Ecrit au café
Je me suis échappé. Pas du
tout envie ce midi de rester déjeuner sur place avec les « chers
collègues » comme je le fais habituellement parce que ça me fait gagner du
temps.
J’ai marché un peu. Il fait,
frais, sec, assez beau quoique le soleil bien présent ce matin soit en train de
se voiler. Je me suis posé dans une brasserie impersonnelle quelque part entre
les tours qui dominent ce coin de Paris.
Je me sens bien. Je ne me
presse pas. Je me suis offert un pichet de Brouilly avec ma cuisse de canard.
Je me sens loin. Mon rapport à mon travail est de plus en plus problématique
(ou plutôt, car il l’a toujours été, différemment problématique). C’est
sûrement un des éléments,et pas le moindre, qui pèse sur moi et contribue à ma
« ligne grise » de ces deniers temps. Je fais ce qu’il faut. Sans
plus. Vraiment sans plus. Mais lorsque c’est à ce point sans plus, ça finit par
être contre-productif. Ce matin j’ai eu à gérer toute une série de problèmes
lié à un retard sur à un point précis qui désorganise tout dans une chaîne
d’intervention. Avant j’aurais suivi ça au plus près, m’assurant à chaque étape
de façon même un peu maniaque que tout était au point. Là je ne l’avais pas
fait. Bingo ! ça me retombe sur le nez. Délégation à mauvais escient ou
plutôt délégation mal accompagnée…
Derrière moi un écran muet
qui diffuse les images d’infosport, une musique vaguement rock qui tombe de
haut-parleur derrière le comptoir, la rumeur un peu plus loin des types qui
parient au PMU.
Mais moi je suis assis à
proximité de la vitre donnant sur le carrefour. Ce qui permet à mon regard, à
ma pensée de s’évader. Je vois passer le monde. J’aime voir passer le monde. Et
puis autour de moi il y a la vie du café que j’observe aussi du coin de l’œil.
Les types accoudés au zinc. Ça clope intensément. Trop, l’atmosphère est très
chargée. Ces deux mamies attablées qui rigolent. Ce couple qui s’embrasse à
bouche veux-tu. Et puis il y a cette femme qui a sorti un gros cahier sur
lequel elle écrit, ça n’a rien d’un dossier professionnel, ce ne sont pas des
lettres, marrant, elle tient un journal peut-être, qui sait ce soir peut-être
une entrée sur un blog quelquepart dans l’immensité de la toile comme y seront
les mots que j’écris en ce moment même sur mon petit carnet…
Je me souviens. J’avais déjà
fait halte dans ce café. Un peu dans le même état d’esprit.. Sauf que c’était
le printemps ou l’automne. Il faisait très bon. J’étais sur la terrasse.
J’avais écrit aussi et peut-être est-ce pour ça que je m’en souviens. Vais-je
retrouver ça quelquepart sur mon blog ?
Bon c’est pas tout ça.
L’heure tourne. Il faut que j’y aille…
Voilà, j’ai passé un
excellent moment. Avoir sorti ma plume y a contribué.
PS : J’ai cherché
l’entrée où j’évoquais ce café… J’ai trouvé mais pas très facilement. Et je
l’ai fait en feuilletant mon tirage papier plutôt qu’en ligne. C’est là, 9
septembre 2004. Tant de temps déjà ! J’ai lu un peu tout autour,
sentiments mêlés, des choses ont bougées certes mais aussi en profondeur
impression d’un tel immobilisme…