Canalblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Les échos de Valclair
Publicité
Derniers commentaires
2 mars 2006

L'amour et l'attachement

Je lis en ce moment de grands morceaux de l'ancien  blog de Tristana, pages vibrantes d’un tout proche passé. J’avais croisé ses mots il y a un certain temps à partir de commentaires laissés par elle chez ceux (celles) que je lis mais je n’avais que brièvement survolé quelques pages, arrêté peut-être en partie par le titre "chronique d'une séparation annoncée", comme si je m’étais dit : quel est l’intérêt d’aller y voir puisque tout apparemment est déjà ficelé, quasi advenu…

J’avais bien tort, les textes de Tristana sont magnifiques et poignants et ils me parlent profondément. Certaines pages même me vrillent : malgré une histoire totalement différente, malgré une façon de l’aborder qui n’a rien à voir, par instants, je retrouve dans ce qu’elle dit de son compagnon en déshérence des attitudes qui questionnent les miennes.

La lecture de textes de ce genre me permet de mieux mesurer pourquoi j’apprécie les blogs qui vont au cœur de l’intimité de celui ou celle qui écrit. Ici cette intimité est donnée avec une détermination qui impressionne, une capacité à se mettre à nu, à révéler les fragilités, les larmes, les douleurs, sans tricherie, sans faux fuyants qui demande un sacré courage.

Tristana l’a fait manifestement aussi pour des raisons thérapeutiques, parler aux autres de sa douleur, recueillir leurs réactions, s’apercevoir des douleurs partagés, se rendre compte que ses propres mots pouvaient aider certains de ses lecteurs est à coup sûr une façon de s’aider soi-même, d’éviter la prostration et de mettre une once de positivité dans ce qui est si douloureux. Ouvrir son cœur c’est redresser la tête, c’est se mettre en chemin, c’est ce qui permet de commencer à envisager « Les jours d’après ».

Certains diront qu’il n’y a là que de l’exhibitionnisme. Et du voyeurisme chez ceux qui viennent lire. Ils assimileront tout ça à ce qui a pu faire le succès des loft story et autres reality show. Mais c’est si différent ! Rien ici n’est mis en scène pour accrocher ou pour faire vendre. Il y a de l’authenticité et pas de complaisance. C’est une façon de se livrer qui est un don fait aux autres avec l’espoir de recevoir aussi et sans rien quémander pourtant.

La confrontation de l’intime, des intimes, le notre et celui des autres, joue la dialectique du même et du différent. « Mais bon sang c’est tout comme moi ça » et puis « mais non c’est tout comme moi et pourtant ça n’a rien à voir ». C’est cela qui est précieux, passionnant et enrichissant, qui à la fois rassure et fait réfléchir, qui à la fois conforte et aide à se remettre en cause, bref qui fait avancer. Et qui donne sens à la parole et l’éloigne de ce qui ne serait qu’un couple infernal exhibitionnisme/voyeurisme.

Les mots de Tristana justement m’ont donné envie de rebondir sur l’amour et l’attachement. Ou plutôt ceux qu’elle citait, tirés d’un bouquin et invitant à ne pas confondre amour et attachement. C’est sûr ce n’est pas pareil. Cela dit l’attachement lorsque l’amour amoureux n’est plus là est-il toujours négatif ? Autrement dit une relation de couple relativement harmonieuse, vivable, apportant quelquechose à chacun des partenaires peut-elle perdurer en se basant essentiellement sur cet attachement ou n’est-ce alors que faux semblants, que repliement frileux, que peur d’affronter la vie et la nouveauté, avec ses cahots ?

A coup sûr il y a quantité de couples qui vivent uniquement sur un tel attachement et parfois dans des conditions calamiteuses. J’en ai connu beaucoup dans la génération de mes parents (et d’ailleurs mes parents eux-mêmes !) mais il suffit de regarder autour de soi pour voir qu’il en reste beaucoup de ces couples éteints mais qui persistent en s’enfonçant dans l’indifférence puis dans la rancœur, ils ne se supportent plus qu’à peine et néanmoins ils se traînent ensemble au long de la maturité et de la vieillesse comme si leur relation était un destin, une mauvaise carte tirée. Dans certains cas les partenaires s’ignorent, ils ne sont plus que des individus qui se croisent dans le silence. Dans d’autres ils se chamaillent, s’agressent sans cesse, se balancent de continuelles méchancetés, ce ne sont même plus des crises c’est comme si ces hostilités continuelles étaient devenues une seconde nature, une sorte de carburant de leur vie indispensable comme une drogue.

Mais il en est d’autres où l’attachement prend une autre tournure. Il n’y a plus rien de proprement amoureux dans les rapports, pas d’étincelle dans les regards, pas d’envie brusque de se prendre dans les bras, plus ou trop rarement de désir sexuel partagé, il y a quantité de petits agacements mais tout de même il y a autre chose aussi, tout ce qu’a forgé un long compagnonnage, les souvenirs partagés, les bons et les moins bons, une appréciation et une reconnaissance de ce que chacun est malgré ses limites, une tendresse, la conviction qu’existe toujours entre l’un et l’autre un fonds de solidarité et d’entraide si devaient surgir des évènements difficiles. On est ensemble, cahin-caha mais on y est et la relation est un lieu précieux de sécurité. Si l’attachement permet cela, même s’il ne fait plus rêver et palpiter comme le ferait l’amour amoureux, pourquoi faudrait-il le dévaloriser ?

Le tout c’est qu’il soit pris comme tel par les deux partenaires, accepté et assumé avec ses limites. Alors il pourrait être le soubassement d’un contrat renouvelé dans un couple où se partage encore ce qui peut l’être à partir du moment où l’on accepte de reconnaître ce qui ne le peut plus. Peut-être est-ce à cela que fait référence la « déliaison amoureuse » dont parle Chaumier, je n’ai pas lu ce bouquin mais je crois bien que c’est cela son sens général, dégager le couple de ses illusions fusionnelles, accepter de limiter les ambitions du couple, construire une relation fissionnelle qui a sa valeur.

La clé de tout cela néanmoins c’est la parole, la parole assumée, partagée. Non pas une parole totalitaire qui prétendrait tout débusquer. Il faut au contraire une parole qui respecte des espaces de silence et des jardins secrets. Mais une parole du moins qui reconnaisse pour l’un comme pour l’autre le droit à ces jardins secrets, les rendent licites. C’est alors que les mensonges par omission n’en sont plus, qu’ils deviennent la part normale des domaines réservés de chacun.

Je m’illusionne peut-être à croire que cela est vraiment harmonieusement possible, que les deux membres d’un couple peuvent avancer à peu près au même pas dans une telle évolution, dans une telle refondation. Mais je veux croire que c’est possible.

 

Publicité
Commentaires
V
Pas faux, l'Alain, comme d'habitude tu vises juste...<br /> Bien sûr il faudrait aller plus loin, souvent j'ai envie d'aller plus loin, plus précis, plus concret. Je ne cesse de me poser la question d'où mettre la limite, jusqu'où dire. D'autant que par définition dans des affaires de relations on n'est pas seul en cause . Et d'autant plus maintenant que l'anonymat de mon blog se délite.<br /> Ce que je décris c'est ce à quoi j'aspire là où j'en suis désormais, ce que je voudrais parvenir à préserver. Jusqu'à quel point c'est mis en place et sous quelles modalités concrètes, ça ça reste dans le flou et y restera tant pis , quoique bien des choses il me semble puissent se lire entre les lignes...
A
Dans ce texte, fort intéressant, dans les commentaires, je me reconnais partiellement et parfois pas du tout... ce qui est normal !<br /> <br /> MAis la question que je poserais volontiers, au delà de ces "généralités" sur ce qui se vit, peut ou devrait, se vivre : Cher auteur, chers commentateurs/trices, QUE VIVEZ VOUS dans votre propre couple ?<br /> Sinon, on reste dans la spéculion, certes intéressantes mais en ces domaines théoriques, tout à quasiment été dit déjà...<br /> En revanche la vie de chacun EST UNIQUE.<br /> C'es ce partage du réel vécu qui fait l'intéret des blogs, ainsi que le souligne d'ailleurs Valclair en citant tristana.
V
Il me semble que ce que j'évoque est en retrait de ce dont parle Pivoine et surtout Coquelicot. Ce qu'elles décrivent elles il me semble que c'est bien encore de l'amour, même si ce n'est plus de l'amour passion ou si c'est "un amour passionnément tendresse".<br /> <br /> Moi je parlais avant tout d'un attachement, certes chargé d'une certaine positivité grâce à de bons moments encore vécus ensemble, grâce aux souvenirs partagés, grâce à une tendresse persistante mais que j'ai presque envie d'appeler "résiduelle".<br /> <br /> Je me retrouve plus dans ce que dit Coum et suis bien d'accord avec elle sur la difficulté à avoir ce dialogue nécessaire pour refonder le couple, pour accepter de faire le deuil d'une part de ce qui l'avais fondé, pour poser les zones de liberté et de silence nécessaires et les accepter mutuellement.
C
Je partage la conviction que l'amour fusionnel doit évoluer vers un amour passion, puis un amour de gens qui reconnaissent qu'ils ont été passionnés l'un par l'autre. Sur base de cette reconnaisance, toujours dans le dialogue, comme le souligne Coumarine, ils peuvent relire leurs passions, se les expliquer, se les partager et identifier les pans de la personnalité de chacun qui ne s'y retrouvent pas nécessairement. Le travail de la construction d'un maillage de tendresse peut alors commencer. Il sera le filet protecteur des attaques venant de l'extérieur, ce maillage sera aussi l'image des lignes de forces de chacun des deux amants, lignes de force qui ne suivent pas nécessairement la même direction mais qui se croisent, se nouent et se renforcent mutuellement. Il est doux de vivre cet amour passionnément tendresse!
C
Oui, ton entrée est très intéressante, Val<br /> Tu écris:<br /> "Mais une parole du moins qui reconnaisse pour l’un comme pour l’autre le droit à ces jardins secrets, les rendent licites. C’est alors que les mensonges par omission n’en sont plus, qu’ils deviennent la part normale des domaines réservés de chacun."<br /> Oui, je te rejoins tout à fait...mais paradoxalement il faut un vrai dialogue pour que chacun dans le couple accepte de ne pas tout savoir de l'autre, que chacun a le droit de garder sa zone de liberté<br /> Sinon cela ressemble à de la dissimulation, qui laisse un goût amer.<br /> La tendresse dans les couples au long cours, avec déjà toute une vie passée ensemble dans les bons te mauvais moments...c'est valable et précieux comme tu l'écris si bien
Les échos de Valclair
Publicité
Publicité
Publicité