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Les échos de Valclair
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17 octobre 2008

L'agronome aux champs

Bilbo est passé à la maison hier soir. Brève étape chez ses vieux parents avant d’aller prendre son train pour Toulouse. Il part en stage « ouvrier » pour quinze jours dans une ferme du Tarn.

Mais ce n’est pas n’importe quelle ferme…

Quand j’étais enfant, tous les ans, lorsque nous allions à Toulouse voir mes grands parents il y avait un pèlerinage obligé vers cette ferme, mon grand père n’aurait pas imaginé que nous le manquions. Nous y sommes passés aussi avec les garçons petits, nous avons continué à y faire des visites, quoique plus irrégulièrement après la mort de mon grand-père. Je me souviens encore des hauts-le-cœur de Bilbo en entrant dans l’étable, ce ptit gars délicat des villes était très sensible aux odeurs. Et de ses pleurs lorsque le fermier avait éclaté de son rire sonore et l’avait gentiment houspillé d’une phrase un peu moqueuse, prononcée d’une voix de stentor et avec le vigoureux accent local.

Mon grand père gardait quelquechose de profondément rural même s’il a vécu la plus grande partie de sa vie active à Castres puis à Toulouse. Enfant il avait vécu dans une propriété campagnarde, dans la maison de maître à côté de la ferme puis dans un petit bourg où mon arrière grand-père avait fait construire une maison, s’éloignant un tout petit peu plus de la terre. Il avait suivi des études d’agronomie puis avait bifurqué vers des activités plus urbaines, d’abord comme agent d’assurances puis ensuite comme industriel en créant une petite entreprise de bonneterie. Mais il avait gardé longtemps la « métairie », cette propriété lui venant de son père. Il était très attaché à cette terre et à la famille qui travaillait dessus. C’était un homme plutôt progressiste pour son milieu et il avait bien perçu ce qu’il y avait d’archaïque, dans ce statut du métayage, tant du point de vue économique, que dans les rapports que cela induisait entre les « maîtres » et les travailleurs. Il avait donc aidé son métayer à reprendre la ferme en pleine propriété au début des années 60 mais il avait continué ensuite à le conseiller régulièrement, techniquement et financièrement, notamment en l’incitant à aller dans le sens du développement et de la modernisation de ses équipements.

Il y avait correspondance de génération presque parfaite. Mon grand père était né exactement la même année que le métayer, et son fils, qui est récemment décédé, exactement la même année que mon père. Le fils qui est maintenant l’exploitant a deux ou trois ans de plus que moi, et son propre fils auquel il est associé, quelques années de plus que Bilbo qui va justement loger chez lui, dans la deuxième maison construite sur la propriété pour la jeune génération.

Ce n’était plus le métayage mais il restait des traces des anciennes relations. Mes grands parents, mes parents tutoyaient alors qu’ils étaient eux même vouvoyés. Mon grand père c’était Monsieur et mon père Monsieur Jacques. Lorsque mon grand père est mort mon père est devenu Monsieur. Nous, nous appelions indifféremment tous les membres de cette famille simplement par leurs prénoms. Lorsqu’ils venaient dans la petite ville proche où mes grands parents avaient fini par s’installer pour leur retraite, ils ne manquaient pas de porter un poulet qu’il n’était pas question de payer.

Tout cela fort heureusement a changé. Si l’homme de ma génération en a encore comme moi le souvenir (voire, qui sait, une once de ressentiment), ce ne doit pas être le cas de son fils qui hébergera Bilbo, ce sera juste un petit gars de la ville et un petit gars de la campagne. Avec tout de même cette césure qui continue, la reproduction sociale par le biais de la reproduction scolaire, l’arrière-petit-fils de métayer, producteur sur le terrain qui a fait de courtes études techniques agricoles, l’arrière-petit-fils de propriétaire que de longues et hautes études mèneront à des fonctions d’encadrement.

N’empêche à l’heure où j’écris c’est à mon vieux grand père que je pense avec tendresse. Il n’a jamais imaginé sans doute que cet arrière petit-fils qu’il a à peine connu, (il est mort peu de mois après la naissance de Bilbo) viendrait se coltiner à cette terre dont lui-même était issu. J’imagine bien la joie qu’il aurait pu en ressentir. Dommage qu’on ne puisse parler aux morts.

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Commentaires
L
Un beau recit que tu nous conte la.<br /> Il y a bientot 40 ans que mes parents ont vendu <br /> leur ferme,et j y pense souvent avec mélancolie.<br /> J ai du suivre un autre chemin et peut etre est ce<br /> aussi bien quand je vois toutes les difficultés<br /> qu on du surmonter les agriculteurs.<br /> Amicalement<br /> Latil
V
Merci de vos commentaires, je suis heureux si chez vous aussi ça fait écho quoique différemment.<br /> Merci Val de cette attention qui t'a fait repasser ici juste pour ce petit et sympathique coucou.
P
c'est drôle... j'ai l'impression que ton grand-père ressemble beaucoup au propriétaire de la ferme que tenait en metayage MON grand-père :))<br /> <br /> et comme je comprend bien ce besoin de venir se ressourcer en un lieu précis... les trois marches devant la ferme de mes grands-parents en savent quelque chose ! Elles ont tous les ans accueilli mon auguste postérieur et plus tard celui de mes gosses, pour un moment à perdre son regard sur un figuier très important dans mon histoire familiale...<br /> <br /> merci de cette belle note, qui résonne beaucoup, chez moi. mais tu le sais, je suppose :)
V
C'est une belle histoire, Je trouve.<br /> Que je suis venue lire hier, mais que je n'avais pas le temps de commenter. J'suis revenue exprès pour mettre un petit mot :).
P
Voilà qui me rappelle le cours de Mme Collin, ma prof d'histoire. Les baux à ferme et les baux à métayage. Je ne sais plus la différence. Quelle est la différence, Val, entre un bail à ferme et un bail à métayage ? J'aime bien la façon dont tu racontes ça, mi récit, mi littéraire, mi article pour la revue histoire. En fait, c'est le genre d'histoire que j'adore ...
Les échos de Valclair
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