Journée angevine
Hier soir dans le TGV j’ai
commencé d’écrire ceci que j’ai digéré, laissé mariner, repris et mis en forme
aujourd'hui avant d’oser le clic de la mise en ligne…
Le TGV file et me ramène
vers Paris. J’ai lu quelques articles du très intéressant dernier numéro du
magazine littéraire sur « Les écritures du moi », je me suis assoupi
un moment et maintenant alors qu’on approche et qu’on atteint presque le terme
du voyage, j’ai sorti mon petit carnet et suis pris d’une démangeaison d’écrire.
Mais parler de cette
journée ? Mettre tout ça en ligne ? Rien d’intime à dire, rien de
gênant ou de particulièrement impliquant, là n’est pas la question. Ce n’est
pas une entrée qui relève de cette petite part de mon journal que je laisse à
l’écart, hors ligne, parce que constituée de réflexions qui ne concernent que
moi ou qui au contraire mettent en scène du relationnel périlleux ou des
proches. Non ce qui est en cause ici c’est seulement la question récurrente de
mon anonymat. Car publier cette entrée c’est faciliter la mise en relation de
plusieurs mondes que je fréquente, celui des diaristes d’une part, celui de
l’Association Pour l’Autobiographie d’autre part, celui où j’existe avec mon
pseudo et celui où j’existe avec mon nom d’état civil. Je sais que le
délitement de mon anonymat est en cours, je suis de moins en moins gêné que des
gens découvrent qui je suis. Mais dois-je pour autant les aider ?
Une des personnes assistant
à la conférence et que je connais par ailleurs dans le cadre de l’association
m’a demandé lorsque nous étions seuls si j’écrivais moi aussi en ligne. J’ai
répondu oui cette fois (alors qu’à d’autres occasions j’avais nié avec un
aplomb parfait y compris après avoir évoqué les élucubrations d’un certain
Valclair !). J’ai dit que je n’étais pas difficile à trouver et j’ai même
eu la tentation de donner pseudo et adresse. Mais je me suis arrêté là, au
milieu du gué, comme si je ne pouvais pas vraiment le dire moi-même, comme s’il
fallait que trouver résulte d’un minimum de démarche, d’une envie suffisamment
ancrée pour mener jusqu’à moi, enfin jusqu’à ce moi là, ce moi d’écriture et de
dévoilement, ce moi valclairien.
Mais voilà maintenant je dis
ici cette journée telle que je l’ai ressentie et sans me préoccuper de tout
cela outre mesure...
Je dis ma tension encore et
toujours avant de partir, lorsque je sais que je dois intervenir en public dans
un cadre inconnu, une tension qui s’apparente au trac. Je sais qu’il n’y a
aucune raison que ça se passe mal, je commence à connaître mon sujet et en
principe je passe assez bien en public mais n’empêche, c’est là, m’empêchant
d’être dans le pur plaisir de l’attente de cette activité de communication que
par ailleurs j’aime beaucoup.
Je dis mon arrivée à Angers
sous un soleil un peu timide mais soleil tout de même, ma promenade autour du
château et dans les rues de la vieille ville très assoupie, le vrai plaisir que
je j’ai eu à cette déambulation et aux photos que j’ai prises, quoique là
encore ce plaisir fut un peu coloré par la tension à l’idée de l’intervention à
venir.
Je dis la conférence dans
cette superbe médiathèque, beau bâtiment moderne, aux volumes ouverts et clairs
donnant en plein cœur de ville sur de beaux jardins, je dis mon plaisir, malgré
le public restreint (moins d’une trentaine de personnes) à parler, à
communiquer, à essayer de faire passer mon goût et mon intérêt pour les
écritures diaristes, à sentir que mon public semble intéressé et réactif à ce
que je raconte. Naturellement comme chaque fois en terminant j’ai réalisé qu’il
y avait quantité de choses parmi tout ce dont je voulais parler que j’avais mal
ou insuffisamment présentées mais je crois que c’est la loi du genre et que ce
n’est pas grave.
Je dis ce retour en train
maintenant, détendu et content, et cette envie de conserver quelquechose de
cette journée en l’écrivant.
Bref je dis, je dis et ainsi pour mon apaïste curieux s’il passe par ici ou pour d’autres, je signe…


