Retour sur accident
Mais bon sang, mais
c’est bien sûr !
J’étais là, un peu affalé,
un peu assommé de toutes mes lectures depuis le matin. Je me grattais sans trop
y penser le coude droit, là où j’ai une croûte suite à mon accident lundi. Le
coude droit ?! Mais c’est sur le flanc gauche que je suis tombé, c’est ma
fesse gauche qui a pris, et c’est avec mon bras gauche que j’ai tenté d’amortir
ma chute, bras gauche qui lui-même d’ailleurs porte la trace de diverses
ecchymoses ! Mais le droit ? S’il y a une marque sur le bras droit qui
lui n’a pas dû toucher terre, c’est bien qu’il y a eu choc, c’est bien que j’ai
dû choper la portière du taxi dans le bras comme j’en avais le sentiment sans
en avoir la certitude. Elémentaire, mon cher Watson !
Lundi, comateux que j’étais,
quand les flics ont cherché à voir s’il y avait des traces de choc entre le
vélo et le taxi, je n’ai pas pensé du tout à leur faire regarder s’il n’y
aurait pas par hasard des traces de choc entre le cycliste et le taxi. Bon, ça
n’aurait pas changé grand chose, je n’allais pas m’amuser à porter plainte ou
faire procès au taximan, mais quand même j’aurais bien aimé que soit fait un
constat l’impliquant, ça m’a agacé sérieusement que l’on me renvoie ce
« vous êtes sûrement tombé tout seul, le taxi vous a gêné certes, mais vous
êtes tombé tout seul ». Abruti par le choc, avec ce léger blanc sur
l’événement lui-même (que j’ai toujours, je ne parviens toujours pas à voir les
dernières secondes avant la chute), je ne me suis pas montré très affirmatif
quand on me questionnait quoique j’ai eu l’intime conviction que je ne pouvais
pas être tombé sans avoir été heurté. Le taximan lui ne s’est pas privé
d’affirmer haut et fort qu’il attendait à côté de son véhicule et qu’il m’avait
vu tomber tout seul...
Tant pis. C’est passé. Pour
l’instant l’essentiel est de vivre le mieux possible ce moment de contrainte.
Ça va mieux d’ailleurs, j’ai moins mal, je peux poser le pied à condition de ne
pas m’appuyer dessus, je me déplace un peu plus facilement.
J’ai un peu de mal avec la
patience. Avec la patience dans les petits choses. Pour ce qui est de la vie
quotidienne, je fonctionne habituellement de façon très indépendante et à mon
rythme qui est plutôt rapide. Quand j’ai besoin de quelquechose je vais le
chercher, je n’hésite pas à aller et venir cinq/dix fois d’un bout de
l’appartement à l’autre. Je crois même que je suis relativement agité, j’ai
besoin de bouger. Sur une plage les heures de farniente ce n’est pas pour moi.
En promenade les haltes repos ou les stations contemplatives j’aime bien mais
il faut qu’elles soient assez brèves. Et ça m’arrive de faire les cent pas dans
un lieu où j’attends simplement pour me sentir en mouvement. Alors là
évidemment je me sens frustré. Je suis dépendant, en tout cas partiellement
dépendant de ceux qui sont autour de moi pour énormément de choses, je trouve
souvent qu’ils ne réagissent pas assez vite à mes demandes, je m’interdis
naturellement d’être dans l’exigence, je ne veux surtout pas jouer au malade
tyrannique, il n’empêche que ça me crispe, je dois prendre sur moi, ça se sent
de toute façon, ça crée des tensions, je l’ai bien vu avec Constance tout à
l'heure qui elle justement a un mode de fonctionnement quotidien beaucoup plus
lent que le mien, je lui ai fait sentir, elle n’a pas apprécié, il y a eu des
mots plutôt vifs…
Et j’ai l’impression de
commencer à tourner comme un lion en cage dans la maison. J’ai la chance
d’avoir un appartement assez vaste, de disposer d’une terrasse de plein pied
qui me permet d’aller dehors mais il n’empêche le fait de n’avoir pas mis le
nez dans la rue depuis lundi me pèse. Je crois bien que cet après-midi je vais
m’organiser une rando sur cannes jusqu’au bout de la rue…
Et je dois toujours me dire
que tout ça n’est pas bien grave, et qu’il faut toujours tenter de tirer du
positif de l’expérience... Certes. Je le fais très facilement avec la raison,
c’est tellement évident, c’est parfois plus dur pour que l’état d’esprit,
l’humeur profonde suive…