En lisant Nina Bouraoui
Je commence juste la lecture de « Mes mauvaises pensées », le dernier bouquin de Nina Bouraoui qui vient d’avoir le prix Renaudot.
Cela
fait longtemps que j’ai envie de lire cette écrivaine, indépendamment de ce
prix, parce que le peu que je connais de sa personnalité et de son histoire
m’attire, parce que les quelques fois où je l’ai aperçue sur un plateau de
télévision je lui ai trouvé une beauté et un charme extraordinaire. Ça compte
pour moi ça, la beauté du corps, dans l’envie d’aller vers un auteur, c’est un
peu irrationnel mais c’est comme ça, comme si j’avais envie d’amorcer une
liaison, oh combien virtuelle, encore bien plus virtuelle que dans nos
approches par blogs interposés, comme si j’espérais pouvoir me trouver en
communion avec des mots et avec la personne qui est derrière, comme si
j’espérais être séduit autrement que par un visage ou un regard. (Ça m’avait
fait pareil avec Hélène Grimaud, la pianiste aux loups, j’avais acheté ses
disques puis son livre d’abord parce que je la trouvais belle, mystérieuse,
attirante… en l’occurrence je ne l’ai pas regretté…)
De
Nina Bouraoui j’ai déjà lu, tout récemment d’ailleurs, « Garçon
manqué ». J’ai été un peu déçu. Par l’écriture surtout. Le parti pris des
phrases extrêmement courtes, quand ce sont des phrases et pas seulement deux ou
trois mots ponctués, la pratique systématique des répétitions, au bout d’un
moment ça m’agace et me lasse. Je comprends bien sûr que c’est un choix, pour
tenter d’écrire au plus près de l’émotion ou même de la sensation, par petites
touches, pour donner le mouvement même du flux de la conscience, pour créer un
rythme lancinant, quasi hypnotique destiné à emporter le lecteur, à le
« ravir » au sens premier. Moi j’ai du mal. Je ne me laisse pas ravir
comme ça. J’aurais tendance plutôt à décrocher au bout d’un moment. Ce n’est
pas le procédé en soi dont je comprends l’intérêt que je remets en cause, c’est
plutôt son usage systématique, au long d’un livre entier, quasiment sans
rupture de rythme.
Mais
le fond m’a passionné, j’ai aimé cette personne qui surgit peu à peu derrière
ses mots avec à la fois son aptitude profonde à la vie et sa difficulté à
vivre, avec sa façon d’avancer à travers ses contradictions et ses douleurs.
J’aime cette figure d’enfant, éclatée entre ses deux appartenances,
l’algérienne et la française, entre ses identités féminines et masculines,
toujours en recherche de « la part manquante ». D’où mon envie d’en
lire plus, d’aller plus loin en sa compagnie. J’ai hésité d’ailleurs à prendre
ses bouquins dans l’ordre des étapes de sa vie, à la lire comme une espèce
d’autobiographie discontinue. Mais actualité littéraire oblige j’ai envie de me
lancer finalement d’abord dans ce bouquin dont on cause...
A
priori le rythme n’est pas le même que dans « Garçon manqué ». Ça m’a
l’air de démarrer comme un immense monologue continu, sans chapitrage et sans
paragraphe. Allez, à plus tard, pour l’heure je m’y immerge. Je vous dirais…
