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Les échos de Valclair
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29 septembre 2006

Départ

Il fait bon. Je me suis installé à une terrasse de café à proximité du forum des halles où je suis allé faire quelques achats, je regarde passer le monde, je profite en sirotant mon café de ce bonheur des terrasses, tant qu’il en est encore temps, avant qu’on ne bascule dans la pluie et le froid de l’automne.

A l’heure où j’écris, 15h, Taupin doit être occupé à traîner ses énormes sacs dans les couloirs du métro de Londres pour rejoindre, après l’eurostar, le train qui le conduira à Cambridge où il va passer une année universitaire.

J’ai eu un petit pincement de cœur ce matin au moment de partir au bureau, et sa mère aussi, on s’est dit qu’on aurait dû s’organiser avec nos boulots respectifs pour que l’un d’entre nous au moins l’accompagne à la gare, pour marquer le moment, pour lui « faire une conduite » comme on disait autrefois chez les Compagnons du Tour de France. Il ne va bien loin, on pourra aller le voir et lui viendra sans doute une ou deux fois en France, il n’empêche, on ne le verra quand même quasiment pas de toute l’année, c’est une nouvelle étape dans l’envol de l’oisillon. Une étape normale, une étape positive, il est ravi de cette opportunité d’une année à l’étranger (et nous aussi d’ailleurs), mais il n’empêche, ça nous fait un petit quelquechose, ne serait-ce qu’en soulignant pour nous la marche inexorable du temps.

Mon petit pincement d’ailleurs, c’était aussi un pincement d’envie. Il est dans ce temps, le fiston, où tout encore est ouvert, chaque nouvelle année est une nouvelle aventure, une nouvelle perspective, riche de possibles qu’il saisira ou ne saisira pas. J’aimerais être encore dans ce temps des croisements de chemins, j’aimerais pouvoir faire des choix qui ne sont pas ceux que j’ai fait, sachant maintenant ce que je sais, de la vie, du monde et de moi-même surtout, sûrement je prendrais d’autres voies, je ne laisserais pas passer certaines chances. Bien sûr ce que je dis est absurde et je le sais très bien. Regretter ou reconstruire en esprit est parfaitement vain mais, bon, ça peut expliquer le petit pincement. C’est un vieux poncif « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » mais qui, comme tout poncif, s’enracine dans une vérité.

Il m’arrive aussi d’avoir un petit pincement du même ordre quand je vois telle belle jeune femme rayonnante dont le corps délié ou le regard m’émeut, tel couple de jeunes amoureux qui s’embrassent avec un allant, un enthousiasme, une fraîcheur, une « naïveté », au sens de ce qui est naissant, de ce qui est neuf, et que je me dis : cela ce n’est plus pour moi, sous cette forme là en tout cas, avec cette fraîcheur là….

 

Il est temps de savoir tout cela, de le savoir vraiment c’est à dire autrement qu’intellectuellement, de l’admettre en profondeur, de l’assumer avec sérénité et détachement, précisément pour être en mesure de vivre au mieux ce qui reste encore ouvert et qui peut, à condition de savoir l’accueillir, ne pas être mince.

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Commentaires
F
Je comprends ce que tu ressens ; mais aussi, moi j'aime l'idée d'avoir "passé le flambeau" et d'avoir participé à l'éclosion d'une vie en devenir.<br /> Quant au désir à nous de le maintenir. Nous le savons bien que nous sommes dans une autre étape de notre vie ; c'est le moment où jamais d'y mettre toute notre énergie et notre désir de vie.
V
J'aime bien m'apercevoir que cette petite pointe d'envie est partagée par beaucoup, qu'il n'y a pas que le pincement à sentir l'enfant qui s'éloigne.<br /> Et tu as raison, Euqinorev, au-delà de la reconnaissance rationnelle et dans les mots, il n'est pas si facile de se détacher réellement de ce qui est passé et clos. <br /> Merci de vos passages.
E
Et ce n'est pas si facile, de l'admettre et de l'assumer avec sérénité. Le fait de savoir que c'est le seul moyen de vivre le mieux possible ce qui reste aide, mais pas toujours, ça dépend des jours...
P
Ma fille et sa famille sont à 9000 kms, je suis heureuse pour eux qu'ils vivent une telle expérience même si le manque d'eux me ronge.<br /> Comme Zaza, je pense que tant que le désir est encore très vif, c'est bon signe. Bises à toi.
Z
Tu sais dire ce que chaque parent ressent quand les enfants quittent "le nid": mélange de joie et d'envie devant ce possible qui leur est pleinement ouvert...<br /> Pour nous, tant que le désir reste vivant...
Les échos de Valclair
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