Fête de la Musique
C’est la fête de la
musique ce soir : 25 ème du nom !
Rien que ça me fiche un peu
le bourdon ! Tant d’années déjà ! Alors que ça me parait hier ces
premières années. Je me souviens de notre enthousiasme alors, des longues
soirées à découvrir de coins de rue en coins de rue les petits groupes
d’amateurs sans sono qui poussaient la chansonnette ou grattaient la guitare.
Certaines années, plus tard, le fiston avait organisé des choses avec des
copains de sa classe, on était allé les voir, les encourager, il y avait des
échanges sympas avec d’autres parents, cela s’inscrivait dans une vraie vie de
quartier. D’autres années aussi on a été plus loin, dans d’autres coins de
Paris, pour assister à des concerts précis ou pour déambuler dans la ville, en
bords de Seine notamment, je me souviens de longues marches de hasard une année
notamment où le temps était particulièrement agréable, on était tombé sur des
trucs super, c’était le week-end en plus, on ne se sentait pas borné par le
temps, il n’y avait pas la perspective de bosser tôt le lendemain..
Rien de tout ça cette année.
Le temps est médiocre, peut-être va-t-il pleuvoir. Constance est partie
beaucoup plus tôt pour aller voir une de ses amies qui donnait un petit
concert, moi je rentrais juste du boulot, je n’avais pas envie de repartir tout
de suite, j’avais besoin de mon sas, elle n’est pas encore revenue, je n’ai pas
envie d’aller me promener tout seul.
En même temps je ne peux
m’empêcher d’avoir un petit pincement si je ne participe pas du tout. Il y a
toujours pour moi une pointe de regret à ne pouvoir me laisser aller, me
laisser entraîner dans la fête. Sentir que les gens s’amusent, dansent,
s’éclatent juste à côté de moi me donne toujours un pincement de cœur. C’est un
peu idiot. C’est comme si je ressentais une forme de culpabilité à ne pas
pouvoir m’éclater. Je pourrai me dire j’ai envie d’autre chose, je prends un
bon bouquin, voilà, je n’ai pas à me sentir dépendant d’une ambiance festive
dans laquelle je n’arrive pas à entrer. Mais j’ai du mal à fonctionner comme
ça. Comme si j’avais toujours peur de laisser passer un plaisir possible et de
perdre quelquechose.
Mon quartier est un lieu
très, très fréquenté dans ce genre d’occasion. Je suis sur un carrefour qui est
parmi les plus exposés. Ce qui s’y donne dans l’ensemble n’est pas trop ma
tasse de thé, des groupes rock plutôt hard, des batteries puissantes, des
groupes à trente mètres les uns des autres avec des sonos qui se concurrencent,
le tout dans l’odeur de graillons des vendeurs de merguez et sous la fumée âcre
des barbecues. Ça fait kermesse plus que fête de la musique... Enfin c’est la
forme qu’a pris la fête de la musique par ici, bien sûr il me suffirait de
faire quelques centaines de mètres pour trouver d’autres ambiances, rencontrer
peut-être une perle, un moment de grâce mais je n’ai pas trop envie de bouger.
Finalement j’ai quand même
été faire un petit tour d’une heure. Constance qui venait de rentrer n’a pas eu
envie de ressortir. Ça m’a fait du bien quand même d’aller prendre un peu l’ambiance.
Pas très loin de la maison je suis entré dans une église où une soprano
chantait quelques lieder romantiques, je me suis assis un petit moment, climat
tout autre évidemment, tellement décalé avec le reste de ce qui se donne dans
le quartier, je me suis laissé porter par la musique, j’étais bien. Puis un peu
loin, j’ai trouvé deux types qui chantaient devant une terrasse de café, belles
voix bluesy aux intonations chaudes, c’était sympa ça aussi. C’est chouette de
basculer ainsi d’un type de musique à une autre, de sentir cette masse de gens
qui participent. Non il n’y a pas de doute, c’est quand même une très bonne
initiative que cette Fête même si elle peut avoir quelques effets pervers et
même si moi, cette année, je ne m’en sentais pas trop…