L'image que l'on donne de soi
Il y a ces derniers jours
dans le petit canton de la blogosphère que je fréquente bien des débats plus ou
moins autour de cette question.
C’était parti d’Alain,
relayé par l’Idéaliste, repris hier encore par Ségolène (et aujourd'hui même ).
En gros est-ce qu’on peut être soi, véritablement authentique, dans une
écriture publique et d’autant plus si elle est soumise au flux incessant des
commentaires.
Il me semble que oui. Bien sûr sous réserve
qu’on se le fixe comme objectif. Si on cherche à priori à plaire comme
l’indiquait Alain dans l’entrée où il remettait en cause son activité de
blogueur, on risque évidemment d’être conduit au « travestissement
inhérent à l’exercice ». Evidemment je n’aurais pas la naïveté de croire
que l’on donne de soi une image exacte et complète. Même d’ailleurs dans
l’écriture solitaire la donne-t-on toujours ? Certainement pas. J’ai assez
écrit sur moi dans la solitude et le secret avant de passer à l’écriture en
ligne pour savoir que parfois la première personne que l’on veut leurrer c’est
soi-même ! Il reste un noyau irréductible, indicible, à soi même et donc
plus encore aux autres, (est-ce cela le caillou dont parle Coumarine ?) Il
faut préserver le jardin secret, ne pas croire que l’on puisse accéder à
l’impossible transparence.
Mais pour autant ce que l’on dit de soi
est-il forcément trompeur, est-ce forcément de « masques » que l’on
abreuve la blogosphère ? Je ne crois pas. Je dirais plutôt que l’on donne
des aspects de soi, des fragments, des reflets, moi j’ai employé le terme
échos, je n’avais pas vraiment analysé tout ce que ce terme portait en lui au
moment où je les ai commencés mais finalement c’est assez juste, c’est du réel
mais c’est aussi du réel réverbéré, affecté par les parois auxquels la voix
originelle se heurte, par les regards et les mots des autres. La valeur à
laquelle je tiens quand j’écris c’est l’authenticité. Ce n’est pas forcément
l’exactitude ou la précision. Ça ne me gêne pas de parler à demi-mots à
condition que ces demi-mots soient justes (me paraissent justes) quitte à
prolonger ou préciser ma réflexion dans une entrée que je garderai hors ligne.
Mais si je sentais que je m’écarte sciemment de cette authenticité pour faire
de l’audience par exemple ou pour donner à autrui une certaine image de moi que
je sais inexacte, j’aurais le sentiment de perdre tout le sens que je donne à
cette activité d’écriture et j’arrêterais certainement.
Bien sûr le jeu des commentaires peut ne pas
faciliter la tâche et induire ce glissement vers une attention excessive aux
regards portés par les autres. C’est pourquoi j’étais assez réticent à leur
égard et que je reste relativement méfiant. Cela dit je les apprécie, on est
forcément sensible à la reconnaissance qu’ils représentent et (parfois) ils
apportent de vrais compléments à notre propre réflexion, mais je me refuse à
être dépendant d’eux, soit en me laissant affecter par une remarque
désobligeante, soit en recherchant l’approbation. Je ne veux pas que mon
écriture soit induite par le jeu des commentaires, c’est pourquoi je commente
peu chez les autres et ne m’oblige pas à répondre aux commentaires qui sont
déposés chez moi même s’ils me font plaisir. Je peux donc tout à fait
comprendre le parti qu’a pris Alain.
Ce qui est amusant aussi c’est que la
perception que les autres ont de nous lorsqu’ils nous rencontrent est parfois
assez différente de celle qu’ils pouvaient avoir à travers les mots, ce qui
montre bien qu’ils ne sont qu’une petite partie de nous et pas forcément la
plus « sociale ». J’ai été frappé d’avoir généré chez deux des
diaristes que j’ai rencontré en vrai une image très proche chez l’une et chez
l’autre. Elles m’ont dit qu’avant de me rencontrer je les impressionnais un peu
par mes mots, qu’elles voyaient en moi quelqu’un de fort sérieux, peut-être un
peu trop, presque elles se seraient attendues à voir débarquer un monsieur un
peu raide, légèrement pontifiant, avec cravate et costume trois-pièces, bon
j’exagère un peu mais il y avait de ça, et elles ont été un peu surprises par
ce vieil adolescent éventuellement rigolard que je suis aussi. Coumarine a
trouvé un mot pour ça. Elle m’a dit que j’étais « spittant ». J’adore
ça, ce délicieux belgicisme plein de bulles, allez je vous le dis, le petit
père Valclair il lui arrive aussi d’être « spittant ».