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Les échos de Valclair
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16 décembre 2007

Quand même, ça craint!

Même si on essaie de fermer les yeux en se disant que ça ne sert à rien de craindre et que de toute façon on est emporté par le flux, par moments on ne peut s’empêcher de frémir devant l’état du monde.

Pêle-mêle, sans ordre, sans hiérarchie, sans chercher à démêler ce qui est cause de ce qui est conséquence ou ce qui n’est qu’épiphénomène, voici : un article du Monde 2 sur les folies de l’ultra luxe où l’on découvre des super riches aux fortunes à la croissance exponentielle tenter de s’inventer des moyens de consommer à la hauteur de leur fabuleux revenus, la société incapable d’apporter à chacun un toit tandis que s’installe l’hiver, l’attentat d’Alger, signe que la pression ne baisse pas dans les cocottes du fanatisme extrême, comment en serait-il autrement dans ce monde chaque jour plus clivé, le pernicieux clown mégalomane paradant dans Paris, merci Rama Yade de cette indignation (tant pis si ce n’était qu’une mise en scène !), la lettre d’Ingrid Bétancourt qui serre le cœur, comme un dernier cri avant de se rendre à la mort, la fonte de la banquise durant l’été 2007, trente-cinq fois plus importante qu’en 2006, (oui, trente-cinq fois !), la conférence de Bali incapable de déboucher sur de quelconques engagements partagés…

Il y a dix signes effrayants de la course à l’abîme contre un qui peut donner espoir et encore il faut bien chercher, là, tout de suite, je n’en vois pas.

Faudrait-il arrêter de lire la presse, fermer toutes les écoutilles ?

Parfois j’essaie de me dire : tu n’es qu’un vieux con, qui comme les vieux cons des époques précédentes panique parce qu’il est vieux (enfin, plus jeune !), parce que son monde disparaît et qu’il est incapable de voir les promesses de celui qui vient.

Nos grands-parents dans les années 30 ont vécu aussi une terrifiante montée des périls, le vacarme des bruits de botte se faisant chaque année plus assourdissant. Sauf qu’ils n’imaginaient pas où on allait. Et puis, même si commençait une guerre mondiale, même si l’holocauste allait atteindre une dimension tragiquement inédite, la planète en elle-même, dans ses régulations profondes, n’en était pas bouleversée et il pouvait toujours rester l’espoir de reconstruire ensuite sur les ruines.

Il y a les discours du type « le pire est le plus probable mais il n’est pas certain », les discours du « pessimisme actif », du genre de ceux d’un Edgar Morin par exemple, j’admire ceux qui le tiennent et qui ne lâchent pas mais pour ma part j’ai du mal à y adhérer. Mes fils, quand il m’arrive de les pousser dans leurs retranchements là-dessus, me disent qu’ils sont bien conscients des périls, mais ils ont, avec leur assurance (voire leurs illusions ?) de jeunes scientifiques, la conviction qu’il y a des parades à trouver, que la science trouvera les moyens de surmonter les crises à venir. Heureusement d’ailleurs qu’ils ont ces convictions à vingt ans, sinon ce serait à se flinguer !

Toute cette anxiété latente on la met sous le boisseau la plupart du temps heureusement sinon on ne pourrait pas vivre, pas faire la queue dans les magasins pour nos petits achats de Noël, pas se réjouir en voyant un bon film, pas s’agiter l’esprit, de la tristesse à la délectation, à nos petits soucis d’ego ou de coeur.

Mais quand même, c’est là, c’est un climat sous-jacent qui ne peut nous échapper, qui ne peut manquer de peser sur nous.

Comment s’étonner alors que la supposée « magie de Noël » ne puisse plus vraiment fonctionner !

A dix heures moins cinq, j’attendais devant les grilles prêtes à ouvrir de la Fnac avec un troupeau de mes congénères. Certains était tassés contre l’entrée, prêts à bondir comme si leur vie en dépendait ! J’étais un tout petit peu à l’écart, (quand même, ne pas se précipiter !), je les regardais narquoisement tout en sachant que j’étais l’un des leurs, je roulais dans ma tête mes pensées sur les périls du monde, et d’autres pensées aussi, une image précise plutôt, sortie d’un souvenir, celle d’un ciel lumineux, de mes pas sur une neige froide et craquante, de grands sapins au-dessus de moi aux branches alourdies par la neige de la nuit, j’avais envie de m’enfuir et je ne le faisais pas, enfin les grilles s’ouvraient et je pénétrais à leur suite dans le Temple...

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Commentaires
G
Je partage et les inquiétudes et le sentiment d'impuissance. <br /> <br /> "Nos grands-parents dans les années 30 ont vécu aussi une terrifiante montée des périls, le vacarme des bruits de botte se faisant chaque année plus assourdissant." : ça fait un paquet d'années et indépendamment de mes difficultés personnelles que je nous sens "avant guerre", que quelque chose de quasiment mécanique me semble enclenché entre ce capitalisme qui ne sait fonctionner qu'en croissance et plante dés lors qu'elle n'y est plus et nécessite donc des conflits mondiaux destructeurs afin d'avoir du grain à moudre pour se relancer ; et concernant la vieille Europe une nécessité démographique inéluctable (celle d'accepter une immigration massive d'où qu'elle vienne pour assurer le simple renouvellement économico-démographique) qui se heurte de plein-fouet aux résistances culturelles de la population primo-implantée, d'où encore de belles années pour les gouvernements populistes, lesquels on le sait sont le ferment idéal pour les conflits armés. <br /> <br /> C'était mon soir : je fais un commentaire rudement dans l'esprit de Noël là.<br /> Désolée.
V
Merci de vos contributions. Elles renvoient toutes à un certain sentiment d'impuissance et à la façon dont chacun d'entre nous, à partir de nos vécus et de nos parcours, nous tentons de faire avec... C'est la sagesse de faire avec. Même si ça ne dédouane pas comme tu le dis Miss Line de faire le tout petit peu qui est à notre portée...<br /> Bienvenue Feuilly pour ce premier arrêt par ici(je crois) qui me donne l'occcasion de découvrir encore un blog que je ne connaissais pas .
F
Question difficile. D'un côté il faut bien se tenir au courant et de l'autre il est certain qu'un regard trop axé sur une actualité immédiate empêche d'avoir du recul.<br /> <br /> Entre mon moi intime (on ne vit qu'une fois, il s'agit donc d'aller à l'essentiel) et cette agitation du monde (souvent dramatique mais parfois aussi futile) il y a comme une antinomie. Afin de ne pas perdre son équilibre et son centre de gravité, il faudrait parfois reprendre où on l’avait laissée la promenade sous les sapins enneigés. <br /> <br /> Hélas, comme disait le poète : « Où sont les neiges d’antan ? »<br /> <br /> Sinon, cette attitude qui consiste à observer ses contemporains d’un œil narquois permet souvent de prendre quelque distance, notamment avec cette boulimie de consommation qui semble les caractériser, comme si la possession d’objets futiles avait la moindre chance de donner une sens à leur vie.
A
Durant ma vie active, je n'ai jamais vraiment désespéré de la marche du monde. Peut-être justement parce que j'étais "actif" et militant, et que j'avais le sentiment de concourir, à ma toute petite et modeste place, à son avancée...<br /> <br /> Aujourd'hui, c'est différent. J'ai un plus grand sentiment d'inutilité et d'impuissance face à tout ça... De ce fait, il me semble que je rentre peu à peu dans une sorte d'indifférence. <br /> Est-ce qu'on va dans le mur ? Probablement que oui... Toute civilisation finit dans le mur un jour ou l'autre...<br /> Est-ce que je dois me pourrir la vie avec ça pour les années qui me restent à vivre ?<br /> Je peux mourir cette nuit...<br /> Et la planète continuera à tourner...<br /> <br /> Et puis, d'autres fois, je pousse mes coups de gueule... Sur mon blog par exemple !!<br /> Mais finalement... Ça sert à quoi ???<br /> Je ferais mieux de renouer avec une certaine militance... Ou de me taire...
M
Je ne sais comment réagir face à tout ça. Il m'est arrivé plus d'une fois de pleurer devant le journal télévisé .. so what ? Je n'ai pas fait avancer le monde, tout juste eu une once d'empathie pour mes congénères et comme tout le monde, suis retournée à mes occupations ... <br /> C'est nul ...<br /> Et si chacun d'entre nous (moi la première) on faisait un peu de bien, rien qu'autour de nous, dans la mesure de nos capacités ? <br /> Suis devenue vieille chnock pour me sentir aussi démunie ???
Les échos de Valclair
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