Se recentrer
J’avais
envie aujourd'hui d’aller au Paris-Carnet de ce soir. Histoire de revoir quelques
personnes déjà connues, d’entendre de quoi cause la blogosphère en ce moment et
aussi et peut-être surtout d’aller croiser Traou, la galeriste de nos enfances,
ça m’aurait amusé de voir si elle reconnaissait quelquechose de moi à partir
des photos que j’ai mis en ligne pour participer à son sympathique jeu
blogosphérique.
Mais
les vastes rassemblements me font un peu peur, je préfère les rencontres plus
intimes ou alors des rencontres dans des lieux ouverts comme pour ce
pique-nique auquel j’ai participé cet été, l’espace extérieur permet à la fois
de circuler, de s’agréger à des convivialités multiples mais aussi de se mettre
à distance si on veut, toutes choses qui ne doivent pas être faciles entassés
au fond d’un café enfumé. Donc j’ai renoncé…
D’autant
qu’au même moment avait lieu la séance hebdomadaire de yoga à laquelle j’essaie
de participer plus ou moins régulièrement depuis le début de cette année scolaire. Il me
semblait aujourd'hui que j’en avais particulièrement besoin : deux
journées particulièrement stressantes au boulot, un sentiment profond de
dispersion entre mes diverses activités et mes diverses relations, l’incapacité
en ce moment à sentir où est vraiment pour moi le fil à suivre, m’ont fait
sentir très fort la nécessité de ce moment de recentrage sur moi même.
Il
n’y a pas de doute que cela me fait du bien. Une petite demi heure de
discussion autour de divers concepts du yoga (ce soir c’était sur le thème du
contentement, de la non accumulation et de la non convoitise), puis une phase
d’exercices, en général assez simples, pas du tout acrobatiques mais que le
professeur nous demande de faire dans une intense présence à nous-mêmes, (oui
un vrai « contentement » de simplement prendre le temps d’inspirer et
d’expirer profondément, de faire des extensions et des flexions qui dénouent,
de chercher à poser son corps dans la rectitude) puis enfin une phase plus
statique où l’on s’efforce d’aller vers un peu de méditation, conclu en général
avant la dispersion par un moment où le professeur nous chante de sa très belle
voix un ou deux soutras, je me régale des sonorités et des modulations du
sanskrit si étranges à nos oreilles occidentales. Pendant que je suis là je
mets à distance tout le reste, je suis avec moi-même et pleinement à l’instant
que je vis. Je sors de là requinqué.
Je
ne suis qu’un touriste du yoga. Je m’investis du mieux que je peux dans la
pratique quand j’y vais mais elle ne déborde guère sur le reste de ma vie
(guère, un tout petit peu parfois, ça m’est arrivé dans des réunions très
tendues au boulot de me dire « respire mon grand » et d’évacuer par
là des énervements inutiles et contre productifs). En tout cas je suis très
loin de mettre en pratique dans mes comportements de tous les jours des
attitudes dont j’ai conscience pourtant qu’elles pourraient aider à mieux vivre.
Et je suis aussi totalement incapable de pratiquer individuellement en dehors
du cours ce que le prof recommande pourtant vivement. J’arriverai à le faire ne
serait-ce que dix minutes le matin avant « d’attaquer » la journée ou
le soir en rentrant je suis sûr que ça me ferait le plus grand bien. Mais ça me
paraît totalement artificiel en dehors du groupe et puis je n’ai jamais le
temps. Je ne prends pas le temps. Je n’ai pas décidé de prendre le temps.
Ce
n’est pas le seul domaine où je vois rationnellement ce qui conviendrait sans
pour autant le moins du monde parvenir ou même essayer vraiment de le faire.