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Les échos de Valclair
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22 juin 2006

Fête de la Musique

C’est la fête de la musique ce soir : 25 ème du nom !

Rien que ça me fiche un peu le bourdon ! Tant d’années déjà ! Alors que ça me parait hier ces premières années. Je me souviens de notre enthousiasme alors, des longues soirées à découvrir de coins de rue en coins de rue les petits groupes d’amateurs sans sono qui poussaient la chansonnette ou grattaient la guitare. Certaines années, plus tard, le fiston avait organisé des choses avec des copains de sa classe, on était allé les voir, les encourager, il y avait des échanges sympas avec d’autres parents, cela s’inscrivait dans une vraie vie de quartier. D’autres années aussi on a été plus loin, dans d’autres coins de Paris, pour assister à des concerts précis ou pour déambuler dans la ville, en bords de Seine notamment, je me souviens de longues marches de hasard une année notamment où le temps était particulièrement agréable, on était tombé sur des trucs super, c’était le week-end en plus, on ne se sentait pas borné par le temps, il n’y avait pas la perspective de bosser tôt le lendemain..

Rien de tout ça cette année. Le temps est médiocre, peut-être va-t-il pleuvoir. Constance est partie beaucoup plus tôt pour aller voir une de ses amies qui donnait un petit concert, moi je rentrais juste du boulot, je n’avais pas envie de repartir tout de suite, j’avais besoin de mon sas, elle n’est pas encore revenue, je n’ai pas envie d’aller me promener tout seul.

En même temps je ne peux m’empêcher d’avoir un petit pincement si je ne participe pas du tout. Il y a toujours pour moi une pointe de regret à ne pouvoir me laisser aller, me laisser entraîner dans la fête. Sentir que les gens s’amusent, dansent, s’éclatent juste à côté de moi me donne toujours un pincement de cœur. C’est un peu idiot. C’est comme si je ressentais une forme de culpabilité à ne pas pouvoir m’éclater. Je pourrai me dire j’ai envie d’autre chose, je prends un bon bouquin, voilà, je n’ai pas à me sentir dépendant d’une ambiance festive dans laquelle je n’arrive pas à entrer. Mais j’ai du mal à fonctionner comme ça. Comme si j’avais toujours peur de laisser passer un plaisir possible et de perdre quelquechose.

Mon quartier est un lieu très, très fréquenté dans ce genre d’occasion. Je suis sur un carrefour qui est parmi les plus exposés. Ce qui s’y donne dans l’ensemble n’est pas trop ma tasse de thé, des groupes rock plutôt hard, des batteries puissantes, des groupes à trente mètres les uns des autres avec des sonos qui se concurrencent, le tout dans l’odeur de graillons des vendeurs de merguez et sous la fumée âcre des barbecues. Ça fait kermesse plus que fête de la musique... Enfin c’est la forme qu’a pris la fête de la musique par ici, bien sûr il me suffirait de faire quelques centaines de mètres pour trouver d’autres ambiances, rencontrer peut-être une perle, un moment de grâce mais je n’ai pas trop envie de bouger.


Finalement j’ai quand même été faire un petit tour d’une heure. Constance qui venait de rentrer n’a pas eu envie de ressortir. Ça m’a fait du bien quand même d’aller prendre un peu l’ambiance. Pas très loin de la maison je suis entré dans une église où une soprano chantait quelques lieder romantiques, je me suis assis un petit moment, climat tout autre évidemment, tellement décalé avec le reste de ce qui se donne dans le quartier, je me suis laissé porter par la musique, j’étais bien. Puis un peu loin, j’ai trouvé deux types qui chantaient devant une terrasse de café, belles voix bluesy aux intonations chaudes, c’était sympa ça aussi. C’est chouette de basculer ainsi d’un type de musique à une autre, de sentir cette masse de gens qui participent. Non il n’y a pas de doute, c’est quand même une très bonne initiative que cette Fête même si elle peut avoir quelques effets pervers et même si moi, cette année, je ne m’en sentais pas trop…

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Commentaires
V
D'accord avec toi Pivoine. Il y a des moments magiques d'harmonie où l'on rentre en contact profond avec une oeuvre ou un paysage et d'autant mieux que l'on est seul, pas distrait par l'entourage ou les gens avec qui l'on est. J'aime bien aussi la solitude et je sais l'apprécier je crois.<br /> <br /> Mais dire cela n'est pas contradictoire avec le fait de ressentir aussi à certains moments l'envie d'être avec d'autres, de partager une ambiance festive proche de nous mais dans laquelle on ne parvient pas à rentrer et de ressentir alors un peu de tristesse et de mélancolie devant cette incapacité.
P
Toujours un peu de mélancolie? L'impression que la fête est pour les autres? Et pourtant, regarde, quel pur bonheur d'écouter la chanteuse, dans une église, un lieu porteur (l'ambiance barbecue me fait fuir aussi, même si j'adore les merguez)... <br /> Du coup, tu voyais les choses et les gens autrement. <br /> <br /> Je crois que ça ressemble un peu au blues que certains ressentent lors des fêtes de fin d'année, ou de la saint-valentin. L'impression que soi, on n'est pas concerné, que forcément, les autres s'amusent comme des fous (alors que ce n'est peut-être pas le cas), etc. etc. <br /> <br /> Peut-être faut-il surtout songer à se donner des choses que l'on aime beaucoup et qui nous font du bien? De vraies choses à soi, qui ne s'inscrivent pas forcément dans un mouvement de foule? <br /> <br /> Ainsi, je me rappelle mon bonheur indicible, lorsque j'ai visité les avant-garde russes, à bruxelles, lors d'europalia russie... J'avais perdu mon groupe, j'étais seule, mais qu'est-ce que j'étais heureuse!!! Le monde pouvait bien s'écrouler autour de moi, je crois qu'à ce moment-là, j'étais la femme la plus heureuse de la terre. <br /> <br /> Peut-être as-tu intensément besoin d'émotions esthétiques, que dis-je, de nourritures esthétiques diverses? (Y compris le découpage, parfois, de poivrons pour une paëlla :::)))<br /> <br /> Je ne sais pas si je me suis bien fait comprendre. Je l'espère en tout cas.
N
"Sentir que les gens s’amusent, dansent, s’éclatent juste à côté de moi me donne toujours un pincement de cœur. C’est un peu idiot."<br /> Non, ce n'est pas idiot. Je comprends très bien ce que tu ressens, même si je n'ai pas la même vie, puisque je vis seul, et que, donc, si une fête quelconque a lieu, la question se pose : "avec qui ?". Parfois avec un(e) ami(e) ou deux, parfois seul, parfois pas du tout. Ce qui est souvent toxique, c'est l'envie que je ressens alors, l'envie des autres qui s'amusent ensemble, si moi je me sens exclu ou seul. Mais si la fête est petite et douce, ouverte à tous, alors je peux y aller, m'y intégrer, et même parler un peu à l'un ou l'autre, et ensuite avoir le plaisir de l'avoir fait...
Les échos de Valclair
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