Et si je disparaissais...
Ce
matin j’ai eu un violent mal de tête, ce dont je ne suis pas coutumier. Ça a
été mieux ensuite grâce à quelques aspirines.
M’a
traversé l’esprit alors que ce pourrait être un signe avant coureur. Qu’un
vaisseau dans ma tête pourrait être prêt à lâcher. Que d’une minute à l’autre
je pourrais basculer de l’autre côté ou dans l’absence ou dans la perte
d’autonomie. Á vrai dire je n’ai pas d’inquiétude particulière, je ne suis pas
en train de me dire que ça va m’arriver, simplement il me vient à l’idée que
oui, ça peut toujours arriver, ça ou autre chose…
Comme
je me l’étais déjà dit une fois lorsqu’ en vélo j’avais de justesse évité une
voiture qui m’avait brutalement coupé la route.
Hier
j’ai reçu mon père à dîner. Il est encore vert et se porte très bien quoique
forcément insidieusement il vieillit et commence à entrer dans le grand âge. Et
chaque année, au point où il est arrivé, ça se met à compter sérieusement.
Cinq, six ans c’est comme un éclair, c’est le temps par exemple depuis lequel
j’ai repris mon journal, j’ai l’impression que c’était hier. Dans cinq-six ans
mon père forcément, s’il est encore là, sera dans la grande vieillesse. On a
parlé justement hier de personnes dont il vient d’avoir des nouvelles, mes
cousines de Belgique, ce sont de personnes que je n’ai pas vu depuis trente
ans, c’étaient des dames qui avaient alors l’âge que j’ai aujourd'hui, ce sont
désormais de très vieilles dames en bout de course, l’une avec son Alzheimer,
l’autre qui depuis dix ans se traîne dans son fauteuil roulant suite à une
congestion cérébrale.
Alors
je me dis : et si ça m’arrivait demain ? Cela arrive, oui, et même
plus jeune encore. Au-delà des gens qui connaissent mes proches, il n’y aurait
nulle information qui passerait. Mon site cesserait d’être mis à jour sans
avertissement, mes mails resteraient sans réponse. Les gens viendraient sur mon
site, ils se demanderaient pendant un moment pourquoi je ne publie plus,
certains peut-être m’enverraient des mails, échafauderaient des hypothèses ou
pas d’ailleurs, ils passeraient peut-être simplement leur chemin, puis ils
viendraient de moins en moins de toute façon puis plus du tout et un jour
l’hébergeur finirait par éliminer ce site inerte. Moi, pendant ce temps je
serais peut-être dans une petite voiture à tenter de bouger un cil ou un petit
doigt, à tenter désespérément de communiquer. Voilà c’est juste pour dire que
si un jour Valclair disparaissait sans préavis, ce serait quelquechose de cet
ordre…
Les
disparitions d’un coup comme ça c’est impressionnant. Je me souviens d’une
femme que j’ai aimé, c’est très vieux ça aussi, ça date d’avant Constance. Un
jour elle ne m’a plus donné aucun signe de vie. Je ne l’ai pas retrouvée, je
n’ai pas cherché avec beaucoup d’ardeur à l’époque il faut dire, passé un
certain temps de douleur. Puis j’ai oublié ou à peu près. Ça n’a refait surface
que bien plus tard. Et désormais j’y repense assez souvent. J’ai même écrit un
petit texte très autobiographique là-dessus sur Obso (disparue, oct 2004)…
Hé,
ho, le Valclair, secoue-toi, qu’est ce qui se passe là, avec toutes ces pensées
noires…