Loin
Je me sens loin de
l’écriture et loin de mon blogomonde et j’en ressens de la tristesse.
Comme si j’étais face à un
bateau que je voyais s’éloigner de moi sans pouvoir le retenir.
Comme si, d’être muet, je me
condamnais à passer à côté de ce qui continue dans les petits salons de mes
blogobulles comme dans les territoires plus vastes de ma blogosphère.
Oh, je sais bien que je ne
m’éloigne pas vraiment, que je ne laisserais pas le bateau disparaître derrière
l’horizon, que je remonterai à bord quand je voudrais, il n’empêche je ressens
une frustration légère, dans l’instant, à n’être pas du voyage.
J’ai retrouvé ces jours ci
au bureau un rythme plus qu’intense, avec de nombreuses réunions extérieures.
Tout ça me pompe terriblement. Quand je rentre, pas très tôt en général, il y a
diverses tâches et matérialités du quotidien à assumer, ensuite on dîne, il est
tard lorsque je m’approche de l’ordinateur, j’ai à la fois envie de m’y
remettre de plein-pied et en même temps ne m’en sens pas trop le courage. Ce
dont j’ai envie c’est d’aller me faire couler un bon, long bain, m’étendre
ensuite avec un livre, sans avoir à mobiliser l’énergie de communiquer ou
l’énergie d’écrire. Et je sens que je vais m’endormir vite de toute façon…
Je jette juste un œil rapide,
les mails, les blogamis. Je lis en diagonale. Je vois que la blogovie continue,
il y a des textes qui me parlent, certains sont douloureux, je n’approfondis
pas, j’aimerais prendre le temps de manifester une présence, j’aimerais à tous
niveaux intervenir, entrer dans la danse.
Je suis admiratif de la
capacité qu’ont certains à basculer facilement entre les divers segments de
leur vie. Ce n’est seulement une question de temps. C’est surtout une question
de disponibilité intérieure et d’énergie. Moi j’ai du mal à tourner les
commutateurs, à passer d’un monde à l’autre. J’aime beaucoup le faire pourtant.
Mais j’ai besoin pour y parvenir d’être dans un temporalité qui ne soit pas
trop contraignante, sans pression, à l’écart du sentiment d’urgence, j’ai
besoin d’être dans un temps qui peut s’autoriser des latences.
Il y en a qui marathonnent.
Je n’ai même pas encore été lire ce qu’ils ont produits. Certains des
participants font partie pourtant des blogueurs qui m’importent. Je n’ai pas rédigé
mon ricochet 1994, pas plus que la semaine dernière, alors que je l’ai pourtant
dans la tête. Du coup j’en suis presque à trouver bienvenue l’actuelle
perturbation technique du site des Ricochets. Je ne me suis pas mis à d’autres
textes non plus que pourtant je porte depuis plusieurs jours, comme certaines réflexions
qui me sont venues à partir des questionnaires de Coumarine sur les blogs ou comme
ce billet à propos de mes livres phares que je voulais écrire suite à la
proposition que m’a fait Fuligineuse de relayer un questionnaire qui circule
ces jours-ci…
Ça viendra sûrement mais ce
n’est pas pour aujourd'hui car aujourd'hui je reste sec et muet devant mon
ordinateur, sec et muet vis à vis de moi, sec et muet vis à vis de vous…