Paradoxe de l'anonymat
J’ai été ces jours derniers
et le suis encore dans un tourbillon d’activités qui m’ont conduit à écrire ou
à m’exprimer sous diverses modalités sur des sujets qui n’ont rien à voir avec
mon activité professionnelle gagne-pain et beaucoup avec ce qui fait une grande
part de ce blog, l’écriture et l’expression de soi.
Mais ce sont des activités,
éventuellement relayées sur internet ou d’autres médias, que j’ai effectuées
sous mon identité réelle, avec mon nom d’état civil. Du coup je n’en parle pas
ici, ou alors de façon allusive ou décalée, contrairement à l’envie que j’en
aurais et ça m’agace de plus en plus. J’aimerais bien pouvoir apparaître dans
l’unité de ma personne et qu’en tout cas les diverses pratiques ou expressions
que j’ai sur ces sujets dans mon blog et dans des expressions publiques
puissent se nourrir l’une de l’autre, être en synergie.
Oh je sais bien sûr que mon
anonymat est fortement compromis, et que pour qui cherche à savoir il n’y a
aucune difficulté à mettre un nom d’état civil derrière Valclair, que certains
même sans spécialement chercher ont dû se dire à l’occasion « ah mais
c’est bien sûr ! ». Ça ne me gêne pas plus que ça, parce qu’il s’agit
d’un monde relativement étroit, partageant les mêmes intérêts et vis à vis
duquel je me sens en capacité d’apparaître tel que je suis, ou tel que je me
ressens, avec mes faiblesses, avec mes tourments existentiels, avec mes
névroses.
Je suis rompu à donner de
moi à l’extérieur l’image de quelqu'un à l’humeur positive, droit dans ses
bottes, plutôt sûr de lui dans les relations sociales non intimes (non, dire
que je suis rompu à donner cette image n’est pas exact, la formule supposerait
une action volontaire de ma part, voire une volonté de tromper mon monde, je devrais
dire plutôt que c’est une image que je donne, que j’ai toujours donnée
automatiquement, naturellement, peut-être par réflexe, tout simplement, pour me
protéger). Bref accepter que cette image soit écornée, s’en sentir même plutôt
content parce qu’à travers elle j’accéde à une plus grande authenticité, à
travers elle je suis une personne, ma personne, et non un personnage, tout ça
c’est déjà un grand pas, c’est déjà le signe d’une meilleure acceptation de
soi.
Mais c’est autre chose
d’imaginer voir mon nom de blog exposé côte à côte avec mon nom d’état civil,
lien d’évidence, immédiatement perceptible sur le moindre moteur de recherche
par n’importe qui au sein du vaste espace de nos relations sociales
superficielles, famille assez proche ou lointaine (la famille toute proche
c’est une autre question dont les enjeux ne sont pas les mêmes), vagues
« amis » ou relations, collègues du monde professionnel surtout,
qu’ils me soient hiérarchiquement « supérieurs » ou plus encore
peut-être « inférieurs ». N’ayant plus la moindre « ambition de
carrière » je devrais être parfaitement à l’aise de ce point de vue mais
je ne le suis pas, je ne me vois pas faire face à d’éventuels comportements
malveillants ou simplement à des sourires narquois : « vous savez,
machin, ce drôle de type qui s’étale sur internet ».
Coumarine raconte bien
comment peu à peu son nom N.V. (c’est curieux, j’ai encore une réserve
justement à écrire son nom entier, comme par un reste de pudeur, qui certes n’a
plus lieu d’être depuis la publication de son livre) s’est trouvé publiquement
associé à son nom de blogueuse et les conséquences qu’elle en a tirées. Après
une phase d’inquiétude elle ne s’y est opposée que fort mollement ce qui est
normal car pour elle la priorité était de faire fructifier sa « petite
entreprise » littéraire et d’atelier d’écriture et l’articulation de ses
deux identités ne pouvaient qu’y être favorable. Du coup elle a lissé son blog,
en a retiré une part de ce qui était trop personnel ou éventuellement gênant du
point de vue des relations personnelles ou familiales.
Pour ma part, quoiqu’il
arrive, je n’envisage pas de lisser mon blog. Sa part dite intime, celle dans
laquelle je vais le plus au fond de moi et de mes contradictions, est celle qui
m’apporte les plus grandes satisfactions tant par le simple fait de parvenir à
m’exprimer là-dessus sans tabou et sous le regard des autres, que par les
retours que j’en ai à travers des commentaires, des mails privés, des amitiés
construites.
Alors parce que pour
l’instant je ne suis pas prêt à m’assumer entièrement sur ce plan vis à vis de
tous je diffère l’idée d’un coming out total, celui dans lequel j’assumerai
dans des réunions publiques, dans des articles de presse de dire : je
m’appelle X et je tiens le blog « Les échos de Valclair ». Ce n’est
pas l’envie qui m’en manque par moments. Moi aussi je me sens l’envie de faire
fructifier Valclair par X et réciproquement. Ça viendra sans doute mais je n’y
suis pas encore prêt. Pour l’instant j’assume le paradoxes et j’entretiens ce
qui me reste d’anonymat.
Enfin si X a beaucoup
travaillé, beaucoup écrit, y compris presque tout ce week-end et qu’il n’en
parle pas ici, Valclair a quand même eu le temps de voir « Dans le
Darjeeling express », film dont il s’est régalé et puis ce soir en sortant
du bureau, après la pluie et le vent mauvais de ces derniers jours, il y avait
un soleil doux et des oiseaux chantaient, ça sentait le printemps. Valclair et
X se sentaient tous les deux en haut régime, portés par les activités de ses
derniers jours, même s’ils ne parviennent pas encore à les tresser ensemble
harmonieusement pour le dehors.