Impressions bretonnes
Ecrit le 19 décembre
C’est
l’hiver mais il fait doux ici. Le soleil joue avec les nuages, il pleut d’un
petit crachin doux puis une belle lumière venue de la mer éclaire soudain la
campagne, les prairies gorgées d’eau, les troncs moussus des arbres du petit
bois.
La
mer est quasiment à notre porte. Mais tout à l’heure nous avons choisi d’y
aller par des chemins détournés. Sortis du village nous sommes entrés dans les
bois, dans ce qu’il en reste, une bande étroite entre le polder et les zones
surélevées constructibles de plus en plus colonisées par des villas. Mais cette
petite zone préservée est précieuse : chemin étroit zigzaguant entre les
mares, tapis de feuilles en décomposition, règne ici cette odeur particulière,
un peu écoeurante du bois humide, il y a quelques chants d’oiseau, il y a cette
intense puissance de vie que l’on sent derrière cette décomposition, nous
avançons courbés sous le couvert, pas des trouées nous apercevons les prairies,
la dune, le ciel…
Nous
rejoignons une longue allée cavalière qui ramène à la dune, couronnée de sa
crête de sapins, nous l’empruntons, il n’y a personne, nous marchons vers cet
autre monde, la mer grise verte et bleue, l’arc immense de la plage.
Nous
y voici, longue station pour contempler puis nous reprenons notre marche, le
long de la plage cette fois, nous marchons sur le sable humide à l’extrême
limite de là où remonte la mer, là ou les paquets d’algues sont à demi
couverts, là où les chevaliers garzette incroyablement vifs vont et viennent,
picorant leur pitance juste au point précis où la mer doucement déferle, plus
d’une fois elle vient caresser la semelle de nos tennis.
Il
fait très doux, j’ai tombé le pull-over, autour de nous sans cesse changent les
ciels.
Puis il y a ce moment bref où le soleil déclinant passant entre deux couches de nuages avant de se coucher brille pour la première fois de la journée d’une façon très franche. Les dunes et le sable prennent une couleur d’or. Un pêcheur descend lentement vers la mer paisible, installe ses lignes…


