Coup de blues
Pourquoi cette lourde
insomnie cette nuit ? Je ne m’endors pas, les pensées tourbillonnent
méchamment, les heures passent...
Au point que je choisis de
prendre mon petit carnet et d’y jeter des mots que je retranscrirais demain,
peut-être, sur l’ordinateur, que j’enverrais, peut-être, demain sur l’océan de
la toile. C’est une de mes techniques pour combattre l’insomnie. En général
dans un premier temps ça conforte l’état d’éveil, l’excitation mentale étant
plutôt stimulée par l’effort de mise en mots mais ensuite comme si s’était
effectuée une catharsis par ce qui a été jeté sur le papier, je m’endors d’un
coup. Je préfère cela au recours au petit cachet.
Je suis en vacances
officiellement depuis hier soir. Je me suis fait porter en auto au bureau pour
régler plus facilement que par mail ou téléphone différentes choses avec mes
collaborateurs avant fermeture. J’ai béquillé là-bas pendant deux heures, ça a
suffi à m’épuiser, je suis quand même encore bien fatigué et cela pèse à coup
sûr sur mon moral.
Dans deux jours nous aurions
dû nous envoler pour aller marcher sous d’autres cieux. Il n’en sera rien, nous
ne savons pas encore exactement ce que nous ferons à la place et quand, cela
dépend de ma remise sur pied. Il faudra décider de quelquechose. Ensuite il y
aura en août des moments de séjour avec mon père d’une part, avec la mère de
Constance d’autre part, moments agréables sans doute, j’ai plaisir à être
auprès d’eux et je juge cela normal d’apporter un peu de notre présence, mais
ce n’est pas la part propre de mes vacances, celle qui m’appartient vraiment,
celle-ci pour cette année est perdue.
Hier Bilbo est parti à son
tour avec sa bande de copains pour l’Italie, c’est pour lui l’excitation de
premières vacances en autonomie, auto-organisées, ça me fiche la nostalgie des
départs de ce type, dans des voyages plein d’attente, quand on est avide de
découvertes, de rencontres, d’imprévus (encore que ces jeunes gens soient moins
routards que nous à leur âge, départ en train couchette, auberges de jeunesse
réservés à l’avance et même pour une semaine un petit appart sur la côte
amalfitaine, on ne se refuse rien !). Les parents se retrouvent tout seuls
en face à face, avec leur propre projet de voyage passé à la trappe.
Il y a quantité de choses à
faire ici naturellement. Il faudrait s’auto entraîner mutuellement. Ce n’est
pas ce qui se passe. Chacun est dans ses trucs de son côté. Sans énergie
vraiment positive. Sans volonté forte et claire. Sentiment d’avoir été soutenu,
accompagné pendant ces jours de dépendance, je n’ai à me plaindre de rien et
pourtant sentiment de vide, de solitude...
J’ai dormi en bas dans la
chambre du fils tous ces jours ci puisqu’il m’était difficile de monter
l‘escalier vers notre chambre. Il fait bon dans cette pièce, plus frais, elle
ouvre directement sur la verdure de la terrasse, j’y suis tranquille, la
mini-chaîne est à côté du lit, je peux m’endormir en écoutant un disque choisi,
en écoutant comme on peut écouter, dans la solitude et dans le silence de la
nuit. Je vais réintégrer le lit conjugal maintenant que je me déplace mieux
mais je ne me presse pas, conjugal, il s’y passe si peu de choses, il y a ce
silence…
***
Plus tard dans la journée…
Publier ou pas ?
Eternelle question, entre discrétion sur l’intime notamment lorsqu’il évoque
autrui, et volonté de dire, de faire partager, de tracer une image fidèle de
soi qui est aussi composée de moments comme ceux-ci.
Pas envie d’éliminer tout ce
qui écorne une certaine image, pas envie de multiplier les entrées hors ligne.
Je suis cela aussi. Ça va mieux d’ailleurs ce matin, dans la clarté du jour. Je
me sens plus en énergie, je sais que je dois faire avec tout cela, avec toutes
ces contradictions, avec les moments clairs, avec les moments noirs, comme
chacun d’entre nous.
Pas envie par ailleurs
d’être dans la plainte, d’avoir l’air de susciter la compassion. C’est un
risque accentué avec le blog et avec le jeu des commentaires qu’il entraîne.
Mais pas envie non plus d’affadir par trop ce journal, de le vider de toute
substance intime parce qu’on me lit et parce que de plus en plus de lecteurs me
connaissent « en vrai » ou parce qu’on me commente.
J’ai envie de rester sur ma ligne de crête, entre intime et extime, c’est celle-ci qui me plait, position difficile, en tension, source de tensions peut-être dans la « vraie » vie, mais source de vie donc…
Donc je publie. Voilà !