Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

12 mars 2008

Bousculade de rentrée

Ma reprise est encore une fois un peu sur les chapeaux de roues. Ah, diable, je crois que je serais vraiment mûr pour le mi-temps, dommage que dans mon boulot je ne puisse pas. En plus mes soirées et mon week-end sont assez chargées, plusieurs amis provinciaux s’annoncent entre le week-end et les jours alentours ce qui est plutôt sympathique, bref ça vit, mais je me sens frustré de ne pas avoir suffisamment de temps pour mes petites affaires, mes petites écritures, mes petites promenades internautiques…

Mon voyage déjà me paraît loin. J’ai repris mes notes écrites sur le moment. Les taper sur l’ordinateur c’est à la fois le plaisir de réactiver le souvenir et le plaisir de l’écriture puisque je ne peux m’empêcher de corriger la forme de mon texte et de l’enrichir. Mais règne aussi un sentiment plus mitigé, celui d’être un peu dans du réchauffé, ce n’est pas le même plaisir que l’écriture vive dans le moment même du ressenti. J’ai l’impression aussi de procéder à une activité un peu vaine, un peu névrotique d’une conservation qui se voudrait quasi-exhaustive, ne s’autorisant pas à sauter une journée ou une promenade de la relation de voyage. Je me dis que du coup ce genre d’évocation doit paraître plutôt longuet et rasoir pour le lecteur lambda qui n’a pas lui même vécu ces moments. Je suis là dans la fonction de mémorisation pour soi du journal plus que dans sa fonction de réflexion et de communication avec autrui. Je le sens bien et j’essaie alors de gauchir mon texte dans le sens de ce que serait un reportage mais ce n’est pas évident. Enfin j’ai presque fini, je mettrai ça en ligne demain avec quelques photos, vous lirez ou survolerez en diagonale selon votre envie…

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09 mars 2008

Atterrissage

L’atterrissage de l’avion fut très doux, l’atterrissage dans la vie parisienne l’est moins. Dès demain c’est la reprise sans trop de temps de se retourner. Ouch, que de choses à faire ! Mais cette sorte de bousculade au sortir d’un moment de parenthèse est plutôt agréable et stimulante. Vidages des sacs, rangements, le marché pour remplir la maison vide, l’accueil du fiston retour du ski, quelques préparatifs pour demain, les photos à transférer, à organiser, parfois à recadrer, la pile des Monde sortis de leur pochette à lire pour voir un peu ce qui s’est passé, les courriers postaux ou dans la boîte mail à regarder. Et puis mon agrégateur à faire tourner et mes blogamis à aller lire : j’ai commencé, première lecture un peu diagonale, sorte de reprise de contact, encore un peu à distance, sans m’arrêter ou commenter. Demain ou les jours suivants il me faudra aussi reprendre ce que j’ai écrit sur mes petits carnets pendant mon voyage, les retranscrire sur l’ordinateur puis les déposer ici…

Je vous dis juste en attendant que la balade fut bonne, dépaysante et nettoyante à souhait, un peu dure peut-être, j’ai les jambes moulues et quelques courbatures qui persistent mais c’est ça que je cherchais et tout ça me fait, je crois, le plus grand bien.

Et puis, autre façon d’atterrir, il y a les municipales, je n’ai pas oublié d’aller voter et n’ai pu m’empêcher quoique je sache bien quel ronron habituel et convenu de commentaires allait m’attendre de regarder un moment la soirée électorale.

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01 mars 2008

Sur le départ

On a fini de boucler les sacs…

Avec dedans ce qu’il faut pour la marche en montagne et l’éventuel grand froid mais quelques livres aussi. « Les années » d’Annie Ernaux, presque terminé, un très beau livre. Et puis «  Un journal de Berlin » que j’ai acheté hier, alléché par ce qu’en a dit une certaine commentatrice. Influencé, oui, oui… Et de quoi écrire aussi peut-être, un carnet dans une jolie parure home made que m’a offert Telle dont j’ai eu le plaisir de faire la connaissance jeudi. Et oui, j’emporte avec moi un petit bout de blogosphère, un petit bout de vous..

La journée d’hier, quoique chargée de préparatifs a été plutôt légère. Nous avons eu le temps d’aller au cinéma et de voir « la famille Savage ». C’est un très bon petit film dont on parle peu. De jeunes vieux profondément immatures et très attachants, un vieux vieux et la décrépitude, la mort inexorable, la trace des douleurs de l’enfance, la solitude des êtres et la façon dont cahin-caha ils peuvent tenter de la briser. Tout ça pas très gai donc. Mais traité avec beaucoup de finesse, de sens du rythme et de l’image cinématographique et beaucoup d’humour, un humour chaleureux à l’égard des personnes, grinçant à l’égard de quelques une des tares de l’Amérique. Et puis ce regard de la cinéaste, profondément empathique à l’égard de ses personnages qui, avec leurs névroses si différentes des nôtres, foncièrement nous ressemblent…

Allez, là, malgré mon réveil encore plus matinal que nécessaire, il est temps de se mettre en mouvement...

Bonne semaine et à bientôt…

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22 février 2008

Une femme sexuelle

Je visitais récemment une exposition...

Parmi les visiteurs passe une femme assez belle, plutôt grande, svelte, vêtue d’un jean et d’un débardeur assez échancré laissant ses épaules dénudées, son corps est assez fortement cambré, et ses seins se devinent assez gaillardement pointés sous son vêtement. Sa silhouette est très juvénile comme son look et la façon dont elle est habillée mais à regarder son visage, on voit qu’elle n’est pas si jeune, quarantaine avancée voire jeune cinquantaine. Cette femme a en elle quelque chose de violemment sexuel. Je l’observe du coin de l’œil avec comme toujours dans ces cas là une certaine fascination. Elle est assez belle certes mais sans rien d’exceptionnel. Alors d’où cela vient-il ? Quel est ce mystère ? Qu’est ce qui lui confère cette aura particulière ?

Elle est accompagné d’un homme, un grand et beau brun qui paraît plutôt plus jeune qu’elle. Ils semblent très amoureux. Ils s’éloignent parfois l’un de l’autre au cours de la visite mais se rapprochent aussi par moments, se tiennent alors serrés l’un contre l’autre ou s’embrassent. A un moment ils se posent sur des sièges, l’homme lui dit quelquechose à l’oreille et la femme se met à rire d’un grand rire sonore qu’elle ne se préoccupe pas de tenter de calmer. Je n’imagine pas qu’ils soient mari et femme ou compagnons au long cours, ils ne peuvent être qu’amants, ils portent en eux la vivacité d’un désir neuf ou à tout le moins récent.

J’aime assez ce genre de vision de hasard et les imaginations qu’elles déclenchent en moi. J’aime les écrire dans mon journal un peu de la même façon que j’aime à l’occasion écrire des nouvelles érotiques. En les écrivant je les arrête et leur confère un éclat peut-être plus brillant que dans la réalité même. Et je tente d’en retenir l’image, pour la collectionner, pour avoir le plaisir plus tard de la réactiver.

Je suis un homme de regards. Je sais que c’est ce qui fait de moi ce promeneur attentif, capable de capter ce qui passe d’une image ou d’une ambiance, capable de la poser dans les mots et capable aussi parfois de laisser mon imagination s’envoler à partir d’elle, indépendamment de toute éventuelle connotation sexuelle. Mais cette tension du regard s’accentue devant des scènes chargées d’érotisme (ou auxquelles moi-même je me plais à conférer une part d’érotisme). C’est mon petit côté voyeur ! Et je sais qu’il a un certain effet pervers, en contribuant à nourrir des frustrations car le regard n’est pas tout et ne comble pas ce qui me manque, mais ce n’est pas pour autant qu’il me faudrait bouder ces plaisirs légers de l’œil et de l’imagination.

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07 février 2008

Elle et son double

C’était il y a quelque temps déjà, pendant les vacances de Noël. Un autre croisement de hasard survenu le week-end dernier en a réactivé le souvenir et m’a donné l’envie de l’évoquer.

Nous avions passé avec Constance la journée au musée du Quai Branly, associant la visite des expositions (« Bénin » et « L’aristocrate et ses cannibales ») avec une nouvelle tentative pour appréhender un peu mieux les galeries permanentes (mais je suis resté sur ma première impression assez négative). Nous nous étions posés pour souffler et nous restaurer au café Branly. A côté de nous il y avait une famille, deux grands-parents, une mère et ses deux pré-ados, un gars encore petit-garçon et une fille déjà jolie demoiselle. Les a rejoints une femme d’une quarantaine d’années, à l’allure plutô juvénile, elle-même maman et qui semble-t-il était la tante des deux ados, une jolie femme à l’élégance simple, racée, aux cheveux blonds demi longs tombant en liberté sur ses épaules, à la parole vive et déterminée, plutôt joyeuse à sa surface mais laissant deviner je ne sais comment un sous-texte intime moins gai, plus tendu. Ça m’a fait un flash. J’ai cru voir avec une impressionnante intensité de présence une certaine amie...

Il y avait bien sûr une grande ressemblance physique. Mais il ne s’agissait pas d’une reproduction à l’identique, ce n’était ni un clone ni une jumelle homozygote. Et pourtant il y avait quelque chose d’encore plus fort, que je ne saurai vraiment définir, quelquechose de l’ordre de l’aura quoique je ne sache pas trop ce que ça peut vouloir dire. J’ai eu la conviction très forte que cette personne, bien au-delà de la ressemblance physique, partageait une sorte de communauté de vie, dans son positionnement culturel, social, et même psychologique, relationnel et affectif avec la personne qu’elle m’a si intensément rappelée.

Je n’ai guère détaché d’elle mon regard pendant tout le temps du repas ni mon oreille de ce qu’elle disait comme pour tenter de percer le mystère. Je ne pense pas qu’elle s’en soit aperçu, elle était entièrement accaparée par sa propre tablée. Et je continuais quant à moi à assurer, au travers d’un autre circuit mental, ma présence et mes paroles auprès de Constance.

Dans l’après-midi nous nous sommes recroisés dans l’espace d’exposition. Comme par hasard j’ai à ce moment là fait glisser pendant un petit moment notre propre visite dans ses pas, la suivant et l’observant à distance.

Bref j’ai été assez fasciné !

C’est très troublant ce genre d’impression. Bien sûr il ne s’agit sans doute que d’un fantasme. L’aurais-je interrogé, sans doute aurais-je trouvé une figure bien différente de la personne qu’elle m’avait évoqué. N’empêche c’est l’impression que j’ai eu et qui a perduré, et qui perdure au-delà de l’analyse rationnelle : elle et elle étaient, ne pouvaient être, même si elles l’ignoraient, qu’en intime proximité personnelle et affective !

Tiens, en écrivant ceci tout à coup un souvenir cinématographique me revient. « La double vie de Véronique » de Kieslowski. Oui ce film étrange peut aider à me faire comprendre et donner une idée du sentiment qui m’a saisi.

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04 février 2008

Varia du week-end

Week-end tranquille. J’étais seul à la maison presque tout le temps, ni femme, ni fils, occupés ailleurs l’un et l’autre. Au final un week-end plutôt agréable quoique un peu solitaire, marqué avant tout par la sensation de ne plus avoir mal au crâne après le chape de plomb de vendredi, par la jouissance de se sentir à nouveau simplement léger. Et j’ai l’impression du coup d’avoir presque l’obligation de rendre compte de mon week-end, comme un besoin de donner de mes nouvelles après que quelques un(e)s se soient gentiment manifestés par commentaires ou mails privés. Le voudrait-on, on échappe difficilement à l’aspect communicationnel du blog !  Mais après tout, c'est tant mieux!

Ça va mieux donc. Enfin ça va à peu près. Car si le mal s’est éloigné, je sens qu’il n’est pas loin. La douleur est prête à se réveiller. L’usage de l’ordinateur, l’effort visuel qu’il suppose, m’ont poussé à ne pas m’éterniser en visites blogosphériques et autres zappings pas plus qu’en tentatives d’écriture sur mon traitement de texte, je sentais la douleur revenir. Samedi comme dimanche j’ai décollé de la maison vers midi après un casse-croûte sommaire. Sortir, marcher, profiter d’un soleil plutôt généreux, se faire un peu secouer la tête par le vent, c’était la meilleure thérapie même si j’ai complété mes après-midi par salle obscure et visite d’expo…

J’ai vu samedi « Lust, caution ». J’ai bien aimé. Hong Kong et Shanghai pendant la seconde guerre mondiale, la Chine entre résistants nationalistes et collaborateurs pro-nippons, ça fait un bon sujet pour partir en voyage dans l’espace et le temps. Je suis plutôt bon public pour ce genre de film dès lors que la reconstitution est convaincante, ce qui est le cas ici. Ce n’est sûrement pas un grand film qui marquera mais c’est un bon film, très bien fait. Les acteurs principaux sont excellents, ils parviennent bien à faire ressortir l’ambiguïté des personnages. Tony Leung est impressionnant, il fait ressentir physiquement à la fois la dureté implacable du personnages et ses failles secrètes. La jeune Tang Wei est également excellente par sa capacité à faire ressortir les différentes facettes de son personnage : l’étudiante innocente, réservée mais déterminée, la jeune actrice qui prend conscience du pouvoir que lui confère son art et qui s’investit totalement dans le rôle de séductrice qu’elle est amenée à incarner, la femme amoureuse et très sexuelle dont la relation avec celui qu’elle devait piéger devient plus complexe qu’elle ne l’imaginait. C’est le vrai sujet du film d’ailleurs, au-delà de la reconstitution historique : où est la vérité de soi entre les rôles que l’on est amené à jouer, ces rôles ne finissent-ils par nous envahir, nous investir, ne devient-on pas ce rôle que l’on joue ? C’est un peu la même question que celle que j’avais posée il n’y a pas si longtemps à propos de l’écriture : les mots que nous produisons à propos de nous mêmes et qui parfois nous échappent, ne deviennent-ils par notre vérité plus que ce que nous sommes.

Lust_caution

Dimanche il y avait toujours un même généreux soleil quoique se voilant à mesure que l’après-midi avançait. Contraste entre ce soleil qui chauffe étonnamment lorsqu’on est à l’abri et le vent qui est fort et froid. En certains lieux comme l’esplanade de la Bibliothèque où se créent des appels d’air entre les tours il fait même glacial, mais on respire au moins, ça aère la tête. Une fois de plus j’ai déambulé entre Bercy et la Bibliothèque, profitant de ma passerelle favorite entre Seine et ciel…

J’ai été voir l’exposition « Eros au Secret », retraçant l’histoire de l’Enfer de la BnF et présentant quantité de manuscrits, d’éditions anciennes ou de superbes pièces bibliophiliques plus modernes et des « curiosa » de tous ordres. Il y a beaucoup d’illustrations très variées bien au-delà de ce qu’on connaît habituellement, gravures libertines du 18° siècles ou photos licencieuses de la belle époque. La foule est au rendez-vous, bien plus qu’à d’autres expos que j’ai pu voir dans ce lieu. Le sujet manifestement est porteur ! Cela dit le public est conforme dans sa diversité à un public classique d’exposition. Pas plus de vieux messieurs libidineux ou d’adolescents boutonneux qu’ailleurs ! Les gens visitent avec décontraction, sans rouge aux joue, quels que soient leur style, gentils couples, jolies étudiantes ou mamies coureuses d’expos, montrant bien par là combien tout ce qui a trait à la sexualité s’est dédramatisé et est désormais reconnu comme une part comme une autre de ce qui fait l’humain, susceptible de donner lieu à création artistique et à production de beauté. (Enfin, reconnu en surface en tout cas. Au fond des corps et des cœurs c’est sûrement plus compliqué. En plus la surexposition médiatico-publicitaire qu’induit une société qui place le bonheur dans la consommation, et cette sorte d’impératif du jouir qui l’accompagne, créent aussi d’autres problèmes). L’expo en tout cas se voit avec intérêt et plaisir. Elle montre naturellement que sur ce terrain notre époque n’a rien inventé, que la variété des pulsions et des désirs, que leur expression par les mots et par l’image n’est pas d’aujourd'hui, que ce qui change c’est leur exposition, leur rapport à l’espace public. On s’en serait douté !

Les fins d’après-midi, l’une comme l’autre, ont été plus languides. Avec cette impression que la journée se ferme comme la nuit tombe. Avec le retour à la maison où il n’est nulle surprise. Avec la perspective de la semaine à venir au bureau qui n’a rien d’enthousiasmant, une semaine qui s’annonce beaucoup plus calme que la précédente mais ce n’est pas forcément gage de me sentir mieux dans mes baskets professionnels. Enfin bref, tout ça…

BnF_et_Bercy__fev_08_007

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02 février 2008

Migraine

Je suis peu coutumier de la douleur physique. Quand j’y suis confronté je me dis : bon sang, tu ne connais pas ton bonheur, tu devrais être en permanence plein de reconnaissance à être simplement bien dans ton corps, éloigné de la souffrance.

Hier j’ai eu une migraine carabinée. Je sortais du boulot après une semaine très chargée en me disant : ouf, c’est fini, j’entre dans le week-end et dans la détente. Tu parles d’une détente ! C’est là que ça a commencé vraiment. Est-ce un hasard. Comme si le relâchement de la tension autorisait ce qui était tapi à s’exprimer au grand jour.

En fait je suspecte des problèmes dentaires. J’ai rendez-vous chez le dentiste dans quelque temps, je crois que je vais essayer d’avancer le rendez-vous. Cela a commencé insidieusement comme une simple gêne dans le bas du visage en milieu d’après-midi alors que mon esprit était encore à plein mobilisé dans mon activité professionnelle. C’est devenu plus présent dès que je l’ai eu quitté puis envahissant à mesure que la soirée avançait. Pas de point d’impact précis de la douleur. Cela occupe toute la partie gauche de mon visage, la mâchoire, la joue, l’œil surtout, la nuque et ça va pulser jusque dans mon crâne. Je me souviens d’avoir eu des sensations un peu analogues lors d’un abcès dentaire il y a quelques années.

Progressivement en tout cas la douleur a tout envahi. Il n’y avait plus qu’elle. Il ne reste plus de place alors pour les états d’âme, pour les tristesses récurrentes, pour les interrogations existentielles, tout ce dont mon esprit tortueux fait habituellement son miel pour m’empêcher de jouir comme je le devrais de ce que m’offre le présent de chaque jour. Là il n’y a plus qu’une pensée. Que cela cesse !

Impossible de rien faire. J’ai voulu aller faire un tour chez mes blogamis que je n’ai guère eu le temps de visiter ces derniers jours mais j’ai senti que la tension oculaire qu’implique le lecture sur écran ne faisait qu’en rajouter. J’ai tenté d’écrire. Mais impossible d’atteindre à la concentration qui me l’aurait permis. Et même la lecture d’un simple bouquin, paisiblement installé dans mon lit s’est vite révélée impossible. J’ai pris un second cachet contre la douleur et un cachet pour dormir. J’ai fini par m’endormir en effet. Ouf…

Ce matin ça allait. Mais ce n’est pas gagné. J’ai l’impression que ça revient. Et que l’effort visuel, la confrontation à l’écran à laquelle je me livre en venant écrire ne me fait pas de bien, mais pas de bien du tout…

Il fait beau aujourd'hui heureusement. Je crois que ce que j’ai de mieux à faire c’est d’aller me promener dans Paris…

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27 décembre 2007

Escapade

Le temps somptueux de ces derniers jours a laissé place à un temps de froidure humide et triste, plus conforme sans doute à la saison, ou du moins à la saison telle qu’elle se vit désormais. Le véritable hiver, Paris revêtu de blanc avec de la neige tenant plus que quelques heures, les boules de neige au jardin public ou dans la cour des écoles, ce ne sont plus que des souvenirs d’enfance. Mais peut-être est-ce mieux lorsqu’on pense à tous ceux qui n’ont pas de toit.

Nous avons pas mal cocooné ces derniers temps. Lecture, écriture, rangements dans le virtuel de nos ordinateurs comme dans le réel de nos placards. On a fait un peu tout ce qu’on n’a pas le temps de faire dans le flux incessant des activités lorsque le plus gros des journées se passe au boulot. Indispensable mais jamais très enthousiasmant ! Deux jolies sorties tout de même et qui méritent amplement commentaire, mes notes sont dans ma tête, encore me faut-il trouver le temps de les écrire ! Le beau film de Kéchiche « la graine et le mulet » et l’expo de Titouan Lamazou au Musée de l’Homme, ses photos et ses croquis à la rencontre des femmes du monde, ça c’est un voyage et c’est exceptionnel, il faut absolument que j’en parle…

On file demain, un petit saut en Normandie. Trois jours seulement mais ça va faire du bien. Un peu de grand air, de la marche au bord de la mer, un petit pèlerinage proustien aussi puisque nous allons à Cabourg que je ne connais pas.

J’ai ressorti un joli bouquin des éditions du Chêne « Promenades avec Marcel Proust » et je me plais à me mettre un peu dans l’ambiance à l’avance. C’est cela aussi le plaisir des voyages, le plaisir de la préparation, de la mise en bouche dans les moments qui précédent.

Nous avons réservé une chambre d’hôte dans une villa qui, du moins sur internet, a belle allure et est tout à fait dans le ton. Les chambres Balbec, Swann, Guermantes ou Combray étaient occupées. Il nous est resté la chambre « Le temps perdu »…

Qu’y mettrons nous ? De la nostalgie ou, qui sait, un peu de Temps Retrouvé ?

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25 décembre 2007

Un doux rayon de soleil hivernal

« Est-ce que tu pourrais aller acheter un rouleau de papier cadeau supplémentaire, on risque d’être un peu juste… »

C’était hier en milieu d’après-midi, au moment des préparatifs, avant que nous ne partions chez ma belle-sœur chez qui se tenait le réveillon de Noël familial. Je n’étais pas mécontent de répondre à la demande qui me permettait de sortir, j’ai donc enfilé mon manteau et me suis dirigé vers un petit bazar à proximité pour faire cet achat.

Il faisait un temps extraordinaire. Après le froid venteux et agressif des jours précédents, il faisait presque doux, le ciel était magnifiquement bleu, à peine un peu altéré de brume mais qui conférait une espèce d’aura tranquille au paysage des immeubles en adoucissant leurs contours. Devant moi une rue orientée sud-ouest dans l’axe duquel, à cette heure-ci, se trouve exactement le soleil. Je n’ai pas pu y résister. J’ai dépassé mon magasin et j’ai marché face au soleil, j’ai eu envie de sentir sa caresse sur mon visage, j’aurais voulu que la rue ne s’arrête pas…

Je me suis retrouvé au parc Montsouris. Calme extrême, surtout dans la partie haute, au-delà de la voie du RER. Peu de promeneurs. Un jogger qui me dépasse. Un papi tout fripé lisant son journal en marchant. Une jeune femme lisant sur un banc en plein soleil tandis que son gamin joue dans le bac à sable aux pieds de grands pins. Combien de fois sommes nous venus ici avec les garçons petits au début où nous habitions dans ce quartier ! Surgissement de souvenirs…

A ma surprise tant je trouvais qu’il faisait bon, j’ai constaté que le lac du parc était presque entièrement gelé. Plaisir d’en faire le tour. Les panonceaux « ne pas marcher sur la glace » qui traversent allègrement toutes les canicules estivales, pour une fois prenaient sens. Les canards se regroupent dans l’espace libre de glace. Des gens font des photos. Quelques gamins, un peu plus nombreux qu’en haut, jouent dans l’espace enfant. Lumière déjà rasante du soleil sur la glace...

Les sons de la ville me paraissent comme amortis, lointains. C’est peut-être parce que je suis loin, dans ma rêverie. Je me sens merveilleusement dans l’instant, j’apprécie ce petit moment volé, ce plaisir particulier que confère toujours à un moment le fait d’être imprévu, non programmé.

Je me suis un peu fait attendre, tant pis. Heureusement ils avaient eu assez de papier pour terminer les paquets. Le nouveau rouleau, acheté au retour, servira une autre fois.

Nous avons rejoint le lieu de notre réveillon. Il s’est déroulé de façon tout à fait agréable, dans une convivialité sympathique. Je m’y suis senti bien, et peut-être était-ce aussi parce que j’avais pris le temps, sans l’avoir en rien calculé ou décidé, de ce petit intermède impromptu, de cette douceur de soleil, de cette précieuse respiration…

J’écris ça ce matin tandis que tous dorment encore. Ce n’est pas un conte de Noël. Juste un petit moment vrai. Un moment de paix. Je vous l’offre.

Heureux Noël à tous !

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20 décembre 2007

Sur le chemin du bureau

Ce matin je me suis senti bien sur le chemin du bureau.

Comme souvent d’ailleurs.

J’ai vingt bonnes minutes de marche en empruntant des petites rues tranquilles. C’est un moment de sas, propice à la rêverie, aux pensées non corsetées, à la perception aussi d’images ou d’ambiances qui peuvent surgir à l’improviste.

A cette saison le jour se lève pendant mon parcours et il y a donc aussi ce simple plaisir de la nuit qui s’efface, du ciel qui rosit devant soi. C’est une belle journée froide qui s’annonce aujourd'hui encore, qui donne des envies de grands espaces, de marche en forêt, de paysages de neige.

Souvent à mon réveil ce sont plutôt les pensées grises, les pensées ternes qui m’assaillent, une sorte de découragement ou plutôt d’inappétence à l’idée de la journée qui commence. Mais dès que je me trouve dans la rue, porté par les mouvements de la marche, vivifié par le pincement du froid sur mon visage ou par toute autre impression que le monde extérieur voudra bien faire venir à moi, je me sens mieux et la machine est lancée…

En fait j’aime bien aussi le démarrage de mes journées au bureau. J’aime cette demi heure ou un peu plus que je passe seul dans le service avant que les choses ne commencent vraiment. Je démarre dans la tranquillité ce que j’ai à faire, j’ai l’esprit clair, je me sens tonique et je travaille en général vite et bien. J’ai un fort sentiment de liberté. Je me sens dans une sorte d’autre chez moi, qui serait pour moi seul, sans les contraintes qu’introduit la famille à la maison, sans les contraintes qu’introduiront bientôt mes collègues puis toute l’activité qui ne dépend pas de nous, les coups de téléphone, les visiteurs. Non que j’utilise pour moi cette liberté. Je ne profite pas du moment pour écrire ou pour zapper sur internet, non je rentre d’emblée dans mes tâches, mais j’y rentre de moi-même, sur mon tempo. C’est après souvent que cela devient plus difficile lorsque je suis confronté à la part de mes activités qui m’ennuie, ou à de la langue de bois administrative ou à des tensions et conflits aux causes picrocolines ou tout simplement parce que ressort le fond de lassitude profonde que j’ai désormais à l’égard de mon métier.

Je suis resté toute la journée sur place, sans réunion extérieure ni rendez-vous. C’était très calme mais pas vraiment palpitant, c’est un euphémisme. J’ai bien avancé sur certaines tâches administratives que je dois boucler avant les congés, c’est tant mieux, mais quel ennui. J’ai déjeuné sur place et ne suis sorti qu’un bref moment à midi, juste histoire de faire quelques pas. J’ai ressenti alors plus fortement le crève-cœur d’être là et l’après-midi a été languissante. Je me suis senti plombé par une sacrée envie de dormir, tiens ça serait bien une petite salle de repos, je suis sûr qu’il y a une vertu productive à la sieste… En tout cas j’ai zappé dans ma tête et même commencé d’écrire ces mots. J’ai vu de ma fenêtre cette belle journée s’écouler, se consumer petit à petit, j’ai vu le soleil qui baissait et la nuit était tombée quand j’ai quitté le bureau, l’ambiance de la marche du retour n’était pas la même...

Mais c’est déjà ça, au moins je sais que malgré tout je ne vais pas au bureau à reculons !

J’y vais même souvent avec une part d’allégresse.

Il ne faut pas que je l’oublie quand ensuite les heures s’étirent plus laborieusement comme elles l’ont fait aujourd'hui…

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