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Les échos de Valclair
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11 décembre 2005

Compulsion de conservation

Passant récemment chez une diariste que j’aime beaucoup mais que je ne mets pas en lien et ne cite pas directement car elle tient à rester en dehors des cercles blogosphériques, j’apprends qu’une nouvelle fois elle va effacer son blog, partir ailleurs.

C veut se protéger . Je la comprends. Plus que beaucoup d’autres elle se met à nu, ses mots dans leur spontanéité sont des flèches qui vont loin, qui pénètrent au coeur, elle parle de ses morts, elle parle de ses fous, elle se livre dans ses douleurs et ses fragilités, met ses proches en scène et montre des photos de son passé. Rien ici n’est édulcoré, on n’y sent nul calcul relationnel ou autre, c’est ce qui fait le prix extraordinaire de ce blog, bien éloigné des machines communicantes de la plupart d’entre nous, obligés que nous sommes d’édulcorer plus ou moins consciemment ce que nous disons parce que nous sommes dans le relationnel, parce que nous savons que notre anonymat devient de plus en plus fragile à mesure que nous communiquons avec nos lecteurs, les rencontrons, élargissons nos cercles.

J’ai déjà vu disparaître les précédentes époques du blog de C et j’ai perdu ses mots. Cette fois je me suis senti pris d’une sorte de compulsion de conservation, je me suis dit, je ne veux pas que ça disparaisse, ce morceau d’humanité vive et vraie. Alors vendredi après-midi au bureau j’ai fait fonctionner l’imprimante, j’ai tout tiré, deux cent pages peut-être, j’ai ramené ça à la maison, je l’ai rangé dans une grosse chemise, je ne vais pas aller m’y plonger, je n’avais pas tout lu sur le moment, je ne vais pas en lire plus aujourd'hui ni demain, ni jamais peut-être, mais bon, c’est là, c’est préservé, il suffit que je sache que si je veux je peux aller y mettre le nez, ça me rassure. Préservé pour rien sans doute, puisque évidemment il n’est pas question que je fasse la moindre chose de ses pages qui ne m’appartiennent pas.

Je me dis ça pour ce blog mais pour d’autres aussi qui ont disparu. Bien sûr souvent ils n’ont disparus que pour nous lecteurs. Leurs auteurs en conservent sans doute copie mais jusqu’à quand? Je me dis qu’il faudrait un lieu où conserver pour l’avenir toutes ces facettes de l’humain, qu’elles soient montrées ou qu’elles ne le soient pas, mais au moins conservées. C’avait été imaginé il y a longtemps (enfin longtemps à l’échelle d’internet) par Mongolo, un ancêtre du journal personnel avec son idée d’orphelinat des journaux abandonnés, on retrouve l’idée sur le site Ephémérides mais ce site lui-même n’a plus l’air d’être mis à jour, sur la vingtaine de liens qu’il donne plusieurs vont dans le vide. Moi qui appartiens à l’APA (association pour l’autobiographie mais aussi pour le patrimoine autobiographique), je me dis qu’il y aurait quelquechose à faire dans ce domaine.

Évidemment tout ça peut paraître un peu absurde. Que sommes nous dans l’océan du temps et de l’espace ? Quel sens à encombrer encore le présent de l’accumulation infinie des gargouillis de conscience de nous tous passés et à venir ? Pas grand sens peut-être mais à ce compte là qu’est ce qui en aurait ?

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Commentaires
V
Oui le généaologie est assez passionnante de ce point de vue là quand ce n'est pas seulement une généalogie de noms mais une généalogie d'histoires ou encore plus de récurrences psychologiques (voir la psychogénéalogie)<br /> Tiens encore un terrain sur lequel j'aimerais bien me pencher...
P
En ce qui concerne la généalogie... J'y pensais justement ce matin. Telle aïeule, qui a eu un fils de père inconnu. Elle est morte en emportant son secret dans la tombe. Elle s'est mariée six ans après et son mari "cocher de maître" de son état, a reconnu ce fils pour le sien... Et peut-être après tout que c'était lui le père, mais que la vie de l'époque ne leur avait pas permis de se marier, puisqu'ils étaient tous deux "en service". <br /> <br /> On peut aisément reconstituer ce qu'a été le passé de nos arrière-arrière-arrière grands-parents. Une vie de travail, à la journée souvent, d'abord dans le monde agricole, puis dans le monde ouvrier, après la Révolution industrielle, ou comme domestiques, la lente ascension sociale, de génération en génération -pour certains- la misère pour d'autres, les déplacements, fréquents et les exodes dus aux deux guerres... <br /> <br /> Enfin, ce qui est intéressant, dans certains blogs, c'est de "se" retrouver dans tel ou tel post, de se découvrir des affinités avec des personnes, proches ou lointaines, c'est là le côté le plus intéressant de l'écrit, qui touche à l'universel...
G
Ceci me fait penser à la généalogie, pourquoi rechercher ses ancêtres, savoir qui ils ont été ? Je pense qu'un journal, un blog gardé en écrit pourrait dans un futur parler de notre vie à nos petits enfants, leurs dire comment nous avons vécus, qui nous étions. C'est pour cela que dans mon blog j'aborde des sujets très personnels, je me dénude presque sans pudeur et ne juge personne, je ne parle que de mes ressentis. Ça me fait du bien, et j'aurais tellement voulu en savoir autant de mes grands parents. Alors je raconte ma vie, et s'il y en a qui reviennent sur mon blog c'est qu'ils y trouvent certainement quelque chose, tant mieux. Je garde copie de mes écrits, ils ne m'appartienent plus, mes descendants en feront ce qu'ils voudront.<br /> Je trouve dommage d'effacer, jeter, ce serait pour moi renier ce que j'ai vécu.
I
Je partage tes réflexions Valclair, sans pouvoir y donner davantage de réponse. Pour ma part, intéressé depuis longtemps à la démarche de l'APA, je sais que je ne détruirai pas mes écrits. Je sais aussi qu'ils n'ont aucune autre valeur que celle d'une histoire personnelle que proablement personne le lirait si je ne la diffusais pas sur internet. Alors pourquoi les conserver ? Parce qu'ils sont écrits, tout simplement. Qu'ils constituent une trace et que toute trace peut avoir un sens pour quelqu'un, un jour.<br /> D'une certaine façon j'ai tendre à me dire que mes écrits, une fois livrés, ne m'appartient plus vraiment. Ils ne sont plus mon présent, ils ne sont plus vivants. Alors je les "donne", je les "lègue" à qui voudra bien y trouver un éventuel intérêt.<br /> A contrario, détruire des écrits a toujours eu pour moi un côté sacrilège. Une sorte de "crime" contre la mémoire.
P
Etonnant, touchant... <br /> C'est vrai que parfois, quand au bout de plusieurs mois, d'un an, on a mis beaucoup de soi et de sa vie dans un journal, on peut craindre de le voir tomber entre les mains de n'importe qui... <br /> Il m'est arrivé (est-ce une sorte de paranoïa?) de supprimer longtemps après des posts qui m'impliquaient trop. Dans certains aspects de ma vie et pas forcément ceux liés à la vie affective.<br /> Et puis, on se demande s'il faut respecter son désir de voir disparaître ses pages, et les laisser s'en aller dans le néant... Ou faire comme vous avez fait -après tout, n'était-ce pas accessible à tous?- et l'annonce de la suppression du journal pouvait donner l'idée à quelqu'un qui aime bien "conserver" d'imprimer ces pages... Je ne sais pas comment font les autres diaristes, mais je ne conserve pas encore de copie du mien... Donc, si un jour une pulsion d'auto-destruction me prend et que je supprime tout... Mais bah! Est-ce que cela changera quelque chose à celle que j'ai été? Ce ne sera certainement pas une grande perte pour l'humanité, sauf peut-être bien pour ceux et celles qui m'aiment... <br /> Mais ceci n'a pas grand intérêt par rapport à la question débattue...
Les échos de Valclair
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