Les deux faces de mon dimanche
Hier persistait sur Paris ce
beau temps froid et sec qui s’est installé dans la durée. Bon, je sais, il ne
pleut pas assez, on commence à parler de déficit pluviométrique et de nappes
phréatiques qui se renouvellent insuffisamment, mais ne boudons pas ce qui par
contre peut mener à notre plaisir de promeneur…
Et j’en ai bien profité hier
en effet.
Nous avons été marcher à
Fontainebleau. Cette forêt est un magnifique terrain de jeu, par sa variété,
les zones de grandes futaies, les bassins sableux, les platières surélevées,
les buttes dont certaines sont assez raides, les fameux rochers enfin, où, dans
un autre temps, nous nous entraînions à la varappe. On s’est contenté de
marcher cette fois-ci mais c’était une vraie marche de toute la journée, de
celles dont on rentre en sentant ses muscles. On est recru de bonne fatigue, on
sent que la machine a bien tourné, qu’elle s’est décrassée, mise en condition
aussi pour la semaine de raquettes qui nous attend début mars dans les neiges
balkaniques.
Il m’en faudrait plus des
journées comme celle-ci ! Elles me font le plus grand bien. Mais il faut
assumer ce qui va avec. S’obliger à se bousculer le dimanche matin, alors
qu’avoir une matinée pour prendre son temps c’est aussi très précieux, assumer
le temps de bagnole pour aller sur place et surtout le temps de retour
inévitablement marqué par des embouteillages, ce sas obligé qui nous fait
sentir à quel point, dans notre quotidien urbain, on est loin de la campagne et
de la nature.
Nos promenades virtuelles,
quels que soient leurs charmes, n’atteignent pas au bonheur du corps qui
simplement se meut dans l’harmonie.
Pourtant en rentrant je me
suis replongé dans les plaisirs des promenades internautiques. J’ai passé un
très agréable moment à faire défiler les signatures musicales posées par les
uns et les autres et qu’Ondine a organisé dans un véritable concert sur sa
terrasse musicale. Je m’y suis promené, basculant d’une ambiance à une autre,
retrouvant des morceaux très connus mais en découvrant d’autres aussi, devinant
derrière les musiques un petit peu de celles et ceux qui les ont déposés. J’ai
complété mon écoute à allant voir des blogs que pour beaucoup je ne connaissais
pas. Et j’ai aussi pas mal navigué en glissant de cercles en cercles à partir
de l’onde de tags qu’a également relayé Ondine. Certains de ces sites m’ont
accroché, d’autres moins, ce qui est normal. Certains me donneraient l’envie
d’aller y voir de plus près. Et je sais que je pourrai difficilement le faire.
C’est là la limite du plaisir et c’est là qu’il peut se muer en
frustration : on est devant des potentialités infinies mais le temps
manque. On ne fera qu’entrouvrir beaucoup de ces lucarnes, on les refermera
très vite non sans une pointe de regret.
Ondine est dans une phase
très active de mises en liens internautiques. C’est très sympathique et je me
réjouis de tout ce qu’elle fait, de tout ce qu’elle crée, de ces liens
merveilleux que l’on pourrait saisir, actualiser, faire sien. Mais il faut
savoir baliser le temps. Ondine l’a bien senti d’ailleurs, en évoquant au
travers d’une lumineuse promenade, cette sorte de « post-partum » à
laquelle elle s’est trouvée confrontée après son intense plongeon en
sociabilité internautique.
J’ai pu associer dans mon dimanche le plaisir tranquille de mon pas dans la forêt et le plaisir du voyage et des mises en lien par écran interposé sans qu’ils soient en concurrence, sans qu’ils n’entrent en collapsus temporel. L’un a su équilibrer l’autre et c’était bien.
(Les photos sont cliquables)

