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Les échos de Valclair
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28 septembre 2008

"Entre le murs", le livre:

Je viens de terminer le livre de François Bégaudeau qui a été à l’origine du film.

J’ai bien aimé au début. Et puis assez vite je me suis lassé et j’ai dû me forcer pour aller au bout.

Les personnages, que ce soit les ados ou les profs ne s’incarnent pas, ne prennent pas d’épaisseur psychologique, sociale, ils restent dans la superficialité du mot, de l’événement, de l’incident à travers lequel ils sont cités. De cette mosaïque on aurait pu imaginer que se dégage progressivement des portraits plus fouillés de certains sur lesquels Bégaudeau aurait plus particulièrement porté le projecteur. Il n’en est rien.

On ne devine rien d’une dynamique qui aurait pu se construire dans l’échange, aussi chaotique soit-il, entre le prof et ses élèves, que ce soit en terme de relation, de perception du sens de la situation qui les réunit ou de construction de savoirs.

C’est un simple carnet de notes, une matière brute (ou jouant à donner l’impression d’être brute) alors qu’elle aurait pu être matrice d’un récit organisé, plus riche d’être construit.

Est-ce un choix par facilité ? Ou bien est-ce pour être au plus près du malaise profond du prof, de sa propre difficulté à trouver sens à ce qu’il fait, à ce qu’il noue ?

Je n’en sais rien mais en tout cas, du point de vue du lecteur, ça me paraît un mauvais choix.

Le film gomme la plus grande partie de ces faiblesses.

L’incarnation des personnages au travers des corps, des visages, des voix de ceux qui les jouent leur donne tout de suite une présence à laquelle ils n’atteignent pas dans le livre et cela d’autant plus que le film, tout en évoquant de nombreux personnages se concentre néanmoins plus fortement sur certains d’entre eux. Les fragments s’inscrivent dans une continuité. Des micros histoires se dessinent : celle qui conduit à la réalisation des autoportraits, celle qui conduit au conseil de discipline, celle, plus globale, qui fait qu’au final un certain lien se fait entre des mondes séparés, que quelquechose d’une communauté éducative se construit malgré tout. Le film apparaît ainsi bien moins pessimiste que le livre. Il est porté par l’énergie incandescente qui transparaît à tout moment, que ce soit celle du prof ou celle des adolescents. C’est cette énergie finalement qui, plus que tout, est la force du film et qui vient sûrement en partie du travail collectif qui a préludé à sa réalisation.

Il me paraît ainsi bien supérieur au livre ce qui n’est pas si fréquent, on a plus souvent l’impression inverse. Encore que, disant cela je réalise que ce n’est pas si sûr, j’ai plusieurs fois dans ces pages évoqué des œuvres pour lesquelles j’ai trouvé la version cinéma plus forte ou plus riche « Le pressentiment » par exemple, « Lady Chatterley » aussi je crois.

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Commentaires
Y
Complètement d'accord sur le fait que le film est bien meilleur que le livre, car Cantet réussit à tirer la substantifique moelle du roman de Bégaudeau. J'y ai beaucoup moins ressenti cette impression d'un prof peu impliqué, en dehors de ce qui se passe en classe. sa souffrance, parfois dissimulée, donne toutes sa dimension au film. Dimension malheureusement absente du roman !
L
Barry Lindon... à chaque vision des clefs nouvelles apparaissent. C'est ça une véritable oeuvre d'Art...Pas seulement dans la contingence..."Entre les murs" reste entre les murs La palme ne remue pas beaucoup de vent...
V
Oui il y a finalement beaucoup d'oeuvres qui ont été transcendées par le cinéma. Pour Barry Lindon tu as tout à fait raison, Lydiel, c'est un chef d'oeuvre, j'ai été enthousisamé en le revoyant lors de se récente ressortie (mais je n'avais pas lu le livre).<br /> Quant à "entre les murs", Laurence, je m'attends assez à ce que le film sucite des réactions contrastées, mais je maintiens qu'il est en tout cas très supérieur au livre par la puissance d'incarnation des personnages, par l'énergie qu'il dégage, ce qui fait qu'on ne peut pas le percevoir comme tout à fait désespéré et désespérant.
L
Ce n'est pas si fréquent, en effet, qu'un film soit plus fort que son écrit. Un autre qui m'a marqué dans sa version cinématographique, au moins à l'égal du roman qui est déjà formidable : c'est "Barry Lindon", livre de Thackeray et film de Kubrick.
L
Il n'est pas évident que le film soit meilleur que le livre que je n'ai pas lu. On en sort avec une sensation de vide sans doute lié à cette formation batarde qui n'est ni le documentaire ni le roman Pour le premier il manque de la matière pour le second une fin. On se ballade un peu comme un voyeur dans cette forme sans forme Bonne conscience voila ce que ce film suscite comme réaction. Les ado acteurs sont vraiment dans leur rythme et ils captent tous les regards face la vision du prof un peu simpliste...donc un vision un peu manichéenne...
Les échos de Valclair
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