Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

14 mai 2008

Moment supendu

Je me suis enfui du bureau plus tôt que prévu. Je vais aller au cinéma tout à l’heure. Je suis un peu en avance pour la séance. Je suis passé devant la Sorbonne. Il y a une délégation d’enseignants qui protestent contre les expulsions de lycéens sans papier. Je devrais me sentir concerné, m’arrêter pour discuter, pour appuyer, mais je passe mon chemin...

Je vais m’asseoir dans le square de Cluny. La rumeur de la circulation sur le Boulevard Saint Germain est présente mais atténuée toutefois. Des moineaux tourbillonnent et pépient autour de moi. L’air sent la verdure neuve. Les toitures pentues du Musée brillent sous le soleil, le bâtiment m’apparaît dans la découpe du feuillage du haut marronnier à l’ombre duquel je me suis assis. C’est une belle image qui est dans mon champ de vision. Je n’ai pas mon appareil photo pour la restituer. Mais je la photographie mentalement. Non pour tenter de la conserver. Plutôt pour m’en pénétrer plus intensément dans l’instant.

Je lis de beaux textes d’une diariste que j’ai imprimé ce matin au bureau. Elle y parle de la douleur, des amours, de la mort, du temps qui fuit inexorablement mais aussi de la vie qui continue et qu’il faut saisir dans sa fragilité. Ces mots ne rendent pas un son triste, ils sont empreints de sérénité, les douleurs sont présentes mais comme mises à distance, comme enveloppées d’une aura de sérénité, de mélancolie douce mais colorée. Comme un climat de belle fin d’après-midi d’été...

C’est cette lecture qui m’a mené à mes propres songes dans ce jardin paisible et qui m’a fait sortir mon carnet pour y inscrire ces quelques mots que je retranscris ce soir ici tandis que l'orage gronde sur Paris.

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24 avril 2008

Un air de printemps

Enfin ça sent vraiment le printemps ! Il y a ce bonheur tout simple de poser le manteau et de le troquer pour une veste légère et d’ouvrir son col de chemise, ce bonheur de sentir le corps plus à l’aise, moins engoncé, en contact plus proche avec l’air ambiant, avec le souffle du monde. Evidemment on aurait envie d’un peu de campagne, on a failli partir un peu d’ailleurs car j’ai quelques jours de vacances mais finalement ça ne s’est pas fait.

Ce matin j’ai travaillé un peu dehors. Je n’ai pas la main verte et ne m’occupe guère de nos plates-bandes, de notre coin de verdure en plein Paris, tout petit, mais si appréciable. Mais j’ai nettoyé la terrasse. J’ai arraché le lierre qui avait tendance à devenir un peu envahissant, à se glisser jusque sous les tuiles. J’ai nettoyé la gouttière complètement remplie par une herbe dense. C’est incroyable d’ailleurs : pas de terre, juste l’eau de pluie, des feuilles décomposées, pas mal de petites bestioles et là dessus, sur cet espèce de substrat en décomposition, en hors sol, sans véritables racines, des plantes ont poussées, drues et vertes, sur une bonne dizaine de centimètres de haut. Je me suis senti saisi par cette puissance de vie et de voir ça, d’être confronté à ça, m’a tout simplement fait du bien.

Il faisait bon et sain à travailler là dehors. Meilleur et plus sain sûrement que de rester vissé à son écran, à faire le tour de blogamis ou de blogs à découvrir ou même à chercher des mots pour écrire. Peut-être que je devrais m’occuper un peu plus des plates-bandes !

La terrasse est maintenant opérationnelle. On va pouvoir recommencer à déjeuner voire à dîner dehors de temps en temps. On n’a pas eu l’occasion de le faire encore cette année. Printemps tardif. Cela dit on ne va pas se plaindre qu’il ait plu, on devient sensible à ça maintenant, on est content de savoir que les nappes phréatiques se remplissent correctement, l’eau cette source de vie ! Mais je me remémorais un vieux printemps aussi, celui d’il y a quarante ans dont on parle tant. C’est curieux je n’y vois pas de pluie, pas de froid, et je ne parle pas seulement des jours de mai mais du trimestre qui a précédé où régnait dans mon lycée ce climat électrique d’ébullition croissante. Sélectivité du souvenir !

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12 avril 2008

Retour du fils prodigue

Enfin façon de dire et pour le plaisir de la formule ! Il n’est pas spécialement prodigue le fiston !

Mais il est loin. Pas si loin à vrai dire, juste en Angleterre à trois heures d’Eurostar ! Mais on ne le voit plus très souvent. Il n’était pas venu depuis Noël, nous avons juste eu de ses nouvelles par quelques mails et tchats. Rien que de très normal. Il a l’âge de prendre de la distance. Je ne tiendrai pas à avoir un Tanguy accroché à mes basques. Mais enfin il commençait à nous manquer sérieusement et son retour est une fête.

Ça c’est le bon côté de cet éloignement. Chaque retour nous donne bien plus de plaisir que si nos rencontres étaient fréquentes, que si nous pouvions nous voir d’un simple coup de métro.

On se croise surtout car il a bien sûr un emploi du temps surchargé pour voir tous les vieux potes parisiens dont il veut profiter pendant les trois brèves journées de son séjour. Mais on a le temps quand même de se poser, nous et lui.

Jeudi soir déjà j’avais eu le plaisir de préparer pour l’accueillir des magrets de canard sauce marchand de vin, pommes de terre sautées et confiture d’aubergines. Avec un vieux Cahors. Un régal. Il y a toujours quelquechose de fort dans l’échange autour d’un repas qu’on a soi-même préparé. Et nous aurons un autre moment de partage demain, nous ferons un repas avec mon père, la maman de Constance, ma sœur, ce sera l’occasion de fêter son anniversaire, son quart de siècle. Quart de siècle !

Entre autres choses je lui offre « Mai 68, raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu » de Patrick Rotman. Je ne peux éviter tout à fait de céder à la frénésie commémorative. Je me laisse faire même avec un certain plaisir. En tout cas ce petit livre est très bon, très clair. Je l’ai avalé cette nuit, profitant d’une insomnie. Il explique bien l’articulation des trois temps de mai (moment étudiant, moment social, moment politique) et replace intelligemment ce bref épisode d’histoire dans un contexte géographique et temporel plus large.

Dans la foulée j’ai acheté pour moi « Le jour où mon père s’est tu ». Dans ce bouquin Virginie Linhart se lance à la recherche de certains de ses contemporains, enfants de militants très engagés de Mai, pour exorciser sa propre douleur face à un père, dirigeant historique des maoïstes de la rue d’Ulm qui fut un des hommes brisés de l’après mai. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup et sur lequel sûrement je reviendrai.

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25 mars 2008

De tout un peu et pas ce qui comptait vraiment...

Il y avait donc la perspective de ce week-end pascal, trois journées sans travail professionnel et à priori pas trop encombrées. Nous avions prévu de ne pas trop bouger si ce n’est pour le rite d’un déjeuner de Pâques familial. Le temps annoncé, plutôt pourri, froid, venteux, pluvieux, n’incitait pas non plus à se lancer dans de grandes promenades parisiennes ou campagnardes. C’était donc plutôt la perspective d’un temps de cocooning et naturellement j’ai casé là-dedans plusieurs choses à réaliser, dont une d’importance, toujours repoussée et qui pourtant me tient à cœur depuis longtemps.

Et puis, et puis, le week-end s’est passé, je m’y suis pas mal dispersé, ce n’était pas désagréable et pas improductif sauf qu’il y a manqué ce à quoi j’attachais le plus d’importance et qu’il m’en reste un goût saumâtre d’inaccompli. Raté, une fois de plus !

J’ai passé pas mal de temps à mes activités associatives, rencontre, échanges de mails, textes à rédiger, articles à préparer et j’en suis content parce que j’ai bien avancé sur des choses qui traînaient.

J’ai avalé un petit bouquin, un livre d’une auteure parfaitement inconnue de moi, acheté au Salon du Livre lorsque j’y suis passé mardi après-midi, le seul livre que j’y ai acheté, juste parce que j’avais rencontré Gilda qui m’a vivement conseillé ce « Médées », un texte puissant en effet, noir, sombre, peut-être un peu trop démonstratif à mon goût des monstrueuses figures qu’il entend décrire. Mais j’ai eu ce plaisir d’une découverte, portée par une personne amie, donc bien autrement incarnée que lorsqu’elle provient d’une recommandation d’un article de journal.

J’ai été au cinéma avec Constance, nous avons vu « L’Heure d’été » d’Assayas, un film qui parle de la perte et de la transmission, un film sensible et attachant, répandant une douce lumière malgré son fond mélancolique, grâce notamment à ses personnages pétris de bienveillance les uns envers les autres, malgré leur points de vue différents, malgré les distances où les place leurs vies et interprétés par des acteurs tous formidables.

J’ai classé et collé dans mes albums une partie des photos de notre voyage en Turquie de cet été. J’ai de plus en plus de mal à faire ce genre de boulot refroidi et d’ailleurs je ne suis pas parvenu à aller au bout. C’est une activité qui me devient pénible, qui renvoie à d’autres choses sur la momification des souvenirs, mais c’est un autre sujet et qui mériterait un billet à lui seul.

Et puis j’étais déterminé donc à mettre sur la table ce qui se joue de non dits autour de mon activité de blogueur, cette sorte de présence béante et pour moi essentielle, cette béance de silence qui contribue à notre absence à nous-mêmes, ce trou noir de notre relation. Sans savoir jusqu’où je serais capable de porter la discussion, je savais du moins par quel bout j’allais l’aborder, je savais le moment où j’allais le faire. J’étais prêt. C’était dimanche après le dîner. Mais Constance n’est pas venue dîner, prise de maux de ventre et de maux de tête soudains, elle s’est couchée, elle s’est endormi comme une masse me laissant dépité. Simple coïncidence malvenue ? Ou trop claire réaction d’évitement dont le corps s’est chargé ?

Toujours est-il qu’il a suffi de cela pour que ma propre résolution fonde aussitôt et que le lendemain il n’en soit plus question pour moi, sinon comme un regret.

Mais ce n’est que partie remise…

Je veux le croire.

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12 mars 2008

Bousculade de rentrée

Ma reprise est encore une fois un peu sur les chapeaux de roues. Ah, diable, je crois que je serais vraiment mûr pour le mi-temps, dommage que dans mon boulot je ne puisse pas. En plus mes soirées et mon week-end sont assez chargées, plusieurs amis provinciaux s’annoncent entre le week-end et les jours alentours ce qui est plutôt sympathique, bref ça vit, mais je me sens frustré de ne pas avoir suffisamment de temps pour mes petites affaires, mes petites écritures, mes petites promenades internautiques…

Mon voyage déjà me paraît loin. J’ai repris mes notes écrites sur le moment. Les taper sur l’ordinateur c’est à la fois le plaisir de réactiver le souvenir et le plaisir de l’écriture puisque je ne peux m’empêcher de corriger la forme de mon texte et de l’enrichir. Mais règne aussi un sentiment plus mitigé, celui d’être un peu dans du réchauffé, ce n’est pas le même plaisir que l’écriture vive dans le moment même du ressenti. J’ai l’impression aussi de procéder à une activité un peu vaine, un peu névrotique d’une conservation qui se voudrait quasi-exhaustive, ne s’autorisant pas à sauter une journée ou une promenade de la relation de voyage. Je me dis que du coup ce genre d’évocation doit paraître plutôt longuet et rasoir pour le lecteur lambda qui n’a pas lui même vécu ces moments. Je suis là dans la fonction de mémorisation pour soi du journal plus que dans sa fonction de réflexion et de communication avec autrui. Je le sens bien et j’essaie alors de gauchir mon texte dans le sens de ce que serait un reportage mais ce n’est pas évident. Enfin j’ai presque fini, je mettrai ça en ligne demain avec quelques photos, vous lirez ou survolerez en diagonale selon votre envie…

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09 mars 2008

Atterrissage

L’atterrissage de l’avion fut très doux, l’atterrissage dans la vie parisienne l’est moins. Dès demain c’est la reprise sans trop de temps de se retourner. Ouch, que de choses à faire ! Mais cette sorte de bousculade au sortir d’un moment de parenthèse est plutôt agréable et stimulante. Vidages des sacs, rangements, le marché pour remplir la maison vide, l’accueil du fiston retour du ski, quelques préparatifs pour demain, les photos à transférer, à organiser, parfois à recadrer, la pile des Monde sortis de leur pochette à lire pour voir un peu ce qui s’est passé, les courriers postaux ou dans la boîte mail à regarder. Et puis mon agrégateur à faire tourner et mes blogamis à aller lire : j’ai commencé, première lecture un peu diagonale, sorte de reprise de contact, encore un peu à distance, sans m’arrêter ou commenter. Demain ou les jours suivants il me faudra aussi reprendre ce que j’ai écrit sur mes petits carnets pendant mon voyage, les retranscrire sur l’ordinateur puis les déposer ici…

Je vous dis juste en attendant que la balade fut bonne, dépaysante et nettoyante à souhait, un peu dure peut-être, j’ai les jambes moulues et quelques courbatures qui persistent mais c’est ça que je cherchais et tout ça me fait, je crois, le plus grand bien.

Et puis, autre façon d’atterrir, il y a les municipales, je n’ai pas oublié d’aller voter et n’ai pu m’empêcher quoique je sache bien quel ronron habituel et convenu de commentaires allait m’attendre de regarder un moment la soirée électorale.

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01 mars 2008

Sur le départ

On a fini de boucler les sacs…

Avec dedans ce qu’il faut pour la marche en montagne et l’éventuel grand froid mais quelques livres aussi. « Les années » d’Annie Ernaux, presque terminé, un très beau livre. Et puis «  Un journal de Berlin » que j’ai acheté hier, alléché par ce qu’en a dit une certaine commentatrice. Influencé, oui, oui… Et de quoi écrire aussi peut-être, un carnet dans une jolie parure home made que m’a offert Telle dont j’ai eu le plaisir de faire la connaissance jeudi. Et oui, j’emporte avec moi un petit bout de blogosphère, un petit bout de vous..

La journée d’hier, quoique chargée de préparatifs a été plutôt légère. Nous avons eu le temps d’aller au cinéma et de voir « la famille Savage ». C’est un très bon petit film dont on parle peu. De jeunes vieux profondément immatures et très attachants, un vieux vieux et la décrépitude, la mort inexorable, la trace des douleurs de l’enfance, la solitude des êtres et la façon dont cahin-caha ils peuvent tenter de la briser. Tout ça pas très gai donc. Mais traité avec beaucoup de finesse, de sens du rythme et de l’image cinématographique et beaucoup d’humour, un humour chaleureux à l’égard des personnes, grinçant à l’égard de quelques une des tares de l’Amérique. Et puis ce regard de la cinéaste, profondément empathique à l’égard de ses personnages qui, avec leurs névroses si différentes des nôtres, foncièrement nous ressemblent…

Allez, là, malgré mon réveil encore plus matinal que nécessaire, il est temps de se mettre en mouvement...

Bonne semaine et à bientôt…

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22 février 2008

Une femme sexuelle

Je visitais récemment une exposition...

Parmi les visiteurs passe une femme assez belle, plutôt grande, svelte, vêtue d’un jean et d’un débardeur assez échancré laissant ses épaules dénudées, son corps est assez fortement cambré, et ses seins se devinent assez gaillardement pointés sous son vêtement. Sa silhouette est très juvénile comme son look et la façon dont elle est habillée mais à regarder son visage, on voit qu’elle n’est pas si jeune, quarantaine avancée voire jeune cinquantaine. Cette femme a en elle quelque chose de violemment sexuel. Je l’observe du coin de l’œil avec comme toujours dans ces cas là une certaine fascination. Elle est assez belle certes mais sans rien d’exceptionnel. Alors d’où cela vient-il ? Quel est ce mystère ? Qu’est ce qui lui confère cette aura particulière ?

Elle est accompagné d’un homme, un grand et beau brun qui paraît plutôt plus jeune qu’elle. Ils semblent très amoureux. Ils s’éloignent parfois l’un de l’autre au cours de la visite mais se rapprochent aussi par moments, se tiennent alors serrés l’un contre l’autre ou s’embrassent. A un moment ils se posent sur des sièges, l’homme lui dit quelquechose à l’oreille et la femme se met à rire d’un grand rire sonore qu’elle ne se préoccupe pas de tenter de calmer. Je n’imagine pas qu’ils soient mari et femme ou compagnons au long cours, ils ne peuvent être qu’amants, ils portent en eux la vivacité d’un désir neuf ou à tout le moins récent.

J’aime assez ce genre de vision de hasard et les imaginations qu’elles déclenchent en moi. J’aime les écrire dans mon journal un peu de la même façon que j’aime à l’occasion écrire des nouvelles érotiques. En les écrivant je les arrête et leur confère un éclat peut-être plus brillant que dans la réalité même. Et je tente d’en retenir l’image, pour la collectionner, pour avoir le plaisir plus tard de la réactiver.

Je suis un homme de regards. Je sais que c’est ce qui fait de moi ce promeneur attentif, capable de capter ce qui passe d’une image ou d’une ambiance, capable de la poser dans les mots et capable aussi parfois de laisser mon imagination s’envoler à partir d’elle, indépendamment de toute éventuelle connotation sexuelle. Mais cette tension du regard s’accentue devant des scènes chargées d’érotisme (ou auxquelles moi-même je me plais à conférer une part d’érotisme). C’est mon petit côté voyeur ! Et je sais qu’il a un certain effet pervers, en contribuant à nourrir des frustrations car le regard n’est pas tout et ne comble pas ce qui me manque, mais ce n’est pas pour autant qu’il me faudrait bouder ces plaisirs légers de l’œil et de l’imagination.

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07 février 2008

Elle et son double

C’était il y a quelque temps déjà, pendant les vacances de Noël. Un autre croisement de hasard survenu le week-end dernier en a réactivé le souvenir et m’a donné l’envie de l’évoquer.

Nous avions passé avec Constance la journée au musée du Quai Branly, associant la visite des expositions (« Bénin » et « L’aristocrate et ses cannibales ») avec une nouvelle tentative pour appréhender un peu mieux les galeries permanentes (mais je suis resté sur ma première impression assez négative). Nous nous étions posés pour souffler et nous restaurer au café Branly. A côté de nous il y avait une famille, deux grands-parents, une mère et ses deux pré-ados, un gars encore petit-garçon et une fille déjà jolie demoiselle. Les a rejoints une femme d’une quarantaine d’années, à l’allure plutô juvénile, elle-même maman et qui semble-t-il était la tante des deux ados, une jolie femme à l’élégance simple, racée, aux cheveux blonds demi longs tombant en liberté sur ses épaules, à la parole vive et déterminée, plutôt joyeuse à sa surface mais laissant deviner je ne sais comment un sous-texte intime moins gai, plus tendu. Ça m’a fait un flash. J’ai cru voir avec une impressionnante intensité de présence une certaine amie...

Il y avait bien sûr une grande ressemblance physique. Mais il ne s’agissait pas d’une reproduction à l’identique, ce n’était ni un clone ni une jumelle homozygote. Et pourtant il y avait quelque chose d’encore plus fort, que je ne saurai vraiment définir, quelquechose de l’ordre de l’aura quoique je ne sache pas trop ce que ça peut vouloir dire. J’ai eu la conviction très forte que cette personne, bien au-delà de la ressemblance physique, partageait une sorte de communauté de vie, dans son positionnement culturel, social, et même psychologique, relationnel et affectif avec la personne qu’elle m’a si intensément rappelée.

Je n’ai guère détaché d’elle mon regard pendant tout le temps du repas ni mon oreille de ce qu’elle disait comme pour tenter de percer le mystère. Je ne pense pas qu’elle s’en soit aperçu, elle était entièrement accaparée par sa propre tablée. Et je continuais quant à moi à assurer, au travers d’un autre circuit mental, ma présence et mes paroles auprès de Constance.

Dans l’après-midi nous nous sommes recroisés dans l’espace d’exposition. Comme par hasard j’ai à ce moment là fait glisser pendant un petit moment notre propre visite dans ses pas, la suivant et l’observant à distance.

Bref j’ai été assez fasciné !

C’est très troublant ce genre d’impression. Bien sûr il ne s’agit sans doute que d’un fantasme. L’aurais-je interrogé, sans doute aurais-je trouvé une figure bien différente de la personne qu’elle m’avait évoqué. N’empêche c’est l’impression que j’ai eu et qui a perduré, et qui perdure au-delà de l’analyse rationnelle : elle et elle étaient, ne pouvaient être, même si elles l’ignoraient, qu’en intime proximité personnelle et affective !

Tiens, en écrivant ceci tout à coup un souvenir cinématographique me revient. « La double vie de Véronique » de Kieslowski. Oui ce film étrange peut aider à me faire comprendre et donner une idée du sentiment qui m’a saisi.

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04 février 2008

Varia du week-end

Week-end tranquille. J’étais seul à la maison presque tout le temps, ni femme, ni fils, occupés ailleurs l’un et l’autre. Au final un week-end plutôt agréable quoique un peu solitaire, marqué avant tout par la sensation de ne plus avoir mal au crâne après le chape de plomb de vendredi, par la jouissance de se sentir à nouveau simplement léger. Et j’ai l’impression du coup d’avoir presque l’obligation de rendre compte de mon week-end, comme un besoin de donner de mes nouvelles après que quelques un(e)s se soient gentiment manifestés par commentaires ou mails privés. Le voudrait-on, on échappe difficilement à l’aspect communicationnel du blog !  Mais après tout, c'est tant mieux!

Ça va mieux donc. Enfin ça va à peu près. Car si le mal s’est éloigné, je sens qu’il n’est pas loin. La douleur est prête à se réveiller. L’usage de l’ordinateur, l’effort visuel qu’il suppose, m’ont poussé à ne pas m’éterniser en visites blogosphériques et autres zappings pas plus qu’en tentatives d’écriture sur mon traitement de texte, je sentais la douleur revenir. Samedi comme dimanche j’ai décollé de la maison vers midi après un casse-croûte sommaire. Sortir, marcher, profiter d’un soleil plutôt généreux, se faire un peu secouer la tête par le vent, c’était la meilleure thérapie même si j’ai complété mes après-midi par salle obscure et visite d’expo…

J’ai vu samedi « Lust, caution ». J’ai bien aimé. Hong Kong et Shanghai pendant la seconde guerre mondiale, la Chine entre résistants nationalistes et collaborateurs pro-nippons, ça fait un bon sujet pour partir en voyage dans l’espace et le temps. Je suis plutôt bon public pour ce genre de film dès lors que la reconstitution est convaincante, ce qui est le cas ici. Ce n’est sûrement pas un grand film qui marquera mais c’est un bon film, très bien fait. Les acteurs principaux sont excellents, ils parviennent bien à faire ressortir l’ambiguïté des personnages. Tony Leung est impressionnant, il fait ressentir physiquement à la fois la dureté implacable du personnages et ses failles secrètes. La jeune Tang Wei est également excellente par sa capacité à faire ressortir les différentes facettes de son personnage : l’étudiante innocente, réservée mais déterminée, la jeune actrice qui prend conscience du pouvoir que lui confère son art et qui s’investit totalement dans le rôle de séductrice qu’elle est amenée à incarner, la femme amoureuse et très sexuelle dont la relation avec celui qu’elle devait piéger devient plus complexe qu’elle ne l’imaginait. C’est le vrai sujet du film d’ailleurs, au-delà de la reconstitution historique : où est la vérité de soi entre les rôles que l’on est amené à jouer, ces rôles ne finissent-ils par nous envahir, nous investir, ne devient-on pas ce rôle que l’on joue ? C’est un peu la même question que celle que j’avais posée il n’y a pas si longtemps à propos de l’écriture : les mots que nous produisons à propos de nous mêmes et qui parfois nous échappent, ne deviennent-ils par notre vérité plus que ce que nous sommes.

Lust_caution

Dimanche il y avait toujours un même généreux soleil quoique se voilant à mesure que l’après-midi avançait. Contraste entre ce soleil qui chauffe étonnamment lorsqu’on est à l’abri et le vent qui est fort et froid. En certains lieux comme l’esplanade de la Bibliothèque où se créent des appels d’air entre les tours il fait même glacial, mais on respire au moins, ça aère la tête. Une fois de plus j’ai déambulé entre Bercy et la Bibliothèque, profitant de ma passerelle favorite entre Seine et ciel…

J’ai été voir l’exposition « Eros au Secret », retraçant l’histoire de l’Enfer de la BnF et présentant quantité de manuscrits, d’éditions anciennes ou de superbes pièces bibliophiliques plus modernes et des « curiosa » de tous ordres. Il y a beaucoup d’illustrations très variées bien au-delà de ce qu’on connaît habituellement, gravures libertines du 18° siècles ou photos licencieuses de la belle époque. La foule est au rendez-vous, bien plus qu’à d’autres expos que j’ai pu voir dans ce lieu. Le sujet manifestement est porteur ! Cela dit le public est conforme dans sa diversité à un public classique d’exposition. Pas plus de vieux messieurs libidineux ou d’adolescents boutonneux qu’ailleurs ! Les gens visitent avec décontraction, sans rouge aux joue, quels que soient leur style, gentils couples, jolies étudiantes ou mamies coureuses d’expos, montrant bien par là combien tout ce qui a trait à la sexualité s’est dédramatisé et est désormais reconnu comme une part comme une autre de ce qui fait l’humain, susceptible de donner lieu à création artistique et à production de beauté. (Enfin, reconnu en surface en tout cas. Au fond des corps et des cœurs c’est sûrement plus compliqué. En plus la surexposition médiatico-publicitaire qu’induit une société qui place le bonheur dans la consommation, et cette sorte d’impératif du jouir qui l’accompagne, créent aussi d’autres problèmes). L’expo en tout cas se voit avec intérêt et plaisir. Elle montre naturellement que sur ce terrain notre époque n’a rien inventé, que la variété des pulsions et des désirs, que leur expression par les mots et par l’image n’est pas d’aujourd'hui, que ce qui change c’est leur exposition, leur rapport à l’espace public. On s’en serait douté !

Les fins d’après-midi, l’une comme l’autre, ont été plus languides. Avec cette impression que la journée se ferme comme la nuit tombe. Avec le retour à la maison où il n’est nulle surprise. Avec la perspective de la semaine à venir au bureau qui n’a rien d’enthousiasmant, une semaine qui s’annonce beaucoup plus calme que la précédente mais ce n’est pas forcément gage de me sentir mieux dans mes baskets professionnels. Enfin bref, tout ça…

BnF_et_Bercy__fev_08_007

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