Les écritures essentielles
Dans un de ses derniers
billets Samantdi évoque un moment douloureux de son histoire et la façon dont,
à partir de lui, à partir « du jour d’après », passé le moment de
stupéfaction qui met à terre, elle s’est construite, par sa propre capacité de
rebond mais grâce aux mots aussi. Et depuis dit-elle « je me suis
accrochée aux mots ». Mots lus, mots écrits, mots transmis…
Mais au récit de son expérience Samantdi ajoute ceci : « En écrivant ce billet, je pense, curieusement, à vous qui le lirez, à ce jour d'après que vous portez aussi, pour la plupart, car rares sont ceux à avoir été épargnés dans la corporation des blogueurs. Peut-être même que chacun de nos blogs est né de ce jour d'après, ou de son lendemain, quand la stupéfaction fait place au long temps de l'endurance. »
Elle touche à un point clé
avec cette magnifique dernière phase. Je l’élargirai un peu pour ma part.
L’élément sous-jacent fondateur peut-être en effet « un jour
d’après » identifié, le moment d’une cassure et d’un apprentissage d’après
la cassure, il peut être aussi le permanence de nœuds antérieurs profondément
inscrits en soi et jamais dénoués mais qui demandent aussi, et qui sait,
peut-être plus difficilement encore, à être portés, travaillés, sublimés, dans
l’endurance.
C’est cela un blog
« intime », un blog qui s’arrime à une source profonde et essentielle
de la personne, qui tire du cœur de soi l’énergie nécessaire à l’écriture et à
la pérennité de la pratique, une source qui ne se camoufle pas mais qui au
contraire irradie l’ensemble de l’écriture sur quelque terrain qu’elle se
place.
C’est une écriture
nécessaire, essentielle, non certes à qui la lit mais, en tout cas, à qui la produit.
Un blog de simple
communication sociale, de jeux sur l’image de soi, de réflexion générale ou de
partage culturel, pour intéressant qu’il puisse être, n’aura pas pour moi le
même attrait que ces blogs chevillés à la vie profonde de ceux qui les écrivent.
Un blog « intime »
ce n’est donc pas forcément, comme cela peut être parfois perçu de l’extérieur,
un blog qui voudrait tout dire, qui raconterait dans le détail l’expérience
relationnelle des gens ou s’appesantirait continuellement sur leurs états
d’âme. Il peut être, comme l’est d’ailleurs celui de Samantdi, un blog pétillant
et plein d’humour, à la plume enlevée, riches de dimensions multiples, mais il
a, et jamais il ne l’oublie, sa puissante source sous-jacente.
C’est de là que naît cette
connivence profonde qui nous lie par delà nos différences d’expériences, de vie
ou d’écriture, qui nous fait nous sentir en pays de connaissance et qui donne
d’emblée cette charge affective puissante aux rencontres des blogueurs qui sont sur ce terrain, c’est ce qui rend
exceptionnel, merveilleux, magique – et j’assume ces mots surgis sous ma plume
qui pourraient paraître excessifs – cette aventure d’une écriture personnelle
et intime en ligne.
Je suis reconnaissant à
Samantdi d’avoir pointé de façon si lumineuse, à partir de cet exemple qui
n’appartient qu’à elle, ce qui fait profondément cette part commune à notre
« corporation ». C’est à cette blogosphère là que je me sens
appartenir, c’est de celle là que je tire l’énergie qui me permet de poursuivre
et de passer par delà les moments de doute et les envies d’arrêter qui ne
manquent pas.