 ans c’est juste ce qui faut pour toucher les effectifs nombreux des cinquantenaires et soixantenaires qui atteignent ce moment de la vie où on se met à regarder avec nostalgie le temps de sa prime jeunesse.

Mais bon je m’y mets moi aussi à ma commémoration soixante-huitarde, je me fais une commémoration très privée, une commémoration avec moi-même.

J’étais alors un tout jeune lycéen. Mai 68 ce fut le temps de l’éveil à la conscience, l’ouverture soudaine sur le monde, avant l’engagement véritablement militant dans les années qui allaient suivre. J’étais dans un de ces lycées en pointe où ont été créés les comités d’action lycéens et la ferveur de nos aînés s’est répandue jusque dans les plus petites classes.

40 ans ! Quand même ça me fait frémir ! J’ai des images encore extraordinairement nettes de ces moments. Et je trouve incroyable qu’il se soit passé plus de temps, bien plus de temps entre mai 68 et aujourd’hui, qu’entre mai 68 et la fin de la guerre ou même le Front Populaire, des temps qui me paraissent abstraits, irréels, radicalement inconnaissables. Et je pense à certaines de mes blogamies qui n’étaient pas nées (ou presque) et qui se trouvent vieilles (ou presque ). Elles me font sourire ces jolies princesses. Tendrement et un peu mélancoliquement aussi.

J’ai lu les suppléments du Monde et de Télérama (très différents et pas mal faits l’un et l’autre finalement, alors que je craignais le pire, reprise redondante de choses mille fois dites, de photos mille fois publiées). J’ai fini le bouquin de Virginie Linhart et repris L’Etabli, le bouquin de son père. Hier j’ai revu « Mourir à trente ans » que j’avais enregistré il y a longtemps déjà et que j’ai sur une vieille cassette vidéo d’avant les dvd.

Surtout j’ai remis le nez dans un carton poussiéreux où je garde des papiers de ce temps là. Des journaux, des documents. Mes cahiers aussi. Des cahiers de brouillon défraîchis au mauvais papier jauni, sur lequel je tenais journal plus ou moins épisodiquement. Je m’y retrouve et ne m’y retrouve pas, avec mes enthousiasmes, ma naïveté d’adolescent. J’ai cessé d’écrire ensuite quand je me suis engagé plus intensément parce que ça me paraissait petit bourgeois et qu’en plus, écrire ce serait laisser des traces imprudentes en cas de répression. Mais tout de même je ne les ai pas détruits mes cahiers, signe que j’étais ambivalent à leur égard. La pulsion accumulative et mémorielle était bien inscrite en moi, plus profondément sans doute que mes enthousiasmes militants. Je me suis contenté de descendre ces cahiers à la cave et de les camoufler sous des piles du journal Tintin que peu avant je lisais encore.

Et puis j’ai écrit là-dessus bien plus tard. En 1994. La description de mon vécu de cette période fait partie de ces « Traces » que je m’étais alors efforcé de mettre en forme. J’ai écrit 120 pages dactylographiées assez tassées, dans une police plutôt petite. Par sa longueur c’est quasiment un bouquin. Parmi d’autres choses il y a dans ce texte une sorte de reportage sur mon mai 68 et les temps qui l’ont encadré. C’est un témoignage d’un petit gars de la base. Je m’étais dit que je reviendrai là-dessus avec mon œil d’aujourd'hui quand je serai rendu à ces années dans les Ricochets mais je dois bien dire que pour l’instant je n’y songe plus aux Ricochets, je suis resté en plan.

Alors, peut-être que je vais publier ici quelques extraits de ces textes, histoire d’y aller moi aussi de mes souvenirs de ce temps, au risque de jouer à l’ancien combattant ratiocineur. Ça aurait l’avantage de me fournir de la copie à bon compte, du tout rédigé, juste à copier/coller. Mais ça me gêne aussi de mettre ici dans le corps du journal des textes qui n’ont pas été produits pour lui, du réchauffé en quelque sorte.

Peut-être que vous aurez droit à quelques tranches du Mai 68 du P’tit Valclair, peut-être pas, je vais voir…

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23 décembre 2006

Noël d'enfant, Noël d'antan

Hier dans ma rêverie autour du temps de pré-fêtes sont revenus vers moi des souvenirs de mes Noëls d’enfant. Je me suis souvenu que j’avais écrit là-dessus il y a une dizaine d’années lorsque je m’étais attelé à la rédaction d’un texte autobiographique évoquant enfance et jeunesse. J’ai remis le nez dedans du coup. J’ai ressorti le passage en question. Bon c’est du recyclage un peu facile mais c’est bien pratique, j’alimente le blog sans avoir à travailler, je vous donne du grain à lire pour les jours à venir si des fois vous en aviez envie, je peux me consacrer aux derniers préparatifs du Noël qui arrive. Et puis, en ramenant tout ça du passé je donne à coup sûr certaines clefs, parmi d’autres, de mes nostalgies d’aujourd'hui.

Donc le voici :

****

D'abord il y eut l'odeur…

Ma soeur et moi, dans la chambre que nous partagions chez nos grands-parents d'Annecy, étions déjà éveillés depuis un moment, attentifs à la lueur qui perçait peu à peu à travers les volets et aux bruits de la rue, signes du jour commençant.

"Je le sens, je sens le sapin!"

Nous avons bondi ensemble de nos lits, ouverts la porte de la chambre.

Oui, le sapin de Noël était là, dans le hall d'entrée de l'appartement, grande forme dressée dans la pénombre et qui s'éclairait, s'éteignait au rythme du clignotement de ses ampoules multicolores. L'air était embaumé de son odeur, c'était la forêt dans la maison. Et nous retrouvions sur ses branches les guirlandes entrelacées, les boules translucides, l'oiseau et le papillon de verre filé, les petits personnages, lutins et bûcherons, et la figure plus majestueuse d'un Père Noël tout blanc, qui trônait au centre, adossé au tronc, dans sa grande houppelande laineuse parsemée de points brillants qui figuraient la neige, avec sa longue barbe que nous aimions caresser du doigt. Et tout autour de l'arbre, les cadeaux, à chacun destiné, dans leurs paquets en papier décoré...

"Il est passé, il est passé, c'est aujourd'hui..."

Les jours précédents, comme tous les ans, nous avions fébrilement fait le décompte des jours restants avant le matin tellement attendu. Nos parents, cette année, pour tenter de s'assurer une plus longue tranquillité matinale, avaient réussi à nous faire croire que nous n'étions encore que le 24 décembre. Et même moi, le grand frère, m'y était laissé prendre...

Tard, la veille, comme nous dormions, les adultes avaient été chercher le sapin caché au garage, avaient installé silencieusement cadeaux et décorations puis célébré entre eux, à leur façon, pendant que d'autres entonnaient les chants de la Nativité, ce moment de fête autour d'une bouteille de vin précieux et d'un pot du meilleur caviar, en évoquant les Noëls roumains, lorsque Maman était enfant et qu'ils étaient jeunes, les grands froids et la neige infinie mêlant le ciel à la plaine, les rivières gelées sur lesquelles on irait patiner et les musiciens tsiganes qui dans la chaleur des maisons riches viendraient jouer pour vous...

S'écoulait alors cette belle journée de fête et de bonheur, lente et paisible, empreinte pourtant d'un je ne sais quoi de mélancolique...

D'abord, nous ouvrions avec frénésie nos paquets et manifestions notre enthousiasme devant chaque cadeau déballé. Ils n'étaient pas tous regroupés autour de l'arbre, il fallait chercher, et la plus grande joie était, lorsqu'on croyait avoir tout découvert, de trouver encore quelquechose auquel on ne s'attendait plus.

Nous petit déjeunions rapidement puis aidions ma grand'mère dans la préparation du repas, nous donnions la main surtout pour ce travail long et fastidieux qu'était l'épluchage des marrons mais nous le faisions ensemble, femmes et enfants, et c'était un moment précieux.

Ensuite nous sortions avec Papa pendant que les femmes achevaient les préparatifs. Nous allions au bord du lac, marchions et courions sur les pelouses du Paquier puis jusqu'au canal et au Pont des Amours, nous nourrissions les cygnes et les mouettes de pain dur, souvent le ciel était sombre, les montagnes noyées de nuages neigeux mais parfois étincelaient de beaux ciels et même, certaines années de froid précoce, il y avait un peu de neige et des plaques de glace dans le jardin public sur lesquelles nous aimions glisser et s'accrochait aux pontons désertés des loueurs de barque une amorce de banquise...

Ma grand'mère, si douce, si calme, organisait tout, veillait à tout. Elle savait et aimait recevoir. Tout était parfait dans les plus petits détails, le décor de la table comme l'excellence de la chère. Dans cette maison, aux ressources plus modestes que celles de mes autres grands-parents, on savait marquer avec plus d'éclat et de luxe les moments de fête.

A notre retour de promenade tout était prêt. La table était mise sur une grande nappe blanche de Roumanie décorée de broderies aux entrelacs multicolores; les cristaux et le service de belle porcelaine étincelaient; des bouquets odorants de fleurs fraîches étaient disposés sur le buffet et sur les guéridons; et le soleil me semblait-il éclairait tout cela. Pourtant il dû bien y avoir des Noëls pluvieux!

Les invités étaient arrivés entre-temps, peu nombreux, une ou deux tantes ou vieilles cousines qui sinon auraient passé un Noël solitaire. Il y avait en toujours l'inévitable Delphine, la soeur aînée de mon grand-père, une femme au destin triste, qui ne s'était jamais mariée, avare et acariâtre, et qui entretenait avec son frère des relations détestables. Elle ne sentait pas bon, avait une ombre de moustache et, nous les enfants, ne l'approchions et ne l'embrassions qu'à contrecœur. Nous disions du mal d'elle, mon grand-père en rajoutait et ma grand'mère tentait de toute sa douceur de l'apaiser.

Le repas commençait tard. Chacun avait à sa place, à côté de son assiette, une petite figurine de Noël qu'il retrouvait avec plaisir d'année en année. Elles ne sortaient qu'à cette occasion des boîtes à chaussure et des enveloppements protecteurs de papier de soie où elles dormaient le reste du temps, elles venaient de Roumanie elles aussi et elles étaient comme une marque rassurante de la pérennité des choses et des gens.

Le menu était toujours le même et personne n'aurait songé à en changer. Les oeufs mimosas au crabe, la dinde aux marrons et la bûche au moka.

Le repas s'étirait.

Au café d'autres membres de la famille venaient, portaient des cadeaux et en recevaient, restaient un moment pour échanger nouvelles et souhaits. Sur la fin de l'après-midi quelques uns des adultes jouaient aux cartes. Ces vieilles personnes affectionnaient le rami ou la belote, une cousine fort âgée, toute petite femme sèche et ridée comme une vieille pomme, connue pour être confite en dévotion, s'y montrait redoutablement passionnée, capable de sentiments peu chrétiens à l'égard de ses adversaires et très mauvaise joueuse lorsqu'elle perdait, capable de soutenir avec une absolue mauvaise foi des contrevérités d'évidence. Delphine, qui ne jouait pas, restait immobile et muette dans son fauteuil et fixait de son oeil torve tour à tour chacun des joueurs et nous tous et son regard valait toutes les désapprobations tandis que ma grand'mère déjà s'affairait, aidée d'une ou deux autres femmes, aux soins du débarrassage.

Les invités partaient peu à peu.

La soirée était paisible.

On écoutait un peu de musique ce qui n'était pas chose courante, chez nous, à cette époque. L'électrophone servait peu, uniquement dans des moments particuliers comme celui-ci, mais alors c'était comme si des concertistes étaient venus à nous en personne et tous nous écoutions dans le recueillement.

Et j'étais surpris de voir alors qu'il suffisait de quelques accords langoureux ou d'un glissando mélancolique de violon pour arracher des larmes à mon grand-père, ce qui me semblait-il ne ressemblait pas à cet homme déjà vieux et malade, au très mauvais caractère, plus souvent bougon que tendre.

Il pleurait, sous la vague de ses souvenirs ravivés, sa jeunesse enfuie...

****

Voilà ce que j’ai écrit il y a presque douze ans…

Voilà ce que j’ai eu plaisir à retrouver et à exhumer…

Voilà ce que j’ai eu envie de vous donner en partage à vous mes lecteurs, un tout petit cadeau qui ne passe pas par les boutiques et les caddys, un tout petit cadeau mais qui part du cœur, en vous souhaitant pour les jours à venir des moments simples, chaleureux et aimants, tout ce que je me souhaite à moi-même…

Bonnes fêtes à tous.

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23 août 2006

Souvenir

Deux assez belles journées se sont succédées, nous en avons profité pour faire deux excursions un peu plus lointaines en partant à la journée.

Hier en allant randonner dans les vignes de Condrieu nous avons traversé le village de Saint Julien Molin-Molette. Quel nom extraordinaire. Un nom qui ne s’oublie pas. Et que j’avais oublié. Car tout à coup à l’évocation de ce nom, m’est revenu un pan de passé enfoui…

Du temps où j’habitais Lyon, temps très ancien (j’y étais étudiant c’est dire, enfin militant politique plutôt !), j’étais venu passer un week-end au-desssus de cette bourgade dans une maison perdue dans la forêt, appartenant aux parents d’un de nos camarades. Nous y étions pour une « fête », consistant pour l’essentiel en beuveries et fumettes excessives, en affaires sentimentales et sexuelles maladroites et souvent douloureuses. Moi dans l’après midi avec un seul de nos copains j’avais décidé d’aller marcher dans la montagne, nous sommes partis dans les bois, sans connaître le coin, sans carte, sûr de notre sens de l’orientation ou plutôt ne pensant même pas qu’il pouvait y avoir un problème. De chemins de chemins, de minimes changements de direction en minimes changements de direction, nous nous totalement égarés. Les sentiers se sont perdus, effacés entre les arbres. La nuit est tombée et avec elle le brouillard, le froid (on était à l’automne je pense), en désespoir de cause on a pensé qu’il fallait descendre au maximum, on finirait bien par trouver une route en bas, c’est ce qu’on a fait descendant hors sentier en suivant l’axe de la plus grande pente, on a trouvé la route en effet, bien en-deça du village, il a fallu la remonter, puis rejoindre ensuite la maison, c’était interminable, on est arrivé recru de fatigue.

Et la fête ? Je m’y suis collé naturellement, et avec d’autant plus d’énergie que j’étais épuisé, j’y étais bien seul, mes tentatives de rapprochement se sont soldées par des échecs, je crois que j’ai fini dans un sale état.

C’est drôle cette remontée du souvenir. Et plutôt agréable même si le moment n’état pas franchement enthousiasmant. Et tout à coup je me demande : Que sont devenus ces types ? Et cette maison existe-elle encore ? Sans doute et rénovée sûrement. Mon copain y va-t-il encore, accompagné de ses enfants, de ses petits enfants peut-être ?


Pilat_Aout_06_072
Dans les vignes de Condrieu

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01 mai 2006

Retrouvailles

J’ai revu ce week-end une amie perdue de vue depuis plus de vingt ans. Elle a lu mon nom il y a quelque temps lorsque j’étais allé faire un petit topo sur les journaux en ligne à Lyon dans le cadre de mes activités d’apaïste ; elle s’est dit, est-ce lui, est-ce une homonymie, un petit mail interrogateur, ah ma joie quand j’ai vu ce nom s’afficher sur ma messagerie, je n’avais pas une seule seconde pensé qu’il pourrait y avoir un effet induit de ce type en faisant ce topo, j’ai habité à Lyon il y a quelques années mais c’est tellement comme dans une autre vie que je n’avais même pas pensé à des connexions possibles ; quelques échanges de mails ensuite, oui, oui, c’est bien moi, celui que malicieusement, petite gamine que tu étais, tu avais appelé « Narbu le Barbu », voir réapparaître ce nom, c’est comme une madeleine ; un long coup de téléphone pour reprendre contact d’un peu plus près, se raconter (un peu) la vie et puis cette occasion qu’elle a eue de venir à Paris et ces retrouvailles…

On s’est retrouvé d’abord pour un pot en tête à tête vendredi en fin d’après-midi puis elle est venue déjeuner à la maison dimanche pour un repas « en famille », il y avait Constance et mes gars et il y avait sa mère à elle que j’ai aussi bien connu pendant mes années lyonnaises.

Naturellement on a changé, et pas qu’un peu, pas seulement l’effet du vieillissement sur les traits, moi j’étais encore barbu-chevelu la dernière fois qu’on s’est vu et elle avait une longue chevelure alors qu’elle porte désormais les cheveux très, très courts. On se l’était dit, donc la reconnaissance a été immédiate. Mais si l’on s’était croisé par hasard sans s’attendre à se rencontrer ? En tout cas dès que l’on se retrouve, il n’y a aucun doute, on embraye comme si on s’était vu d’hier, la personne est la même, les deux images purement visuelles se superposent mais il y a tout le reste qui n’a pas changé, la voix, le regard, une façon de se mouvoir, de parler, comment résumer ça, une présence peut-être, oui c’est ça, la présence est la même.

On revient sur des souvenirs communs. En fait je l’ai connu petite fille alors que j’étais déjà jeune adulte (on a une bonne dizaine d’années d’écart) nous la voyions souvent parce que l’appartement de sa mère était une sorte de local bis de l’organisation militante dans laquelle j’étais investi jusqu’au cou à l’époque, j’ai quitté Lyon ensuite, je l’ai revu jeune fille sans avoir vu la transition, ça a été un choc, je me souviens très bien, c’était la première fois que j’expérimentais cela, la perception du temps qui passe, la première fois que je m’interrogeais là-dessus aussi à partir d’une expérience concrète, d’une émotion personnelle et pas avec les mots des livres ou des profs de philo. Ce même pétillement qu’elle avait enfant et en plus voilà qu’elle était devenue belle et désirable ! On a évoqué tout ça à demi mot, on a reparlé d’une certaine balade en Chartreuse dont j’ai un souvenir très vif (mais d’ailleurs peut-être en partie fallacieux, va-t-en savoir en fait ce que l’on conserve, nulle part n’existe le disque dur du déroulé et des émotions effectives de l’époque). J’avais évoqué ce souvenir déjà dans mes échos ici . J’aime bien ces empilements de passé et d’images du passé dans le présent qui se constituent et se répondent, oui quand elles se répondent, c’est aussi un jeu d’échos ça, des échos où se rajoute la dimension temporelle.

Dimanche dans un contexte tout à fait différent, moins intime, cela a été très sympa aussi et je crois que tout le monde a passé un bon moment y compris mes gars, intéressés à voir ressurgir des bouts du passé de leur père que je n’évoque pas souvent. Et puis on a parlé aussi de beaucoup de choses très contemporaines.

C’est sûr on se reverra.

Et quand même tout ça c’est, quoique de façon indirecte, l’effet de mes écritures et d’internet, outil formidable, preuve qu’on est bien ici dans le réel vivant, dans la vie qui continue et pas dans le virtuel, dans les mots éteints, dans la nostalgie fermée.

Posté par Valclair à 17:28 - Souvenirs, souvenirs... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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