Solitude et compagnie
Hier c’était plutôt une
journée de solitude qui s’annonçait. Constance était à un stage de yoga toute
la journée, les garçons pris chacun de leurs côtés dans des rencontres
amicales.
A priori au programme pour
moi il y avait une agréable rencontre matinale au Châtelet avec une blogueuse
pour le rapatriement d’un livre et d’intéressants échanges autour de
l’écriture, diverses courses dans le quartier de notre rencontre puis,
pensais-je, simplement un film en solitaire, une promenade et le retour
paisible…
Mais j’étais en route quand
j’ai eu un appel de l’amie chère. Elle m’indiquait qu’une partie de la bande
allait se retrouver cet après-midi dans Paris et précisément dans le quartier
où je me trouvais déjà. Elle me demandait si je pouvais, si je voulais m’y
joindre. Bien sûr que je veux ! J’aime qu’il y ait ainsi surgissement
d’impromptu dans une journée apparemment balisée, d’autant plus lorsque cet
impromptu vient du blogomonde, signe s’il en était besoin, que le blogomonde
est bien de la blogovie.
Après mes courses j’ai été
m’installer à la terrasse de Dame Tartine, un endroit où j’aime aller couper ma
faim, tartine de magret et de lentilles, gâteau de pêche au coulis de fraise,
un verre d’un Madiran costaud, je me sens bien, j’aime ce lieu, c’est Beaubourg
avec son mouvement continu de foules bigarrées, mais c’est plus paisible que la
piazza elle-même, j’ai en contrebas le mouvement coloré et la musique ténue des
eaux des fontaines de Nikki de Saint-Phalle.
Puis j’ai été voir le film
de Christophe Honoré, « Les Chansons d’amour ». J’ai été déçu de ne
pas aimer, j’espérais beaucoup de ce film à la suite de la lecture des
critiques, bonnes en général, et surtout du magnifique compte-rendu d’émotions
de Traou. Mais dans ce genre de film soit ça passe et alors on est
enthousiaste, emporté (par exemple j’avais adoré « Jeanne et le garçon
formidable » qui parle au fond à peu près des mêmes choses, de l’amour et
de la mort), soit ça ne passe pas, on reste de côté, ce n’est pas la sphère
émotive qui est mise en branle mais plutôt la sphère intellectuelle, avec le
risque alors de ne percevoir que l’aspect artificiel du procédé. Quelques
moments m’ont paru forts, intenses, en particulier ceux autour de la mort de
Julie/Ludivine mais ils sont une minorité. Bien sûr je comprends qu’avoir été
confronté personnellement à des deuils au cœur de l’amour intense, ce qui n’est
pas mon cas, permet bien plus les identifications qui font naître en soi-même
les émotions. N’empêche il m’arrive d’être ému, bouleversé par des films qui
sont à mille lieux de mon vécu et là non décidément ça n’a pas marché. J’ai
trouvé faibles certains des acteurs principaux (Louis Garrel et Ludivine
Sagnier en particulier, je n’aime pas Garrel en général, je ne peux m’empêcher
de trouver quelquechose d’artificiel à son jeu, comme un relent de style
nouvelle vague très décalé aujourd'hui, il est très mignon certes et j’imagine
qu’il fait terriblement craquer les filles mais ça ne suffit pas) Les textes
des chansons sont souvent beaux mais les voix sont ténues. Ça m’a frappé, sur
le générique de fin il y a une chanson de Barbara, c’est autre chose, la voix
en elle-même emporte et par comparaison fait paraître terriblement plat les
mots susurrés dans le corps du film (je n’aime pas trop en général la
« nouvelle chanson française » malgré la qualité de certains textes à
cause justement de cette faiblesse des voix).
Sorti du cinéma je suis
resté sur place puisque c’était par là que je devais retrouver la bande. J’ai
dégusté ce plaisir d’observer, ce bonheur du piéton de Paris, tous ces mini
spectacles qu’offre la ville, des images que l’on voudrait accrocher (une fois
de plus je n’avais pas mon appareil photo) mais aussi des portes ouvertes à
l’imaginaire et à des histoires qu’on aimerait mettre en mots :
Quelques flashs parmi
d’autres :
Des militants de Greenpeace
dans des costumes de poulpes et de poissons délicieusement ridicules et
finissant par aboutir dans la fontaine où ils s’affrontant dans un grand chahut
d’eau…
Une jeune fille seule sur
les marches de la place, la tête dans les mains, pleurant, la foule
indifférente passant autour d’elle, elle s’accroche à son portable ensuite, il
y a des discussions manifestement vigoureuses, elle pleure, j’observe de loin…
Le passage d’une troupe
joyeuse de « free huggers » dont les propositions de bisous et de
câlins publics ne rencontrent qu’indifférence amusée…
Un peu plus loin, autour de
la Fontaine des Innocents, un rassemblement de gothic dans leurs accoutrements
uniformément noirs, les lourdes godasses cloutées, les bijoux métal et les
piercings…
Sur la pelouse devant Saint
Eustache, là où je commence à gribouiller ces notes sur mon carnet, une femme
pas très belle, au look un peu ravagé, elle est avec un gamin de cinq-six ans,
il s’est mis à jouer au foot avec deux grands noirs qui étaient par là, je sens
le processus de drague bien engagé et je sens, gros comme une maison, que ça va
marcher, que la femme n’attend que ça…
J’aime bien ça, ce
qu’apporte la déambulation solitaire dans un moment de temps suspendu, cette
possibilité d’être tout entier à ces spectacles minuscules de la vie, de voir
des choses qu’on ne verrait pas sinon et de laisser courir mon imagination.
Mais il faut aussi que ça ne dure pas trop. Le plaisir sinon s’en affadit et
c’est alors brusquement l’impression de solitude, de vacuité, de n’être qu’à
côté, de n’être que pur voyeur qui s’impose. Je connais bien cela, ces
basculements brutaux ! Il était justement en train de s’effectuer quand le
téléphone a sonné, l’amie chère était arrivée.
Nous nous sommes retrouvés.
Elle m’a conduit en un lieu beau, agréable et paisible que je ne connaissais
pas, un salon de thé à un premier étage, aux larges fenêtres ouvertes dominant
la piazza de Beaubourg. Autour de cocktails de fruits délicieux j’ai pu
profiter de sa réelle présence, moment précieux qui n’est qu’à nous, avant que
ne nous rejoigne la bande que j’ai retrouvé avec un plaisir sans mélange.
Mais pour moi approchait
l’heure du retour, je n’ai pu les accompagner au restaurant et partager la
suite de la soirée, mon retour vers le cocon familial était choisi, assumé,
mais tout de même, les quittant, j’avais un peu d’amertume, ce sentiment de
laisser là-bas une des parts les plus vivantes de ma vie…
Bon, c’est pas tout ça. Il y
a des élections aujourd'hui ! C’est incroyable la différence de climat
avec les présidentielles. On oublierait presque d’aller voter. Allez je me
secoue, j’y vais ! En ayant encore à l’heure où j’écris un petit doute sur
le bulletin que je vais glisser dans l’urne.