Obsolettres, fin
J’étais dans un joli tunnel
de boulot ces derniers jours et ça continue encore, du coup je n’ai guère eu le
temps de me promener sur internet et de voir qu’Obsolettres avait mis la clé
sous la porte (ni non plus d’ailleurs qu’Alain était ressuscité)
J’aimais bien Obsolettres.
Je n’y participais que rarement par manque de temps. Mais c’est avec ce site
que j’avais osé renouer avec des textes de fiction. Ça remontait à loin mes
dernières tentatives ! Je ne me sentais plus capable de faire de la
fiction, je ne m’en sentais plus autorisé, ce n’est pas pour moi, je ne suis pas
"écrivain", à la limite je peux produire mes gargouillis de conscience mais de la fiction, non,
ça c’est trop difficile, ce n’est pas pour moi. Et puis, sur une consigne, en
voyant d’autres se lancer, en acceptant de laisser flotter en moi des mots et
des images, en tentant de les jeter sur le papier, en les triturant un peu, et
bien oui, ça pouvait revenir… Je crois ne pas être le seul pour qui Obso a été
cet élément de relance (ou même de lancement) de l’écriture fictionnelle et de
cela, il faut qu’il le sache les deux animateurs, Charmaine et Nat, je leur
serai toujours redevables, de cela je les remercie. Ce n’est pas pour rien que
j’ai mis en tête des quelques nouvelles et fragments hors journal que je publie
sur internet le tout premier texte que j’ai écrit grâce à Obso, "la dernière entrevue".
Je suis un peu attristé bien
sûr de cette disparition mais c’est évidemment le droit le plus strict des
animateurs d’en avoir assez et de tout fermer. Mais il est vrai que c’est
inattendu puisqu’une nouvelle version du site venait d’être mise en place. En
général quand on s’échine à créer une nouvelle formule c’est bien que l’on veut
persister, améliorer ! En plus les animateurs n’ont pas du tout prévenu,
annoncé, donné des raisons de cette suppression brutale. Sans doute est-ce
parce que la décision a été prise de façon impulsive, sous le coup d’un brutal
ras le bol. Peut-être mais il n’empêche qu’il aurait été normal et pas bien
contraignant de prendre le temps d’un léger préavis, de quelques explications
et puis de dire au revoir d’une façon un peu chaleureuse. Je pense cela pour
n’importe quel site qui ferme mais c’est évidemment d’autant plus vrai pour un
site qui se voulait collectif (même si je sais très bien que le travail
effectif de mise en œuvre technique, d’animation et de modération reposait sur
les seuls animateurs). Certaines personnes, Cassymary notamment se sont senties
vraiment blessées, trahies, abandonnées et je peux les comprendre.
Il y a un autre aspect.
Qu’un site s’arrête, c’est une chose. Que par contre il efface ces contenus
c’est encore autre chose. Et cela confronte à cet aspect dangereusement
volatile de la toile. Puisque c’était donné , à part si l’on a de bonnes
raisons (genre difficultés relationnelles entraînées par la présence en ligne)
pourquoi le retirer. Nos sites finissent par représenter un vrai patrimoine
humain, intellectuel, graphique, littéraire. Ils disent dans leur diversité
quelquechose de notre temps et de notre espace. Je me souviens par exemple du
très beau et très émouvant « Secrets partagés » de Cassandra. Mais là
encore ce qui est vrai pour un site individuel l’est encore plus pour un site
collectif. On comprend que certains des contributeurs puissent se sentir carrément
dépouillés, ils avaient donnés des textes mais pour que ce soit montré et lu et dans le cadre qui l’avait rendu
possible, avec les consignes par exemple qui les avaient induits et en
confrontation avec d’autres avec lesquels ils font écho. Pourquoi même si le site
n’est plus alimenté ne pas le laisser comme trace, comme un moment d’histoire,
sur le serveur aussi longtemps que celui-ci accepte de le conserver ?
Il y a eu des tentatives
pour créer des lieux d’accueil de ces sites fermés et abandonnés, Mongolo, un
pionnier, avait imaginé un orphelinat des journaux abandonnés, il y a une
tentative sans grand suivi E-phemer(id)es sur lequel on trouve encore le lien
vers certains de ces sites anciens. Mais ce ne sont que des regroupement de
liens, permettant d’accorder un minimum de visibilité à ces sites abandonnés.
Il disparaissent si le serveur qui les héberge disparaît ou fait un grand
ménage. Ça me titille moi cette évanescence d’internet . Ce n’est pas pour
rien que je suis à l’Apa, association dont l’objectif premier a été au départ
de collecte et de préservation patrimoniale de toute une richesse de textes
« ordinaires » voués à l’oubli puis à la destruction au fond des
greniers familiaux. Qu’en sera-t-il de nos richesses internautiques ?