Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

24 décembre 2009

Croquis

Ecrit hier soir dans le train qui nous ramenait vers Paris et mis en ligne cet après-midi avant de me préparer et de partir participer aux festivités de Noël en famille…

Je lis avec intérêt et plaisir « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage », un récit autobiographique de Maya Angelou qui évoque une enfance de petite fille noire dans le sud des Etats Unis à la fin des années 30.

Mais outre la lecture, ce que j’aime aussi dans les voyages en train c’est cette disponibilité qu’ils offrent, à l’observation des spectacles du monde et des gens, à la rêverie, aux glissements de l’imagination…

J’ai laissé mon livre un moment et je pose sur mon carnet deux images de ce jour…

Tout à l’heure au café proche de la gare Matabiau où nous nous sommes posés entre arrivée du car et départ du train. En face de moi, à trois tables de distance, une femme seule, petite quarantaine, qui comme nous fait un arrêt buffet en attendant son train. Elle n’est pas spécialement belle mais elle a quelquechose dans le regard qui m’accroche, une sorte de langueur, un fond de tristesse. Elle mange son entrecôte, boit son quart de vin, déguste son café, elle paraît à la fois tout à fait là et très loin. Une ou deux fois son regard croise le mien, puis il se perd au loin. A un moment elle amorce un sourire, mais un sourire triste, je ne sais pourquoi j’ai l’impression qu’elle pense à une chanson et qu’elle est en train de la chanter intérieurement, d’ailleurs elle dodeline un peu de la tête. Un moment encore, puis elle paye et s’en va, j’accompagne un moment du regard sa silhouette qui s’éloigne.

Dans le train maintenant, en diagonale de moi, de l’autre côté du couloir, une jeune femme, d’origine antillaise vraisemblablement, peau café au lait, coiffure tressée, baladeur aux oreilles, un livre devant elle. Elle lit, elle écoute sa musique, elle répond sur son portable à plusieurs reprises, bref une jeune femme tout à fait « normale ». Mais par moments elle semble s’échapper. Elle met un doigt ou deux dans sa bouche, elle ramène devant son visage une écharpe de laine qui a l’air d’être une sorte de doudou, elle la déplace sans cesse se faisant de brèves caresses sur le nez, sur les lèvres, sur le menton. On a l’impression qu’elle lui sert aussi à masquer pour l’extérieur les doigts dans la bouche qui ne sont pas de son âge. Cela dure des minutes entières, elle est alors absorbée dans la musique, elle la ponctue de la main ou de la tête. Elle n’a plus vingt-cinq ans, elle en a six ou huit ou dix. Il y a quelquechose de fascinant à observer le basculement entre la jeune adulte et la petite fille happée dans le cocon de sa paisible activité auto-érotique.

J’aime à m’arrêter sur des spectacles minuscules de ce genre. Naturellement je les oublie très vite. En les notant je les approfondis et aussi je les fixe un tant soit peu. En recroisant ces lignes plus tard un petit quelquechose reviendra du moment vécu, même si l’image elle-même et le ressenti sans doute ne se retrouveront pas. C’est un peu comme avec les rêves qu’on prend le temps de transcrire, on en retrouve un squelette, on ne retrouve pas le rêve même.

***

Et puis aussi, c'est le moment qui veut ça mais ma pensée est sincère, bonnes, excellentes Fêtes, à toutes celles, tous ceux qui passeront par ici...

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17 décembre 2009

Journée légère

D’abord il y a eu cette neige. La neige à Paris c’est toujours très vite l’affreuse gadoue. N’empêche, aux premiers moments, c’est quand même une grâce. Ce matin quand je marchais sous les flocons pour aller au travail, quel plaisir à voir tout ce blanc s’accrocher aux arbres, se poser sur les voitures, sur les trottoirs et même sur les chaussées, du moins dans ces petites rues peu passantes que j’emprunte pour rejoindre mon bureau. Simplement sentir qu’on est hors du cadre normal, que la routine habituelle est écornée, ne fut-ce qu’à peine, c’est déjà un plaisir.

Ensuite ma journée de travail s’est révélée plutôt légère. Surtout ma réunion de l’après-midi s’est terminée plus tôt que prévu, du coup je me suis improvisé une petite toile dans le quartier Beaubourg où je me trouvais. Les contraintes du travail habituel ont pour contrepartie de rendre très jouissifs les moments de liberté imprévue qu’on leur arrache. Tiens, voilà des petites joies que je n’aurais plus quand mon temps professionnellement contraint aura disparu !

J’ai vu le film « Louise Bourgeois, la maîtresse, l’araignée, la mandarine ». La perception des œuvres simplement au travers les images d’un film n’est pas évidente. Il faut être au milieu des sculptures et des installations pour en percevoir la force étonnante. Je me souviens combien j’avais été subjugué par l’exposition à Beaubourg l’an dernier, bien au-delà de mon attente. Le film est assez confus, il part un peu dans tous les sens, porté par les discours de Louise Bourgeois, au fil de ses émotions, de ses plongées dans ses souvenirs et dans son inconscient. Mais au final il éclaire vraiment l’œuvre. Surprenante femme ! Le trop plein émotionnel dont elle est envahie se sublime dans l’énergie qu’elle insuffle à son œuvre, à sa vie et à ses paroles qui ne se privent pas d’être dérangeantes pour ceux à qui elle s’adresse. Diable, cette femme ne doit pas être facile à vivre ! Mais j’ai beaucoup aimé les dernières images du film où elle se révèle aussi sous d’autres jours au travers de ses sourires malicieux et de la chanson pleine de drôlerie et d’impertinence qu’elle entonne.

Et puis ce soir aussi, nous attendons l’anglais. Ça aussi ça me réjouit. Ça fait un moment qu’on ne l’a pas vu, l’animal. A l’heure où je publie son eurostar doit être en train d’arriver gare du Nord, une demi heure et il sera là…

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05 décembre 2009

Jeunesse de l'âge

Le week-end dernier j’ai été acheter un ordinateur pour mon père et je lui ai installé.

Ça faisait un moment qu’on en discutait. Il était réticent, se disant qu’il n’y comprenait rien et qu’il ne se voyait pas trop se lancer là-dedans à quatre vingt quatre ans.

Nous le poussions quant à nous, un peu agacé à la longue de devoir gérer de chez nous les photos numériques qu’il ramène de ses voyages, d’aller chercher pour lui sur internet les résultats de ses classements de bridge, voire de lui rapatrier des courriers transmis par mail mais adressés chez nous .

Depuis un mois à peu près il était décidé. A partir de ce moment il n’a eu de cesse que nous n’allions faire cet achat. A peine celui-ci déballé le voici tout frétillant de s’y essayer comme un gamin découvrant un nouveau jouet. Et depuis, chaque jour, il fait ses petits exercices, s’exerçant à couper, copier, coller, à créer des dossiers et à ranger ses photos dedans, s’entraînant au maniement de la souris et du clavier (lui qui n’a jamais touché une machine à écrire étant d’une génération où le plus moyen des cadres avait forcément une secrétaire pour saisir textes et courriers). Il est convenu que je vienne passer avec lui deux-trois heures chaque semaine pour piloter son apprentissage et j’ai commencé à rédiger un fichier aide mémoire que j’ai appelé le b.a. ba du b.a. ba. Pour l’instant internet n’est pas encore installé, nous attendons la « box » mais il a déjà de quoi faire.

Je prends un grand plaisir à l’accompagner dans cette découverte. C’est le plaisir, tout simple, d’une agréable relation filiale mais celui aussi, plus rare, d’être en présence de quelqu’un dont l’âge n’a pas émoussé la vitalité et auquel, les années passant, j’aimerais ressembler.

C’est un peu ce récent billet d’Alain qui m’a donné envie d’écrire celui-ci. Je partage tout à fait ce qu’il dit quant aux ravages du « jeunisme », de cette obsession à paraître plus jeune que l’on est, de la survalorisation des valeurs (supposées) de la jeunesse et des tentatives pour les reprendre à son compte, le plus souvent en les singeant de façon minable.

Mais pour autant, par rapport à tant de gens qui en vieillissant se caparaçonnent dans ce qu’ils ont été et dans leurs certitudes, qui ne ressentent plus aucun attrait pour la nouveauté, qui deviennent blasés ou cyniques, qui n’ont plus vraiment d’envies mais laissent juste couler les jours, il me semble heureux de voir des gens qui gardent intacts certaines des qualités de fraîcheur, d’enthousiasme et même de naïveté, associées le plus souvent à la jeunesse.

Etre de son âge, oui, résolument, avec ce que l’expérience peut amener (parfois !) de sagesse, mais en gardant tout de même quelquechose de la jeunesse et même, au-delà, pourquoi pas, quelquechose de l’esprit d’enfance.

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03 décembre 2009

Libéré!

Ça y est ! Je viens de déposer mon dossier de demande de retraite.

Toute la semaine dernière j’ai été dans un tourbillon d’hésitations extrêmement pénibles, pesant le pour et le contre de chacune des options qui s’offraient à moi. De demi-heure en demi-heure je basculais : il faut que je dépose pour telle date, c’est évident puis, mais non pour celle-ci, ça crève les yeux. Bref je buridanais, de la façon dont je sais si bien le faire !

Au départ je pensais à un départ franc et net au moment de la rentrée scolaire de septembre 2010. En raison de contraintes liées à ma date anniversaire ce n’est pas vraiment possible. Donc il me faut faire quelques mois supplémentaires. Mais combien ? Je vais assumer la rentrée, mettre en place le fonctionnement, préparer les projets. Alors, faut-il partir au milieu du gué ? Ou plutôt à quel endroit du gué ? Novembre 2010 ? Janvier 2011 ? Mais alors, à quelques mois près, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de l’année scolaire, finir ce qui est commencé ? Sans oublier que ça permet quelques trimestres de cotisation en plus, donc moins de décote sur ma retraite qui ne sera pas complète de toute façon puisque je suis loin d’avoir les annuités nécessaires.

Mais en embuscade derrière ces questionnements il y en avait d’autres aussi, que je reconnais moins aisément. Des angoisses floues. La peur du vide. Ne plus être dans un travail socialement reconnu et auquel malgré tous mes doutes sur la fonction que j’occupe je fais le crédit d’une certaine utilité sociale. Ne plus avoir ses repères habituels, fussent-ils des contraintes, ses horaires fixés, chaque matin ce chemin que l’on prend. Ce basculement dans un statut qui rappelle quotidiennement que l’on a atteint ce temps là de sa vie, en chemin vers l’irrémédiable fin. La peur de l’acédie, de la passivité, du « je remets à demain ». Je ne manque pas de projets divers, tous ces projets dont on dit : « ah, oui, ça enfin, je le ferai quand je serais à la retraite ». Mais est-ce que je m’y lancerai vraiment ? Et surtout pour ceux qui sont de l’ordre de la démarche, du travail vraiment personnel, comme d’écrire le livre par exemple que l’on porte en soi ou que l’on s’imagine porter (car si on le portait vraiment, dans l’urgence, il serait déjà écrit, envahissement par le travail salarié ou pas !)

Ce n’étaient que de petits clignotements d’angoisse, sans conséquence au final mais je suis sûr qu’ils ont joué leur partition cependant, qu’ils sont venus renforcer les hésitations que je me formulais pour de meilleures raisons. Evidemment que je la veux cette liberté, évidemment que j’ai envie de m’en emparer à belles dents et de faire des années à venir, des belles et de riches années.

Passé ses affres de l’indécision, j’ai décidé. La date la plus rapprochée possible. Bref dans un an, à cette date, j’y serai, je serai dans une nouvelle vie, je ne connaîtrai plus de ces jours sans jour passant de la nuit à la nuit !

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01 décembre 2009

De la nuit à la nuit

Hier j’ai dû aller tôt à mon bureau. J’y étais vers 8h, y arrivant alors que la nuit faiblissait à peine. J’en suis sorti un peu après 17h, il faisait nuit noire, il pleuvait en plus, d’une petite pluie froide et pénétrante…

Je ne suis pas sorti entre temps. J’ai déjeuné sur place dans la kitchenette du service d’un plat tout fait de supermarché. J’avais une journée chargée mais sans enjeux motivants, j’étais éclaté dans mes activités, c’était une journée non sans temps morts pourtant mais insuffisant pour que je puisse m’échapper soit physiquement, soit même dans ma tête. J’ai essayé, de ci, de là, mais sans conviction, coups d’œil sur des blogs, tentatives de gribouillages pour moi mais décidément je n’y arrive pas vraiment quand je suis au bureau.

En tout cas quand je suis sorti j’avais la sinistrose de cette nuit déjà tombée.

Comme si je m’étais fait voler le temps de lumière de ma journée, comme si le jour avait été simplement effacé.

Brr, c’est ça que je n’aime pas de l’hiver, ces jours trop courts, ces jours où on ne voit pas la lumière. Heureusement que je ne vis pas en Scandinavie!

Ce matin j'écris alors qu'il fait nuit toujours. Je poste et puis j'y vais...

Pfou, il serait temps que je m’échappe !

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24 octobre 2009

Je m'en vais voir l'océan

J’ai l’impression que bientôt je finirai par ne venir sur ce blog que pour dire que je m’en vais ici ou là et que je n’écris pas !

Pourtant plusieurs fois dans la semaine j’ai eu envie de parler de choses ou d’autres. Mais de là à faire le pas de rédiger ! Le week-end dernier j’ai repris à deux reprises le chemin du cinéma. Pendant les bandes annonces j’ai réalisé qu’il n’y en avait aucune que j’avais déjà vue. Signe que ça faisait un moment que je n’avais pas mis les pieds dans une salle obscure. J’ai vu « Mères et filles » et « Fish tank », deux films que j’ai apprécié avec certaines réserves pour l’un comme pour l’autre. J’aurais voulu dire ce qu’en eux j’avais aimé et ce que j’avais moins aimé. J’aurais voulu aussi développer les réflexions qu’avaient fait naître en moi ces deux façons de faire du cinéma, si différentes, le contraste étant rendu frappant par le fait de voir ces films de façon si rapprochée, à quelques heures d’intervalle. Ce genre de billet ne sort pas au premier coup de plume, il nécessite un certain travail, je n’en ai pas eu le temps, ou, plus exactement, je n’en ai pas pris le temps.

A défaut de ce billet je me suis dit qu’il fallait au moins – et là c’est de la fonction mémorielle pour soi-même du journal qu’il s’agit – noter le titre, l’impression qu’ils m’ont fait en quelques mots lapidaires. Mais ça n’a guère d’intérêt de publier ça. J’ai pensé alors à un autre fichier possible, une sorte de mémento, où noter ce que j’ai vu, ce que j’ai lu, qui j’ai rencontré, en une ligne, comme on le ferait dans les marges d’un agenda. J’ai même commencé ça une fois sans m’y tenir. J’y repense chaque fois que ce journal se fait peau de chagrin. Ainsi, n’arrivant pas à faire de vrais billets sur ces films vus, ai-je voulu reprendre ce fichier mémento mais non sans immédiatement me questionner sur le sens d’une telle pratique. A quoi ça rime ces prothèses de la mémoire, cette volonté dérisoire de retenir ce qui s’enfuit ? Ça aussi ça aurait pu faire un billet !

Bref pour l’heure je pars m’aérer une dizaine de jours, me gorger d’air marin, du grand vent, m’imprégner du rythme de l’océan, me sentir au plus près des éléments, ça, ça vous aère les neurones et remet les pendules à l’heure.

Pas de connexion, l’ordinateur tout de même des fois que je veuille écrire, plusieurs livres à bouquiner sous la couette (dont certains arrivés par porteur spécial depuis la Belle Province), ma parka, de bonnes chaussures…

En route !

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10 octobre 2009

Vie provinciale

J’ai fini de vider le petit appartement du rez de chaussée que nous avions équipé de bric et de broc cet été pour pouvoir nous y installer. J’ai tout entassé dans une autre pièce de l’autre côté du hall pour laisser place nette. C’est cet appartement qui sera refait en premier, qui servira ensuite d’espace de stockage et qui pourra nous accueillir pendant le reste des travaux.

Avant de tout refermer et d’aller faire visite à ma cousine et à sa vieille mère à la maison de retraite, je me suis installé devant la porte fenêtre ouverte sur le jardin ensauvagé, je regarde la pluie tomber, je respire la bonne odeur des feuillages mouillés, tandis que me parviens de la fenêtre opposée la rumeur des conversations sur la place.

Je goûte, avant de reprendre tout à l’heure le train de nuit pour Paris, le calme de ce moment de suspens, le bien-être de ma tranquillité, le plaisir de faire courir mon stylo sur le papier. J’ai pu faire tout ce qui était prévu pendant ce bref séjour et j’ai donc l’esprit tranquille.

Il y a quelquechose de pacifiant dans ce rythme de la vie de province. J’en ai eu encore des exemples pendant ces quelques jours. Les gens sont tout de même sérieusement moins stressés ici qu’à Paris !

J’ai été hier midi acheter quelques bonnes cochonailles à rapporter à Paris. Le charcutier est un être qui fonctionne sur un tempo d’une extraordinaire lenteur, il semble comme physiologiquement lent, lent dans ses gestes, lent de le débit de sa parole. Mais en plus il est bavard et tient à faire de son échoppe une annexe du café du commerce. Autant dire qu’on y passe parfois un certain temps mais autant je pourrai m’en exaspérer à Paris, autant ici je m’adapte. Ainsi pendant que j’étais là est passé un groupe de collégiens devant la boutique, ce qui nous a valu des interrogations partagées avec ses pratiques sur le point de savoir s’il s’agissait des jeunes cinquièmes ou des petits sixièmes du collège voisin. Il s’est extasié ensuite sur le très jeune chien d’une de ses clientes et sur le regard suppliant que, de là où il était attaché à l’extérieur du magasin, il jetait sur sa patronne. Quand ce fut mon tour bien sûr il a évoqué l’incendie. Je lui ai donné quelques informations que j’ai tenu à laisser dans le vague mais que j’ai enrobé cependant de quelques considérations générales et consensuelles pour ne pas avoir trop l’air d’un ours parisien restant par trop sur son quant à soi.

L’après-midi en sortant de mes rendez-vous il y avait un joli rayon de soleil. J’ai donc été marcher un peu jusqu’au mini-canal qui fait un joli but de promenade aux limites de la ville et porte les eaux de la Montagne Noire jusqu’au Canal du Midi. J’ai croisé à un moment deux papys engagés dans une grande discussion et qui m’ont arrêté.

« Ah, vous sauriez peut-être, vous, comment appelle-t-on déjà ces maladies que l’on choppe à l’hôpital ? »

Je le sais bien sûr. Mais, sous le coup de l’émotion de la question posée à brûle pourpoint, le mot me fuit et je ne peux après quelques instants de conversation avec eux que reconnaître mon incapacité à les aider. Tandis que je m’éloigne, approche un autre promeneur, qu’ils arrêtent à son tour. Et dans la seconde qui suit j’entends, crié dans mon dos un triomphant et rugueux « nosocomiales ». Je me retourne, fais un petit signe de la main à leur endroit et lance à mon tour un jovial :

« Nosocomiales, mais bien sûr ! »

Et oui on peut même prendre un ton jovial en évoquant des sujets aussi peu plaisants que celui-ci !

Je poursuis mon chemin, le sourire aux lèvres. Ce n’est rien naturellement que cet échange légèrement surréaliste sur un bord de canal, mais c’est un événement quasi inconcevable dans un flux de parisiens, même en promenade et c’est un mini bonheur dont j’embarque avec moi le souvenir...

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08 octobre 2009

Là-bas

Me voici donc en région toulousaine pendant trois jours, pour m’occuper de la maison brûlée.

Ces jours ici me font un joli moment parenthèse. Mes démarches ne sont pas pesantes. Le choc douloureux au moment du sinistre et les anxiétés qui ont suivi sont dépassées, le deuil de ce qui a été perdu est fait, je suis désormais dans le projet, je suis dans la reconstruction est c’est diablement porteur. C’est un peu plus que « à quelquechose malheur est bon », ce serait plutôt « ce sinistre, finalement, c’est une bénédiction ».

En tout cas quel brusque et bienfaisant sentiment de coupure avec mon quotidien. Je l’ai un peu payé dans les jours qui précèdent, j’ai dû concentrer mon activité de cinq jours de travail sur trois, mais ensuite dès que j’ai été installé dans ma couchette dans le train de nuit filant vers le sud, j’ai tout de suite été porté ailleurs, je n’ai plus le moins du monde pensé au boulot, et plus guère à Paris pas plus qu’à ma blogosphère.

La journée a été intense. Je l’ai passée toute entière avec l’architecte, nous avons analysé ensemble les devis des divers corps de métier. Les choses se présentent plutôt bien. La quasi totalité de ce que nous voulons faire tient dans l’enveloppe allouée par l’assurance. Dans quelques mois j’aurai une maison qui sans perdre le charme de son ancienneté sera aux normes de confort actuel, conforme aux façons d’habiter qui sont les nôtres aujourd'hui et qui répondra à la plupart des envies que j’ai pu formuler. Ce ne sera plus la maison des mes grands-parents, ce deviendra véritablement la mienne. Le passé n’est pas renié mais absorbé, intégré, dépassé. Si nous faisons de cette maison notre résidence principale comme j’en ai le projet, nous n’aurons plus ce sentiment d’entrer dans un lieu modelé par d’autres, figé dans les formes dans lesquelles ils l’avaient laissé.

Même si l’essentiel du projet est arrêté il nous reste à nous prononcer sur diverses options ce que je verrai avec Constance et avec mon père dès mon retour à Paris. Puis il faudra rentrer dans de nombreux détails de décoration et d’aménagement dans de prochains voyages ici au cours de l’hiver et du printemps.

Je loge chez ma cousine. J’ai hésité un peu, sachant que j’aurais goûté après mes diverses tâches la tranquillité et ma solitude dans la grande maison vide. Mais outre que ma présence fait plaisir à ma cousine, je trouve aussi un certain agrément au babil avec elle, je trouve bien agréable le confort de son appartement, les douches chaudes et le fait de mettre les pieds sous la table et de ne rien avoir à faire pour les repas, toute tentative de ma part pour l’aider en quoi que ce soit se révélant voué à l’échec.

Cette cousine est d’une extrême gentillesse et d’un dévouement qui confine au sacrifice. Pendant dix ans elle n’a pas bougé de chez elle soignant un mari, épousé sur le tard, et victime quelques mois après leur mariage d’un accident cérébral qui l’a laissé aphasique et paralysé pendant dix ans. Puis, celui ci décédé, c’est sa mère qui est devenu impotente et avec laquelle elle passe à la maison de retraite proche tous les après-midi sans exception .

Sa vie tourne quasi exclusivement autour de ce qu’elle pense devoir à ses malades aimés. Je l’admire et la plains tout en me demandant s’il n’y a pas aussi quelquechose d’un peu pathologique dans son dévouement, si elle n’aurait pas pu, sans manquer à ses devoirs, s’organiser un peu différemment, pendre au moins quelques temps de vacances et d’éloignement dans sa vie de garde malade.

Lorsqu’elle est chez elle la télévision est sa compagne obligée qui est allumée de façon quasi continue. Même lorsqu’elle ne regarde pas vraiment, les programmes, les pubs sont présents en fond sonore. Cette omniprésence m’est pour le moins pénible. J’ai vaguement tenté de lui suggérer d’étreindre pendant les repas puisque j’étais là et que nous causions mais en vain, tout au plus l’a-t-elle baissée pour que le son ne gêne pas trop notre conversation.

Une autre chose me frappe : il n’y a pas ici, dans cet appartement pourtant relativement cossu, la moindre bibliothèque. Cette femme n’est pas inculte, elle a été à l’école jusqu’au baccalauréat, elle a passé ensuite le concours des impôts et a été fonctionnaire de nombreuses années avant de se marier à la cinquantaine, elle provient d’un milieu de petite bourgeoisie provinciale où il y avait des livres (à vrai dire peut-être était-ce surtout des livres pour la parade. Étaient-ils lus ?). Tous les ans elle faisait un voyage culturel avant d’être rivé sur place par ses malades et elle avait été active aussi dans la vie associative et municipale locale. Je ne la vois jamais avec un livre à la main, je ne la vois jamais lire, à part la Dépêche qu’elle parcourt et quelques magazines vaguement glamour. Ça me paraît stupéfiant. C’est, il me semble, comme si elle rajoutait d’elle-même aux mauvais tours que la vie lui a fait une amputation supplémentaire. Bien sûr ce n’est que mon regard de grand lecteur et il me faut bien concevoir que l’on puisse voir les choses différemment mais tout de même, moi, cette absence aussi radicale du moindre livre, ça me rend triste pour elle.

J’ai laissé la télé et ma cousine, prétextant que j’avais encore à travailler sur mes devis. Je me suis mis à écrire avec un certain plaisir. Pas d’internet ici et je n’ai pas même apporté mon ordinateur, je fais glisser le stylo sur le papier de mon carnet. Je vais me relire puis je vais me glisser entre mes draps et rejoindre avec un intense plaisir et jusqu’à ce que mes yeux se ferment, la belle Gabrielle et la maison du Mesnil, surgie d’entre les mots d’Anne Marie Garat.

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21 septembre 2009

Eté indien

Ce week-end c’était l’été indien et ça a l’air de continuer…

J’ai joui, je jouis, de ce retour de la douceur et du beau temps.

Ce vendredi aussi et peut-être est-ce cela qui m’a psychologiquement fait ressentir l’été indien, j’ai enfin pu me libérer du boulot dès l’heure du déjeuner, la pression professionnelle baisse, j’ai pu renouer avec mes vendredis après-midi liberté.

Au déjeuner j’en ai profité pour retrouver une ancienne et très chère amie de blog et nous avons eu le bonheur d’un resto en terrasse dans une rue piétonne, réactivant sans peine et dans la pleine confiance nos discussions sur l’état de nos vies et de nos cœurs. Nous avons passé un moment ensuite à prendre le soleil dans un petit jardin public proche, où je n’avais pas mis les pieds depuis des années et où j’avais coutume de conduire mes enfants lorsqu’ils en avaient l’âge. Nous avons profité des caresses du soleil et poursuivi nos discussions tandis que, l’heure de sortie des écoles venant, le square s’est rempli de têtes blondes, de jeunes mamans et de nounous, contribuant à nous replonger nous parents de grands ados ou de jeunes adultes dans des ambiances passées.

Le curieux est que le lendemain matin j’ai eu un appel d’une autre chère amie de blog passant dans mon quartier et nous avons pu aller boire un café ensemble, retrouvant là aussi d’emblée le climat d’une totale complicité.

De ces deux amies, un temps très proches l’une de l’autre, qui furent blogueuses et qui ne le sont plus depuis lurette, j’ai été heureux de persister à être comme un lien indirect à quelques heures d’intervalle, et de ressentir dans le concret combien peut persister l’amitié vraie et pas du tout virtuelle au-delà de l’arrêt des blogs qui nous ont permis de nous connaître.

Tous ces soirs aussi, pour ce qui est du quotidien de la maison, nous avons pu remettre le couvert sur notre terrasse et profiter pendant septembre avancé de ce privilège estival du dîner dehors, dans le calme de la copropriété désertée ce week-end par nos voisins.

J’ai eu du temps ce week-end mais pas plus que le précédent je n’ai eu envie de me remettre à bloguer, de me remettre à écrire. Mais les commentaires laissés comme plusieurs mails que j’ai reçus ces jours-ci et qui m’ont conduit à initier de nouvelles correspondances m’ont reboosté pourtant. L’envie, disons, s’est rapprochée. Alors ce soir rentrant du travail, profitant encore une fois de la terrasse, j’écris sur cette douceur du temps, sur ce retour d’été indien.

Je me sens plutôt bien ces jours-ci, comme s’il y avait non seulement un été indien de la météo mais aussi un été indien du cœur.

Et je me dis, j’essaie de me dire que, quand on arrive au temps de l’été indien de nos vies, il n’y a pas d’autre choix que de tenter d’en jouir au mieux malgré les ombres qui éventuellement se profilent. J’ai puisé, tenté de puiser, des leçons de vie à cet égard dans un bref et beau billet d’Incertaine, comme dans ceux que donnaient souvent, jusque dans les derniers temps de sa maladie, notre amie récemment décédée et que je n’oublie pas.

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06 septembre 2009

Fin de week-end

Le week-end a démarré dans l’ombre portée de la nuit qui l’avait précédé. Il commençait donc plutôt mal mais il s’est mieux terminé heureusement.

J’ai cahoté samedi sans me mettre à rien de façon efficace. Je me suis un peu plongé dans les arcanes de dotclear tentant d’y voir clair pour préparer ma migration mais je me suis trop vite lassé. J’ai tenté d’écrire mais sans y parvenir. J’ai basculé dans du zapping internautique lisant à demi ici, à demi là, tout en me demandant sans cesse ce que je fichais là, si je n’y étais pas simplement dans le fil d’une habitude, devenue pas loin d’une addiction. J’ai changé non sans mal le pneu crevé de mon vélo et me suis agacé de mon agacement face aux objets lorsqu’ils me résistent ce qui est fréquent, plus non-bricoleur que moi, il n’y a pas…

Aujourd'hui il y avait un anniversaire familial. Je n’aime pas trop les anniversaires familiaux ! L’idée m’en plombe à l’avance mais pourtant, à moins d’avoir vraiment un autre projet, je ne cherche pas à y échapper, je ne veux pas faire mon ours mal léché. D’abord quelle drôle d’idée de fêter les anniversaires ! Pour les enfants je veux bien, mais pour les vieux croûtons, quelle idée de s’appesantir sur l’implacable comput des années qui passent. Encore ce serait en petit comité, avec des amis proches que l’on aurait soi-même directement choisis, pourquoi pas. Ce n’est plus alors qu’un prétexte pour une réunion d’amis chers, celui ci vaut autant qu’un autre. Mais l’aspect rituel au contraire de ces grandes assemblées, où est présente la famille, indépendamment des sympathies ou des antipathies éventuelles, où l’on fête plusieurs anniversaires simplement parce qu’ils tombent à peu près au même moment - là c’était les anniversaires de fin d’été et de début septembre - ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais bon je dois bien reconnaître que c’est surtout l’idée que je m’en fais à l’avance, en général finalement ce sont plutôt de bons moments. Là c’était le cas, les gens de cette famille sont dans l’ensemble sympathiques et s’entendent bien et comme en plus il faisait beau, qu’on était dans un jardin, que le champagne était bon…

Donc, voilà, ça va mieux…

Il faut dire aussi que samedi soir j’ai été voir le dernier Woody Allen « Whatever works » et qu’il m’a enchanté. J’aime bien Allen sans considérer que tous ses films sont par principe géniaux comme a tendance à le penser une certaine critique (allez, Télérama, pour ne pas le citer !). J’avais été relativement déçu par plusieurs récents opus, spécialement par « Vicky, Christina… » dont on a fait tout un plat. Mais ce film ci me paraît un bon cru. C’est un plaisant conte de fées avec super happy end, il faut seulement accepter de se laisser charmer. Le rythme est échevelé, aucune scène ne dure la minute de trop qui laisserait le temps de se dire que tout ça pourrait être un peu lourd, les rebondissements sont prévisibles mais tellement bien amenés, les dialogues sont diaboliquement intelligents et constamment drôles. Et derrière le rire se glisse par moments une once de véritable émotion, là aussi, à peine esquissée, sans lourdeur, mais qui donne un peu plus d’épaisseur au moment que l’on vit. Bref je suis sorti du cinéma de bien meilleure humeur que je n’y étais entré et mon week-end dès lors s’est mis sur de meilleurs rails.

Merci Monsieur Allen. Du moment que ça marche !

Posté par Valclair à 22:32 - Varia - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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