Où va-t-on?
La crise semble devenir
totalement incontrôlable et menace d’avoir des conséquences de plus en plus
douloureuses, de plus en plus dangereuses. On est dans le noir le plus total
sur l’évolution des choses. Qui peut prétendre y comprendre quelquechose ?
Pas moi en tout cas.
Les gouvernements libéraux,
à contrario de tous leurs présupposés idéologiques garantissent les créances
pourries et nationalisent à tout va. Il faut se pincer pour y croire ! La
gauche, toute la gauche, la sociale-démocrate comme la radicale est
parfaitement inaudible. Les économistes donnent des analyses et des prévisions
totalement divergentes quant à la durée, la profondeur, les hypothèses de
sortie de crise.
Comme c’était reposant ce
temps où on savait, où on croyait savoir, où on comprenait ou croyait
comprendre. Et rassurant, en donnant le sentiment qu’on pouvait avoir des idées
claires et sûres (trop sûres !), les défendre, s’inscrire dans une
direction, dans un projet, dans un combat. Aujourd'hui rien. On peut
qu’observer passivement ce qui se passe.
Cette crise fait peur aussi
en ce qu’elle montre que le pire semble se réaliser. Au-delà de la seule crise
du capitalisme financier, elle donne crédibilité à tout ce qu’on peut imaginer
de pire dans d’autres domaines : les tensions sociales gravissimes entre
riches et pauvres, l’épuisement des ressources, la crise climatique, la crise
écologique majeure qui se profile, comme conséquence de cette économie
prédatrice, destructrice, entraînée dans une spirale incontrôlable. On savait
bien que tout ça n’était pas seulement fantasme de catastrophistes mais on
essayait de détourner les yeux en se disant : « le pire n’est jamais
certain ». Certes mais cette crise renforce singulièrement la crédibilité
des plus pessimistes.
La crise est pour nous mais
au-delà surtout il y a nos enfants et les enfants de nos enfants. Quel monde
leur sera-t-il laissé ?
Dans ce maelstrom Le Clézio
a reçu le prix Nobel. Ça me plaît bien que cet homme là soit distingué. J’ai lu
pas mal de livres de lui, certains m’ont beaucoup plu, d’autres moins et j’ai
un peu tendance à les mélanger. Je me souviens en tout cas avec force de
« Désert » qui m’avait beaucoup marqué. Le Clezio au-delà de ses
qualités d’écrivain a une conscience aigue, profonde du monde, de la terre et
des hommes, des liens entre eux au-delà de ce qu’en efface les vernis
civilisateurs, la technostructure, la frénésie productive. Il est ainsi dans
l’actualité, presque en contrepoint.
Je me faisais ces réflexions
pas gaies, gaies, hier en me baladant par ce merveilleux beau temps de début
d’automne, air frais mais soleil encore généreux. Je m’étais arrêté sur le port
de l’Arsenal, j’y avais sorti mon carnet, commencé à noter ces réflexions, à la
fois jouissant du soleil, du paysage, des visages, tentant de happer ce que je
pouvais de bonheur mais taraudé en profondeur par ce mal-être du monde qui se
développe implacablement et auquel on ne peut rien.
Dans tout ça naturellement il faut tenter de vivre. Sourire. Parler. Echanger. Cultiver les petits bonheurs à notre portée. Se régaler de ce soleil qui doucement me chauffe. Penser aux tendresses, penser aux amours. J’y parviens couci-couça dans l’ensemble même si par moment je ne peux empêcher que la pensée inquiète du monde vienne me bousculer un peu méchamment…
