Ecrire, pourtant...
Il y a aussi des soirs où
l’envie d’écrire est là. Ce soir par exemple. Je suis sorti un peu plus tôt du
bureau, ça se calme un peu au boulot, du coup ça me dégage la tête et j’ai
envie de partir vers les mots.
Mais quels mots et où ?
Il y a de la concurrence en moi et à tel point que je n’arrive pas à démarrer.
Ecrire pour écrire que je ne sais pas par où commencer ? Un peu court mais
ici je crois que j’en resterai là. J’ai des thèmes de notes dans la tête, plus
d’une, qui ne demanderaient qu’à être écrites mais encore faut-il le faire.
J’ai envie de titiller des mots plus charnels et de construire une petite
évocation érotique pour répondre à la dernière consigne de Paroles plurielles,
(j’ai toujours plaisir à ce genre d’écriture mais je ne trouve pas pour l’instant
l’idée pour démarrer, j’ai gribouillé deux trois incipit mais ça ne part pas). Et
puis finalement j’écrirai peut-être autre chose encore, car d’autres pensées
planent aussi, s’invitent avec insistance, j’ai reçu un coup de téléphone tout
à l’heure, je me surprend qu’il me fasse penser autant, je me surprend du souci
qu’il me cause, oui j’écrirai bien là-dessus, pourquoi cette présence
insistante et qui s’intercale devant le reste, oui mais j’écrirai pour moi seul
alors, pour l’autre pan de ce journal, celui qui reste hors ligne, de rares
entrées, peu de pages, mais qui comptent, qui sont l’indispensable complément
plus secret de cette vitrine où je m’affiche…
L’orage vient d’éclater sur
Paris. Je me suis précipité dehors, j’ai joui un instant de la brusque fraîcheur,
de cette odeur délicieuse qui monte des feuilles et du sol aux premières
gouttes, j’aime ce moment où l’orage se déclenche, comme purifiant tout ce qui
s’était accumulé de lourd, de pesant sur le ville et en nous, j’ai replié les
chaises de la terrasse, j’ai rentré la chaise longue que j’avais sortie à mon
retour du bureau, je reviens devant mon ordinateur, j’ai mis la bassine même
sur mon bureau parce que ça gicle sous le velux abîmé que l’on doit faire
changer incessamment sous peu, faudrait vraiment se décider, et voilà, je me
mets à écrire…