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Les échos de Valclair
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16 janvier 2007

Dépression

De nouveau le doigt noir de la dépression est tombé sur Constance. A vrai dire depuis des années il ne s’est jamais vraiment tout à fait écarté. Il y a eu des hauts et des bas mais là de nouveau il pèse de tout son poids, avec toute sa hideur.

Cette dépression traîne depuis cinq/six ans. Cinq/six ou six/huit ans ? Il faudrait que j’aille voir dans mes carnets d’avant internet. Depuis longtemps en tout cas. Depuis très longtemps. Et encore je ne parle que du moment à partir duquel il y a eu des signes visibles : lorsqu’elle a dû, pour la première fois, accepter de se faire arrêter pendant quelques semaines, lorsqu’elle a dû commencer, d’abord à son corps défendant, à voir un psy avec lequel le travail a continué sans interruption et continue à ce jour. Mais avant sûrement il y avait d’autres choses nouées de longtemps, nouées de toujours dont on s’est accommodé, sur lesquelles notre couple a construit ses modes de fonctionnement et sans doute ce silence, ce fameux silence qui maintenant m’est assourdissant.

Le plus souvent la dépression est latente, ne l’empêchant pas d’accomplir ce qui lui paraît être ses devoirs à l’égard de ses enfants, de sa famille, ne l’empêchant pas d’aller travailler. Je pense d’ailleurs que son surinvestissement professionnel (ou plus exactement sa sur-attente professionnelle, la violence avec laquelle elle vit tout ce qui dysfonctionne) a quelquechose de pathologique. Elle se défonce dans son travail mais ensuite en sort épuisée et ne cesse de se plaindre de sa fatigue, n’a envie de rien faire sinon de se reposer. Elle est dans l’inappétence à tout ce qui pourrait être ses plaisirs (et nos plaisirs partagés), que ce soit le rapprochement des corps, les plaisirs de la table, les sorties ou les vacances. C’est là toujours, plus ou moins présent, cette dépression, cette ligne grise à laquelle s’adosse parfois si facilement ma propre ligne grise. Il me faudrait de l’énergie pour tenter de contrebalancer, pour entraîner, pour bousculer et parfois, souvent, elle me manque. Ces derniers temps les choses sont redevenues plus difficiles, ce n’est pas pour rien que l’on n’a pas réussi à partir en vacances à Noël. Et puis là, depuis hier, ça a pris un tour encore plus critique, rappelant les moments les plus douloureux d’il y a quelques années, ça a débordé sur son travail puisqu’elle s’est senti incapable de s’y rendre tout en en étant rongée de culpabilité. Non sans peine j’ai réussi en rentrant du bureau ce soir à l’envoyer voir son médecin…

Cette dépression latente on vit avec. On s’y est fait. Je m’y suis fait. J’y participe d’ailleurs. Quelquepart elle est un cocon rassurant. Je ne cesse de dire que je n’arrive pas à parler. Ça tient à moi comme ça tient à elle. C’est un système comme disent les psys, dans lequel chacun avec nos propres névroses, on a trouvé notre compte. Pour moi c’est si facile de prendre prétexte de sa fragilité pour ne pas parler, je pourrais même me donner le beau rôle, voyez comme je suis sensible et respectueux, je garde tout ça pour moi, je ne dis pas ces mots dont je sais qu’ils pourraient être douloureux parce qu’elle est fragile, que je ne veux pas faire mal. Foutaises. Je sais très bien que ce n’est pas la vraie raison, ce n’est qu’un prétexte que je me donne pour me défiler face à mes propres blocages.

Ce silence! Est-il cause, est-il conséquence, un peu les deux sans doute.

Mais tout ce qui reste dans le non-dit accumulé, le sien comme le mien, se sait au fond des tripes et doit peser et faire souffrir plus sans doute que s’il osait s’exprimer.

Il faudra bien y venir à cette parole, sous une forme ou sous une autre. Evidemment aujourd'hui pour le coup ce n’est pas le jour.

Elle est rentrée de chez le médecin. Elle n’a pas voulu qu’il l’arrête plus de trois jours. Elle a grignoté à peu près correctement au dîner. Elle m’a dit avoir sommeil. Elle s’est couchée rapidement et a pris le calmant léger que le médecin lui a prescrit. Elle dort.

J’écris…

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Commentaires
C
On dit que la dépression est constituée d'une multitude de strokes négatifs qui font que, pris un par un, ils n'ont pas d'importance mais qu'ajoutés les uns aux autres ils font boule de neige puis avalanche et dévastent tout. <br /> Mais là, il est alors difficile de désinbriquer le pourquoi du comment, ce mal être permanent que l'on ressent, cette envie de ne pas parler, de ne pas en parler parce qu'on ne sait même pas de quoi parler et que finalement on n'a pas non plus envie d'amener l'autre sur des chemins glissants. <br /> Il faut beaucoup de courage pour continuer à avancer dans le brouillard. J'espère sincèrement qu'il se lévera un jour et qu'une magnifique éclaircie viendra réchauffer tout cela.
V
Un peu plus, Alain, un peu plus!<br /> Merci de ce sourire<br /> Mais sur le fond , naturellement vous avez raison, faudra que j'y songe!!!
P
Mon cher Val, j'éprouve du chagrin en lisant tes mots, mais je pense aussi que rien n'est perdu, bien sûr que non il n'est pas trop tard ! Toutes mes amitiés.
A
un peu tard pour te faire aider ?<br /> Valclair ! Ote-moi d'un doute ! <br /> Me serais-je mépris sur l'estimation de ton age ?<br /> Tu as vraiment 94 ans ??<br /> :))
P
Lucide aussi sur tes résistances ;o)<br /> <br /> Il n'est jamais trop tard...
Les échos de Valclair
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