"Entre le murs", le livre:
Je viens de terminer le
livre de François Bégaudeau qui a été à l’origine du film.
J’ai bien aimé au début. Et
puis assez vite je me suis lassé et j’ai dû me forcer pour aller au bout.
Les personnages, que ce soit
les ados ou les profs ne s’incarnent pas, ne prennent pas d’épaisseur
psychologique, sociale, ils restent dans la superficialité du mot, de
l’événement, de l’incident à travers lequel ils sont cités. De cette mosaïque
on aurait pu imaginer que se dégage progressivement des portraits plus fouillés
de certains sur lesquels Bégaudeau aurait plus particulièrement porté le
projecteur. Il n’en est rien.
On ne devine rien d’une
dynamique qui aurait pu se construire dans l’échange, aussi chaotique soit-il,
entre le prof et ses élèves, que ce soit en terme de relation, de perception du
sens de la situation qui les réunit ou de construction de savoirs.
C’est un simple carnet de
notes, une matière brute (ou jouant à donner l’impression d’être brute) alors
qu’elle aurait pu être matrice d’un récit organisé, plus riche d’être
construit.
Est-ce un choix par
facilité ? Ou bien est-ce pour être au plus près du malaise profond du
prof, de sa propre difficulté à trouver sens à ce qu’il fait, à ce qu’il
noue ?
Je n’en sais rien mais en
tout cas, du point de vue du lecteur, ça me paraît un mauvais choix.
Le film gomme la plus grande
partie de ces faiblesses.
L’incarnation des
personnages au travers des corps, des visages, des voix de ceux qui les jouent
leur donne tout de suite une présence à laquelle ils n’atteignent pas dans le
livre et cela d’autant plus que le film, tout en évoquant de nombreux
personnages se concentre néanmoins plus fortement sur certains d’entre eux. Les
fragments s’inscrivent dans une continuité. Des micros histoires se
dessinent : celle qui conduit à la réalisation des autoportraits, celle
qui conduit au conseil de discipline, celle, plus globale, qui fait qu’au final
un certain lien se fait entre des mondes séparés, que quelquechose d’une communauté
éducative se construit malgré tout. Le film apparaît ainsi bien moins
pessimiste que le livre. Il est porté par l’énergie incandescente qui
transparaît à tout moment, que ce soit celle du prof ou celle des adolescents.
C’est cette énergie finalement qui, plus que tout, est la force du film et qui
vient sûrement en partie du travail collectif qui a préludé à sa réalisation.
Il me paraît ainsi bien
supérieur au livre ce qui n’est pas si fréquent, on a plus souvent l’impression
inverse. Encore que, disant cela je réalise que ce n’est pas si sûr, j’ai
plusieurs fois dans ces pages évoqué des œuvres pour lesquelles j’ai trouvé la
version cinéma plus forte ou plus riche « Le pressentiment » par
exemple, « Lady Chatterley » aussi je crois.