Les jours passent...
Temps invariablement,
impeccablement bleu, temps invariablement, impeccablement beau. Il ne fait même
pas trop chaud. Un peu d’air agite les branches des arbres, il y a des chants
d’oiseaux. Je regarde par la fenêtre, je regarde le ciel, j’écoute de la
musique, je lis, j’essaie d’écrire mais c’est laborieux, je baille, parfois
j’ai des moments de sommeil qui me saisissent brutalement à de heures
atypiques, je m’assoupis… Jour après jour... Ces beaux jours de l’été et des
vacances qui se consument et je ne bouge pas, je reste coincé entre la chambre,
la terrasse, l’ordinateur, je ne fais pas grand chose, mais les jours n’en
passent pas pour autant moins vite, ce qui ne manque pas de déposer en moi une
fine mais prégnante pellicule de tristesse…
J’ai souvent remarqué ça,
cette tristesse que les très beaux jours suscitent en moi parfois, justement
parce que je ne parviens pas à mettre mon humeur à l’unisson, parce que je ne
parviens à en jouir comme je me dis qu’il le faudrait. Là je suis servi…
Je marche un peu mieux
pourtant. Mais très laborieusement. Hier j’ai été jusqu’au square à 100 mètres
d’ici. J’ai bouquiné un moment là-bas pour le simple plaisir de sortir, pour
avoir devant les yeux un autre paysage, pour voir passer d’autres têtes. J’ai
eu l’impression que c’était toute une expédition. La douleur autour de l’os
s’estompe progressivement mais j’ai une gêne nouvelle du mollet au fessier, un
peu comme une sciatique, sans doute j’ai dû prendre de mauvaises positions.
Hier soir en particulier c’était gratiné, j’avais très mal à la jambe en me
couchant, le moindre changement de position me faisait grimacer, j’ai eu de
grandes difficultés à m’endormir. Ça va mieux aujourd'hui mais du coup je ne me
suis pas trop agité. Nous voulions nous risquer à aller jusqu’à un cinéma mais
cette douleur d’hier, tout le trafic à faire pour atteindre le ciné et en
revenir me fait renoncer pour aujourd'hui.
Du coup on regarde des DVD à
la télévision, des classiques que l’on n’a pas vu en leur temps ou que l’on
revoit. J’avais offert à Taupin la collection à bas prix éditée par le Monde.
C’est moi qui en profite. Un film chaque soir. J’ai
vu “To be or not to be”, “l’Incompris”, “Les Vittelloni”, “Rashomon”... D’accord. Mais pour moi le
cinéma à la télévision ce n’est pas le cinéma, je ne peux m’immerger de la même
façon dans l’image, je ne suis pas emporté, ce n’est qu’un ersatz. Et je ne
peux juger les films, car je ne sais si l’éventuelle déception ou la relative
indifférence que j’ai en face d’eux vient du film lui-même ou des conditions
dans lequel je le vois.
On a eu des amis à déjeuner ou à dîner, deux fois, ça fait du bien, ça casse ce rythme trop immobile. Mais beaucoup sont partis de Paris déjà ou indisponibles.
Je sais je ne devrais pas me
laisser aller à l’humeur grise. Mais je ne peux m’en empêcher. Oh, ce n’est pas
l’humeur noire, ce n’est pas la déprime, non c’est juste l’humeur grise, une
certaine atonie, une vague tristesse qui s’en va, qui s’en vient…