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Les échos de Valclair
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29 octobre 2007

Bouquiniste et feuilles de vigne

Hier j’ai fait un tour chez les bouquinistes, au marché aux livres du Parc Brassens.

Vieilles réminiscences soudain. Cela m’a rappelé le temps où j’avais une attirance très forte pour les vieux bouquins. J’adorais farfouiller dans les bibliothèques de vieilles personnes de ma famille, chez mes grands parents, chez ceux de Constance surtout où dans de vieilles maisons en attente de successions compliquées dormaient quantité de livres qui me faisaient de l’œil, notamment beaucoup de ces gros volumes illustrés de la fin du 19° siècle, type collection Hetzel, livres de voyage et d’exploration, livres d’évocation de glorieuses figures du passé national ou religieux, bibliothèques typiques des familles bourgeoises et bien pensantes de cette époque. Il m’est même arrivé ce qui montre à quel point cette attirance pouvait être forte, d’être pris d’une pulsion quasi irrépressible il m’est arrivé d’embarquer subrepticement quelques volumes en me disant : « il me le faut, il me le faut, deux ou trois par-ci, par là, personne ne s’en apercevra et puis en plus qu’en feront-ils, tout va être vendu par lot alors que moi au moins ça m’intéresse ». Ils sont toujours dans ma bibliothèque. Je les croise sans honte particulière mais ils ne vivent pas tant que ça maintenant que m’a très largement abandonnée cette pulsion bibliophilique, enfin si, ils vivent un peu tout de même, il m’arrive d’en sortir l’un ou l’autre pour les montrer à tel ami lorsque la discussion s’y prête et j’ai grand plaisir alors à le faire, ça redevient du vivant.

Ce goût m’avait même un moment fait fantasmer sur le fait de devenir libraire d’ancien, je me voyais partant en exploration dans de vieilles bibliothèques poussiéreuses, sortant les livres de leur linceul, contribuant à leur redonner une nouvelle vie, créant autour de moi cette convivialité un peu ésotérique des amateurs. Alors que je désinvestissais sans retour l’activité politique qui m’avait longtemps porté et que je ne parvenais pas à trouver tout ce que j’aurais souhaité dans la vie professionnelle qui était devenue la mienne, je me serais bien vu dans cette petite vie là, dans ce monde un peu à part, marginal, ayant sa vie sociale mais éloigné de la vie sociale réelle. Le fantasme toutefois n’avait pas résisté à l’analyse (à moins que ce ne fut à la peur du changement). Je m’étais dit qu’au-delà de l’attirance viendrait sans doute vite l’ennui face à l’étroitesse de ces petits milieux, que je ressentirai la vacuité sociale de cette activité et qu’il y avait quelquechose de mortifère finalement à n’avoir son regard tourné que vers des paperasses mortes.

Mon objectif à Brassens cela dit n’était pas une plongée dans ce genre de souvenirs qui sont venus par surcroît. Je me trouve, suite à la conjonction d’un achat personnel et d’un cadeau quasi concomitant, disposer d’un des volumes de Green en Pléiade en double exemplaire et cherchais donc à l’échanger avec un autre que je n’ai pas, je voulais faire ça avant mon départ en Bretagne pour justement en disposer pendant les vacances, ce genre de livre me paraît une bonne lecture pour les longues soirées tranquilles et peut-être pluvieuses de Toussaint…

Cela faisait des années que je n’avais pas été à ce marché. Je n’ai pas trouvé mon bonheur d’échangeur mais j’ai eu plaisir à me promener parmi les stands, à retrouver cette atmosphère particulière des bouquineries, avec ce mélange de simples curieux, d’amateurs pointus, de vendeurs un peu marginaux, commerçants forcément mais d’abord amateurs de bouquins. J’y étais en fin de matinée. Les vendeurs commençaient à saucissonner, dans cette espèce de convivialité particulière aux gens de la chine où s’associent joyeusement les collègues-concurrents et auxquels viennent se joindre des amis de passage. L’un des vendeurs achevait même d’ouvrir une bourriche d’huîtres, attendant manifestement des convives, le vin blanc était au frais dans un seau à glace. Il faisait frais mais agréable sous la halle ouverte. J’ai repensé à cette vie non comme un regret mais comme un possible qui aurait pu être…

Un timide soleil a commencé à percer. Jolie ambiance d’automne. Les feuilles en quelques jours ont achevé de roussir et sont beaucoup tombées. Je me suis promené dans le Parc Brassens, il n’est pas très vaste mais heureusement paysagé avec les traces maintenues de son ancienne activité de marché aux chevaux, la halle, les grilles, la tour de la « vente à la criée » dominant le bassin, avec sa partie boisée sur l’escarpement, avec son petit coin de vigne et son rucher.

L’un dans l’autre j’ai beaucoup aimé cette promenade dominicale ponctuée de livres et d’arbres.

J’en ai fait en soirée une autre bien agréable et qui m’a transporté beaucoup plus loin, jusqu’en Turquie par la grâce de certaines délicieuses feuilles de vigne farcies. Ada avait conviés quelques ami(e)s de blog pour tester un atelier feuilles de vigne. La convivialité y était, plaisir de retrouver Ada et de découvrir sa charmante et tonique famille, de découvrir Anita, de retrouver Traou, manquait Fauvette annoncée mais clouée chez elle par la migraine, et Samantdi lointaine, on leur a envoyé nos bonnes pensées. Oui elles étaient délicieuses ces feuilles de vigne, grâce à la farce plus sans doute qu’au tour de main hésitant des néo rouleurs de feuilles. En tout cas, chère Ada, le test est positif, tu pourrais te lancer dans une petite entreprise gastronomico-touristico-culturelle là-bas, dans ces jolis villages dominant cette mer qui t’est chère, nous y drainerions la blogosphère parisienne que dis-je parisienne, la blogosphère toute entière, si, si. Sourire et merci !

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Commentaires
F
Libraire d'ancien, je crois que ça t'irait bien. Et c'est un métier dont j'ai rêvé aussi. Cela dit tu décris très bien l'atmosphère du marché Brancion, lieu que je fréquente également. (Et où on peut encore trouver des ouvrages de Roger Vailland, parfois...)
A
Elles étaient très bien roulées ces feuilles de vigne ! Avec beaucoup de chaleur humaine et d'amitié. Ca fait du bien !
A
Ah le marché du livre... Quel bonheur ce marché du livre. Le dimanche matin, traverser Paris désert et atterrir là-bas...<br /> A part ça, Valclair, même si tu es athée, tu devrais tenter l'hotellerie du Carmel de Montmartre. Je te jure. Un éblouissement. Tu recules d'au moins deux siècles dans le temps. Voire quatre. Tu apprécierais, j'en suis sûre.
Les échos de Valclair
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