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Les échos de Valclair
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23 septembre 2006

Un à priori de confiance

Une récente entrée de Samantdi posait à travers le cas d’Anne Archet la question des jeux de la vérité et du mensonge sur internet et des pièges dans lesquels on peut tomber, en compatissant par exemple à des situations qui se révèlent de parfaites inventions.

Anne est-elle Anne ? Ou bien n’est-elle qu’une pure création littéraire, produit de l’imagination de son auteur, femme ou homme ? Ou bien encore se situe-t-elle quelquepart entre les deux, l’auteur partageant avec son personnage certains éléments de biographie mais pas forcément les plus importants.

J’ai perçu assez vite pour ma part qu’il s’agissait d’un jeu littéraire et que les éléments biographiques évoqués pouvaient tout aussi bien être justes que faux. Je ne me suis jamais dit : « Tiens, cette fille là je vais lui adresser un mail privé », je me souviens que lorsque est tombé l’annonce de son cancer, émouvant la blogosphère, je me suis seulement dit « j’espère bien qu’on est dans l’invention ». Anne Archet pour moi c’est avant tout un auteur, qu’on le juge bon ou mauvais, la personne qui est dernière, véridique ou partiellement ou totalement inventée n’est qu’accessoire. (note post sciptum : après relecture de mes entrées du moment je m’aperçois que tout ça n’était pas si net dans mon esprit sur le moment : intéressant !)

Et en l’occurrence je ne m’en offusque pas. La supercherie, totale ou partielle, fait partie du jeu. Créer le personnage fait partie de l’œuvre. Et cela entraîne inévitablement des mensonges et des manipulations. Ce n’est certes pas très sain et peut faire souffrir. Paul Pavlovitvch (le neveu requis par Gary pour incarner Ajar en a su quelquechose comme Gary lui-même d’ailleurs dont les souffrances ont sûrement à voir avec sa difficulté à se situer, la supercherie Ajar est aussi une des vérités profondes de Gary).

Mais je me suis fait piéger parfois de façon plus nette que par Anne Archet. Par Aglaïa par exemple qui a eu son heure de célébrité au point d’avoir droit à un article dans je ne sais plus quel journal d’adolescente. C’était une jeune fille de 17 ans au journal bien écrit, faisant preuve d’une maturité assez exceptionnelle. J’avais eu quelque doute au début d’ailleurs tant l’écriture me semblait maîtrisée et mature mais elle donnait des détails d’une telle précision sur sa vie d’adolescente, avec une telle fraîcheur et une telle crédibilité que j’avais été vite convaincu de la véracité de son histoire. J’ai échangé des mails avec elle. J’ai été piégé au point que lorsque l’auteur a annoncé que tout n’était que supercherie je me suis demandé si ce n’était pas cette annonce-là qui était fausse. Depuis il m’est arrivé d’avoir une hypothèse sur qui écrivait derrière Aglaïa, hypothèse jamais ni confirmée ni infirmée.

Et puis il y a eu Milou une jeune femme qui a fait annoncer sa mort dans un accident de voiture suscitant un concert de déploration dans la blogosphère. Moi même j’y avais été de ma petite évocation « sur une jeune morte ». Inutile de dire qu’après ça on se sent plutôt ridicule lorsque la demoiselle vient annoncer tranquillement que tout ceci n’était qu’une blague, qu’elle allait très bien, merci. Une façon de jouer avec les sentiments de pitié et avec les douleurs que chacun d’entre nous peut avoir autour de la mort certes fort peu charitable !

Au-delà de ces exemples ce qui m’interpelle c’est que lorsque nous allons nous promener dans notre blogosphère nous ne posons pas à priori cette possibilité de la supercherie. Nous savons naturellement intellectuellement que l’existence de doubles de papier (enfin, de doubles d’écran) éventuellement sans ressemblance aucune avec leur créateur est possible, que le net est précisément un lieu tout à fait adapté à la création de tous les avatars possibles, mais quand on commence à lire quelqu'un on ne pense jamais à ça, on part toujours avec l’à priori que la personne qu’on lit à partir du moment où on a un minimum accroché à ses mots est dans l’authenticité, sinon dans l’exacte véracité.

On me dira qu’il est heureux qu’on pose en général en face d’une personne que l’on rencontre une présomption de confiance. La vie sociale qui n’est déjà pas simple serait encore bien pire si l’on devait à priori se méfier de tout. Mais on le fait en général sans basculer dans la naïveté ou l’angélisme, en prenant soin de garder de petites antennes activées pour éventuellement remettre en cause cette confiance.

On pourrait penser que sur le net la confiance à priori devrait être un peu plus mesurée puisqu’il n’y a que les mots que la personne veut bien écrire, dire d’elle ou inventer d’elle, et pas tout le reste, la réalité corporelle d’abord (c’est un homme ou une femme, c’est un vieux libidineux ou un gentil lycéen), mais au-delà bien d’autres choses plus subtiles qui passent dans les regards, dans la façon d’être, dans le ton de la voix (celui-là, je le sens pas, ça a l’air d’être un faux cul). Ça vaut pour les ados auquel il faut apprendre les bons usages du chat et des messageries mais ça vaut aussi pour nous les adultes tous bardés que nous soyons d’expériences relationnelles diverses.

Or curieusement lorsqu’on est sur le net, c’est l’inverse qui se passe, la confiance à priori est plus grande pour un blogueur que l’on commence à lire que pour les gens que l’on rencontre plus classiquement. Comme si l’on posait implicitement que ce monde là était meilleur, qu’en tout cas, dans les cercles auxquels on s’agrége on ne pouvait être qu’entre gens bien, authentiques, respectueux, sensibles. Une forme de convivialité superficielle, faite seulement de mots gentils ou compassionnels qui s’installe parfois trop facilement peut renforcer cette illusion. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il dit la vérité. Ben non. D’ou les déconvenues quand on réalise que là aussi il peut y avoir mensonge ou manipulation ou même complète supercherie. Pas plus que dans la vie dite « réelle » mais pas moins. Le blogomonde c’est le monde, ce n’est pas un monde meilleur. Simplement c’est un monde ouvert, merveilleusement ouvert, bien au-delà du coin de notre porte où l’on se cantonnait jusque là et ça c’est formidable.

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Commentaires
E
Un thème forcément quotidiennement d'actualité sur nos blogs... Je rique fort de dupliquer chez toi ce que j'ai écrit ce matin chez Coumarine mais tant pis ;)<br /> Il n'est en effet pas facile de faire la part du vrai et du faux au travers du Net (cela étant, je n'ai jamais été confrontée à des simulations telles que celles dont tu parles, ça doit faire un sacré drôle d'effet et j'espère bien avoir la chance de passer à côté de ce genre de plaisanterie plus que douteuses et passablement malsaines, à mon avis en tout cas). J'ai tendance à dire que le net ne renferme pas forcément davantage de fêlés que la vie réelle, ou à peine. Je crois que c'est nous qui spontanément accordons beaucoup plus facilement notre confiance, nous dévoilons, et avalons sans tiquer tout ce qui nous est dit, dans des proportions que nous n'envisagerions même pas dans la vie réelle. Comme si nos ordinateurs étaient équipés d'anti menteurs ou d'anti dangereux comme ils le sont d'anti virus. Et ça nous joue des fichus tours ! On a l'impression d'être tous branchés directement sur l'âme des autres, sur leurs pensées profondes, et on se met tous nus devant eux nous aussi plus ou moins cachés et protégés que nous nous sommes derrière nos ordinateurs. Heureusement, la plupart du temps on a raison, je veux dire que ce sont les vraies personnes que l'on a en face de nous et cette impudeur partagée nous apporte de la richesse et de l'émotion vraie. Mais parfois en effet on tombe sur le mauvais côté du principe. Et parfois ça nous choque et nous peine tellement que ça frôle le traumatisme et l'on en arrête l'aventure. Dommage (je me suis toujours dit que personne d'autre que moi ne provoquerait jamais l'arrêt de mon blog mais je ne lis pas l'avenir et je connais la fontaine dont on peut toujours boire l'eau... ;) ), mais probablement le seul moyen de garder son intégrité et sa confiance en l'humanité.<br /> Bref, tout ça pour dire qu'il vaut tout de même mieux garder une pointe de bon sens, ça permet de ne pas trop se laisser abîmer. Mais une pointe seulement, trop pourrait nous empêcher de parfois toucher de très belles âmes et ce serait vraiment dommage...<br /> Ayé je finis, désolée pour ce comment si long ! ;-)
A
La question est aussi quel positionnement on adopte en tant que lecteur :<br /> - on LIT un blog ?<br /> - ou on cherche UNE RENCONTRE PERSONNELLE avec le blogeur (la blogeuse) ?<br /> <br /> A propos de naïveté vs méfiance, je prefere parler de lucidité, ce qui n'est ni l'un ni l'autre...<br /> Mais se montrer "naïf" est une manière de demeurer "enfant"....
C
Cette propention à s'inventer une vie passionnante n'est-elle pas lié à une notoriété facilement accessible ? Ne sommes nous pas tous un peu des voyeurs ? Si je mets à la Une de mon blog certains mots, certains sujets de réflexions je vais assister à une déferlante de visiteurs, on peut y ajouter certains mots clé très utilisés sur les moteurs de recherches et on fait exploser le compteur. Le sexe, qui est apparemment le centre de ce blog (que je n'ai pas lu) est un sujet très apprécié. Preuve en est le dernier sujet de coumarine qui a connu un grand succès. J'ai atteind un maximum de visiteurs cette semaine simplement en produisant sur mon blog le texte envoyé à coumarine. Ma petite vie à moi n'attirent pas grand monde mais elle a le mérite de créer un groupe d'habitués que j'apprécie.<br /> Certains aiment à se prendre pour des vedettes de la blogosphère. Ceci explique cela...
P
A priori, j'aurais aussi tendance à avoir plus "confiance" dans les "bloggeurs" que dans des forums de discussion par exemple. Peut-être parce que, dans les blogs, j'essaie de lire surtout ceux qui ont des centres d'intérêt communs. Mais on n'est pas à l'abri des supercheries. De la manipulation (oh! Combien!) Je finirais donc par devenir quelque peu parano, mais vraiment, à priori, je veux faire confiance. Les rencontres (réelles) sont là aussi pour vérifier, confirmer ou infirmer les sympathies virtuelles. Il m'est même arrivé de découvrir certains blogs après avoir rencontré la personne, en vrai. <br /> <br /> Ceci dit, je me demande comment on peut s'inventer des catastrophes - alors que ces catastrophes arrivent tout naturellement dans la vie. Point n'est besoin de les fabuler, elles sont bien assez vite au rendez-vous... Divorces, séparations, deuils, maladie... Pour ma part, il est même plutôt difficile d'aborder ces sujets, sauf par moments, quand ça déborde, mais ce n'est vraiment pas pour ça que je tiens un blog...<br /> <br /> Ce serait plutôt pour parler des choses qui me passionnent. <br /> <br /> Mais effectivement, la déferlante des chaînes et des réactions épidermiques, sur les blogs, est effarante: le 11 septembre, la mort de Joe en Belgique, les enfants enlevés et assassinés... Cela ne fait qu'un temps d'ailleurs, la mémoire humaine est courte, quelques mois après, tout le monde a oublié. Jusqu'à l'année prochaine, ou jusqu'au prochain assassinat.<br /> <br /> Curieux monde. <br /> <br /> Je pense tout de même qu'Internet (et c'est un piège parfois, même pour les honnêtes gens!) favorise les comportements étranges: multiplication d'inscriptions sous différents pseudos, tonnes de blogs ouverts... (et pas toujours pour traiter de thématiques différentes), la virtualité présente, je pense, un danger réel, mais une fois qu'on le sait, le principal peut être sauf, c'est-à-dire, les sentiments.
C
Pour avoir pratiqué un peu le tchat sur les salons de wanadoo comme opérateur bénévole, nous avons appris à nous méfier. Il est très facile de dire "ma puce" par ci "ma chéri" par là. Certains le font très bien pour gagner la confiance des personnes en manque d'affection auxquelles elles s'adressent. Cela dit, j'ai fait de très belles rencontres en réel mais seulement au bout de plusieurs mois d'échanges afin d'être sûre de la personne que j'avais en face de moi. Nous avons tous un sixième sens, utilisons-le. Une phrase qui cloche, un évènement bizarre, ne passons pas dessus, s'il nous parait étrange c'est que quelque chose cloche. Valclair es-tu réellement celui que tu nous racontes ? Oui, l'épisode du velux ne pouvait pas être inventé ;-)))
Les échos de Valclair
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