De Fnac en Bleau
Avant hier, samedi, je me
suis retrouvé une fois de plus dans les temples modernes de la consommation au
forum des halles. La foule très compacte, l’espace resserré et enterré, tout
dans ce lieu me met mal à l’aise et m’oppresse. Je déteste ça. Et pourtant,
allez savoir pourquoi, j’y retourne. J’étais dans le secteur. Je me suis laissé
happer. Sans projet et sans obligation particulière. Juste pour aller faire le
tour des rayons de la Fnac et pour en revenir avec quelques livres de plus. Il
y en a qui font des folies pour des sapes ou des pompes, moi c’est pour des
bouquins. Enfin des folies ! Ce sont de toutes petites folies, je reste
très modeste, conforme à ma nature, pas assez fou peut-être mais ça c’est une
autre histoire.
C’est ce principe d’aller
consommer sans nécessité réelle qui m’agace, cette pulsion d’aller faire le
chaland puis cette pulsion d’acquérir. C’est l’avoir contre l’être. Le
frustration ne fait que s’accentuer devant des Piles à Lire qui ne cessent de
s’élever sur mes étagères. Si au moins je manifestais ces envies chez un vrai
libraire avec qui parler et que mon éventuelle pulsion acheteuse contribuât à
le faire vivre, cela au moins aurait un certain sens, alors que là, dans ce
supermarché de la culture, je ne fais que suivre la foule moutonnière.
Hier, dimanche, autre lieu,
autre cadre, autre vécu. J’ai fait une grande randonnée en forêt de
Fontainebleau avec quelques amis, l’une des seules du genre cette année.
J’avais l’habitude les années précédentes d’organiser quasiment tous les mois
une sortie de ce genre. Je ne l’ai pas fait cette année parce que j’en avais un
peu assez d’être l’initiateur, de chercher des randonnés nouvelles dans des
bouquins ou de concocter moi-même des itinéraires. Personne dans notre petit
groupe n’a pris le relais. J’ai laissé faire, sollicité cette année par bien
d’autres intérêts.
Mais qu’elles me font du
bien pourtant ces marches ! Loin de cette oppressante caverne d’Ali Baba
où j’étais la veille. Loin des livres, loin des mots, loin des écrans, loin des
miroitements attirants mais aussi parfois fallacieux de la blogovie. Je le dis
assez : la blogovie c’est du réel et non du virtuel. Il n’empêche. On a
besoin de l’autre réel aussi. Le réel de la nature autour de soi et des odeurs
des sous-bois, le réel de son propre corps en fonctionnement, le réel de la
pluie soudain qui cingle le visage puis de la douceur sur la peau du soleil
revenu.
Marcher c’est se délier, au
sens propre, des nœuds noués dans les muscles et les articulations mais aussi
au creux du ventre et dans les replis du cerveau. C’est très concret. Cela
vient peu à peu. Le pas se fait plus souple, la respiration s’approfondit,
l’air et le sang irriguent jusqu’aux dernières extrémités du corps. C’est le
bien-être tout simple d’une machinerie qui se remet à fonctionner en harmonie,
alors qu’elle est bridée par les heures immobiles, désaccordée de ses rythmes
par le stress, le bruit, les bousculades. C’est, la randonnée terminée et à
condition qu’elle n’ait pas été poussée à l’excès jusqu’à conduire à
l’épuisement, une sensation de douce et bonne fatigue. C’est physiquement un
peu la même sensation qu’après avoir fait l’amour dans l’harmonie.
La sensation d’être détendu
et nettoyé, rasséréné, épuré de tout ce qui met à distance, la sensation d’être
présent à soi-même, la sensation peut-être tout simplement d’être vivant.
Sans doute qu’on ne se
promène pas assez dans les forêts et qu’on ne fait pas assez l’amour !