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Les échos de Valclair
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31 mai 2006

"Loin de Chandigarh"

Je viens de terminer ce livre. Je me suis régalé. C’est un roman, un vrai, qui nous emmène loin, nous sort de notre quotidien et des considérations tout de même très autocentrées qui sont les nôtres à partir de la lecture croisée de nos blogs. Ça fait du bien…

On est en Inde, entre le Pendjab, les contreforts de l’Himalaya et New Delhi entre le début des années 80 et la veille du changement de millénaire.

On suit un personnage central, le narrateur qui a sans doute aussi un peu à voir avec l’auteur. Il y parle avant tout d’amour, d’un très grand amour qui traverse sa vie (et très chaud il y a des pages érotiques, belles, très belles dans leur façon de convoquer les cinq sens, d’intégrer le désir sexuel dans le mouvement même de la vie et de la nature), il y parle des années qui passent, de l’usure des espérances, de la difficulté à créer, du désir tellement vif qu’il avait jusque là pour sa compagne et qui brutalement s’éteint lorsqu’il est lui-même confronté à une étrange maîtresse sortie du passé sous la forme des carnets très intimes rédigés au début du siècle par l’ancienne propriétaire de sa maison au rebord de l’Himalaya. Entre passé et présent la folie, le désespoir ne sont pas loin. Mais s’inscrit aussi dans l’ultime chapitre la perspective d’une renaissance qui fait que l’on quitte ce livre rasséréné, en confiance à l’égard de la vie.

Les personnages principaux, le narrateur et sa compagne appartiennent à la classe moyenne intellectuelle fortement occidentalisée qui partage avec nous quantité de références culturelles communes, il sont athées et rationalistes, boivent du whisky, connaissent les classiques que nous lisons et écoutent les musiques qui ont accompagnées notre propre jeunesse. Mais ils sont aussi profondément indiens, marqués absolument par les traditions millénaires dans lesquels ils baignent. Ce n’est pas du syncrétisme de mauvais aloi qui tenteraient artificiellement d’associer des concepts qui ne se situent pas sur les mêmes plans. C’est plutôt une façon d’être au monde qui leur permet de basculer entre diverses modalités d’appréhension des choses sans vivre cela comme contradictoire, tout en en percevant l’étrangeté. « Ce trait saillant de la nature indienne : le cercle étroit de la raison au milieu de l’immensité de l’inconnu », « mener sa vie entre le dieu de la raison et le dieu de la déraison, vénérer l’un, vénérer l’autre, n’en offenser aucun » Ce sont des phrases ou des thématiques qui reviennent souvent, qui sont comme un leitmotiv, qui donnent leur épaisseur particulière aux personnages, qui irriguent y compris cette sexualité si présente dans le livre la faisant participer d’une puissance cosmique qui l’éloigne radicalement de ce qui ne serait que sèche pornographie.

Le roman brasse au total l’histoire entière de l’Inde et de sa confrontation avec la civilisation occidentale au cours du dernier siècle. Les styles sont variés mariant descriptions réalistes très vivantes, envolées poétiques, distance ironique et solide sens de l’humour La narration n’est pas chronologique mais elle n’est pas déroutante pour autant même pour quelqu'un comme moi très ignorant de ce monde et de son histoire. Elle est très habilement menée avec des plongeons en arrière dans la vie du narrateur et au-delà de lui dans celle de cette femme américaine échouée après une vie aventureuse dans cette demeure himalayenne où sont retrouvés ses carnets intimes. Le passé et le présent s’interpénètrent magnifiquement : voici par exemple le vie fastueuse sur fond de misère généralisée des palais des nawab pendant les années 30 et voici le narrateur errant dans les ruines de ces mêmes palais devenus fantômes à la recherche des traces de la mystérieuse américaine, symbole aussi du délabrement inscrit d’emblée dans toute création, impermanence des choses...

On croise beaucoup de très belles formules (le bouquin semble très bien traduit) : Le narrateur évoquant sa jeunesse parle de ce temps « où nous pensions savoir où menaient les autoroutes de l’histoire » ; lorsque déprimé il boit whisky sur whisky sous l’œil de son vieux serviteur il écrit : « il m’observait aussi immobile qu’une méditation » et l’on visualise immédiatement dans ces quelques mots le choc entre deux systèmes de valeur ; le narrateur toujours à la poursuite de traces de la femme des carnets se rend à New-York, sous les hauts immeubles de Manhattan, il se sent « dans le grand canyon des vanités humaines » ; ce ne sont que des exemples qui me viennent en passant, il y en aurait quantité d’autres…

Il est intéressant de savoir aussi que l’auteur Tarun Tejpal est le rédacteur en chef d’un hebdomadaire indépendant Tehelka qui contribue à animer la vie démocratique indienne et à lutter contre la corruption non sans subir de graves démêlés de la part du gouvernement indien.

Et merci à Hélène qui m'a  donné envie de lire ce livre.   


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Commentaires
L
Je viens tout juste de lire avec retenu les derniers mots de ce magnifique livre "Loin de Chandigarh" et après avoir lu les remerciements en fin de livre, j'ai embrassé ce livre entre tenu fermement entre mes deux mains et ils rentraient définitivement dans mon univers et aura la place qu'il mérite. Je l'ai lu dans une période difficile et il m'aura beaucoup accompagné et surtout m'aura aidé à franchir non seulement ce passage mais m'a rendu tellement heureux d'avoir cela en plus en moi. Merci au festival international "Etonnants voyageurs" à Saint malo ou j'ai pu rencontrer l'auteur TARUN J TEJPAL. Combien je voudrais le remercier ce jour de m'avoir fait parcourir l'INDE ainsi.
Les échos de Valclair
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