Marasme d'écriture:
Je commence un billet que je
ne termine pas. Tout en commençant à l’écrire l’idée d’un autre voire d’un
troisième, surgit qui me paraissent plus appropriés à mon humeur, plus proches
de moi dans le présent immédiat. Je pose des mots, des bouts de phrase, je vois
si la mayonnaise prend ou pas. Ça ne prend pas. Alors je pédale dans la
choucroute de mon indétermination d’écrire…
D’autres fois le sujet est
bien engagé mais bataillent en moi la phrase brute pour moi seul et celle à donner
en partage mais qui nécessite le recours à l’allusion ou dans laquelle
le souci de la forme peut inconsciemment entraîner un gauchissement du sens.
Les mots parfois prennent leur vie autonome. Au point que moi-même je ne sais
plus exactement où je suis, si je suis dans l’authenticité ou dans une forme
inconsciente de travestissement. Les mots qui normalement sont là pour éclairer
finissent par embrouiller...
Dilemmes habituels du
diariste, mille fois rencontrés !
J’écris ? Je n’écris
pas ? J’écris quoi ? J’écris pour qui ?
Compliqué !
pesant ! déstabilisant !
L’autre nuit par exemple,
tandis que j’insomnisais, j’ai commencé à jeter des mots sur mon carnet qui ont
fini par être l’amorce possible de trois billets.
L’un voulait évoquer Clara
Rojas, je voulais parler de cette parenthèse terrifiante dans laquelle elle a
été maintenue, et de la vie et de l’amour qui ont pu s’immiscer pourtant dans
cette parenthèse, au point qu’elle puisse aller jusqu’à ce terme du don de vie
qu’est l’enfantement et je trouvais que, dans son horreur, c’était une belle
histoire…
Un autre billet potentiel
s’acharnait à essayer de rendre compte de lectures récentes mais déjà
éloignées, je voulais parler de « Mal de pierre » de Milena Angus
(j’ai beaucoup aimé) et « Des dames de nage » de Bernard Giraudeau
(j’ai été agacé, joliesse littéraire et clichés exotiques), je voulais essayer
de dire pourquoi l’un était fort et pourquoi l’autre ne l’était pas...
J’ai oscillé un moment entre
le premier et le second billet et les mots venaient mal pour l’un comme pour
l’autre. J’ai commencé à ressentir mon effort comme un pensum. Que faisais-je
vraiment en tentant d’écrire ça ? Pourquoi voulais-je m’acharner ?
N’étais-je pas seulement dans la volonté d’alimenter le blog, ce soiffard, qui
en veut toujours plus ? Pas de vraie nécessité intérieure à mon écriture
sinon celle d’écrire le billet qui fera bien dans le paysage, la petite pensée
sensible ou la note culturelle gentillette. Pouah ! De là j’ai commencé à
écrire au plus près, dans l’immédiat de ce malaise ressenti. Ça non plus, ça ne
voulait pas décoller, impression d’éternelles redites, de récurrences sans
intérêt. Pensées de l’impasse de l’écriture intime, celle du blog comme celle
du cahier secret. Névrose de l’écriture ! Aucun de ces billets sur le
moment n’a abouti. J’ai fini par me rendormir dans le malaise.
Contrairement à d’autres
fois, l’effort d’écriture ne m’a pas apaisé. Au contraire le marasme d’écriture
a contribué au marasme général. Dans ces cas là il vaudrait mieux s’abstenir ou
mettre l’écriture à distance.
Ou alors il faudrait pouvoir
écrire tout à fait autrement, tout à fait autre chose, tout à fait ailleurs.
Tentation de la fiction ! Le plaisir des mots et de la créativité sans
l’encombrement des nœuds de soi, ou plutôt en les dépassant, en les sublimant…
Ce matin je me sens au
contraire plus pétillant. Porté sans doute par une lecture tonifiante qui me
fait du bien, dont je reparlerai sûrement et aussi par une perspective
plaisante pour la suite de ma journée. J’ai repris du coup sans peine ce
malaise de l’autre nuit, y compris en réutilisant les mots que j’avais commencé
à écrire sur le moment (donc finalement ils n’ont pas été tout à fait vains).
Ça donne ce billet, que je sens juste, conforme à moi-même, même s’il n’est pas
dans la coloration du jour. Mais c’est une facette de moi, absente ce matin,
mais je ne m’illusionne pas, je sais qu’elle reviendra comme reviennent aussi
les moments plus légers…