Silence sur les silences
Je
viens écrire dans l’insomnie du matin. Je voulais commencer à chroniquer mes
cinémas de la semaine. Et puis ça ne vient pas. J’ai beaucoup été au cinéma ces
jours-ci, trop peut-être. Enfin pas trop en soi. Trop par ce que cette
consommation (c’en une ça aussi qui peut être boulimique) révèle d’absence
d’autre projet pendant cette semaine. On a fait mille choses à la maison, de
ces choses pas très affriolantes dont on se dit qu’il faut les faire
(rangements, classements, courses diverses, petits bricolages) mais qui
finalement ne sont pas si indispensables que ça quand on y réfléchit, on a
entrelardé ça d’une expo, d’une rando et de pas mal de cinémas, moi j’ai un peu
écrit mais moins que ce j’aurais voulu. On n’a pas été capable de bâtir un
projet pour partir quelques jours en vacances alors que nous en avions la
possibilité et que nous en aurions eu besoin l’un et l’autre. Et tout ça révèle
au fond beaucoup sur les silences de notre couple.
J’aurais
envie de parler du silence des couples. Envie de commenter et de rebondir à
partir de choses lues et de commentaires notamment chez l’ami Idéaliste. Mais
j’ai de la gêne à le faire. Me voici devant ce paradoxe bien connu du blog public/intime.
J’y suis de plus en plus souvent confronté parce que les interactions entre mon
blog et la vie réelle sont de plus en plus nombreuses, parce que mon anonymat
s’effrite et que je le laisse s’effriter. Ce dont je voudrais vraiment parler
je répugne à le faire parce que je ne veux pas que ce soit « trop »
public.
Entrée
hors ligne alors ? En l’occurrence ça ne me satisferait pas plus car ce
dont j’ai envie c’est bien de parler à d’autres là dessus, de rebondir sur
leurs pensées et qu’ils rebondissent sur les miennes. Je me rends compte que
même pour l’intime et peut-être encore plus pour l’intime l’apport de
communication du blogging m’importe plus désormais que de me raconter et de
m’analyser une fois de plus pour moi-même dans mon petit cocon loin des
regards.
Avoir
un blog à part, un autre blog plus intime, un blog sous clé qui ne serait
ouvert qu’à un petit nombre ? Je sais que certains ont recours à ce genre
de solution. Je n’en ai pas envie quant à moi, je préfère tenter de parler de
tout au même endroit, d’avoir un lieu qui soit celui de l’unité de ma personne.
Et tant pis si je dois gérer les contradictions de l’expression au jour le
jour. Il me faut accepter qu’il y ait des moments où il soit difficile de
trouver ses marques. Comme aujourd'hui. Ce n’est pas grave. Je m’abstiens et
m’impose un peu de silence. Tiens un peu de silence ici… Serait-ce pour tenter
de parler ailleurs, là où il faudrait vraiment le faire ?