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Les échos de Valclair
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31 mars 2007

Un peu de politique, tout de même...

On est à moins d’un mois des élections. Je suis tout ça avec intérêt et avec une certaine gourmandise. Je m’en amuse et en même temps m’en agace. Car je suis la campagne comme un jeu, comme je suivrais une pièce de théâtre, un joli morceau de comédie humaine, amusé des bons ou des mauvais coups des uns ou des autres et non pas comme on devrait suivre un débat politique en pesant et soupesant des arguments de fond, des réflexions étayées. Ce n’est pas tout à fait ma faute! La campagne est vivante ça oui, vibrionnante même, mais elle est surdéterminée par le jeu médiatique et par la frénésie sondagière, du coup elle ne va pas au fond des grands enjeux avec vérité, avec clarté. Comme si la réalité n’était pas vraiment là, dans ce qu’on nous montre mais derrière, cachée, impossible à décrypter vraiment.

Cela dit mon vote est fixé. Ce sera Royal dès le premier tour. Car rien n’est assuré pour ce qui concerne le second tour. Tout est tellement friable, volatil. Il y a l’hypothèque Bayrou. Il y a l’hypothèque Le Pen. On aurait tort de croire que celle-ci est totalement écartée (et des incidents sécuritaires comme les évènements de la gare du Nord peuvent en aggraver la menace) L’horreur intégrale ce serait Sarko en tête et derrière dans un mouchoir de poche Le Pen, Ségo, Bayrou dans cet ordre là… Vous voyez le tableau ! C’est peu vraisemblable certes mais je ne prendrai pas le moindre risque qui puisse conduire à ça.

Je n’aurais de toute façon pas voté pour l’un des petits candidats. Je me sens de plus en plus éloigné des discours « yaka, faukon ». Cette brave gauche alternative se donne en plus le ridicule de la dispersion, chacun vantant ses propres intérêts boutiquiers. Je me souviens des nonistes qui parlaient de la magnifique dynamique de recomposition que la victoire du non allait entraîner ! Je n’y ai jamais cru mais là je dois dire que l’émiettement dépasse ce qu’on pouvait imaginer. N’empêche si certains font de bonnes campagnes ils peuvent piquer pas mal de voix côté Ségo et c’est dangereux. L’extrême gauche c’est la comédie dans la comédie quelle que soit la sympathie que l’on puisse avoir pour telle thématique ou pour telle personnalité, faisons en sorte qu’elle n’en devienne pas une comédie saumâtre !

A regarder les comportements et les personnalités telles qu’elles se donnent à voir dans la campagne (rien ne dit qu’il s’agit des personnalités véritables : rappelons nous : c’est un théâtre !), je donnerai un petit bonus à Bayrou. Il montre une image de solidité, de sérénité, il trace son sillon avec calme, il paraît moins que les autres jouets des humeurs du moment. Incontestablement il fait une bonne campagne. L’ennui est que sa proposition politique est creuse, illusoire, garante d’immobilisme même si son élection entraînerait incontestablement des recompositions importantes dans le paysage politique.

Royal par beaucoup de côtés m’agace. Ce n’est pas en soi l’existence de propositions iconoclastes qui me choquent (je suis plutôt d’accord avec certaines et pas du tout avec d’autres). C’est plutôt cette façon d’être en permanence dans la réactivité immédiate à la déclaration de l’autre, au frémissement sondagier sur telle ou telle question, au public auquel elle parle et dont il faut lisser le poil. Du coup le message se brouille. On a un sentiment de volatilité des idées non par incompétence ou par indécision mais par opportunisme et tactique. Et hop que je te sors la compassion tous azimuts, une sixième république avec sa constituante, un drapeau français à mettre aux fenêtres, tout ça comme si c’était évident et simple, et tout ça toujours avec le même éternel sourire. Il en devient masque ce sourire ! Où es-tu vraiment Ségolène, au-delà de ce masque ? Qu’est-ce que tu penses vraiment ? Qu’est ce que tu prépares ? On aimerait que les choses soient dites avec clarté, constance, continuité. Et avec le sentiment qu’il y a des équipes autour qui se préparent de façon structurée, cohérente, réfléchie. Entre la façon de jouer perso de la dame et les manœuvres et arrière-pensées éléphantesques, ce n’est pas vraiment le cas. Les critiques que l’on entend sur le supposé autoritarisme et la difficulté de travailler en équipe de Ségolène en prennent une certaine consistance.

J’approuve sur le principe l’idée de faire de la politique autrement, la fameuse démocratie participative, mais cela doit se faire par une démarche maîtrisée, construite pour aller vers une restructuration dans l’équilibre des pouvoirs. Ce n’est pas ce qu’on voit pour le moment. On a plutôt le sentiment de coups un peu démagogiques, d’une façon d’utiliser et de solliciter la base en lui faisant dire ce que l’on veut. Là dessus j’ai de la déception incontestablement par rapport à ce qu’on aurait pu imaginer au lancement de Désirs d’avenirs.

N’empêche, malgré toutes ces réserves, il n’y a que Royal qui porte l’espoir de possibles changements dans un sens positif. Ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Entre Sarko et Ségo le centre de gravité idéologique n’est pas le même, les forces et les couches sociales qui les soutiennent, les liens d’intérêts et les connivences non plus. L’actualité récente montre assez ce qui nous attendrait avec l’ex-ministre de l’intérieur aux affaires !

Et il n’y a pas à faire de la tactique non plus. Les raisonnements du « tout sauf Sarko » qui conduisent à dire : votons Bayrou parce qu’au second tour il a plus de chance de battre Sarko me paraissent spécieux. La volatilité, l’imprévisibilité des votes est telle qu’à jouer de tactiques sophistiquées on peut se trouver pris à son propre piège et se retrouver avec une configuration qui ne correspondrait pas du tout à ce que l’on souhaiterait.

Je vais voter simple, je vais voter efficace, je vais voter Royal.

Oui il y a de la politique, tout de même, de la vraie, derrière les vrais et faux semblants de la campagne, derrière le spectacle.

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Commentaires
O
En accord avec ce que tu viens de dire.
N
Si je le pouvais (donc si j'étais électeur français et non belge), je crois que je voterais malgré tout pour Dominique Voynet, par fidélité pour son projet et ses valeurs (comme j'aurais voté Mamère en 2002). Elle connaît vraiment bien ses dossiers, elle est cohérente, non sensationnaliste, non démagogique, vraiment progressiste. <br /> Et au second tour, Ségolène Royal, sans enthousiasme excessif, mais je dois avouer qu'elle m'a favorablement impressionné ces dernières semaines (à part l'affaire de la Marseillaise et du drapeau tricolore, tentative de courir après Sarkozy...), elle n'est décidément pas une Bécassine, elle a un vrai charisme, une énergie... même si je n'aime pas son phrasé assez mécanique, son sourire figé... mais qu'importe !<br /> Si elle était exclue du second tour, je voterais Bayrou, un centriste avec beaucoup de charisme et d'énergie, un progressiste aussi, dans une certaine mesure. Contre Sarkozy en tout cas.<br /> Et dans un second tour Sarkozy - Le Pen, j'irais à la pêche ou je voterais blanc ou nul...
B
J'arrive un peu tard dans le débat, mais je tiens à m'élever en faux. Ces candidats montés par les médias et les sondages, ne sont pas une fatalité. S'assurer qu'une vrai politique de gauche se mette en place se fera vraiment avec les troisième et quatrième tour (les législatives), voire le cinquième, dans la rue.<br /> L'élection présidentielle, si tant est qu'elle ait encore une place dans notre paysage politique, ne doit pas devenir une "president academy", appuyez sur un pour sarko, sur deux pour ségo, mais doit soulevre un vrai débat avec des vrais questions, pas une foire à la drague d'électeurs, un coup je pêche à droite, un coup à gauche.<br /> Je connais mon vote du premier tour, il sera utile : ni sarko, ni ségo, ni centro.
A
C'est tout de même vraiment frustrant de devoir voter "utile" ...
J
Largement d'accord avec ton billet (à ceci près que SR m'agace moins qu'elle ne m'intéresse). D'ailleurs le moment va être venu qu'une majorité de gens se mettent d'accord sur l'essentiel : les autres auront perdus (et rien ne permet à mon avis non plus de balayer l'hypothèse d'un Sarkozy/Le Pen le 6 mai).
Les échos de Valclair
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