De tout un peu et pas ce qui comptait vraiment...
Il y avait donc la
perspective de ce week-end pascal, trois journées sans travail professionnel et
à priori pas trop encombrées. Nous avions prévu de ne pas trop bouger si ce
n’est pour le rite d’un déjeuner de Pâques familial. Le temps annoncé, plutôt
pourri, froid, venteux, pluvieux, n’incitait pas non plus à se lancer dans de
grandes promenades parisiennes ou campagnardes. C’était donc plutôt la
perspective d’un temps de cocooning et naturellement j’ai casé là-dedans
plusieurs choses à réaliser, dont une d’importance, toujours repoussée et qui
pourtant me tient à cœur depuis longtemps.
Et puis, et puis, le
week-end s’est passé, je m’y suis pas mal dispersé, ce n’était pas désagréable
et pas improductif sauf qu’il y a manqué ce à quoi j’attachais le plus
d’importance et qu’il m’en reste un goût saumâtre d’inaccompli. Raté, une fois
de plus !
J’ai passé pas mal de temps
à mes activités associatives, rencontre, échanges de mails, textes à rédiger,
articles à préparer et j’en suis content parce que j’ai bien avancé sur des
choses qui traînaient.
J’ai avalé un petit bouquin,
un livre d’une auteure parfaitement inconnue de moi, acheté au Salon du Livre
lorsque j’y suis passé mardi après-midi, le seul livre que j’y ai acheté, juste
parce que j’avais rencontré Gilda qui m’a vivement conseillé ce
« Médées », un texte puissant en effet, noir, sombre, peut-être un
peu trop démonstratif à mon goût des monstrueuses figures qu’il entend décrire.
Mais j’ai eu ce plaisir d’une découverte, portée par une personne amie, donc
bien autrement incarnée que lorsqu’elle provient d’une recommandation d’un
article de journal.
J’ai été au cinéma avec
Constance, nous avons vu « L’Heure d’été » d’Assayas, un film qui
parle de la perte et de la transmission, un film sensible et attachant, répandant
une douce lumière malgré son fond mélancolique, grâce notamment à ses
personnages pétris de bienveillance les uns envers les autres, malgré leur
points de vue différents, malgré les distances où les place leurs vies et
interprétés par des acteurs tous formidables.
J’ai classé et collé dans
mes albums une partie des photos de notre voyage en Turquie de cet été. J’ai de
plus en plus de mal à faire ce genre de boulot refroidi et d’ailleurs je ne
suis pas parvenu à aller au bout. C’est une activité qui me devient pénible,
qui renvoie à d’autres choses sur la momification des souvenirs, mais c’est un
autre sujet et qui mériterait un billet à lui seul.
Et puis j’étais déterminé
donc à mettre sur la table ce qui se joue de non dits autour de mon activité de
blogueur, cette sorte de présence béante et pour moi essentielle, cette béance
de silence qui contribue à notre absence à nous-mêmes, ce trou noir de notre
relation. Sans savoir jusqu’où je serais capable de porter la discussion, je
savais du moins par quel bout j’allais l’aborder, je savais le moment où
j’allais le faire. J’étais prêt. C’était dimanche après le dîner. Mais
Constance n’est pas venue dîner, prise de maux de ventre et de maux de tête
soudains, elle s’est couchée, elle s’est endormi comme une masse me laissant
dépité. Simple coïncidence malvenue ? Ou trop claire réaction d’évitement
dont le corps s’est chargé ?
Toujours est-il qu’il a
suffi de cela pour que ma propre résolution fonde aussitôt et que le lendemain
il n’en soit plus question pour moi, sinon comme un regret.
Mais ce n’est que partie
remise…
Je veux le croire.