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Les échos de Valclair
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19 janvier 2008

Marasme d'écriture:

Je commence un billet que je ne termine pas. Tout en commençant à l’écrire l’idée d’un autre voire d’un troisième, surgit qui me paraissent plus appropriés à mon humeur, plus proches de moi dans le présent immédiat. Je pose des mots, des bouts de phrase, je vois si la mayonnaise prend ou pas. Ça ne prend pas. Alors je pédale dans la choucroute de mon indétermination d’écrire…

D’autres fois le sujet est bien engagé mais bataillent en moi la phrase brute pour moi seul et celle à donner en partage mais qui nécessite le recours à l’allusion ou dans laquelle le souci de la forme peut inconsciemment entraîner un gauchissement du sens. Les mots parfois prennent leur vie autonome. Au point que moi-même je ne sais plus exactement où je suis, si je suis dans l’authenticité ou dans une forme inconsciente de travestissement. Les mots qui normalement sont là pour éclairer finissent par embrouiller...

Dilemmes habituels du diariste, mille fois rencontrés !

J’écris ? Je n’écris pas ? J’écris quoi ? J’écris pour qui ?

Compliqué ! pesant ! déstabilisant !

L’autre nuit par exemple, tandis que j’insomnisais, j’ai commencé à jeter des mots sur mon carnet qui ont fini par être l’amorce possible de trois billets.

L’un voulait évoquer Clara Rojas, je voulais parler de cette parenthèse terrifiante dans laquelle elle a été maintenue, et de la vie et de l’amour qui ont pu s’immiscer pourtant dans cette parenthèse, au point qu’elle puisse aller jusqu’à ce terme du don de vie qu’est l’enfantement et je trouvais que, dans son horreur, c’était une belle histoire…

Un autre billet potentiel s’acharnait à essayer de rendre compte de lectures récentes mais déjà éloignées, je voulais parler de « Mal de pierre » de Milena Angus (j’ai beaucoup aimé) et « Des dames de nage » de Bernard Giraudeau (j’ai été agacé, joliesse littéraire et clichés exotiques), je voulais essayer de dire pourquoi l’un était fort et pourquoi l’autre ne l’était pas...

J’ai oscillé un moment entre le premier et le second billet et les mots venaient mal pour l’un comme pour l’autre. J’ai commencé à ressentir mon effort comme un pensum. Que faisais-je vraiment en tentant d’écrire ça ? Pourquoi voulais-je m’acharner ? N’étais-je pas seulement dans la volonté d’alimenter le blog, ce soiffard, qui en veut toujours plus ? Pas de vraie nécessité intérieure à mon écriture sinon celle d’écrire le billet qui fera bien dans le paysage, la petite pensée sensible ou la note culturelle gentillette. Pouah ! De là j’ai commencé à écrire au plus près, dans l’immédiat de ce malaise ressenti. Ça non plus, ça ne voulait pas décoller, impression d’éternelles redites, de récurrences sans intérêt. Pensées de l’impasse de l’écriture intime, celle du blog comme celle du cahier secret. Névrose de l’écriture ! Aucun de ces billets sur le moment n’a abouti. J’ai fini par me rendormir dans le malaise.

Contrairement à d’autres fois, l’effort d’écriture ne m’a pas apaisé. Au contraire le marasme d’écriture a contribué au marasme général. Dans ces cas là il vaudrait mieux s’abstenir ou mettre l’écriture à distance.

Ou alors il faudrait pouvoir écrire tout à fait autrement, tout à fait autre chose, tout à fait ailleurs. Tentation de la fiction ! Le plaisir des mots et de la créativité sans l’encombrement des nœuds de soi, ou plutôt en les dépassant, en les sublimant…

Ce matin je me sens au contraire plus pétillant. Porté sans doute par une lecture tonifiante qui me fait du bien, dont je reparlerai sûrement et aussi par une perspective plaisante pour la suite de ma journée. J’ai repris du coup sans peine ce malaise de l’autre nuit, y compris en réutilisant les mots que j’avais commencé à écrire sur le moment (donc finalement ils n’ont pas été tout à fait vains). Ça donne ce billet, que je sens juste, conforme à moi-même, même s’il n’est pas dans la coloration du jour. Mais c’est une facette de moi, absente ce matin, mais je ne m’illusionne pas, je sais qu’elle reviendra comme reviennent aussi les moments plus légers…

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Commentaires
P
À la lecture des commentaires, je me sens encore plus en phase avec toi, Valclair. Ce n'est pas avec des "il faut que" ou des "il ne faut pas" (certes aimablement rassurants) que se résoudra ce marasme dont tu parles. Je le ressens bien comme tu le dis, ce gauchissement qui nous échappe, qui travestit malgré nous cette authenticité qui nous est chère... et pourtant si complexe à retranscrire librement sous les regards.<br /> Il arrive que l'écriture devienne laborieuse, insatisfaisante, agaçante même, d'être si rétive alors que l'envie est là de rester tout simplement soi.<br /> <br /> Par chance, ces sensations finissent généralement par s'éteindre :o)
V
Je pense globalement être dans l'authenticité et ne pas être esclave de mon lectorat ou d'images que je voudrais donner de moi, rassurez-vous Feuilly. <br /> Mais c'est justement parce que je sais que des dérapages semi conscients sont très facilement possibles que je suis si attentif à eux, que je me scrute sur ce plan et que j'essaie de les éliminer si je les vois pointer.<br /> Bien sûr, Coum, personne n'ira vérifier si ceci ou cela est conforme à moi. Mais ce n'est pas ça qui m'importe. C'est par rapport à moi-même que je me pose la question. Est-ce que telle phrase est vraiment en accord avec moi-même à l'instant où je l'écris.<br /> Cela dit je suis assez d'accord avec ce que tu dis ensuite. Que quoiqu'il en soit, même si ici ou là il y a un petit dérapage, il se dégage de l'ensemble, de l'atmosphère, de cette mosaïque de facettes données , quelquechose dans lequel je me retrouve profondément. Sinon il y a bien longtemps que j'aurais arrêté ce blog !<br /> Quant aux images que les autres se forment de nous, Alain, c'est vrai que c'est encore une autre histoire, amusante à creuser d'ailleurs à l'occasion de la constation de certains décalages, amusante et parfois instructive pour nous-mêmes comme pour l'autre.
A
Il y a l'Image que l'on voudrait donner de soi (plus ou moins consciemment...) Et là, on a effectivement un certain pouvoir de se présenter sous certains angles. (Mais le lecteur a souvent appris à lire entre les lignes...)<br /> <br /> Il y a l'image que chaque lecteur se forme en venant lire. Et là-dessus l'auteur n'a aucun pouvoir. (Comme dans la vie d'ailleurs)<br /> <br /> Il m'est arrivé de recevoir des mails disant que ce que j'avais écrit ne correspondait pas à mon image, que ce n'était "pas moi" en quelque sorte...<br /> Je crois que ça dérangeait plutôt le lecteur parce qu'il s'était fait une image autre que ce que je suis, ou plutôt que ce que je montre.<br /> <br /> Il me semble, mais il faudrait observer, s'observer, que chaque blog que l'on va lire, on y débarque avec l'image de l'on s'est forgée de l'auteur. Et on attend de lire qqch qui y corresponde plus ou moins. En tant qu'auteur, si on s'aliène à ce phénomène de chercher à correspondre, je crois qu'on est assez perdu pour l'écriture blogosphèrienne... !!<br /> <br /> Cela dit, je suis bien d'accord que ce n'est pas évident... Et bien souvent je me demande si je ne me laisse pas enfermer par les attentes du lectorat.
F
C'est vrai aussi. Je crois que dans ces cas il faut rester soi-même et ne pas trop penser aux lecteurs. Il faut dire ce que vous pensez vous et non dire ce qui va plaire à X ou à Y parce que vous savez qu'ils vont vous lire. Ce n'est pas toujours facile, en effet. On sait que telle phrase ne va pas plaire ou que tel mot peut être mal interprété. On peut se laisser influencer aussi par le thème choisi (les compliments reçus sur un sujet précis vous conduiront à exploiter ce thème). Dans ce cas, le risque est grand de devenir l'esclave de votre lectorat.
C
Je suis frappée par ce que tu écris Val<br /> Tu sembles toujours très préoccupé par l'authenticité avec laquelle tu veux écrire, faire passer un message et présenter quelque chose de toi...<br /> Mais finalement personne n'ira vérifier si ce que tu écris, c'est toi ou pas toi, ou moins toi...<br /> Si je peux dire...<br /> Beaucoup de toi passe dans une certaine "atmosphère", une atmosphère typique qui colle à tes mots, à l'allure de ton blog, au choix de tes billets<br /> Le lecteur attentif peut se faire une idée de qui tu es, mais ça se passe plus au niveau de l'intuition...<br /> Ne crois-tu pas?
Les échos de Valclair
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