Un peu de politique, tout de même...
On est à moins d’un mois des
élections. Je suis tout ça avec intérêt et avec une certaine gourmandise. Je
m’en amuse et en même temps m’en agace. Car je suis la campagne comme un jeu,
comme je suivrais une pièce de théâtre, un joli morceau de comédie humaine,
amusé des bons ou des mauvais coups des uns ou des autres et non pas comme on
devrait suivre un débat politique en pesant et soupesant des arguments de fond,
des réflexions étayées. Ce n’est pas tout à fait ma faute! La campagne est
vivante ça oui, vibrionnante même, mais elle est surdéterminée par le jeu
médiatique et par la frénésie sondagière, du coup elle ne va pas au fond des
grands enjeux avec vérité, avec clarté. Comme si la réalité n’était pas vraiment
là, dans ce qu’on nous montre mais derrière, cachée, impossible à décrypter
vraiment.
Cela dit mon vote est fixé.
Ce sera Royal dès le premier tour. Car rien n’est assuré pour ce qui concerne
le second tour. Tout est tellement friable, volatil. Il y a l’hypothèque
Bayrou. Il y a l’hypothèque Le Pen. On aurait tort de croire que celle-ci est
totalement écartée (et des incidents sécuritaires comme les évènements de la
gare du Nord peuvent en aggraver la menace) L’horreur intégrale ce serait Sarko
en tête et derrière dans un mouchoir de poche Le Pen, Ségo, Bayrou dans cet
ordre là… Vous voyez le tableau ! C’est peu vraisemblable certes mais je
ne prendrai pas le moindre risque qui puisse conduire à ça.
Je n’aurais de toute façon
pas voté pour l’un des petits candidats. Je me sens de plus en plus éloigné des
discours « yaka, faukon ». Cette brave gauche alternative se donne en
plus le ridicule de la dispersion, chacun vantant ses propres intérêts
boutiquiers. Je me souviens des nonistes qui parlaient de la magnifique
dynamique de recomposition que la victoire du non allait entraîner ! Je
n’y ai jamais cru mais là je dois dire que l’émiettement dépasse ce qu’on
pouvait imaginer. N’empêche si certains font de bonnes campagnes ils peuvent
piquer pas mal de voix côté Ségo et c’est dangereux. L’extrême gauche c’est la
comédie dans la comédie quelle que soit la sympathie que l’on puisse avoir pour
telle thématique ou pour telle personnalité, faisons en sorte qu’elle n’en
devienne pas une comédie saumâtre !
A regarder les comportements
et les personnalités telles qu’elles se donnent à voir dans la campagne (rien
ne dit qu’il s’agit des personnalités véritables : rappelons nous :
c’est un théâtre !), je donnerai un petit bonus à Bayrou. Il montre une image
de solidité, de sérénité, il trace son sillon avec calme, il paraît moins que
les autres jouets des humeurs du moment. Incontestablement il fait une bonne
campagne. L’ennui est que sa proposition politique est creuse, illusoire,
garante d’immobilisme même si son élection entraînerait incontestablement des recompositions
importantes dans le paysage politique.
Royal par beaucoup de côtés
m’agace. Ce n’est pas en soi l’existence de propositions iconoclastes qui me
choquent (je suis plutôt d’accord avec certaines et pas du tout avec d’autres).
C’est plutôt cette façon d’être en permanence dans la réactivité immédiate à la
déclaration de l’autre, au frémissement sondagier sur telle ou telle question,
au public auquel elle parle et dont il faut lisser le poil. Du coup le message
se brouille. On a un sentiment de volatilité des idées non par incompétence ou
par indécision mais par opportunisme et tactique. Et hop que je te sors la
compassion tous azimuts, une sixième république avec sa constituante, un
drapeau français à mettre aux fenêtres, tout ça comme si c’était évident et
simple, et tout ça toujours avec le même éternel sourire. Il en devient masque
ce sourire ! Où es-tu vraiment Ségolène, au-delà de ce masque ?
Qu’est-ce que tu penses vraiment ? Qu’est ce que tu prépares ? On
aimerait que les choses soient dites avec clarté, constance, continuité. Et
avec le sentiment qu’il y a des équipes autour qui se préparent de façon
structurée, cohérente, réfléchie. Entre la façon de jouer perso de la dame et
les manœuvres et arrière-pensées éléphantesques, ce n’est pas vraiment le cas.
Les critiques que l’on entend sur le supposé autoritarisme et la difficulté de
travailler en équipe de Ségolène en prennent une certaine consistance.
J’approuve sur le principe
l’idée de faire de la politique autrement, la fameuse démocratie participative,
mais cela doit se faire par une démarche maîtrisée, construite pour aller vers
une restructuration dans l’équilibre des pouvoirs. Ce n’est pas ce qu’on voit
pour le moment. On a plutôt le sentiment de coups un peu démagogiques, d’une
façon d’utiliser et de solliciter la base en lui faisant dire ce que l’on veut.
Là dessus j’ai de la déception incontestablement par rapport à ce qu’on aurait
pu imaginer au lancement de Désirs d’avenirs.
N’empêche, malgré toutes ces
réserves, il n’y a que Royal qui porte l’espoir de possibles changements dans
un sens positif. Ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Entre Sarko et Ségo
le centre de gravité idéologique n’est pas le même, les forces et les couches
sociales qui les soutiennent, les liens d’intérêts et les connivences non plus.
L’actualité récente montre assez ce qui nous attendrait avec l’ex-ministre de
l’intérieur aux affaires !
Et il n’y a pas à faire de
la tactique non plus. Les raisonnements du « tout sauf Sarko » qui
conduisent à dire : votons Bayrou parce qu’au second tour il a plus de
chance de battre Sarko me paraissent spécieux. La volatilité, l’imprévisibilité
des votes est telle qu’à jouer de tactiques sophistiquées on peut se trouver
pris à son propre piège et se retrouver avec une configuration qui ne
correspondrait pas du tout à ce que l’on souhaiterait.
Je vais voter simple, je
vais voter efficace, je vais voter Royal.
Oui il y a de la politique,
tout de même, de la vraie, derrière les vrais et faux semblants de la campagne,
derrière le spectacle.