Kupka et la Mélancolie
Journée
expositions aujourd'hui. Deux d’un coup. J’ai été voir les dessins de Kupka
illustrant le Cantique des cantiques. C’est assez beau mais l’expo tout de même
est plutôt décevante, ce type de dessins se prête assez peu à l’exposition
sous-vitrine, feuilleter un fac-similé du livre aurait valu tout autant et il y
a assez peu de choses autour pour présenter le contexte de l’œuvre et le texte
lui-même. J’en ai profité au moins pour relire de près ce si beau texte, en me concentrant
sur sa poésie, sur son sens littéral et non sur les symboles dont on l’a
chargé.
Le
temps sur Paris était superbe. J’en ai profité pour marcher jusqu’au Grand
Palais. Beaubourg, le parterre des Halles, la traversée des cours du Louvre, le
Carrousel, les Tuileries, de beaux ciels d’hiver, les voiliers sur les bassins,
un type qui s’amusait avec des mouettes, essayant de leur faire attraper au vol
des miettes de pain qu’il lançait, la grande roue, les Champs à remonter. Il y
a eu de belles images au coin de mes yeux, des images que j’aurais voulu
emporter, J’avais mon appareil, mais, et ça c’est agaçant avec les numériques
quand on ne prend pas ses précautions, je l’allume, bref clignotement,
« battery exhausted »…
L’expo
Mélancolie, elle, est superbe. D’une formidable richesse avec des œuvres
extrêmement variées, certaines sont superbes et beaucoup sont peu connues.
C’est passionnant, bien plus qu’une monographie, on traverse toute l’histoire
de l’art, on voit comment un thème est traité à différentes époques, par
différents artistes, on voit d’où vient le concept, comment il évolue, comment
chaque époque se l’approprie en le transformant. C’est un plaisir esthétique
car il y a de très belles œuvres mais c’est un plaisir intellectuel aussi,
c’est excitant pour l’esprit. Il y a bien quelques pièces dont le rattachement
à l’exposition paraît un peu tiré par les cheveux mais bon dans l’ensemble tout
ça se tient très bien. Et j’ai eu la surprise de tomber sur celle des œuvres de
Ron Mueck dont j’avais mis la photo lorsque j’ai parlé de l’expo de la
fondation Cartier. Et c’est vrai que oui, de tout son corps nu, de toute sa
masse affaissée, de son regard intensément soucieux, il respire une poignante
mélancolie, ce bon gros triste...
Demain
je reprends le boulot. Rien que de très normal. Mais je m’en sens plus éloigné
que jamais. Pendant ces vacances je crois bien que je n’ai pas pensé une seule
fois au boulot et à ce qui m’attend à ma rentrée si ce n’est maintenant. Ça
aussi c’est un effet de cette augmentation de mes activités diaristes et de
tout ce qui va avec (internet, APA, autres écritures). C’est à la fois un bien
(je cesse d’être envahi par mon boulot quand ce n’est pas nécessaire) et un mal
(cela accroit mon sentiment de schizophrénie entre ces deux vies qui n’ont rien
(ou si peu) à voir).
